Initiative de réappropriation climatique

Auteur/autrice : romeo Page 1 of 6

Forêt et canicule : un effet tampon de 4 à 5°C

Source de l’image – Restitution des travaux de l’équipe de recherche du laboratoire EDYSAN

Quel est l’impact des forêts face aux canicules ?
Les forêts atténuent sensiblement les extrêmes climatiques. Cet effet tampon est particulièrement notable lors des canicules.

En 2021, la température a atteint jusqu’à 50 degrés au Canada. Ce super dôme de chaleur a marqué les esprits et fait la une des médias mondiaux.

Une étude de 2024, “Forest canopy cover affects microclimate buffering during an extreme heat event”, s’est attachée à en évaluer les effets. Elle a été réalisée en analysant une réserve forestière de 33 km2, à partir de l’analyse de la température pour l’ensemble du mois de juin 2021.

La température maximale journalière dans les forêts denses était alors de 4°C inférieure à la température régionale, générant un effet tampon qui a permis d’atténuer les impacts sur la faune et la flore de ces espaces forestiers. En outre, plus un couvert forestier est dense, plus cet effet tampon est efficace. En effet, la canopée intercepte une partie du rayonnement solaire, tandis que l’évapotranspiration contribue à refroidir la température.

Une étude plus systématique, qui a porté sur 98 sites dans 5 continents, confirme que les forêts agissent comme isolant thermique, avec un effet tampon qui s’amplifie lors des extrêmes de température. Ce constat est également validé en Europe, avec des effets de refroidissement allant de 2 à 5°C selon la densité forestière et le climat régional.

 Enfin, des scientifiques français ont adopté une démarche innovante pour pallier les limites des mesures en station météo, qui se font nécessairement en espace ouvert. Grâce à la technologie Lidar, ils ont pu mettre en valeur des écarts de températures microclimatiques très marqués en fonction de la densité du couvert végétal (voir illustration de l’article).

Ainsi, “la température d’une station météo proche de la bordure de la forêt (macroclimat) donne une moyenne des températures maximales de 24°C, alors que la température maximale microclimatique varie de 21 à 30°C”.

Pour autant, il faut se garder de tout un optimisme béat, alors que les forêts souffrent face aux coups de boutoir des épisodes de canicule, comme le relève cette étude et comme l’ont démontré les effets de la canicule intense d’août 2025. Celle-ci a occasionné une floraison de photos déprimantes, avec des forêts roussies par un mercure dépassant les 40°c pendant plusieurs jours d’affilée.

Néanmoins, le constat général plaide en faveur de la préservation et de la libre évolution des forêts. Une telle stratégie serait facilitée par la massification de l’agroforesterie, qui permettrait de fournir une partie du bois nécessaire aux différentes activités économiques, tandis que des forêts riches et diversifiées résisteraient bien plus aisément aux sécheresses.

La régénération naturelle assistée permettrait également aux jeunes pousses dotées du matériel génétique le plus adapté au climat de survivre et de prospérer !

Corbières : les incendies accélèrent-ils la désertification ?

Source de l’image

Après les incendies survenus l’été dernier, l’Aude doit-elle craindre une accélération de la désertification de ses paysages ?

Dans un article publié en septembre 2024, trois chercheurs portugais se sont penchés sur les rapports entre feux de forêts, érosion des sols et dégradation des terres, et ont tiré des conclusions alarmantes.

Le feu est une cause majeure de désertification dans la plupart des zones forestières à risque de feu dans le monde”, affirment-ils notamment, décrivant une cascade d’effets nocifs directement liés aux incendies :

  • destruction de la couche organique du sol
  • modifications des propriétés physiques et chimiques du sol
  • perte de capacité d’infiltration
  • diminution des nutriments et du stock de graines
  • répulsivité des sols à l’eau (hydrophobie)

Une partie de nos territoires est aujourd’hui exposée à ce risque et la France a rejoint officiellement, lors de la COP16 désertification organisée en 2024 en Arabie Saoudite, la liste des 169 pays se déclarant touchés.

Environ 1% du territoire national serait concerné, notamment dans le pourtour méditerranéen. La menace portant sur cette portion de l’Hexagone pourrait cependant n’être qu’un avant-goût d’un problème beaucoup plus généralisé.

Dans un article publié en juillet 2024 sur The Conversation, plusieurs experts du climat s’inquiétaient ainsi d’une possible « extension du climat méditerranéen en France au XXIᵉ siècle » en cas de maintien de la tendance actuelle de réchauffement climatique.

Mesurée en France par la trajectoire de réchauffement de référence pour l’adaptation au changement climatique (TRACC), qui prévoit un réchauffement à +2,7 °C en 2050 et +4 °C en 2100, cette tendance est d’ailleurs probablement sous-évaluée, comme l’ont prouvé les travaux du climatologue Vincent Cailliez sur le Massif Central.

Face à cette situation, faut-il rester en réaction, ou bien prendre les devants et faire face ? Dans les territoires déjà touchés comme l’Aude, la désertification n’est pas une fatalité, à condition d’entamer une réflexion profonde sur la nature du paysage et sa nécessaire recomposition.

Comme exposé dans un précédent article la garrigue et les pins ne constituent pas la végétation méditerranéenne originelle. Or, dans le contexte actuel, ce type de végétation constitue un facteur aggravant de désertification, à l’image des pins d’Alep.

« Sur sites méditerranéens, des mesures de longue durée montrent que, à couvert égal, des sols sous pin d’Alep produisent environ 6 fois plus de ruissellement et 10 fois plus d’érosion que sous chêne vert (Quercus ilex) – ce qui renforce le maillon ‘feu → érosion’ », affirme ainsi une étude publiée en 2017 par des chercheurs de l’Université de Wageningen.

Dans la ligne de front de l’aridification que constitue le Sud-Ouest de la France, le massif des Corbières est un bastion stratégique qui doit impérativement être protégé, notamment par la reconfiguration active des paysages.

Montée de sève : tension, cavitation et théorie de l’eau EZ

Entre les feuilles qui tirent et les racines qui poussent.

Une plante est un être sous tension. Sous l’action du soleil, l’eau s’évapore par les stomates situées sous les feuilles. C’est ce qui fait monter l’eau au travers du xylème. C’est comme boire dans une paille : la tension-cohésion.

Lorsque la plante manque d’eau, bien qu’elle régule sa transpiration en fermant ses stomates, la tension au sein de la plante augmente jusqu’à atteindre le potentiel hydrique critique ou tension critique de cavitation. Elle est de -15 bars pour le maïs, -25 bars pour le blé, -18 bars pour le peuplier et jusqu’à -30 bars pour le chêne ou le pin. Soit 500 fois la force qu’il faut pour aspirer dans une paille.

Lorsque cette tension est atteinte, des bulles d’air se forment dans le xylème. Les vaisseaux touchés perdent définitivement leur fonction. C’est l’embolie gazeuse qui peut être fatale.

Il y a donc une force qui provoque la tension alors que la transpiration est à l’arrêt. Sans doute est-ce la même qu’on l’observe tous les printemps avant le débourrement quand l’arbre pleure et qu’on récolte la sève brute pour l’eau de bouleau ou le sirop d’érable. On parle d’un phénomène osmotique appelé pression racinaire.

Pour beaucoup de chercheurs, ce phénomène osmotique n’est pas suffisant, c’est pourquoi la recherche dans ce domaine est très active.

Parmi les théories complémentaires, celle de l’eau EZ nous semble apporter beaucoup à la compréhension du vivant.

L’eau EZ (Exclusion Zone water), également appelée « quatrième état de l’eau », est une théorie développée par Gerald Pollack, professeur à l’Université de Washington, depuis les années 2000. C’est aussi une théorie contestée.

Lorsqu’elle est en contact avec des surfaces hydrophiles comme la cellulose, l’eau forme spontanément une zone d’exclusion (EZ) autour de ces surfaces, qui repousse les particules et solutés. Cette eau présente des propriétés physiques très différentes de l’eau « libre » ou liquide classique : elle est plus ordonnée, plus visqueuse, plus stable. Pollack a qualifié cet état d’« eau structurée ».

La formation de l’eau EZ semble alimentée par le rayonnement infrarouge proche (3 µm), qui fournit l’énergie pour réorganiser la structure moléculaire de l’eau au contact des surfaces hydrophiles. Ce qui générerait un potentiel énergétique dans les systèmes biologiques.

Pollack suppose que cela joue un rôle important dans la montée de la sève. Récemment, des études ont confirmé la présence d’eau EZ dans les vaisseaux conducteurs de certaines plantes. Ce phénomène pourrait compléter l’explication classique fondée sur la tension-cohésion et la pression racinaire.

La théorie de l’eau EZ suscite un débat dans la communauté scientifique. Certains soulignent l’importance des phénomènes d’interfaces et des propriétés particulières de l’eau, tandis que d’autres appellent à davantage de preuves expérimentales pour établir ce concept.

Pour aller plus loin, voir Triple Performance

Sol nu : impacts sur la température et le climat

Photos prises par Mael Bertholom

A chaque canicule, des images chocs montrent l’impact positif de la végétation sur la température en ville. Il en va de même dans les milieux agricoles et forestiers.

Les photos illustrant ce post sont des manifestations concrètes du pouvoir du végétal et de sols en bonne santé pour atténuer les fortes chaleurs. Elles ont été prises en Bretagne le 29 juin 2025 à 14h50 par Mael Bertholom, que nous remercions chaleureusement.

Dans le cas de ces illustrations, peut-on parler de béton vert, alors que la température sol agricole est du même ordre de grandeur que celle de l’asphalte ?

Un sol laissé à nu impacte directement la température ressentie, mais aussi le climat. Ce choix délibéré de gestion culturale interroge alors que, comme notre dernier article l’explique, “le sol peut jouer le rôle de climatiseur ou de radiateur, selon l’humidité disponible et les conditions atmosphériques”.

Ce constat permet d’introduire la notion de ratio de Bowen, soit le rapport entre le flux de chaleur sensible (qui réchauffe l’air) et le flux de chaleur latente (lié à l’évaporation de l’eau). Moins un sol est en mesure de relâcher de l’humidité, plus le ratio de Bowen est élevé. La chaleur latente est basse, la chaleur sensible domine donc. C’est du rayonnement infrarouge local.

Couvrir systématiquement les sols à donc un effet de rafraîchissement immédiat, mais aussi un effet tampon.

Les résultats d’une étude scientifique de 2023, “Enhanced stability of grassland soil temperature by plant diversity”, démontrent que des leviers existent pour atténuer les effets délétères du dérèglement climatique sur les sols. Un utile résumé en français est disponible.

Cette étude a été menée sur le site de l’expérience de Iena, à partir de “l’analyse exhaustive d’un ensemble de données continues sur 18 ans, issues d’une expérience sur la biodiversité des prairies, avec des résolutions spatiales et temporelles élevées”. Ces résultats sont donc particulièrement robustes.

ll en ressort “que la diversité végétale agit comme un tampon naturel, empêchant le réchauffement du sol par temps chaud et son refroidissement par temps froid”.

Dans le détail, la température du sol des communautés végétales avec 60 espèces était de 5,04 degrés C° inférieure à celle des parcelles à sol nu. Cette différence de température est plus de deux fois supérieure à celle qui existe entre les monocultures et le sol nu, pour les mêmes périodes.

Les chercheurs ajoutent que ces effets s’accentuent à mesure que les communautés végétales gagnent en maturité. En outre, plus les extrêmes sont marqués, plus cet effet tampon fonctionne.

Climat, pratiques agricoles et biodiversité sont donc indubitablement liés. A nous, collectivement, de le rappeler aux sphères dirigeantes !

Pâturage tournant dynamique : régénérer sols et prairies

Source photo

Tirer parti des interactions entre mondes végétal et animal contribue à fortement régénérer nos sols et booster la production agricole.

Le premier article de cette série présente la technique du pâturage tournant dynamique (PTD), qui bénéficie aux éleveurs, tant sur le plan économique qu’environnemental.

Le principe du PTD est de découper la zone de pâturage en petites unités, les paddocks (de 0,5 à 2 hectares), et d’organiser une rotation rapide des animaux entre ces parcelles afin que le troupeau ne revienne sur un paddock que lorsque son herbe est régénérée.

Idéalement, les animaux restent environ une journée par parcelle, et jusqu’à 3 jours maximum, évitant ainsi le surpâturage des jeunes repousses. Les paddocks bénéficient ainsi d’un repos de 21 à 90 jours selon la saison, permettant aux plantes de reconstituer leurs réserves via la photosynthèse.

La rotation des parcelles est notamment ajustée en fonction de la vitesse de pousse de l’herbe, elle-même directement influencée par le cycle des saisons et les conditions météorologiques, afin de limiter les refus et d’améliorer la qualité de l’herbe pâturée.

L’objectif est que les animaux mangent le plus possible une herbe présentant trois feuilles formées. À ce stade, la plante a accumulé suffisamment de réserves pour repousser rapidement après la coupe. Plus nutritive et digestive, elle présente par ailleurs une valeur nutritionnelle optimale.

Comme l’indique Carole Merienne, conseillère en agroécologie à la Chambre d’agriculture de Haute-Garonne, la pratique du PTD vise à « mettre en adéquation la part d’herbe pâturée avec le besoin animal, augmenter la quantité d’herbe par hectare, le rendement de la prairie ».

Outre la perspective d’obtenir finalement une viande ou un lait de meilleure qualité, la technique du PTD offre aussi aux éleveurs des avantages économiques dans la gestion de leur exploitation

Elle permet une réduction du besoin d’apport extérieur en azote, grâce à la décomposition des déjections animales, et une meilleure résilience face aux parasites, grâce à la rotation régulière des animaux qui perturbe leur cycle de vie.

L’augmentation de la productivité de la prairie fournit aussi aux éleveurs des stocks de fourrage sec pour les périodes de soudure. En valorisant les excédents par la fauche, ces derniers peuvent donc tendre vers une autonomie quasi-complète.

Les bénéfices du PTD se font en outre sentir sur le plan environnemental :

  • maintien d’un couvert végétal diversifié
  • création d’habitats différenciés favorisant la microfaune du sol

La recomposition des sols constitue l’un des apports écologiques les plus intéressants associés à cette pratique, qui améliore leur capacité d’infiltration de l’eau, mais aussi de stockage de carbone.

A bien des égards, la technique du PTD s’impose ainsi comme un exemple probant de solution fondée sur la nature pour un secteur de l’élevage confronté à d’importants défis.

Vite, massifions l’agroécologie !

Humidité des sols : clé des sécheresses et des pluies

L’image de couvert végétal est accessible ici
L’image de sol à nu peut être vue là

L’humidité des sols conditionne les probabilités de sécheresses et de précipitations.

La forte sécheresse des sols qui a frappé l’Europe à l’été 2025, particulièrement au Nord, alimente donc les températures extrêmes qui la touchent.

Dès 1982, Syukuro Manabe, chercheur très reconnu, a traité ce sujet en produisant la première preuve de concept à partir d’un forçage de l’humidité des sols par simulateur. En 1998, Elfatih Eltahir a précisé l’influence centrale de l’humidité des sols sur la température de surface terrestre [4], ce que confirme une étude de 2023.

L’intégration de l’humidité des sols dans les modèles de prévisions météorologiques est au cœur du travail de Constantin Ardilouze, du Centre National de Recherche en Météorologie de Météo-France. Il est revenu sur le lien entre humidité des sols et survenue de sécheresse et de pluie durant le colloque Environnement et climat à Port-Vendres, en 2024.

Il y explique que “le sol peut jouer le rôle de climatiseur ou de radiateur, selon l’humidité disponible et les conditions atmosphériques”.

En effet, une forte humidité des sols permet une évapotranspiration plus importante qui rafraîchit la température localement. La demande en évapotranspiration diminue alors, ce qui préserve l’humidité contenue dans les sols.

C’est donc une boucle de rétroaction négative.

A l’inverse, lorsque l’humidité est insuffisante, les sols ne renvoient plus d’humidité, l’évaporation s’interrompt et l’air se réchauffe sur le territoire concerné (chaleur sensible).

Une boucle de rétroaction positive se déclenche.

Un couplage lie donc humidité des sols et climat de surface. L’étude “Hot days induced by precipitation deficits at the global scale” montre une forte corrélation entre humidité des sols au printemps et températures estivales.

C. Ardilouze a également comparé sur 110 ans, via un indice d’humidité moyen de l’ensemble du bassin méditerranéen, les 25 années les plus humides et les plus sèches. Ainsi, les anomalies d’humidité des sols établies début mai persistent au moins jusqu’au milieu de l’été, avec une persistance des pluies en années humides.

Le chercheur conclut en évoquant la prise en compte progressive de la végétation dans les modèles de prévisions météorologiques. Un projet démarré en 2024 vise à inclure ce paramètre.

Ceci fait écho aux solutions fondées sur la nature et à l’agroécologie. Le couvert végétal maximise l’infiltration des pluies. Les bocages ralentissent les écoulements, les racines profondes permettent une percolation efficace et en profondeur. Les arbres génèrent également un ombrage qui réduit l’évapotranspiration.

Dans un registre apparenté, Pour une hydrologie régénérative en France, water holistic en Europe de l’Est, participent à “hydrater la terre”, pour citer d’Ananda Fitzsimmons.

Au-delà des polémiques, intensifions l’usage des pratiques agroécologiques. Elles améliorent les conditions du vivant et du climat !

Faim dans le monde : un problème politique, pas agricole

A l’occastion du débat sur la loi Duplomb, la ministre de l’agriculture a affirmé que : “l’agriculture biologique est une agriculture de principe, incapable de nourrir le monde”. Le fait de suggérer que la faim et l’insécurité alimentaire seraient des problèmes agricoles est tout à fait problématique. La faim dans le monde est un problème politique. Dans ce domaine Me Genevard ferait mieux de regarder ce que fait son engeance, plutôt que d’essayer de faire peser sur les agriculteurs une responsabilité qui n’est pas la leur.

Il n’existe pas de pénurie alimentaire globale. Les problèmes d’accès à l’alimentation sont liés à :

  • l’absence de régulation efficace des marchés agricoles et la spéculation sur les matières premières
  • la mainmise de  quelques multinationales
  • le gaspillage :  près d’un tiers de la production alimentaire mondiale est gaspillée chaque année
  • des décisions politiques absurdes
  • les dictatures et les guerres

Prenons quelques exemples :

La crise alimentaire mondiale de 2007-2008 est causée par l’abandon des cultures vivrières, la spéculation sur les marchés, la hausse des prix de l’énergie et des fertilisants, et des restrictions à l’exportation décidées par certains États. Résultat : flambée des prix, émeutes de la faim, instabilité politique, chute de gouvernements.

 La guerre en Ukraine a récemment illustré la vulnérabilité face aux chocs géopolitiques. La panique sur les marchés, la spéculation et la concentration du commerce céréalier entre quelques multinationales ont fait grimper les prix, privant les plus pauvres d’un accès à l’alimentation.

En Afghanistan, au Yémen, au Soudan du Sud ou encore à Gaza, les conflits armés détruisent les infrastructures, déplacent les populations et provoquent l’effondrement économique, rendant l’accès à la nourriture impossible pour des millions de personnes, même quand les récoltes ou à défaut l’aide internationale sont suffisantes.

En 2024, 32 % des Français se déclarent en situation d’insécurité alimentaire (58 % des 18-24 ans et 40 % des familles avec enfants). 28 % des familles déclarent avoir eu faim sans pouvoir manger au cours de l’année écoulés. 35 % des Français ont déclaré ne pas avoir mangé trois repas par jour pour des raisons financières au cours des deux dernières années.

La question n’est pas de choisir tel ou tel type d’agriculture. La faim dans le monde et en France résulte exclusivement de choix politiques, de conflits, d’inégalités, de gaspillage et d’un système commercial défaillant. Au lieu de s’enferrer dans des conflits qui n’ont pas lieu d’être, ramenons le débat sur une évaluation effective des politiques agricoles au regard de notre autonomie alimentaire et de la prospérité des campagnes et de ceux qui y vivent. Sujets qui sont au centre de notre travail de vulgarisation et de veille.

Feux de forêt : les géorisques en cascade sur les sols brûlés

Pourquoi il faut protéger les sols victimes des feux de forêts !

L’image vient de cette étude

En altérant les propriétés du sol, les feux de forêts peuvent générer des géorisques en cascade, menaçant les écosystèmes au-delà des incendies proprement dits.

Une étude publiée en février 2024 par l’Union américaine de géophysique s’est penchée sur la question, en synthétisant des dizaines de travaux récents sur les conséquences de différents feux de forêt sur les écosystèmes touchés.

Les auteurs expliquent comment les incendies affectent les attributs critiques des sols (structure, perméabilité, stabilité), modifiant ainsi leurs propriétés mécaniques, hydrauliques, chimiques, biologiques et thermiques. Ces altérations augmentent la vulnérabilité des écosystèmes à divers géorisques post-incendie (glissements de terrain, inondations, érosions).

L’élimination de la végétation peut ainsi “favoriser l’infiltration en réduisant l’interception des précipitations par la canopée, tout en réduisant potentiellement la transpiration des eaux souterraines stockées”.

Ces altérations hydrologiques, combinées à la diminution de la résistance mécanique des racines, peuvent entraîner une instabilité des pentes sous forme de glissements de terrain superficiels si le rétablissement du paysage est lent”, poursuivent les chercheurs.

En janvier 2019, ce mécanisme a par exemple provoqué des glissements de terrain généralisés sur une zone de 70 km² des monts San Gabriel, en Californie, dont les sols avaient été fragilisés par plusieurs incendies survenus entre trois et dix ans plus tôt.

Les feux de forêt peuvent aussi entraîner “le dépôt de cendres hydrophobes et, par conséquent, une augmentation des éclaboussures de pluie associées à un ruissellement amplifié et à un risque d’inondation, ainsi qu’un dépôt accru de sédiments dans les chenaux d’ordre supérieur, augmentant ainsi le risque de coulées de débris”.

Ce cas de figure s’est produit en janvier 2018, également en Californie, avec des conséquences tragiques. A la suite de fortes pluies sur des terres brûlées par un feu de forêt survenu en décembre 2017, une monstrueuse coulée de débris a ravagé une partie de la ville de Montecito, causant 23 décès.

Pour éviter de tels drames, les auteurs de l’étude exhortent les communautés scientifiques, politiques et techniques à “collaborer pour combler les lacunes de la littérature concernant le comportement et la réponse des sols brûlés soumis à des facteurs de stress” et soulignent que des progrès doivent être faits en matière de “compréhension du calendrier de rétablissement des différentes propriétés des sols et des paysages après les feux de forêt”.

A terme, mieux comprendre ces mécanismes pourrait permettre de mettre en place des projets de régénération naturelle assistée de certains sols touchés par les feux de forêts, par exemple par la mise en place de zones de pâturage [2] ou par la plantation d’arbres pionniers.

Sylvopastoralisme : prévenir les incendies par le pâturage en forêt

Pour protéger les forêts des incendies, faut-il y miser sur le sylvopastoralisme ?

L’illustration provient d’une conférence de Jordan Szcrupak « Expérience(s) de paysage » – 17/06/2024

Comme le montrent plusieurs études publiées notamment par la revue Nature, par le Centre for Agricultural Bioscience International et par AgroParisTech, le sylvopastoralisme constitue un allié puissant en matière de prévention du risque incendie.

La vallée d’U Ghjunsani, en Corse, sur lequel travaille le paysagiste Jordan Szcrupak au sein de l’association U Sbirru, en constitue un bon exemple. Situé au pied du Monte Cinto, entre Calvi et Ile Rousse, ce territoire présente différentes configurations de paysages, dans une région très exposée aux feux.

En analysant la base de données incendies de la DREAL Corse, Jordan Szcrupak a constaté que les différentes zones de ce territoire n’étaient pas frappées de la même manière, et aussi souvent, par les feux de forêts. Ainsi, la zone centrale, couvrant quatre villages, est nettement épargnée par rapport aux vallons situés à quelques kilomètres au nord.

« Cette vallée centrale est assez particulière, car c’est l’une des plus vieilles et dernières chênaie pâturée de Corse, explique le paysagiste dans une conférence à l’ENSAP Bordeaux. Cette configuration offre une sorte d’autoprotection face au feu. »

Pour inverser la tendance actuelle de régression de ce « bocage corse », l’association O Sbirru a élaboré un projet de paysage avec l’objectif d’impliquer différents acteurs locaux pour mettre en place des lisières agri-urbaines d’intérêt général à l’échelle intercommunale, qui devront permettre, à terme, une réduction de la vulnérabilité incendie.

« Le projet de paysage permet à la fois de construire un récit commun entre les différents acteurs du territoire et de montrer que les espaces agroforestiers ont un rôle pour amener une nouvelle gouvernance du risque, qui repose sur la compréhension de l’écologie du feu », plaide Jordan Szcrupak, en charge du projet au sein de l’association.

Reposant sur des pratiques ancestrales, le sylvopastoralisme pourrait ainsi constituer une solution très moderne pour répondre aux enjeux actuels en termes de risque incendie.

Régénération post-incendie : mulch et couverts pour régénérer le sol

Comment faire face aux impacts des incendies ?

Les incendies bouleversent profondément le sol :

  • perte de végétation
  • altération de la structure
  • augmentation de la battance (croûte de surface), explosion de l’hydrophobicité
  • risque de ruissellement et d’érosion

Face à ces perturbations, la couverture du sol apparaît comme une stratégie clé, à la fois pour la stabilisation hydraulique immédiate et pour le restauration de la fonctionnalité écologique à moyen et long terme.

Le mulchage avec du bois constitue une mesure d’urgence souvent recommandée pour limiter l’érosion et les coulées de boue.

Une méta-analyse révèle que les traitements de couverture, notamment la paille et le bois, réduisent significativement l’érosion post-incendie, bien plus efficacement que des techniques comme l’hydromulching.

D’autres essais ont démontré que le mulch de bois stabilise durablement le sol, réduit le ruissellement et favorise la régénération forestière.  Le mulch résout la baisse de perméabilité et le développement de l’hydrophobicité causés par le feu, tout en freinant efficacement le ruissellement et l’érosion à court terme (voir cette étude et celle-ci). Il importe de préciser qu’un taux de couverture complet peut compromettre certains micro-habitat et la biodiversité microbienne.

Parallèlement, l’introduction de couverts végétaux multispécifiques annuels (composés de légumineuses, graminées, brassicacées) offre de multiples bénéfices écologiques et climatiques. Une expérimentation en Grèce a montré que ce type de couvert améliore la fertilité et la structure du sol et booste les facteurs clés de résilience écologique [6].

Ces couverts permettent l’accroissement du stock de carbone organique du sol, la réduction des pertes de nitrates et de phosphore, ainsi que l’amélioration de la rétention d’eau. Une méta-analyse mondiale montre que les couverts végétaux entraînent une augmentation du rendement agricole, du stock de carbone du sol et une diminution de l’érosion, surtout lorsqu’ils sont combinés à des pratiques sans labour et des rotations judicieuses.

L’association de mulches de bois et de couverts multispécifiques apparaît donc comme une stratégie intéressante en post-incendie.

  • Le mulch de bois agit comme bouclier immédiat (anti-érosion, limite splash, meilleure humidité).
  • Le couvert diversifié stimule la régénération végétale en enrichissant le sol, en améliorant la porosité et en favorisant une communauté microbienne riche et fonctionnelle.
  • La transpiration des couverts végétaux augmente la chaleur latente par rapport à la chaleur sensible, atténuant la surchauffe du sol nu et limitant l’amplification des vagues de chaleur.
  • Un couvert diversifié va fructifier et attirer la faune. Il permet d’accélérer la reconstitution du stock de graines détruit par le feu.

Ainsi renforcé, le sol stabilisé, poreux et biologiquement riche, garantit une meilleure diversité d’essences ligneuses à long terme et un cycle hydrique plus équilibré.

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