Initiative de réappropriation climatique

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Le kapokier : arbre tropical aux fibres hydrophobes

Pour finir cet échange, nous évoquons un arbre peu connu sous nos latitudes : le kapokier.

 Parmi toutes les espèces végétales décrites et qui nous sont étrangères, Elodie Arrault revient sur les plus remarquables.

« Toutes ces espèces m’étaient aussi pour la plupart étrangères. Ce voyage m’a permis d’en découvrir énormément. Il en reste encore beaucoup à découvrir. Elles sont toutes remarquables parce qu’elles ont quasiment toutes énormément de vertus. Que ce soit des vertus médicinales, qu’elle nous offre de l’ombre, du bois pour cuisiner, du bois pour faire des meubles, des graines ou des fruits, il y a tellement de choses possibles avec tous ces arbres. Mon souhait dans le livre, c’était d’en mettre quelques-uns en lumière. Alors évidemment j’ai mis ceux qui sont peut-être plus connus pour les mettre en avant.«

« Je suis fascinée par le baobab. C’est vrai qu’il dispose d’un fort capital sympathie, que beaucoup de personnes aiment aussi cet arbre. J’ai pu traverser des forêts de baobab au Sénégal et au Mali et j’aime beaucoup cet arbre. Il fait partie de mes préférés, mais si je devais en choisir un seul, je dirais le kapokier, parce qu’il a une forme inhabituelle, un très beau port. Il  a également un tronc étrange, avec des sortes d’épines. Il a de très belles fleurs, oranges ou roses selon la variété. Il a un fruit aussi, le kapok qui est très utile. Ça fait comme une espèce de coton à l’intérieur. Les abeilles vont butiner les fleurs et ça fait un miel remarquable. C’est mon arbre favori à la suite de ce voyage.«

Le Kapokier

Ceiba pentandra, le kapokier ou fromager ou cica est un arbre de la famille des Malvacées. C’est une famille importante qui comporte les hibiscus, mauves, baobabs, cacaoyers, durians, gombos et roses trémières Le Kapokier est un arbre géant à croissance très rapide originaire d’Amérique du Sud, il a été disséminé dans toute la zone tropicale au 16e siècle. Il produit une fibre naturelle, le kapok, qui a été massivement utilisée jusqu’à la fin du 20e siècle pour garnir les coussins, les matelas, ou comme isolant. Le kapok a une texture et un côté hydrophobe et imputrescible qui le rend idéal pour cet usage. Désormais on lui préfère le plastique.

Les fibres de kapok sont assez courtes ce qui rend le filage laborieux. Il est toutefois à la base de tissus traditionnels au Cambodge. Aujourd’hui, certaines entreprises l’utilisent, comme le hollandais flocus, qui développe du tissu non tissé à base de kapok en Indonésie. La culture du kapokier est possible en Europe dans les endroits qui ne gèlent jamais. Il y a par exemple quelques spécimens au Portugal. Mais la fraîcheur inhibe sa croissance. C’est définitivement un arbre tropical.

Importance des forêts pour les pluies agricoles

40% des précipitations agricoles dépendent de forêts situées dans d’autres pays.

Directement provoqués par le réchauffement global, les perturbations des régimes de précipitations représentent une menace importante pour les récoltes. Selon une étude de 2019, plus de la moitié de l’incidence des pertes dans la production agricole mondiale peut ainsi être attribuée aux extrêmes climatiques.

Partant de ce constat, un groupe de scientifiques du Stockholm Resilience Center, institut de recherche engagé sur la question de la gestion durable des écosystèmes, s’est penché sur le rôle de régulateur d’humidité joué par les forêts à travers le monde.

Dans un article publié en octobre 2025 dans Nature Water, ces chercheurs plaident pour la mise en place de stratégies de conservation et de renforcement des espaces forestiers à l’échelle globale, dans l’objectif de soutenir les rendements agricoles.

Les auteurs expliquent avoir cherché à étudier “la contribution des forêts mondiales à la production et à l’exportation des cultures en estimant les flux d’humidité des forêts vers les zones agricoles et en les associant aux flux de cultures échangés”.

Les résultats obtenus en croisant plusieurs modèles d’analyse des flux d’humidité et des dynamiques agricoles mettent en évidence l’ampleur du phénomène :

  • dans 105 pays, jusqu’à 18% des précipitations sont recyclées à partir de forêts à l’échelle nationale
  • dans 155 pays, les zones agricoles dépendent des forêts transfrontalières pour jusqu’à 40% des précipitations annuelles

Présentée dans un article précédent avec l’exemple de la forêt du Congo, cette corrélation directe entre les rendements agricoles et l’humidité pourvue par les espaces forestiers est d’ailleurs loin de concerner uniquement les pays producteurs.

Dans un système alimentaire mondial caractérisé par l’importance des flux de produits échangés, les chercheurs soulignent en effet la forte “dépendance indirecte des pays importateurs de récoltes vis-à-vis des forêts situées en amont de leurs pays exportateurs”.

Selon leurs calculs, l’humidité provenant des forêts à l’échelle mondiale soutient ainsi “18% de la production agricole et 30% de l’exportation des cultures étudiées”. Dans le contexte actuel de crise environnementale, les espaces forestiers représentent donc un levier de stabilité dans une perspective de résilience alimentaire.

Déterminés à convaincre la communauté internationale que ce rôle doit être non seulement préservé, mais aussi renforcé, les chercheurs affirment en conclusion que “la conservation stratégique des forêts situées dans le vent de zones agricoles pourrait être mise à profit pour préserver l’approvisionnement mondial en cultures”.

Vecteurs de sécurité alimentaire, les espaces forestiers doivent être protégés comme tels. Comment, dès lors, envisager la question de leur gouvernance à l’échelle internationale, au-delà des frontières politiques ?

Végétation et climat : des stomates aux moussons

Image issue de l’étude “Vegetation–climate feedbacks across scales

Comment la végétation contribue à façonner le climat, des stomates aux moussons ?

Une étude de 2025, “Vegetation–climate feedbacks across scales”, synthétise l’état actuel des connaissances scientifiques sur les rétroactions végétation-climat. Elle examine les études les plus récentes et les controverses. Cette rigoureuse revue scientifique, dont l’auteur principal est Diego Miralles, se base sur une approche pluridisciplinaire (biologie, écologie, chimie, hydrologie, météorologie et climatologie).

Pour les auteurs, “la végétation ne se contente pas de réagir au climat : elle le façonne activement.”

Si ce constat est reconnu par le GIEC,  il demeure peu étudié. En effet, la compréhension de ces interactions nécessite des modélisations particulièrement fines. Ces lacunes s’expliquent également par “une focalisation historique sur les rétroactions atmosphériques – telles que les rétroactions liées aux nuages, au gradient thermique et à la vapeur d’eau – qui sont pourtant elles aussi influencées par l’état et l’activité de la végétation.

Cet examen particulièrement riche liste les différentes échelles de rétroactions végétation-climat :

  • photosynthèse et flux d’énergie (au niveau des stomates et racines)
  • COV biogéniques (régulation du rayonnement, de la température et des précipitations locales)
  • impact sur les régimes des vents à plusieurs échelles spatiales (une étude sur l’influence de la végétation sur l’intensité des moussons est citée)
  • influence sur les régimes de pression atmosphérique à grande échelle (impact sur la localisation et l’intensité des anticyclones)

Sur ce point, les auteurs évoquent la difficulté d’en quantifier les effets et abordent la controverse sur la pompe biotique, signalant que ce débat n’est pas tranché.  Le débat de l’impact de la végétation sur le “global stilling” est aussi mentionné.

– à une échelle planétaire, l’aridification, en augmentant l’albedo, impacte le déplacement des cellules de Hadley

– limitation de la hausse de la température mondiale liée au verdissement (voir l’étude pour plus de détail)

Les auteurs insistent également sur l’importance de la biodiversité : plus les écosystèmes sont diversifiés, plus ils sont susceptibles de résister aux chocs climatiques.

Ils mentionnent les recherches à approfondir et plaident, quoique sans trop d’espoir, pour l’intégration des processus couplés végétation-atmosphère dans les jumeaux numériques du système Terre.

Nos observations de la démarche agroécologique et des projets de régénération laissent penser que les potentiels effets positifs des interactions végétation-climat sont actuellement sous-exploités.

L’agronomie, qui a la vertu d’être à la fois une discipline scientifique et un champ opérationnel, gagnerait à être davantage utilisée comme levier d’atténuation et de robustesse climatique.

Image issue de l’étude “Vegetation–climate feedbacks across scales

Sol nu : impacts sur la température et le climat

Photos prises par Mael Bertholom

A chaque canicule, des images chocs montrent l’impact positif de la végétation sur la température en ville. Il en va de même dans les milieux agricoles et forestiers.

Les photos illustrant ce post sont des manifestations concrètes du pouvoir du végétal et de sols en bonne santé pour atténuer les fortes chaleurs. Elles ont été prises en Bretagne le 29 juin 2025 à 14h50 par Mael Bertholom, que nous remercions chaleureusement.

Dans le cas de ces illustrations, peut-on parler de béton vert, alors que la température sol agricole est du même ordre de grandeur que celle de l’asphalte ?

Un sol laissé à nu impacte directement la température ressentie, mais aussi le climat. Ce choix délibéré de gestion culturale interroge alors que, comme notre dernier article l’explique, “le sol peut jouer le rôle de climatiseur ou de radiateur, selon l’humidité disponible et les conditions atmosphériques”.

Ce constat permet d’introduire la notion de ratio de Bowen, soit le rapport entre le flux de chaleur sensible (qui réchauffe l’air) et le flux de chaleur latente (lié à l’évaporation de l’eau). Moins un sol est en mesure de relâcher de l’humidité, plus le ratio de Bowen est élevé. La chaleur latente est basse, la chaleur sensible domine donc. C’est du rayonnement infrarouge local.

Couvrir systématiquement les sols à donc un effet de rafraîchissement immédiat, mais aussi un effet tampon.

Les résultats d’une étude scientifique de 2023, “Enhanced stability of grassland soil temperature by plant diversity”, démontrent que des leviers existent pour atténuer les effets délétères du dérèglement climatique sur les sols. Un utile résumé en français est disponible.

Cette étude a été menée sur le site de l’expérience de Iena, à partir de “l’analyse exhaustive d’un ensemble de données continues sur 18 ans, issues d’une expérience sur la biodiversité des prairies, avec des résolutions spatiales et temporelles élevées”. Ces résultats sont donc particulièrement robustes.

ll en ressort “que la diversité végétale agit comme un tampon naturel, empêchant le réchauffement du sol par temps chaud et son refroidissement par temps froid”.

Dans le détail, la température du sol des communautés végétales avec 60 espèces était de 5,04 degrés C° inférieure à celle des parcelles à sol nu. Cette différence de température est plus de deux fois supérieure à celle qui existe entre les monocultures et le sol nu, pour les mêmes périodes.

Les chercheurs ajoutent que ces effets s’accentuent à mesure que les communautés végétales gagnent en maturité. En outre, plus les extrêmes sont marqués, plus cet effet tampon fonctionne.

Climat, pratiques agricoles et biodiversité sont donc indubitablement liés. A nous, collectivement, de le rappeler aux sphères dirigeantes !

Faim dans le monde : un problème politique, pas agricole

A l’occastion du débat sur la loi Duplomb, la ministre de l’agriculture a affirmé que : “l’agriculture biologique est une agriculture de principe, incapable de nourrir le monde”. Le fait de suggérer que la faim et l’insécurité alimentaire seraient des problèmes agricoles est tout à fait problématique. La faim dans le monde est un problème politique. Dans ce domaine Me Genevard ferait mieux de regarder ce que fait son engeance, plutôt que d’essayer de faire peser sur les agriculteurs une responsabilité qui n’est pas la leur.

Il n’existe pas de pénurie alimentaire globale. Les problèmes d’accès à l’alimentation sont liés à :

  • l’absence de régulation efficace des marchés agricoles et la spéculation sur les matières premières
  • la mainmise de  quelques multinationales
  • le gaspillage :  près d’un tiers de la production alimentaire mondiale est gaspillée chaque année
  • des décisions politiques absurdes
  • les dictatures et les guerres

Prenons quelques exemples :

La crise alimentaire mondiale de 2007-2008 est causée par l’abandon des cultures vivrières, la spéculation sur les marchés, la hausse des prix de l’énergie et des fertilisants, et des restrictions à l’exportation décidées par certains États. Résultat : flambée des prix, émeutes de la faim, instabilité politique, chute de gouvernements.

 La guerre en Ukraine a récemment illustré la vulnérabilité face aux chocs géopolitiques. La panique sur les marchés, la spéculation et la concentration du commerce céréalier entre quelques multinationales ont fait grimper les prix, privant les plus pauvres d’un accès à l’alimentation.

En Afghanistan, au Yémen, au Soudan du Sud ou encore à Gaza, les conflits armés détruisent les infrastructures, déplacent les populations et provoquent l’effondrement économique, rendant l’accès à la nourriture impossible pour des millions de personnes, même quand les récoltes ou à défaut l’aide internationale sont suffisantes.

En 2024, 32 % des Français se déclarent en situation d’insécurité alimentaire (58 % des 18-24 ans et 40 % des familles avec enfants). 28 % des familles déclarent avoir eu faim sans pouvoir manger au cours de l’année écoulés. 35 % des Français ont déclaré ne pas avoir mangé trois repas par jour pour des raisons financières au cours des deux dernières années.

La question n’est pas de choisir tel ou tel type d’agriculture. La faim dans le monde et en France résulte exclusivement de choix politiques, de conflits, d’inégalités, de gaspillage et d’un système commercial défaillant. Au lieu de s’enferrer dans des conflits qui n’ont pas lieu d’être, ramenons le débat sur une évaluation effective des politiques agricoles au regard de notre autonomie alimentaire et de la prospérité des campagnes et de ceux qui y vivent. Sujets qui sont au centre de notre travail de vulgarisation et de veille.

Feux de forêt : les géorisques en cascade sur les sols brûlés

Pourquoi il faut protéger les sols victimes des feux de forêts !

L’image vient de cette étude

En altérant les propriétés du sol, les feux de forêts peuvent générer des géorisques en cascade, menaçant les écosystèmes au-delà des incendies proprement dits.

Une étude publiée en février 2024 par l’Union américaine de géophysique s’est penchée sur la question, en synthétisant des dizaines de travaux récents sur les conséquences de différents feux de forêt sur les écosystèmes touchés.

Les auteurs expliquent comment les incendies affectent les attributs critiques des sols (structure, perméabilité, stabilité), modifiant ainsi leurs propriétés mécaniques, hydrauliques, chimiques, biologiques et thermiques. Ces altérations augmentent la vulnérabilité des écosystèmes à divers géorisques post-incendie (glissements de terrain, inondations, érosions).

L’élimination de la végétation peut ainsi “favoriser l’infiltration en réduisant l’interception des précipitations par la canopée, tout en réduisant potentiellement la transpiration des eaux souterraines stockées”.

Ces altérations hydrologiques, combinées à la diminution de la résistance mécanique des racines, peuvent entraîner une instabilité des pentes sous forme de glissements de terrain superficiels si le rétablissement du paysage est lent”, poursuivent les chercheurs.

En janvier 2019, ce mécanisme a par exemple provoqué des glissements de terrain généralisés sur une zone de 70 km² des monts San Gabriel, en Californie, dont les sols avaient été fragilisés par plusieurs incendies survenus entre trois et dix ans plus tôt.

Les feux de forêt peuvent aussi entraîner “le dépôt de cendres hydrophobes et, par conséquent, une augmentation des éclaboussures de pluie associées à un ruissellement amplifié et à un risque d’inondation, ainsi qu’un dépôt accru de sédiments dans les chenaux d’ordre supérieur, augmentant ainsi le risque de coulées de débris”.

Ce cas de figure s’est produit en janvier 2018, également en Californie, avec des conséquences tragiques. A la suite de fortes pluies sur des terres brûlées par un feu de forêt survenu en décembre 2017, une monstrueuse coulée de débris a ravagé une partie de la ville de Montecito, causant 23 décès.

Pour éviter de tels drames, les auteurs de l’étude exhortent les communautés scientifiques, politiques et techniques à “collaborer pour combler les lacunes de la littérature concernant le comportement et la réponse des sols brûlés soumis à des facteurs de stress” et soulignent que des progrès doivent être faits en matière de “compréhension du calendrier de rétablissement des différentes propriétés des sols et des paysages après les feux de forêt”.

A terme, mieux comprendre ces mécanismes pourrait permettre de mettre en place des projets de régénération naturelle assistée de certains sols touchés par les feux de forêts, par exemple par la mise en place de zones de pâturage [2] ou par la plantation d’arbres pionniers.

Régénération plutôt qu’adaptation : un manifeste pour l’abondance

Nous ne voulons pas nous adapter. Nous voulons nous battre.

La cascade d’Ars en Ariège, photo accessible ici

Lundi 11 août 2025, il faisait 41°C à l’ombre dans les rues de Toulouse. Une semaine avant, les Corbières brûlaient. Comme il y a trois ans, comme il y a deux ans, des forêts entières prennent les couleurs de l’automne, alors que nous passons à peine le 15 août. Des punaises par millions envahissent des villages : dommage inattendu de la culture du colza. Inattendu ? Lorsqu’on dit “chute de 60 % des populations d’insectes et d’oiseaux”, c’est bien de ça qu’on parle.

Tout prend des airs d’apocalypse, alors on s’adapte.

Ici, on remplace le Pommier par la Vigne. Là, la Vigne par l’Olivier. Ici encore, l’Olivier par l’Agave. On muscle les clims, on change les horaires, on débroussaille, on désalinise, on se chamaille pour l’eau. On raccourcit les cycles végétatifs pour passer entre deux canicules. On multiplie les plans d’adaptation : +4°C, +5°C. Pourquoi pas +20, +30°C ?

Tout ceci ne peut que déboucher sur un environnement de plus en plus aride. Le réchauffement court toujours et, comme pour nous enfoncer, nous créons un pays de bitumes brûlants, de landes désolées et de cactus. Nous appelons le désert. Et il vient. Il s’appelle canicules à répétition, sécheresses chroniques, forêts qui dépérissent et érosion.

Nous ne devons pas renoncer à un futur où l’eau et la végétation abondent. C’est ce qui fait la douceur du monde. Dans leur conquête de la surface, il y 400 millions d’années, les plantes et les champignons ont inventé le sol, c’est-à-dire la fertilité des terres noires, la diversité du vivant, l’eau des sources et des rivières et les endroits où il fait bon : l’abondance de la vie sur Terre. Nous ne devons pas y renoncer.

Au même titre que le climat, cette biodiversité est condamnée par nos agissements. Pourtant les chemins de sa régénération sont bien plus accessibles qu’un consensus sur le pétrole au sommet du G20. Chacun peut poser son tas de pierres, protéger la mauvaise herbe qui pousse au pied de sa maison, emmener ses enfants à la montagne ou en forêt et pourquoi pas investir dans de la belle agriculture, de la belle forêt, se faire élire dans sa commune, aider dans une association.

Chacun peut faire quelque chose et, ce qu’il y a de merveilleux avec la biodiversité, c’est qu’elle répond. Chaque geste, aussi infime soit-il, produit quelque chose de tangible : une plante qui pousse, une campagne qui renaît, un papillon qui est là et pourquoi pas, une pluie d’été.

Aujourd’hui, le seul avenir enviable passe par la régénération de cette abondance. Le reste n’est que chaleur et poussières. Les chemins de l’adaptation ne sont qu’un renoncement; une sorte de mort lente ; une anesthésie placide avant la cuisson finale. Soyons des bâtisseurs, soyons des faiseurs d’abondance, plutôt que de nous calfeutrer, rabougris, en consommant les restes du monde tout en cherchant qui accuser de nos échecs.

Le tilleul : géant de nos campagnes

A le connaitre en alignement dans les villes, sur les places ou près des églises on oublie que le tilleul (Tilia) est un arbre forestier qui côtoyait le chêne, le hêtre, l’orme et l’érable dans les forêts tempérées d’Europe, d’Asie et d’Amérique.

Symbole de protection et d’hospitalité, il apparaît dans plusieurs mythes. Les vieillards Philémon et Baucis reçoivent ainsi en récompense pour leur hospitalité d’être changés par Zeus en un tilleul et un chêne enlacés, alors que Philyra, la mère du Centaure Chiron est transformée en tilleul pour échapper à la honte. Dans les légendes germaniques, le héros Siegfried rendu invulnérable par un bain de sang de dragon développe une sorte de talon d’Achille à l’endroit où une feuille de tilleul l’a touché.

Avec le tilleul, on fait des infusions et du miel bien sûr, mais aussi un bois tendre parfois veiné de rouge utilisé en lutherie et ébénisterie. Pour les plus aventureux, on produit avec ses feuilles (qui se mangent aussi en salade) une farine riche en protéine et mucilage qui, durant une grande partie de notre histoire, a été un aliment de base dans les couvents et les orphelinats. Enfin le tilleul est un arbre fourrager qui se prête particulièrement bien à une conduite en têtard.

En France, le tilleul le plus endémique est le tilleul à grandes feuilles (Tilia platyphyllos), même si le tilleul à petites feuilles (Tilia cordata) est présent de façon naturelle dans l’Est et les Pyrénées.

Parmi les 45 variétés, on notera pour les collectionneurs :

  • Tilia cordata ‘Swedish Upright’ : un tilleul suédois très élancé
  • Tilia henryana : originaire de Chine, feuilles dentées,  jeunes pousses teintées de jaune-rose et parfum de jasmin.
  • Tilia tuan : originaire de Chine, rameaux verts pomme et parfum de violette
  • Tilia tomentosa : Feuillage argenté et fleurs narcotiques
  • Tilia insularis : Corée, grandes feuilles, floraison abondante

Pour la production :

  • Tilia platyphyllos pour le miel
  • Tilia cordata pour la tisane
  • Tilia americana pour le bois.

La bouture du tilleul fonctionnePrélevez un rameau en hiver ou printemps, enterrez-le dans un mélange sableux et gardez le humide. L’enracinement prend 6 à 8 mois !

Mais la façon la plus sûre de les reproduire est de prélever un rejet à l’automne qu’on replante en pépinière ou directement en place. Le semi est possible mais nécessite du métier : stratification chaude de 4 mois, puis stratification froide de 4 mois, puis semer à 20°C.

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L’Autoroute de la Pluie promeut l’utilisation systémique des pratiques agroécologiques en tant que Solutions fondées sur la nature, avec un accent mis sur l’agroforesterie. Nous cherchons à engager collectivement la société dans des actions mobilisatrices et porteuses d’espoir. 

La remédiation climatique est possible en régénérant les composants du triptyque “sol-végétation-eau”.

Agroforesterie et économie

Et si l’agroforesterie était aussi un moyen de gagner de l’argent ?

Source image

Dans un post, l’Association française d’agroforesterie présente les différents avantages économiques associés à cette pratique, en s’appuyant sur une méta-étude réalisée sous l’égide de la CIRAD et compilant des milliers de sources. Le résultat le plus frappant est une hausse médiane de ➕35% de la production agricole par hectare.

En effet, les systèmes agroforestiers permettent aux exploitants de diversifier leurs sources de revenus en apportant une gamme de produits supplémentaires par rapport à l’agriculture traditionnelle.

Le plus évident d’entre eux est le bois provenant de la taille des arbres plantés, qui se décline en bois-énergie et en bois d’œuvre. En fonction des essences choisies, les arbres procurent bien d’autres produits valorisables : fruits, noix, huiles essentielles, produits médicinaux, fourrage, etc.

Par ailleurs, dans le podcast CAMBIUM, consacré aux pratiques agroforestières, l’agriculteur Ronan Rocaboy décrit comment il intègre une partie de ces produits forestiers au fonctionnement de sa ferme située en Bretagne. Le bois récolté est ainsi utilisé à la fois comme chauffage (chaudière biomasse) et comme litière pour les animaux d’élevage.

Les sous-produits offerts par l’agroforesterie peuvent ainsi être employés à la réduction des coûts d’exploitation. Dans la même logique, les systèmes agroforestiers fournissent divers services écosystémiques tels que la régulation de l’eau, la pollinisation, la régulation des ravageurs, la conservation de la biodiversité.

Ce rééquilibrage écosystémique diminue mécaniquement les besoins en intrants et donc les coûts associés Il a également pour effet d’améliorer progressivement la fertilité biologique des sols, grâce à l’apport de matière organique, et donc leur productivité.

L’agroforesterie propose ainsi un modèle robuste sur la durée, un atout indéniable sur le plan économique, a fortiori dans une période de bouleversement environnemental. Outre son effet bénéfique sur la qualité des sols, elle offre aux parcelles concernées, par la simple action de l’ombre des arbres, une certaine résilience, ce que confirme une étude publiée en 2023.

Les pratiques agroforestières améliorent aussi la régularité des rendements agricoles. De nombreuses recherches sont en cours en France, avec des résultats déjà probants. Une étude réalisée dans la région de Montpellier, a par exemple montré qu’une parcelle d’un hectare de mélange noix/blé permettait une augmentation de 40 % de la productivité.

L’atteinte de l’objectif de 10 % de couverture arborée sur les terres agricoles d’ici 2040, soutenu par l’European Agroforestry Federation (EURAF), est donc particulièrement vitale. Au-delà du rôle de levier de revégétalisation qu’elle peut jouer sur le plan environnemental, l’agroforesterie est donc un modèle économique d’avenir.

Déployons le dès à présent en France !

Les plantes migratrices

Saviez-vous que, comme les animaux, les végétaux migrent ?
Dans un épisode de l’émission La Terre au carré, l’écologue Didier Alard présente plusieurs stratégies de migration employées par les plantes à travers l’histoire de notre planète.

Comme l’explique le chercheur, les récents progrès des techniques d’analyse (imageries satellitaires, études de parenté à partir de marqueurs génétiques…) ont permis une meilleure compréhension de ces phénomènes.

Contrairement à ce que l’on observe chez les animaux, il n’existe pas d’individus migrateurs chez les végétaux, nécessairement figés. Le déplacement spatial passe par la génération n+1 et la migration se fait “par petits pas intergénérationnels, qui aboutissent finalement à traverser un continent sur des milliers de kilomètres”, décrit Didier Alard.

Dans l’histoire de ces migrations, l’apparition de la graine comme moyen de reproduction, il y a plus de 350 millions d’années, a joué un rôle décisif. Alors que jusque-là, les végétaux dispersaient leur gamètes “comme des petits spermatozoïdes dans la nature”, les plantes à graine ont inventé le principe de la fécondation interne.

Souvent enveloppées dans des fruits, les graines constituent des instruments très efficaces de dissémination. Pour déplacer ces dernières et conquérir de nouveaux territoires, les plantes ont multiplié les stratégies et utilisé différents alliés de circonstance, comme le vent, qui permet par exemple aux graines de pissenlit de voyager sur des dizaines de kilomètres, ou l’eau, vecteur de migration de la noix de coco entre autres.

La migration des végétaux s’est aussi souvent réalisée en coévolution avec des groupes animaux (insectes, oiseaux, mammifères). Didier Alard cite ainsi la technique du velcro, employée par différentes plantes (benoîte, bardane, gaillet) pour voyager en s’accrochant à la fourrure d’animaux.

D’autres espèces, comme le gui, misent sur des stratégies différentes : les graines ou les fruits qui les contiennent sont ingérés par des animaux qui les excrètent ensuite dans d’autres milieux où elles pourront proliférer.

L’être humain a lui aussi participé activement à cette dissémination, depuis le chasseur-cueilleur, qui transportait des plantes d’un endroit à un autre, jusqu’à l’ère moderne. “On passe notre temps à véhiculer des graines un peu partout, sous nos chaussures ou par les transports”, illustre l’écologue.

Loin de se faire au hasard, la migration des végétaux répond le plus souvent à des impératifs environnementaux, notamment l’évolution du climat. La période actuelle représente donc un défi majeur, résumé par Didier Alard en une interrogation : “Les plantes sont-elles assez rapides pour s’adapter au changement climatique ?

Si la migration des plantes a toujours existé, il semble aujourd’hui crucial d’accompagner ce mouvement, par exemple en favorisant l’introduction d’espèces pionnières dans des écosystèmes très dégradés ou en voie de transformation accélérée.

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