Des solutions face à l'aridification de la France

Catégorie : Cycle de l’eau Page 1 of 3

Arrachages de vignes et coupes rases : impacts climatiques en Nouvelle-Aquitaine

Image 1 : coupe rase en Creuse
Image 2 : arrachage de vignes en Gironde

Quels impacts climatiques des arrachages de vignes et coupes rases en Nouvelle-Aquitaine ?

La multiplication des arrachages de vignes et des coupes rases va-t’elle elle affaiblir la résilience climatique de la Nouvelle-Aquitaine ?

La Relève et la Peste alerte sur les prélèvements forestiers en Nouvelle-Aquitaine. Un collectif d’associations s’inquiète : « En Creuse, le flux du bois est désormais négatif : la production biologique ne couvre plus la mortalité et les prélèvements« .

Parallèlement, le secteur viticole de Gironde subit une grave crise économique qui a conduit à l’arrachage d’environ 18 000 hectares de vignes entre 2023 et 2025, soit 17,5% du vignoble. Parmi ces surfaces, 5.700 hectares sont destinés à la renaturation. Toutefois, si ces parcelles sont déclarées en jachère PAC, l’obligation d’absence d’enfrichement (par fauchage/broyage) risque d’empêcher la succession écologique et la reconstitution de systèmes racinaires profonds.

Dans les deux cas, les « infrastructures végétales » sont endommagées par la disparition de plantes à racines profondes qui participent au cycle de l’eau via la redistribution hydraulique et l’évapotranspiration.

Plus encore, les bassins d’Europe occidentale, dont ceux de Nouvelle-Aquitaine, alimentent les précipitations des territoires à l’Est. Une étude démontre que 9 à 74% des précipitations estivales européennes proviennent de l’évapotranspiration d’autres bassins en amont, créant un effet cascade ouest-est.

Le précédent de la tempête Klaus (2009) fournit une expérimentation documentée. Avec 200.000 hectares affectés dans les Landes (dégâts supérieurs à 40%), elle a entraîné une perte de couverture nuageuse de 10% en moyenne et jusqu’à 20% pour les zones les plus touchées.

Il importe donc de considérer sérieusement ces enjeux, pas seulement sous le prisme de la gestion de crise dans le cas de la vigne ou du gain économique de l’exploitation sylvicole (pour le bois énergie notamment). Ces deux sujets devraient s’envisager conjointement.

Une vision territoriale intégrée s’impose : la reconversion viticole vers des cultures de plantes pérennes et le développement de l’agroforesterie permettraient de reconstituer des infrastructures végétales tout en réduisant la pression sur la demande en bois forestier.

Malheureusement, des difficultés de pilotage existent  : l’établissement public foncier (EPF) destiné à restructurer les parcelles viticoles tarde à voir le jour. Le Schéma Régional de Gestion Sylvicole (SRGS) de Nouvelle-Aquitaine est en cours d’élaboration depuis 2020. Pourtant première région forestière, elle est la seule sans SRGS actualisé. Les SRGS en vigueur datent de 2006 (pour les régions d’alors : Aquitaine, Limousin et Poitou-Charentes).

Nous reviendrons prochainement sur ce sujet au travers d’une estimation quantitative des impacts climatiques de ces suppressions végétales.

L’adoption d’une démarche territoriale intégrée semble plus que jamais nécessaire pour concilier résilience climatique et développement économique.

Mousses : 25 mm de pluie stockés et 91% de ruissellement en moins

Pour les crédits photos et ce qu’elles racontent, voir la fin de l’article

Jusqu’à 25 mm de pluie stockés dans quelques centimètres de mousse.

Les mousses ont un impact sur le cycle de l’eau et le climat local bien supérieur à ce que leur taille laisse supposer. Une étude de 2019 menée dans les forêts de nuages du Pérou a quantifié que les mousses pouvaient stocker l’équivalent d’une averse significative.

Les mousses font partie du groupe des bryophytes (avec les hépatiques et les anthocérotes). Ces plantes sans système vasculaire figurent parmi les pionniers de la colonisation de la terre ferme initiée par les algues.

Les bryophytes représentent le second plus grand groupe photosynthétique sur Terre. Ainsi, les mousses sont présentes sur tous les continents et regroupent plus de 10.000 espèces. Enfin, la biomasse contenue dans le genre de mousses “Sphagnum” , vivantes et mortes, est supérieure à celle de tout autre genre de plantes sur Terre.

Les mousses ont des caractéristiques impressionnantes : 

  • énormes capacités de rétention d’eau
  • captation du brouillard et de la rosée 
  • lutte contre l’érosion
  • stockage du carbone dans les sols
  • capacité à pousser sans substrat de sol (qu’elles contribuent d’ailleurs à former)
  • purification de l’air
  • grande résilience (une mousse peut se réhydrater après dessiccation totale, la “reviviscence”)

Bien que menacées par le dérèglement climatique, les mousses ont d’incroyables facultés hydrologiques. Selon une étude expérimentale, les mousses ont permis de réduire le ruissellement de surface de 91 % et l’érosion du sol de près de 100 %, tandis que la quantité d’eau percolée a augmenté de 85 % comparé à des sols nus. Selon la revue bibliographique de cette étude, les capacités de stockage en eau vont de 100 à 5 000 % de leur poids sec, selon les espèces.

Dans un cas spécifique (“prairie à tussacks”, Nouvelle-Zélande), les bryophytes constituent 4% de la biomasse végétale mais sont le deuxième contributeur au stockage d’eau par les plantes.

L’étude “The global contribution of soil mosses  to ecosystem services” quantifie leur impact sur le stockage carbone. Selon cette modélisation, les mousses pourraient stocker jusqu’à  6,43 Gt de carbone supplémentaires par rapport à des sols laissés nus. Le carbone stocké dans le sol grâce aux mousses équivaut à 6 fois les émissions annuelles mondiales liées aux modifications d’usage des sols.

Une fois de plus, le règne végétal recèle des solutions décisives. Il est plus que jamais nécessaire de laisser au maximum des forêts en libre évolution afin qu’elles atteignent une maturité écologique suffisante pour se couvrir de mousses.

Pour cela, nous prônons un large développement de l’agroforesterie. En effet, la hausse de production de bois agricole permettrait de nettement réduire les pressions sur des forêts qui gagneraient en robustesse.

Et vous, vous connaissez des projets qui tirent parti des pouvoirs des mousses ? A quand des plans d’adaptation climatiques qui intègrent les mousses ?

Crédits photos et détails :
Image 1 :
L’image en haut à gauche vient d’un reportage de France 3 à la découverte de la forêt humide des mousseuses à La Ferté-Vidame (Eure-et-Loir)
L’histoire de cette « mangrove tempérée » est d’ailleurs croustillante :
« En 1826, Louis Philippe, propriétaire du château de la Ferté-Vidame, aménage le domaine, fait relever le mur d’enceinte, remettre en état les pièces d’eau et installe un système de drainage pour assécher une partie de la forêt. Le mauvais fonctionnement du système entraîne une stagnation de l’eau et permet à la végétation et aux animaux de s’installer dans une ambiance tropicale, sorte de mangrove étrange et mystérieuse. »

Image 2 :
L’image en haut à droite est accessible ici.
Elle montre des gamétophytes de sphaigne qui se développent immergés dans l’eau.
Tarpinian , CC-BY-NC .

Image 3 :
L’image de bas à gauche provient de Wikimedia Commons

Image 4 :
L’image en bas à droite est accessible ici
Elle montre d' »étranges cellules vides des feuilles de sphaigne [qui] abritent des algues ! Ces grandes cellules vides confèrent à la sphaigne son immense capacité de rétention d’eau. »

Bonus : une prairie à tussacks

L’image provient de Wikipedia

Montée de sève : tension, cavitation et théorie de l’eau EZ

Entre les feuilles qui tirent et les racines qui poussent.

Une plante est un être sous tension. Sous l’action du soleil, l’eau s’évapore par les stomates situées sous les feuilles. C’est ce qui fait monter l’eau au travers du xylème. C’est comme boire dans une paille : la tension-cohésion.

Lorsque la plante manque d’eau, bien qu’elle régule sa transpiration en fermant ses stomates, la tension au sein de la plante augmente jusqu’à atteindre le potentiel hydrique critique ou tension critique de cavitation. Elle est de -15 bars pour le maïs, -25 bars pour le blé, -18 bars pour le peuplier et jusqu’à -30 bars pour le chêne ou le pin. Soit 500 fois la force qu’il faut pour aspirer dans une paille.

Lorsque cette tension est atteinte, des bulles d’air se forment dans le xylème. Les vaisseaux touchés perdent définitivement leur fonction. C’est l’embolie gazeuse qui peut être fatale.

Il y a donc une force qui provoque la tension alors que la transpiration est à l’arrêt. Sans doute est-ce la même qu’on l’observe tous les printemps avant le débourrement quand l’arbre pleure et qu’on récolte la sève brute pour l’eau de bouleau ou le sirop d’érable. On parle d’un phénomène osmotique appelé pression racinaire.

Pour beaucoup de chercheurs, ce phénomène osmotique n’est pas suffisant, c’est pourquoi la recherche dans ce domaine est très active.

Parmi les théories complémentaires, celle de l’eau EZ nous semble apporter beaucoup à la compréhension du vivant.

L’eau EZ (Exclusion Zone water), également appelée « quatrième état de l’eau », est une théorie développée par Gerald Pollack, professeur à l’Université de Washington, depuis les années 2000. C’est aussi une théorie contestée.

Lorsqu’elle est en contact avec des surfaces hydrophiles comme la cellulose, l’eau forme spontanément une zone d’exclusion (EZ) autour de ces surfaces, qui repousse les particules et solutés. Cette eau présente des propriétés physiques très différentes de l’eau « libre » ou liquide classique : elle est plus ordonnée, plus visqueuse, plus stable. Pollack a qualifié cet état d’« eau structurée ».

La formation de l’eau EZ semble alimentée par le rayonnement infrarouge proche (3 µm), qui fournit l’énergie pour réorganiser la structure moléculaire de l’eau au contact des surfaces hydrophiles. Ce qui générerait un potentiel énergétique dans les systèmes biologiques.

Pollack suppose que cela joue un rôle important dans la montée de la sève. Récemment, des études ont confirmé la présence d’eau EZ dans les vaisseaux conducteurs de certaines plantes. Ce phénomène pourrait compléter l’explication classique fondée sur la tension-cohésion et la pression racinaire.

La théorie de l’eau EZ suscite un débat dans la communauté scientifique. Certains soulignent l’importance des phénomènes d’interfaces et des propriétés particulières de l’eau, tandis que d’autres appellent à davantage de preuves expérimentales pour établir ce concept.

Pour aller plus loin, voir Triple Performance

Recyclage des précipitations : vers une hydro-diplomatie des forêts

Et si la prise en compte du recyclage des précipitations devenait un facteur de coopération internationale ? Et si la préservation des forêts et le développement de l’agroforesterie renforçaient la régularité des pluies continentales ?

L’image provient de cette étude

Et si la prise en compte du recyclage des précipitations devenait un facteur de coopération internationale ? Et si la préservation des forêts et le développement de l’agroforesterie renforçaient la régularité des pluies continentales ?

Généralement, la gouvernance mondiale de l’eau fait écho au concept d’hydro-diplomatie. Cette méthode vise à concilier la vision des diplomates et celle des ingénieurs afin d’intégrer la gestion de l’eau dans les négociations internationales. Elle concerne généralement la gestion d’un bassin fluvial (tel que le Nil, qui traverse 8 pays). Toutefois, cette gouvernance internationale devrait également prendre en compte le recyclage des précipitations.

En effet, de nombreux chercheurs travaillent sur le concept de “bassin de précipitations” (“precipitationshed”), à la suite d’une publication fondatrice en la matière en 2012. L’étude “Moving from fit to fitness for governing water in the Anthropocene”, publiée en 2024, met en évidence les interdépendances liées au recyclage des précipitations. Ce processus hydrologique fait qu’une partie de l’eau évapotranspirée à partir d’une zone contribue aux précipitations futures. Ainsi, “l’humidité qui s’évapore du continent eurasien est responsable de 80 % des ressources en eau de la Chine”.

Comme nous l’avions montré dans un post précédent, la pluie ne connaît pas nos frontières politiques. L’étude de 2024 abonde : “De solides données montrent que les cycles hydrologiques sont étroitement liés à des échelles spatiales plus vastes, ce qui implique un possible élargissement des frontières généralement prises en compte dans l’étude et la gouvernance de l’eau.

Aussi, tout processus d’artificialisation des sols dans une zone donnée aura un impact sur les précipitations sous le vent, et donc sur un territoire voisin. Les auteurs de l’étude “Upwind forests: managing moisture recycling for nature-based resilience “ parlent de “precipitationshed”, mais aussi d’”evaporationshed”, ou bassin d’évaporation. Ces concepts visent à cartographier les flux d’humidité atmosphérique en identifiant les régions sources et réceptrices de précipitations.

La question de l’utilisation ciblée des forêts et de l’agroforesterie pour améliorer les pluies sous le vent se pose donc avec acuité. Des efforts de reforestation stratégiques pourraient permettre aux cultures agricoles de bénéficier d’un apport hydrique suffisant en période sèche. Une étude de 2019 estime que “jusqu’à 74% des précipitations estivales sur les bassins versants européens dépendent de l’humidité apportée par d’autres bassins versants.”

Plusieurs de nos articles [8] reviennent sur des méthodes préconisées par les chercheurs pour une mise en œuvre effective de ces processus de reforestations stratégiques.

Ne serait-il pas le moment de se mobiliser collectivement et massivement pour inciter le politique à prendre en compte ces sujets ?

Restauration écologique en Slovaquie

En Slovaquie, un programme vise à restaurer le climat d’une région administrative plus vaste que le département de la Haute-Garonne.

Ce programme ambitieux vise à “réduire le ruissellement, atténuer les inondations, lutter contre la sécheresse et les vagues de chaleur”. Lancé en 2021, le “Landscape and watershed Recovery Programme for the Košice Region of Slovakia” doit s’achever en 2030.

Le programme de restauration porte sur la région de Košice, au sud-est de la République slovaque (14% du territoire). Composée de terres arables et de forêts, cette zone subit un réchauffement notable (+2°c en été par rapport à la moyenne historique). La déforestation et l’essor des méthodes d’agriculture intensive ont augmenté les risques d’inondations et le ruissellement. Enfin, selon la présentation du programme, en Slovaquie les parcelles agricoles sont parmi les plus grandes de l’UE (12 hectares, contre une moyenne de 3,9 dans l’UE).

Michal Kravčík et Martin Kováč font partie des initiateurs du programme.

Michal Kravčík est l’auteur du “New Water Paradigm”. Cet ouvrage récemment traduit en français vise à réhydrater les continents. Ce chercheur en hydrologie fait partie des précurseurs en matière de restauration des sols et du cycle de l’eau. L’excellent documentaire “Fleurs du futur : Dobra Voda” de Valérie Valette, décrit son approche.

Martin Kováč fait partie, comme Kravčík, de @Waterholistic. Il a participé à la UN 2023 Water Conference en tant que Secrétaire d’Etat. Avec Kravčík en Conseiller sur les ressources en eau auprès du Premier ministre slovaque, ils ont porté un brillant livre blanc sur l’hydratation des paysages, notamment à travers les solutions fondées sur la nature, la forestation et l’agriculture régénérative.

Ce livre blanc, qui comprend de nombreuses thématiques également portées par l’Autoroute de la Pluie, a donc été présenté à un parterre de décideurs internationaux. Cela démontre l’importance de continuer à promouvoir ces sujets cruciaux pour atténuer les effets du dérèglement climatique.

Cette initiative repose sur la mise en place de 60 millions de mètres cubes de structures de rétention d’eau, sur près de 700 000 hectares. Six conseils consultatifs sur l’eau et la restauration des terres coordonnent les projets dans chaque district. Le projet repose sur la participation des différentes parties prenantes. Il bénéficie aussi d’expériences passées réussies dans la région (voir ici et ). Plusieurs membres de pour une hydrologie régénérative ont d’ailleurs récemment visité le projet pilote.

Végétation et pluie : 2 fois plus de précipitations

 Une masse d’air qui passe au-dessus d’une végétation abondante produit au moins deux fois plus de pluie qu’une masse d’air passant au-dessus d’une végétation plus clairsemée.

L’étude “Observations of increased tropical rainfall preceded by air passage over forests” date de 2012. Elle a été réalisée par des chercheurs britanniques : Spracklen, Arnold et Taylor. L’étude se base sur des données de télédétection par satellite des précipitations et de la végétation tropicale, combinées à des modèles de transport atmosphérique simulés. Elle concerne plus de 60 % de la surface des terres tropicales (latitudes 30°S à 30°N) et porte sur tous les évènements pluvieux entre 2001 et 2007.

Cette étude se veut empirique et démontre que “l’air qui est passé sur une végétation abondante au cours des quelques jours précédents produit au moins deux fois plus de pluie que l’air qui est passé sur une végétation peu abondante”. Cette démonstration corrobore le fait que l’évapotranspiration a une grande importance pour l’alimentation de l’humidité atmosphérique.

Dans l’approche de génie agroécologique que nous entendons promouvoir, ce constat est particulièrement important. Il vient corroborer les idées du regretté chercheur espagnol Millán M. Millán, que nous avons déjà exposées . Celles-ci sont relativement simples et logiques : le cycle de l’eau autour de la mer Méditerranée a été fortement perturbé par l’urbanisation incontrôlée des littoraux, qui a entraîné une importante diminution de la végétation. En effet, Millán M. Millán explique que la brise qui arrive de la mer a une teneur en humidité insuffisante pour précipiter. C’est le passage au dessus des forêts côtières qui permet à ces masses d’air d’atteindre le point critique permettant de générer la pluie.

Ces idées sont donc confortées par l’étude empirique de Spracklen et al. Il reste à en tirer les conséquences pour mettre en application une politique d’aménagement du territoire susceptible, à minima, de ne pas davantage endommager le fonctionnement du cycle de l’eau dans les espaces littoraux.

A cet égard, un projet initié par Nick Steiner et d’autres activistes pour restaurer le cycle de l’eau dans la péninsule ibérique apparaît comme particulièrement prometteur. Ils entendent sensibiliser et gagner à leurs causes les gestionnaires de lieux d’accueil touristique pour qu’ils y déploient des pratiques agroécologiques et de régénération. Ceci permettrait d’alimenter localement le cycle de l’eau afin, in fine, de le réparer à l’échelle de la péninsule.

De la même manière, il est urgent de déployer des pratiques agroforestières dans les Pyrénées Orientales, mais aussi dans l’Aude, l’Hérault et le reste des départements méditerranéens. Toutefois, la situation y est déjà très dégradée et il serait peut-être souhaitable, en premier lieu, d’y déployer les techniques de conservation des sol et des eaux éprouvées au Sahel.

Soyons mammouth

Le pléistocène est une époque géologique qui s’étend de 2,58 millions d’années à 11.700 avant le présent. Elle est caractérisée par une succession d’âges glaciaires et interglaciaires qui ont favorisé la création d’un biome connu aujourd’hui sous le nom de steppe à mammouths. Il s’agit d’une étendue herbeuse  allant de l’Espagne à l’Alaska. C’est l’âge d’or de la mégafaune.

Pendant longtemps on a pensé que cette steppe était dominée par les graminées, comme c’est le cas de tous les écosystèmes ouverts d’aujourd’hui. Pourtant un  article paru dans Science en 2014 a montré que c’est une autre famille de plantes (les phorbes) qui régnaient sur la steppe. Et que c’est il y a seulement 10.000 ans, c’est-à-dire en plein déclin des populations de mammouths, que les graminées ont pris le dessus. Un autre article de 2018 montre que “sans les mammouths, la végétation serait restée au stade d’une toundra peu productive qui n’aurait en aucun cas pu soutenir la diversité et l’abondance des grands herbivores dans un contexte climatique glaciaire”. Pour la grande steppe, le mammouth est une espèce clé de voûte. Il façonne le paysage.

Bien sûr, chaque espèce aménage son territoire. Les exemples ne manquent pas. Les blaireaux, en creusant leurs latrines autour des chemins qu’ils parcourent, font pousser les arbres fruitiers qui les nourrissent. Les plantes injectent dans les sols des sucres qui favorisent une microfaune et une fonge spécifique. Les castors aménagent des zones humides et multiplient saules, bouleaux et peupliers dont ils aiment se nourrir… 

Ce qui est remarquable ici, c’est l’impact sur la productivité de l’écosystème, notamment en condition extrême.

L’idée qu’un écosystème, pourvu qu’on lui apporte la juste perturbation, puisse être d’une plasticité sans limite, est au cœur de cette notion de syntropie que nous promouvons.

Nous ne sommes pas condamnés à voir notre environnement se dégrader, nous pouvons, en ayant les bons gestes au bon moment, l’orienter vers plus de productivité et plus de résilience sans besoin de déployer des trésors de technologie.

La biodiversité au secours des sols

En anglais, on distingue le sol (soil), du parterre (ground). Ainsi, le droit du sol c’est “right of the ground”. Dans cette optique, le sol agronomique est distinct du sol géographique et politique. Pourtant ce qui fait la valeur d’un territoire, d’une terre, ce sont bien les ressources qu’on peut en tirer, et en tout premier lieu, l’eau douce, la nourriture et le climat.

Le sol est un agrégat organo-minéral créé par les plantes et les champignons depuis 500 millions d’années. La lecture du rapport de GIS Sol de 2011, donne un parfait aperçu de la contribution des sols à notre cadre de vie. Le sol est à l’origine de la diversité des espèces. Et comme l’illustre Marc-André Selosse dans L’origine du monde : Une histoire naturelle du sol à l’intention de ceux qui le piétinent (2021 chez Actes Sud Nature), le sol est notre écosystème.

Ce lien est souvent absent de notre imaginaire. L’idée que des humains pourraient exister dans un environnement purement minéral n’est pas uniquement omniprésente dans la science-fiction. Dans son ensemble, le champ culturel et médiatique ne s’intéresse pas au vivant. Pourtant lorsque la biodiversité s’érode, les sols meurent et les hommes s’en vont.

Plusieurs dangers menacent les sols  :

  • L’appauvrissement : la perte de l’horizon organo-minéral par érosion et oxydation : un sol privé de sa matière organique devient une arène. Il devient sec et compact, puis se délite et s’envole
  • L’asphyxie: un sol compacté ne peut plus fonctionner. Les plantes n’y poussent plus, l’eau reste en surface. La vie anaérobie se développe 
  • La salinisation : les sols salés deviennent impropres aux cultures les plus communes. Très peu de plantes supportent les milieux salés.
  • La pollution  : la nourriture et l’eau deviennent toxiques

Ces problèmes qui existent depuis les toutes premières sociétés agricoles se sont aggravé avec l’accélération tout azimut des activités de production. Ainsi, selon la FAO en 2021, 1.600 millions d’hectares de terre agricole sont dégradés [3].

La bonne nouvelle c’est que des solutions de restauration existent : intrants de matière organique (brf, paille), implantation de couvertures permanentes, pâturage holistique ou en mode bison, plantation d’arbres, reconstitution de la porosité avec des bactéries lactiques, voir même dépollution avec des plantes, des bactéries ou des champignons. Autant de solutions qui vont toujours vers un accroissement de la biodiversité.

Cela ne doit pas laisser croire que nous pourrions retrouver ce qu’on a perdu. La pédogénèse est un processus long qui fait des sols une ressource quasi non renouvelable. Mais, et c’est le message de l’Autoroute de la Pluie, en agissant sur la biodiversité, nous améliorons notre territoire.

La croissance, c’est les plantes !

Sources d’illustration : image 1 image 3 image 4

Promouvoir la photosynthèse, car la croissance c’est les plantes
Et si, en 2025, on changeait de curseur et qu’on se mettait, collectivement et massivement, à promouvoir la photosynthèse, la technologie la plus propre, fruit de milliards d’années de R & D ?

Dans un exposé très érudit et poussé en biologie et chimie, l’agroécologue Olivier Husson expose l’importance de la photosynthèse pour la santé des plantes et du sol, soit le socle de la biosphère . La présentation «la photosynthèse : la centrale énergétique indispensable pour la “santé unique”» démontre le caractère névralgique de ce processus bioénergétique. La régularité de la photosynthèse doit être assurée pour fournir une alimentation énergétique au vivant.

Chaque printemps, les publications fleurissent pour enjoindre de cesser la tonte systématique des jardins. Cela va dans le bon sens, mais ce mouvement doit prendre de l’ampleur. L’inconscient collectif doit évoluer profondément. Il faut passer des pelouses tondues à ras à l’abondance végétale. 

Il faut inciter à l’installation massives de potagers, collectifs ou non, qui soutiendraient le développement de la sécurité sociale alimentaire et le verdissement des villes doit accélérer. Imaginez des vergers plantés sur les délaissés communaux et des balcons fleuris en mode syntropique !

De même, les services environnementaux rendus par les agriculteurs doivent être fortement soutenus. Cela nécessite de disposer d’indicateurs fiables facilitant la tâche administrative du monde agricole. La rémunération de ces services environnementaux pourrait, en partie, reposer sur l’activité de photosynthèse.

L’agriculture traditionnelle, généralement la polyculture-élevage en France, repose sur des cultures diversifiées allant dans ce sens. C’est une immense opportunité alors que “l’agriculture familiale […] occupe 2,6 milliards de la population humaine qui produisent 70 % de la production alimentaire mondiale avec 30 % des ressources agricoles mondiales” [voir le lien]. Réaffectons les 70% restants à l’agroécologie !

Soutenir ce mouvement permet de disposer d’une alimentation de qualité. Surtout, enclencher cette mobilisation collective permet de proposer un nouveau récit. Et une agriculture diversifiée, utilisant l’arbre en pivot, apporte tant de bénéfices, écosystémiques et climatiques.

Un sol, tant qu’il est nu, ne rapporte rien, ni en termes écologique, ni en termes économiques. Comme le résume Konrad Schreiber, spécialiste de l’agroécologie : “sol à nu, sol foutu”.

  • un sol à nu, c’est l’érosion, des inondations, de la chaleur et des émissions de CO2
  • un sol à nu, c’est le Dust Bowl, ces tempêtes de poussière qui ont ravagé les Etats-Unis à cause de pratiques mécanisées néfastes

Collectivement, luttons contre les aberrations du béton et de la désertification auto-générée !

#photosynthèse #agroécologie

La rosée, ça fait rêver

La rosée est un phénomène par lequel l’humidité de l’air redevient liquide. En de nombreuses circonstances, sa présence suscite des espoirs : celui de faire face aux sécheresses, celui de relancer une activité végétale lorsqu’il n’y a presque plus rien, celui d’une pluie invisible.

Qu’en est-il vraiment ?

Plusieurs articles apportent des éléments d’objectivation du sujet :

🔶Le premier article présente une méthode utilisant les systèmes d’information géographique et la télédétection pour estimer le potentiel de volume de rosée sur l’ensemble du territoire de la Serbie.

Le potentiel moyen estimé de rosée est de 20-40 mm/an pour le sud, 15 mm/an pour le nord, 30-50 mm/an pour la région centrale et 20-30 mm/an pour l’est. Dans les régions les plus sèches, il est inférieur à 10 mm/an/m².

Les auteurs notent que ce volume pourrait compléter les ressources en eau, en particulier au printemps.

🔶Le second article examine les facteurs influençant l’absorption de la rosée par les feuilles de différentes plantes en utilisant un isotope stable du deutérium. 

Des expériences en pot ont été menées sur trois espèces végétales communes, en faisant varier la température de l’air et la vitesse du vent. 

Les principales conclusions sont que:

  • 6% à 35% de la rosée est absorbé par les feuilles des plantes 
  • la capacité d’absorption de la rosée varie considérablement selon les espèces (structure des feuilles, présence de cire)
  • pour chaque espèce, il existe une température optimale d’absorption 
  • la vitesse du vent accélère l’évaporation et diminue l’absorption

🔶Le troisième article est une étude à long terme menée entre 2005 et 2021 dans trois zones subhumides du nord-ouest de la Chine. Elle consiste en une observation quotidienne de la rosée durant toute la période de croissance des plantes. 

Le volume de rosée est évalué entre 29 et 42 mm durant la période de croissance des plantes, donc dans les mêmes ordres de grandeur que l’étude en Serbie. 

Cette étude pointe l’importance des facteurs géophysiques comme la pente, l’exposition et surtout le vent. Mais, elle met surtout en avant la coïncidence entre le pic de rosée et le pic d’activité végétale, ce qui nous conforte dans l’idée qu’il existe un cercle vertueux entre l’hydratation de l’environnement et l’activité végétale.

🔶Dans le cas des milieux arides, la rosée prend une importance toute particulière. 

Ainsi, dans le “désert du Taklamakan, en Chine,(précipitations annuelles totales < 200 mm) […] l’accumulation de rosée représente jusqu’à 36 % des précipitations totales (12,9 mm)” selon une étude.

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