
Un an après, Valence est de nouveau inondée en novembre 2025. Que faire face à la récurrence des évènements extrêmes ?
En octobre 2024, plus de 220 personnes ont perdu la vie dans la région de Valence (Espagne), à la suite de pluies torrentielles. Il y a quelques jours, la même zone a de nouveau été frappée par de fortes intempéries, avec un bilan heureusement moins lourd.
Loin d’être le fruit du hasard, cette récurrence interroge sur les modes d’aménagement du territoire dans des régions de plus en plus souvent touchées par des épisodes pluvieux intenses.
Dans un post sur LinkedIn, l’urbaniste Clément Gaillard attirait l’attention sur la quantité considérable de boue charriée par la lame d’eau ayant provoqué les inondations de Valence, estimant qu’elle était “probablement le signe d’une érosion intense et d’un manque d’infiltration en amont”.
Conséquence directe de l’urbanisation incontrôlée de la région de Valence au cours des dernières décennies, cette situation illustre les risques découlant du développement urbain lorsque celui-ci ne tient pas compte du contexte environnemental dans lequel il s’inscrit.
Plaidant à l’inverse pour des “approches holistiques et intégrées de gestion des eaux pluviales afin d’améliorer la résilience et la durabilité urbaines face au changement climatique”, une étude de 2025 décrypte les stratégies d’amélioration déployées par onze métropoles mondiales et décrit notamment les “infrastructures bleues et vertes” mises en place pour faire face aux pluies torrentielles.
Un angle mort réside toutefois dans l’articulation entre gestions des espaces urbains et non urbains. Au-delà des villes, il semble aujourd’hui nécessaire d’accorder une attention accrue aux modes d’occupation des sols agricoles pour minimiser l’impact du ruissellement en cas de pluie extrême.
Une étude sur les terrasses agricoles urbaines à Lyon et la réduction du ruissellement pluvial rend ainsi un verdict sans appel. En comparant le potentiel d’infiltration des jardins familiaux du Fort de Loyasse (2.8 ha) à une modélisation d’une zone sans terrasses avec un couvert herbeux, il s’avère que ces terrasses permettent :
- une diminution de 75% de volume ruisselé
- un pic de ruissellement retardé de 40 minutes
- une diminution de 30% de l’intensité de ce pic
Le CEREMA et les autres acteurs de la gestion de l’eau en France s’attèlent à améliorer la gestion des inondations par ruissellement [4]. Sans surprise, l’extension de l’agriculture de conservation des sols est citée comme solution, de même que les haies, la renaturation des cours d’eau et les ouvrages d’hydraulique douce.
L’aménagement du territoire, comme beaucoup de domaines, ne peut plus s’envisager en silo. L’agriculture est un formidable levier d’adaptation des territoires aux effets du dérèglement climatique. Il est désormais temps de s’en saisir collectivement, sans laisser reposer les efforts à la parcelle sur les seules épaules des agriculteurs.
