Des solutions face à l'aridification de la France

Catégorie : Agroécologie Page 2 of 4

Faim dans le monde : un problème politique, pas agricole

A l’occastion du débat sur la loi Duplomb, la ministre de l’agriculture a affirmé que : “l’agriculture biologique est une agriculture de principe, incapable de nourrir le monde”. Le fait de suggérer que la faim et l’insécurité alimentaire seraient des problèmes agricoles est tout à fait problématique. La faim dans le monde est un problème politique. Dans ce domaine Me Genevard ferait mieux de regarder ce que fait son engeance, plutôt que d’essayer de faire peser sur les agriculteurs une responsabilité qui n’est pas la leur.

Il n’existe pas de pénurie alimentaire globale. Les problèmes d’accès à l’alimentation sont liés à :

  • l’absence de régulation efficace des marchés agricoles et la spéculation sur les matières premières
  • la mainmise de  quelques multinationales
  • le gaspillage :  près d’un tiers de la production alimentaire mondiale est gaspillée chaque année
  • des décisions politiques absurdes
  • les dictatures et les guerres

Prenons quelques exemples :

La crise alimentaire mondiale de 2007-2008 est causée par l’abandon des cultures vivrières, la spéculation sur les marchés, la hausse des prix de l’énergie et des fertilisants, et des restrictions à l’exportation décidées par certains États. Résultat : flambée des prix, émeutes de la faim, instabilité politique, chute de gouvernements.

 La guerre en Ukraine a récemment illustré la vulnérabilité face aux chocs géopolitiques. La panique sur les marchés, la spéculation et la concentration du commerce céréalier entre quelques multinationales ont fait grimper les prix, privant les plus pauvres d’un accès à l’alimentation.

En Afghanistan, au Yémen, au Soudan du Sud ou encore à Gaza, les conflits armés détruisent les infrastructures, déplacent les populations et provoquent l’effondrement économique, rendant l’accès à la nourriture impossible pour des millions de personnes, même quand les récoltes ou à défaut l’aide internationale sont suffisantes.

En 2024, 32 % des Français se déclarent en situation d’insécurité alimentaire (58 % des 18-24 ans et 40 % des familles avec enfants). 28 % des familles déclarent avoir eu faim sans pouvoir manger au cours de l’année écoulés. 35 % des Français ont déclaré ne pas avoir mangé trois repas par jour pour des raisons financières au cours des deux dernières années.

La question n’est pas de choisir tel ou tel type d’agriculture. La faim dans le monde et en France résulte exclusivement de choix politiques, de conflits, d’inégalités, de gaspillage et d’un système commercial défaillant. Au lieu de s’enferrer dans des conflits qui n’ont pas lieu d’être, ramenons le débat sur une évaluation effective des politiques agricoles au regard de notre autonomie alimentaire et de la prospérité des campagnes et de ceux qui y vivent. Sujets qui sont au centre de notre travail de vulgarisation et de veille.

Sylvopastoralisme : prévenir les incendies par le pâturage en forêt

Pour protéger les forêts des incendies, faut-il y miser sur le sylvopastoralisme ?

L’illustration provient d’une conférence de Jordan Szcrupak « Expérience(s) de paysage » – 17/06/2024

Comme le montrent plusieurs études publiées notamment par la revue Nature, par le Centre for Agricultural Bioscience International et par AgroParisTech, le sylvopastoralisme constitue un allié puissant en matière de prévention du risque incendie.

La vallée d’U Ghjunsani, en Corse, sur lequel travaille le paysagiste Jordan Szcrupak au sein de l’association U Sbirru, en constitue un bon exemple. Situé au pied du Monte Cinto, entre Calvi et Ile Rousse, ce territoire présente différentes configurations de paysages, dans une région très exposée aux feux.

En analysant la base de données incendies de la DREAL Corse, Jordan Szcrupak a constaté que les différentes zones de ce territoire n’étaient pas frappées de la même manière, et aussi souvent, par les feux de forêts. Ainsi, la zone centrale, couvrant quatre villages, est nettement épargnée par rapport aux vallons situés à quelques kilomètres au nord.

« Cette vallée centrale est assez particulière, car c’est l’une des plus vieilles et dernières chênaie pâturée de Corse, explique le paysagiste dans une conférence à l’ENSAP Bordeaux. Cette configuration offre une sorte d’autoprotection face au feu. »

Pour inverser la tendance actuelle de régression de ce « bocage corse », l’association O Sbirru a élaboré un projet de paysage avec l’objectif d’impliquer différents acteurs locaux pour mettre en place des lisières agri-urbaines d’intérêt général à l’échelle intercommunale, qui devront permettre, à terme, une réduction de la vulnérabilité incendie.

« Le projet de paysage permet à la fois de construire un récit commun entre les différents acteurs du territoire et de montrer que les espaces agroforestiers ont un rôle pour amener une nouvelle gouvernance du risque, qui repose sur la compréhension de l’écologie du feu », plaide Jordan Szcrupak, en charge du projet au sein de l’association.

Reposant sur des pratiques ancestrales, le sylvopastoralisme pourrait ainsi constituer une solution très moderne pour répondre aux enjeux actuels en termes de risque incendie.

Régénération post-incendie : mulch et couverts pour régénérer le sol

Comment faire face aux impacts des incendies ?

Les incendies bouleversent profondément le sol :

  • perte de végétation
  • altération de la structure
  • augmentation de la battance (croûte de surface), explosion de l’hydrophobicité
  • risque de ruissellement et d’érosion

Face à ces perturbations, la couverture du sol apparaît comme une stratégie clé, à la fois pour la stabilisation hydraulique immédiate et pour le restauration de la fonctionnalité écologique à moyen et long terme.

Le mulchage avec du bois constitue une mesure d’urgence souvent recommandée pour limiter l’érosion et les coulées de boue.

Une méta-analyse révèle que les traitements de couverture, notamment la paille et le bois, réduisent significativement l’érosion post-incendie, bien plus efficacement que des techniques comme l’hydromulching.

D’autres essais ont démontré que le mulch de bois stabilise durablement le sol, réduit le ruissellement et favorise la régénération forestière.  Le mulch résout la baisse de perméabilité et le développement de l’hydrophobicité causés par le feu, tout en freinant efficacement le ruissellement et l’érosion à court terme (voir cette étude et celle-ci). Il importe de préciser qu’un taux de couverture complet peut compromettre certains micro-habitat et la biodiversité microbienne.

Parallèlement, l’introduction de couverts végétaux multispécifiques annuels (composés de légumineuses, graminées, brassicacées) offre de multiples bénéfices écologiques et climatiques. Une expérimentation en Grèce a montré que ce type de couvert améliore la fertilité et la structure du sol et booste les facteurs clés de résilience écologique [6].

Ces couverts permettent l’accroissement du stock de carbone organique du sol, la réduction des pertes de nitrates et de phosphore, ainsi que l’amélioration de la rétention d’eau. Une méta-analyse mondiale montre que les couverts végétaux entraînent une augmentation du rendement agricole, du stock de carbone du sol et une diminution de l’érosion, surtout lorsqu’ils sont combinés à des pratiques sans labour et des rotations judicieuses.

L’association de mulches de bois et de couverts multispécifiques apparaît donc comme une stratégie intéressante en post-incendie.

  • Le mulch de bois agit comme bouclier immédiat (anti-érosion, limite splash, meilleure humidité).
  • Le couvert diversifié stimule la régénération végétale en enrichissant le sol, en améliorant la porosité et en favorisant une communauté microbienne riche et fonctionnelle.
  • La transpiration des couverts végétaux augmente la chaleur latente par rapport à la chaleur sensible, atténuant la surchauffe du sol nu et limitant l’amplification des vagues de chaleur.
  • Un couvert diversifié va fructifier et attirer la faune. Il permet d’accélérer la reconstitution du stock de graines détruit par le feu.

Ainsi renforcé, le sol stabilisé, poreux et biologiquement riche, garantit une meilleure diversité d’essences ligneuses à long terme et un cycle hydrique plus équilibré.

Régénération plutôt qu’adaptation : un manifeste pour l’abondance

Nous ne voulons pas nous adapter. Nous voulons nous battre.

La cascade d’Ars en Ariège, photo accessible ici

Lundi 11 août 2025, il faisait 41°C à l’ombre dans les rues de Toulouse. Une semaine avant, les Corbières brûlaient. Comme il y a trois ans, comme il y a deux ans, des forêts entières prennent les couleurs de l’automne, alors que nous passons à peine le 15 août. Des punaises par millions envahissent des villages : dommage inattendu de la culture du colza. Inattendu ? Lorsqu’on dit “chute de 60 % des populations d’insectes et d’oiseaux”, c’est bien de ça qu’on parle.

Tout prend des airs d’apocalypse, alors on s’adapte.

Ici, on remplace le Pommier par la Vigne. Là, la Vigne par l’Olivier. Ici encore, l’Olivier par l’Agave. On muscle les clims, on change les horaires, on débroussaille, on désalinise, on se chamaille pour l’eau. On raccourcit les cycles végétatifs pour passer entre deux canicules. On multiplie les plans d’adaptation : +4°C, +5°C. Pourquoi pas +20, +30°C ?

Tout ceci ne peut que déboucher sur un environnement de plus en plus aride. Le réchauffement court toujours et, comme pour nous enfoncer, nous créons un pays de bitumes brûlants, de landes désolées et de cactus. Nous appelons le désert. Et il vient. Il s’appelle canicules à répétition, sécheresses chroniques, forêts qui dépérissent et érosion.

Nous ne devons pas renoncer à un futur où l’eau et la végétation abondent. C’est ce qui fait la douceur du monde. Dans leur conquête de la surface, il y 400 millions d’années, les plantes et les champignons ont inventé le sol, c’est-à-dire la fertilité des terres noires, la diversité du vivant, l’eau des sources et des rivières et les endroits où il fait bon : l’abondance de la vie sur Terre. Nous ne devons pas y renoncer.

Au même titre que le climat, cette biodiversité est condamnée par nos agissements. Pourtant les chemins de sa régénération sont bien plus accessibles qu’un consensus sur le pétrole au sommet du G20. Chacun peut poser son tas de pierres, protéger la mauvaise herbe qui pousse au pied de sa maison, emmener ses enfants à la montagne ou en forêt et pourquoi pas investir dans de la belle agriculture, de la belle forêt, se faire élire dans sa commune, aider dans une association.

Chacun peut faire quelque chose et, ce qu’il y a de merveilleux avec la biodiversité, c’est qu’elle répond. Chaque geste, aussi infime soit-il, produit quelque chose de tangible : une plante qui pousse, une campagne qui renaît, un papillon qui est là et pourquoi pas, une pluie d’été.

Aujourd’hui, le seul avenir enviable passe par la régénération de cette abondance. Le reste n’est que chaleur et poussières. Les chemins de l’adaptation ne sont qu’un renoncement; une sorte de mort lente ; une anesthésie placide avant la cuisson finale. Soyons des bâtisseurs, soyons des faiseurs d’abondance, plutôt que de nous calfeutrer, rabougris, en consommant les restes du monde tout en cherchant qui accuser de nos échecs.

L’orme : sauver un arbre menacé par la graphiose

L’orme, l’ami disparu

Crédits photo perso

En Grec ancien, l’Orme, πτελέα (pteléa) a donné φτελιά (fteliá) en grec moderne et ttilia (le Tilleul) en latin. Cette parenté linguistique est sans doute liée à la forme des feuilles et la qualité du bois. Botaniquement, l’Orme (Ulmacées) et le Tilleul (Malvacées) n’ont rien à voir. L’Orme a aussi longtemps été considéré comme un cousin du Micocoulier de Provence. Ce qui n’est pas non plus le cas.

Comme le Tilleul, l’Orme est devenu un arbre paysagé. Il est utilisé en brise-vent et en trogne pour les haies et les allées. Malheureusement, à partir de 1910 la graphiose de l’Orme, une maladie fongique transmise par des coléoptères (scolytes), affaiblit les populations. Une souche virulente du champignon, qui se répand dans les années 1970, a décimé la quasi-totalité des arbres adultes, si bien qu’en 1990 ils ont disparu des campagnes d’Europe Occidentale.

S’il subsiste quelques peuplements naturels, ceux-ci sont surtout constitués de jeunes sujets à l’avenir incertain. Si vous avez la chance d’en avoir encore, ils méritent qu’on en prenne grand soin :

  • évitez les coupes et les tailles hors de la période hivernale. L’odeur d’Orme coupé attire le scolyte
  • vérifiez la présence anormale de bois mort ou de feuilles jaunes. En cas de doute, vérifiez la présence de rainures caractéristique sous l’écorce
  • favorisez la diversité génétique en laissant croître les semis spontanés et en récoltant et semant les samares

En cas d’infestation :

  • couper et brûler le bois mort,
  • installer des pièges à scolyte (piège à phéromone à installer avant le printemps, en vente chez les détaillants de fournitures agricoles)

Il existe quelques variétés d’ormes résistantes, notamment des hybrides japonais. En Europe, l’Orme de Lutèce, développé par Jean Pinon et l’Inrae de Nancy, est l’espèce la plus proche des espèces endémiques. L’Orme lisse (Ulmus laevis) et l’Orme de Chine (Ulmus parvifolia) sont eux naturellement moins affectés par la graphiose.

Concernant le semi :

  • Les graines d’orme, appelées samares, mûrissent au printemps
  • Les ramasser sur l’arbre ou juste après leur chute, lorsqu’elles sont encore vertes ou légèrement jaunies
  • Semer dès la récolte.
  • Extraire les graines, il est également possible de semer les samares entières.
  • Semer les graines en surface, recouvrir d’une fine couche de substrat
  • Maintenir à mi-ombre dans un substrat frais mais non détrempé.
  • La germination intervient en 2 à 4 semaines si les graines sont fraîches.
  • Protéger les jeunes plantules des limaces et surveiller l’arrosage.
  • Dès que les plantules ont 2-3 vraies feuilles, repiquer en godets ou en pépinière pour favoriser leur développement racinaire.
  • Planter en place l’automne ou au printemps suivant

En guise d’illustration, un jeune Orme qui est apparu spontanément. On le reconnaît au caractère dissymétrique des feuilles à la base. L’apex a visiblement été brouté par un chevreuil, mais il semble en bonne santé.

Agroforesterie et économie

Et si l’agroforesterie était aussi un moyen de gagner de l’argent ?

Source image

Dans un post, l’Association française d’agroforesterie présente les différents avantages économiques associés à cette pratique, en s’appuyant sur une méta-étude réalisée sous l’égide de la CIRAD et compilant des milliers de sources. Le résultat le plus frappant est une hausse médiane de ➕35% de la production agricole par hectare.

En effet, les systèmes agroforestiers permettent aux exploitants de diversifier leurs sources de revenus en apportant une gamme de produits supplémentaires par rapport à l’agriculture traditionnelle.

Le plus évident d’entre eux est le bois provenant de la taille des arbres plantés, qui se décline en bois-énergie et en bois d’œuvre. En fonction des essences choisies, les arbres procurent bien d’autres produits valorisables : fruits, noix, huiles essentielles, produits médicinaux, fourrage, etc.

Par ailleurs, dans le podcast CAMBIUM, consacré aux pratiques agroforestières, l’agriculteur Ronan Rocaboy décrit comment il intègre une partie de ces produits forestiers au fonctionnement de sa ferme située en Bretagne. Le bois récolté est ainsi utilisé à la fois comme chauffage (chaudière biomasse) et comme litière pour les animaux d’élevage.

Les sous-produits offerts par l’agroforesterie peuvent ainsi être employés à la réduction des coûts d’exploitation. Dans la même logique, les systèmes agroforestiers fournissent divers services écosystémiques tels que la régulation de l’eau, la pollinisation, la régulation des ravageurs, la conservation de la biodiversité.

Ce rééquilibrage écosystémique diminue mécaniquement les besoins en intrants et donc les coûts associés Il a également pour effet d’améliorer progressivement la fertilité biologique des sols, grâce à l’apport de matière organique, et donc leur productivité.

L’agroforesterie propose ainsi un modèle robuste sur la durée, un atout indéniable sur le plan économique, a fortiori dans une période de bouleversement environnemental. Outre son effet bénéfique sur la qualité des sols, elle offre aux parcelles concernées, par la simple action de l’ombre des arbres, une certaine résilience, ce que confirme une étude publiée en 2023.

Les pratiques agroforestières améliorent aussi la régularité des rendements agricoles. De nombreuses recherches sont en cours en France, avec des résultats déjà probants. Une étude réalisée dans la région de Montpellier, a par exemple montré qu’une parcelle d’un hectare de mélange noix/blé permettait une augmentation de 40 % de la productivité.

L’atteinte de l’objectif de 10 % de couverture arborée sur les terres agricoles d’ici 2040, soutenu par l’European Agroforestry Federation (EURAF), est donc particulièrement vitale. Au-delà du rôle de levier de revégétalisation qu’elle peut jouer sur le plan environnemental, l’agroforesterie est donc un modèle économique d’avenir.

Déployons le dès à présent en France !

Urbanisation et climat : quels impacts ?

Quel est l’effet concret de l’urbanisation sur le climat ressenti ?

En Asie, qui a connu une récente et intense urbanisation, l’exemple de l’île de Penang est instructif. Cette île de Malaisie, située dans le détroit de Malacca, haut lieu du commerce international et de la mondialisation, s’avère un laboratoire à ciel ouvert des ravages de l’artificialisation, notamment en termes climatiques.

L’étude “Land use and land cover changes influence the land surface temperature and vegetation in Penang Island, Peninsular Malaysia” démontre que Penang a connu des changements significatifs dans l’utilisation des terres et la couverture végétale entre 2010 et 2021 :

  • une augmentation des zones urbanisées de +45 %
  • une réduction alarmante des surfaces agricoles de -33 %.

En zone urbaine, la température de surface terrestre moyenne est passée de 29 à 34,0 °C, soit +5 °C. La tendance est similaire pour les autres espaces étudiés, forêts et zones agricoles ayant une augmentation de la température de surface (LST) encore plus marquée.

Ce phénomène est étroitement corrélé à la réduction de la couverture végétale, qui joue un rôle essentiel dans la régulation de la température et des pluies. En effet, les terres agricoles et forestières, de par leurs capacités photosynthétiques, modèrent la température tandis que les sols non bétonnés infiltrent efficacement les pluies.

Cette étude met l’accent sur la corrélation inverse entre la LST et l’indice de végétation normalisé (NDVI) : la diminution de la couverture végétale est associée à une élévation des températures. Le déséquilibre créé par l’urbanisation peut donc exacerber les conditions climatiques extrêmes, augmentant le risque de sécheresse et réduisant l’efficacité naturelle de la gestion des eaux pluviales.

L’étude de ces impacts dans des îles nous semble très utile, car il permet d’étudier isolément les impacts de l’urbanisation sur un territoire.

Pour autant, cette corrélation entre baisse de l’activité photosynthétique et hausse de la température est bien documentée par ailleurs. Ainsi, Bahir Dar en Ethiopie, a connu une augmentation de +6°C de ses espaces bâtis entre 1984 et 2024, suite à une expansion urbaine de 366% (voir “Urbanization and land surface temperature dynamics in Bahir Dar, Ethiopia: a comparative analysis of pre- and post-capital status”).
Nul besoin de réaliser une bibliographie exhaustive en la matière pour comprendre les impacts évidents des changements des modes d’utilisation des sols sur le climat.

Il importe par contre de réaffirmer puissamment que la bétonisation des sols nous fait courir un risque palpable. Le suivi de l’indice NDVI devrait se généraliser. La photosynthèse ne doit pas rester cantonnée aux laboratoires ! A quand une carte de suivi hexagonal du NDVI dans le Journal Météo Climat de France 2 ?

Après ces constats, que penser des débats actuels sur l’artificialisation des sols en France ?

Restaurer les rivières par la communauté : Johads au Rajasthan

Comment la mobilisation communautaire restaure les rivières du Rajasthan.

L’image provient de la vidéo accessible ici

L’Inde subit l’assèchement des nappes phréatiques, la dégradation des sols et les températures extrêmes. L’alimentation en eau y dépend étroitement des épisodes de pluies extrêmes de mousson. Les systèmes de stockage de l’eau de pluie sont donc incontournables, surtout au Rajasthan où 84% des nappes phréatiques ont une salinité élevée. Cet État est en première ligne, avec son climat (aride à semi-aride) et sa faible pluviométrie..

En Inde, les initiatives communautaires sur la gestion durable de l’eau fleurissent, en particulier au Rajasthan. Plusieurs vidéos mettent à l’honneur cette mobilisation, dont celles d’Andrew Millison. L’excellent Water Stories revient sur le parcours de Rajendra Singh, le « Waterman of India ».

Travailleur social dans un village reculé du Rajasthan, il a constaté dans les années 1980 les dégâts provoqués par l’abandon des techniques traditionnelles de gestion de l’eau. Il a réalisé l’inefficacité des méthodes modernes et coûteuses de gestion de l’eau (grands barrages et puits profonds). Les nappes phréatiques se vidaient, les rivières s’asséchaient et les habitants étaient contraints de migrer vers les villes.

Il a alors entrepris de redéployer les johads, des bassins de rétention d’eau traditionnels. Ces ouvrages en terre et en pierre, construits par les villageois, recueillent l’eau de pluie, qui s’infiltre lentement et recharge les nappes phréatiques. Des arbres sont plantés autour des plans d’eau pour diminuer l’érosion et améliorer l’infiltration. Surtout, ces johads, peu coûteux, sont construits par les communautés locales qui ont été formées à la gestion durable de l’eau. Des comités de l’eau supervisent les réseaux.

Ces travaux ont amélioré la productivité agricole et la sécurité alimentaire, les villageois exilés ont pu rentrer. Cela a également profité à la biodiversité. Surtout, 13 rivières asséchées ont recommencé à couler. La zone a fortement verdi. Le retour des nuages, permis par un meilleur stockage de l’humidité, a engendré de meilleures pluies. Selon Singh, le climat s’est même stabilisé dans la zone (voir la Publication “Drought, Flood and Climate Change” depuis la page : https://tarunbharatsangh.in/impact/).

Ces progrès spectaculaires ont valu le “prix Nobel de l’eau” à Rajendra Singh en 2015. Celui-ci insiste sur le fait que ces progrès reposent sur des initiatives communautaires, pas gouvernementales ou privées. Ces solutions ont essaimé à travers le territoire. Singh met également en avant le faible coût de ces infrastructures, alors que plus d’un million d’habitants ont bénéficié de la construction de 250.000 johads.

Avec l’intensification des épisodes de pluie extrême en France dans les décennies à venir, la gestion de l’eau doit aussi évoluer en France. Météo France prévoit une augmentation de 15 à 20% de ces épisodes intenses. Les techniques “d’hydrologie douce” doivent se généraliser pour gérer la ressource et résister aux sécheresses croissantes.

Agriculture de conservation : état des lieux mondial

Quelle diffusion de l’agriculture de conservation dans le monde ?

image 1 et image 2

Dans un article précédent, nous avons présenté les avantages de l’agriculture de conservation (AC), en insistant sur la question hydrique. En permettant une meilleure infiltration et une meilleure utilisation de l’eau, l’AC impacte le climat aux échelles micro et macro-climatiques.

Après avoir émergé aux Etats-Unis suite à une grave crise écologique [2], l’agriculture de conservation s’est étendue à travers le monde. Selon une étude de 2021 [3], “en 2015/2016, la superficie totale des terres cultivées en AC était de 180,4 millions d’hectares, soit 12,5 % de la superficie mondiale des terres cultivées. En 2018/2019, la superficie totale des terres cultivées était de 205,4 millions d’hectares, soit 14,7 % de la superficie mondiale des terres cultivées”.

Voici une revue non exhaustive de ce développement :

  • Alors que le Dust Bowl avait violemment percuté les Etats-Unis, l’agriculture de conservation y a énormément progressé, avec plus de 35% des terres cultivées (données de 2015-16).
  • Environ 39% de l’ensemble des surfaces en AC dans le monde se trouvent en Amérique du sud. Ainsi, au Brésil l’AC s’est développée depuis les années 1970 pour lutter contre l’érosion. Elle couvre 68 millions d’hectares en 2020 (en essor de 3,2% par rapport à 2018).
  • En Australie, selon une étude de 2009, “environ 80 à 90 % des 23,5 millions d’hectares de cultures d’hiver australiennes sont désormais cultivés selon les principes de l’agriculture de conservation« . L’altération des sols et le climat sec ont conduit les agriculteurs à adopter massivement ces pratiques.
  • Au Kazakhstan, environ 75% des terres arables sont menacées (désertification, salinisation, érosion et épuisement des terres). A dater de 2010, environ 10% des terres étaient en agriculture de conservation.
  • En Chine, ”l’érosion due au labour traditionnel a dégradé plus de 50 % des sols agricoles”  alors que moins de 5 % des agriculteurs ont adopté l’AC. Face à l’ampleur de la crise, un plan vise à développer l’agriculture de conservation sur 70% des terres arables du Nord Est. Si l’on se réfère au développement de la lutte contre la désertification et au volontarisme du pouvoir chinois, ce pays pourrait tirer le développement de ces pratiques.
  • En France, l’AC ne concerne qu’environ 4% des surfaces. Les progrès à opérer y sont donc considérables. Toutefois, beaucoup d’agriculteurs déploient au moins un des piliers de l’AC.

L’Agence de l’eau Adour-Garonne, entre autres, soutient fermement le développement de l’agriculture de conservation dans son bassin, ce qui est cohérent avec la situation hydrique du grand Sud Ouest. L’amélioration de l’utilisation de l’eau est vitale pour freiner l’aridification des départements les plus méridionaux.

Agriculture de conservation : quels bénéfices pour les sols et le climat ?

L’agriculture de conservation (AC ou ACS) présente de nombreux avantages. Alors que l’humidité des sols est centrale pour le climat et que l’agriculture occupe de larges surfaces (54% du territoire français), l’AC constitue une des seules techniques agroécologiques et mécanisables à même d’optimiser les interactions sol-climat.

L’AC est fondée sur trois piliers : couverture permanente des sols, diversification des cultures et absence de labour (ou travail très superficiel des sols). Créée aux Etats-Unis après le Dust Bowl, l’agriculture de conservation améliore la santé des sols. Elle est particulièrement utile face à l’érosion (hydrique et éolienne). Pour autant, alors qu’au moins un tiers des sols est dégradé dans le monde, ces pratiques peinent à se généraliser, malgré des progrès notables, en France notamment. Dans son récent rapport, le Shift Project prône d’ailleurs son développement.

Généralement, les exploitations appliquent un des piliers, mais rarement les trois. L’AC se caractérise par sa technicité et par l’hétérogénéité des pratiques, en fonction des climats et des sols. Le Graal pour tout praticien est de parvenir à l’agriculture biologique de conservation (ABC). En France, Konrad Schreiber, ainsi que les Décompactés de l’ABC (avec notamment Quentin Sengers), travaillent à se passer d’intrants chimiques et du labour.

Voir à ce sujet la chaîne Youtube de Verre de Terre Production et l’excellent état de la recherche par Wiki Triple Performance.

L’agriculture de conservation limite sensiblement l’érosion : la vitesse d’infiltration de l’eau double en moyenne selon une étude ARVALIS publiée par l’INRAE. Les surfaces couvertes en permanence lissent les effets des épisodes de pluie extrêmes. L’AC augmente de 15 à 20% l’efficience d’utilisation de l’eau par rapport aux systèmes traditionnels, voire jusqu’à 45%. En effet, plus d’eau s’infiltre, moins d’eau est perdue par l’évaporation du sol et le ruissellement. Qui plus est, l’AC favorise le développement racinaire. En ne perturbant pas la vie du sol, les vers de terre et microorganismes y prospèrent. Les interactions sol-plante-microorganismes sont favorisées, ce qui améliore l’utilisation de l’eau.

En 2012, les Etats-Unis ont connu une grave sécheresse. Pourtant, une “augmentation moyenne du rendement de 9,6 % pour le maïs cultivé après une culture de couverture et une augmentation de 11,6 % pour le soja” [8] a été reportée par les agriculteurs en AC, grâce à l’augmentation de l’humidité des sols. Le coût des couverts végétaux est alors couvert par les cours agricoles élevés. L’AC a donc des impacts économiques et de résilience évidents.

Dans une perspective territoriale, l’AC en renforce la robustesse et bénéficie au climat. Des sols couverts en permanence favorisent une évapotranspiration régulière. Une meilleure humidité des sols accroît les probabilités de précipitations. Enfin, les risques d’inondations sont atténués.

Généraliser l’agriculture de conservation, et, plus globalement, toutes les approches permettant l’intensification agroécologique, devient urgent.

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