Des solutions face à l'aridification de la France

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Agriculture de conservation : quels bénéfices pour les sols et le climat ?

L’agriculture de conservation (AC ou ACS) présente de nombreux avantages. Alors que l’humidité des sols est centrale pour le climat et que l’agriculture occupe de larges surfaces (54% du territoire français), l’AC constitue une des seules techniques agroécologiques et mécanisables à même d’optimiser les interactions sol-climat.

L’AC est fondée sur trois piliers : couverture permanente des sols, diversification des cultures et absence de labour (ou travail très superficiel des sols). Créée aux Etats-Unis après le Dust Bowl, l’agriculture de conservation améliore la santé des sols. Elle est particulièrement utile face à l’érosion (hydrique et éolienne). Pour autant, alors qu’au moins un tiers des sols est dégradé dans le monde, ces pratiques peinent à se généraliser, malgré des progrès notables, en France notamment. Dans son récent rapport, le Shift Project prône d’ailleurs son développement.

Généralement, les exploitations appliquent un des piliers, mais rarement les trois. L’AC se caractérise par sa technicité et par l’hétérogénéité des pratiques, en fonction des climats et des sols. Le Graal pour tout praticien est de parvenir à l’agriculture biologique de conservation (ABC). En France, Konrad Schreiber, ainsi que les Décompactés de l’ABC (avec notamment Quentin Sengers), travaillent à se passer d’intrants chimiques et du labour.

Voir à ce sujet la chaîne Youtube de Verre de Terre Production et l’excellent état de la recherche par Wiki Triple Performance.

L’agriculture de conservation limite sensiblement l’érosion : la vitesse d’infiltration de l’eau double en moyenne selon une étude ARVALIS publiée par l’INRAE. Les surfaces couvertes en permanence lissent les effets des épisodes de pluie extrêmes. L’AC augmente de 15 à 20% l’efficience d’utilisation de l’eau par rapport aux systèmes traditionnels, voire jusqu’à 45%. En effet, plus d’eau s’infiltre, moins d’eau est perdue par l’évaporation du sol et le ruissellement. Qui plus est, l’AC favorise le développement racinaire. En ne perturbant pas la vie du sol, les vers de terre et microorganismes y prospèrent. Les interactions sol-plante-microorganismes sont favorisées, ce qui améliore l’utilisation de l’eau.

En 2012, les Etats-Unis ont connu une grave sécheresse. Pourtant, une “augmentation moyenne du rendement de 9,6 % pour le maïs cultivé après une culture de couverture et une augmentation de 11,6 % pour le soja” [8] a été reportée par les agriculteurs en AC, grâce à l’augmentation de l’humidité des sols. Le coût des couverts végétaux est alors couvert par les cours agricoles élevés. L’AC a donc des impacts économiques et de résilience évidents.

Dans une perspective territoriale, l’AC en renforce la robustesse et bénéficie au climat. Des sols couverts en permanence favorisent une évapotranspiration régulière. Une meilleure humidité des sols accroît les probabilités de précipitations. Enfin, les risques d’inondations sont atténués.

Généraliser l’agriculture de conservation, et, plus globalement, toutes les approches permettant l’intensification agroécologique, devient urgent.

Végétation et climat : comment les plantes atténuent le réchauffement

La qualité de la couverture végétale permet d’atténuer les aléas climatiques. Cette relation est établie par de nombreuses études, dont voici un aperçu.

L’étude de 2022 “Biodiversity mediates ecosystem sensitivity to climate variability” démontre que la diversité végétale atténue la sensibilité des écosystèmes aux variations climatiques. La complémentarité fonctionnelle des espèces permet une optimisation des flux hydriques et énergétiques. Cette étude repose sur l’étude de plus de 57 500 espèces végétales et des observations de télédétection dans l’hémisphère occidental.

Une autre étude, “Vegetation-based climate mitigation in a warmer and greener World”, s’attache à quantifier le potentiel de régulation climatique offert par les végétaux, selon différents scénarios d’émissions de CO₂. Selon les modélisations, le verdissement pourrait atténuer le réchauffement terrestre de 0.71°C d’ici 2100 dans un scénario de fortes émissions. Ce résultat est loin d’être anodin quand on sait que “chaque dixième degré compte”, comme le rappellent inlassablement les scientifiques engagés sur ce sujet.

En se plongeant dans l’étude du climat passé, des résultats forts instructifs apparaissent également. C’est le cas de l’étude “Geographic range of plants drives long-term climate change”. Publiée en 2024, elle est le fruit d’une collaboration pluridisciplinaire d’une équipe de chercheurs britanniques. Malgré des limites relevées par les auteurs, cette modélisation paléoclimatique innovante montre que la distribution spatiale des végétaux influence davantage le climat que leur seule productivité biologique.

En effet, la Pangée, le supercontinent rassemblant la quasi-totalité des terres émergées jusqu’au début du Jurassique, avait un climat majoritairement aride. Cette configuration géographique aurait limité l’effet régulateur des plantes en réduisant leur aire de répartition géographique. Selon les auteurs, la fixation du carbone aurait été plus faible et la concentration de CO₂ dans l’atmosphère presque deux fois plus élevée que ce que les modèles avaient précédemment prédit. Cette perspective géohistorique est cruciale pour comprendre les interactions biosphère-géosphère, même si la complexité de cette modélisation à l’échelle planétaire et couvrant des millions d’années invite à la prudence.

Ces travaux soulignent les difficultés pour la modélisation climatique d’intégrer pleinement les rétroactions biophysiques. La conciliation des approches réductionnistes (modèles de circulation générale ou GCM) et des théories systémiques (autorégulation biotique) constitue un défi important pour la recherche. L’unification des paradigmes biophysiques et biochimiques en climatologie est plus que jamais nécessaire.

L’Autoroute de la Pluie entend stimuler l’intensification agroécologique, et, plus largement, susciter la prise de conscience sur l’importance des interactions sol-végétation-climat par la vulgarisation scientifique.

Biodiversité et rendements agricoles : ce que dit la science

La biodiversité au secours des rendements agricoles ?

Dans un contexte d’essoufflement des rendements agricoles, plusieurs expériences de terrain montrent que favoriser la réintroduction de la biodiversité pourrait aider à inverser la tendance.

Un article du Monde d’octobre 2024 présente les travaux de l’écologue Marie-Charlotte Anstett, qui a réintroduit des insectes pollinisateurs sur des cultures de cassis en chute de productivité en Bourgogne, avec des résultats spectaculaires : les rendements des pieds concernés sont en effet désormais “plus de trois fois plus importants que ceux des plants témoins” !

Le directeur de recherche au CNRS Vincent Bretagnolle a également travaillé sur ce sujet dans sa zone atelier des Deux-Sèvres. Il a notamment étudié en situation l’impact des pollinisateurs sur les rendements des cultures de colza et de tournesol.

Les conclusions, basées sur plusieurs centaines de parcelles étudiées sur quatre années successives, indiquent qu’abeilles et pesticides sont à peu près équivalents dans leur capacité à augmenter les rendements, affirmait en 2019 le chercheur. Mais d’un point de vue économique, les abeilles sont plus efficaces, tout simplement parce qu’elles sont ‘gratuites’.”

Le rôle décisif joué par les pollinisateurs dans le développement des végétaux a par ailleurs été abondamment étudié par la science. En 2016, un rapport de l’IPBES affirmait que 75% de nos cultures alimentaires et près de 90% des plantes sauvages à fleurs dépendent, au moins en partie, de la pollinisation par les animaux.

Certains agronomes contestent toutefois la validité scientifique d’une corrélation directe entre pollinisation et rendements, qui reposerait sur des “simplifications abusives” liées aux écueils des méthodes statistiques utilisées. Ces limites doivent être prises en compte. Il n’existe pas de solution miracle au problème agricole.

Continuer à explorer la piste d’une agriculture en meilleure harmonie avec le vivant, comme le fait depuis plus d’une vingtaine d’années The Jena Experiment, n’en demeure pas moins pertinent. Implantée en Allemagne, sur un terrain de 10 hectares divisé en 400 parcelles, cette initiative lancée en 2002 étudie les processus écosystémiques sur le long terme, dans une perspective agricole.

https://www.institutparisregion.fr/nos-travaux/publications/agriculture-et-biodiversite/

Ces recherches ont notamment mis en évidence les interactions positives entre espèces végétales et animales, qui ne se limitent d’ailleurs pas aux pollinisateurs. Ces recherches indiquent que la réintroduction d’une variété végétale permet de réamorcer un cycle vertueux de développement d’espèces interdépendantes.

Le projet de l’Autoroute de la Pluie, qui cible notamment l’implantation de 40 arbres par hectare, s’inscrit résolument dans cette approche : proposer des solutions fondées sur la nature pour favoriser le retour de la biodiversité sur des territoires qui souffrent de sa disparition.

Agroforesterie d’urgence : méthode de plantation rapide face au climat

L’agroforesterie d’urgence : qu’est-ce que c’est ?

La perte de bocages et le rôle pivot de l’arbre dans les systèmes climatiques et agricoles sont très documentés. L’agroforesterie classique dont nous aurions besoin aurait dû être plantée il y a 50 ans. Mais, au contraire, elle a été détruite. Pourtant, disposer rapidement de systèmes agroforestiers permettrait de faire face à la dégradation rapide du climat. Ainsi, le climatologue Christophe Cassou alertait en 2023 sur la possibilité de faire face à des températures de 50° à l’ombre l’été en Europe.Comment, dès lors, éviter que toutes les cultures ne déperissent pas immédiatement ?

“L’agroforesterie d’urgence” vise à mettre rapidement en sécurité un territoire par la génération d’ombre intermittente et une meilleure disponibilité hydrique. Cette méthode, initiée par Cédric Cabrol, ne prétend pas être aboutie, mais à amorcer le dialogue de la robustesse avec les agriculteurs. Car c’est la co-construction qu’il faut viser, le monde agricole en ayant assez qu’on lui dise quoi faire.

Certains acteurs proposent parfois des approches rigides, alors qu’il faut justement initier un dialogue entre secteurs (agricoles, scientifiques, économiques et publics). La méthode décrite ici doit enrichir un panel de solutions, pas dicter la gestion à la parcelle. Sans appropriation, il n’y aura pas de progrès.

  • La proposition de l’agroforesterie d’urgence est donc d’aider à mettre des territoires en sécurité
  • Pour cela, des arbres pionniers sont utilisés pour leurs facultés d’adaptation et de résilience
  • Ces arbres présentent l’avantage d’une croissance particulièrement rapide. Ainsi, sans s’attarder sur le polémique paulownia, le peuplier peut atteindre 7 mètres en 3 ans (Voir l’étude “Plantation de peupliers à grande profondeur dans les dunes du delta du Pô)
  • Le bouturage très profond est visé, les boutures disposant d’un chevelu racinaire à 2 mètres de profondeur dès la plantation
  • Le nettoyeur haute pression (ou “karcher”) permet une plantation très rapide
  • L’idée est de couvrir la plus grande surface possible avec des méthodes ultra efficientes plutôt que de faire de la “sur-qualité” sur un petite surface
  • Une densité de 40 arbres à l’hectare est visée (en ligne avec la préconisation de l’AFAF et du Centre de Développement de l’Agroécologie), soit en théorie 30% des sols remis sous la canopée. Cela permet une consommation d’eau assez faible et une captation de rosée efficace. Le gain en humidité du sol stimulera alors la pluviométrie (Voir, notamment, cette étude sur la relation entre humidité des sols et probabilités de pluie).
Images issues de l’étude sur le bouturage très profond des peupliers

Pour qu’un tel système soit massivement adopté, l’appropriation est critique. Le planteur doit être dépassé par ses arbres dans l’année qui suit la plantation, pour qu’il organise joyeusement un apéro “sous ses arbres” en août. Cette satisfaction rapide est un facteur important à l’ère de l’instantanéité. Elle suscite l’envie de ses pairs afin qu’ils répliquent cette approche.

Enfin, l’agroforesterie d’urgence vise à sécuriser les revenus, mais aussi à les augmenter. Alors que la pression sur la biomasse s‘accroît [5], le bois agricole présente un immense potentiel.

Plateau de Loess, verdissement et économie

Quelle est la relation entre la restauration écologique d’un territoire et son développement économique ?
Nous avons déjà documenté les résultats spectaculaires du reverdissement du Plateau de Loess, en Chine, notamment pour l’amélioration de la disponibilité hydrique.

L’image provient de l’étude “High quality developmental approach for soil and water conservation and ecological protection on the Loess Pateauaccessible ici

Le succès de cette restauration nous conduit à en évaluer l’impact économique, sans pour autant prendre pour argent comptant les agences étatiques chinoises. Malgré ces réserves, certaines études permettent d’évaluer la situation après plusieurs décennies de restauration écologique à grande échelle. Le devenir de cette zone après ce verdissement spectaculaire occupe d’ailleurs de nombreux chercheurs chinois.

Selon une étude de 2021, “l’état de l’environnement naturel du Plateau de Loess affecte à la fois la survie et le bien-être de plus de 100 millions de personnes”. Cette restauration a permis de lutter efficacement contre l’érosion et à la désertification. La couverture végétale a doublé (32 % du territoire en 1999 à 64 % en 2019). La structure industrielle a été optimisée et les terres arables sont devenues plus productives. En outre, avec la mise en œuvre du programme « Grain for Green », le revenu agricole moyen a plus que doublé, le revenu non agricole augmentant de 60%.

Une étude de 2023 explore le compromis entre restauration écologique et croissance économique : le PIB y a été multiplié par 9 au cours des quatre dernières décennies. Les chercheurs parlent de “situation gagnant-gagnant entre la conservation des sols et le développement économique”. Toutefois, l’essor économique a été spectaculaire pour toute la Chine. Malgré des progrès notables, le Plateau de Loess, comme la plupart des régions enclavées, est en retard par rapport à la moyenne nationale.

Une autre étude de 2023 évalue la valeur des services écosystémiques à l’échelle du bassin de la rivière Beiluo, situé dans la zone. La valeur du services écosystémique y a augmenté de 3,2 milliards USD (hausse de 54,16 % entre 1975 et 2015). Selon les auteurs, la préservation écologique n’a pas notablement perturbé la production agricole, même s’ il existe des conflits d’usages (arbitrages entre restauration écologique et agriculture).

Image issue de cette étude

 Enfin, face aux contraintes écologiques du Plateau de Loess et à l’essor de l’urbanisation, la Chine utilise un “modèle de sécurité écologique” afin d’y garantir la stabilité écologique, à travers le suivi d’une trame de corridors écologiques. La Chine jouit ainsi d’une grande expérience sur ces sujets, avec une planification et une évaluation cartographique fine.

Paradoxalement, l’état de dégradation avancée des sols conduit à faire de la Chine un leader en matière de génie écologique et de lutte contre la désertification.

On le voit, les projets de restauration écologique de grande envergure ne viennent pas grever l’économie et les arguments de réalisme économique de certains lobbys démontrent toute leur vacuité.

Restauration écologique en Slovaquie

En Slovaquie, un programme vise à restaurer le climat d’une région administrative plus vaste que le département de la Haute-Garonne.

Ce programme ambitieux vise à “réduire le ruissellement, atténuer les inondations, lutter contre la sécheresse et les vagues de chaleur”. Lancé en 2021, le “Landscape and watershed Recovery Programme for the Košice Region of Slovakia” doit s’achever en 2030.

Le programme de restauration porte sur la région de Košice, au sud-est de la République slovaque (14% du territoire). Composée de terres arables et de forêts, cette zone subit un réchauffement notable (+2°c en été par rapport à la moyenne historique). La déforestation et l’essor des méthodes d’agriculture intensive ont augmenté les risques d’inondations et le ruissellement. Enfin, selon la présentation du programme, en Slovaquie les parcelles agricoles sont parmi les plus grandes de l’UE (12 hectares, contre une moyenne de 3,9 dans l’UE).

Michal Kravčík et Martin Kováč font partie des initiateurs du programme.

Michal Kravčík est l’auteur du “New Water Paradigm”. Cet ouvrage récemment traduit en français vise à réhydrater les continents. Ce chercheur en hydrologie fait partie des précurseurs en matière de restauration des sols et du cycle de l’eau. L’excellent documentaire “Fleurs du futur : Dobra Voda” de Valérie Valette, décrit son approche.

Martin Kováč fait partie, comme Kravčík, de @Waterholistic. Il a participé à la UN 2023 Water Conference en tant que Secrétaire d’Etat. Avec Kravčík en Conseiller sur les ressources en eau auprès du Premier ministre slovaque, ils ont porté un brillant livre blanc sur l’hydratation des paysages, notamment à travers les solutions fondées sur la nature, la forestation et l’agriculture régénérative.

Ce livre blanc, qui comprend de nombreuses thématiques également portées par l’Autoroute de la Pluie, a donc été présenté à un parterre de décideurs internationaux. Cela démontre l’importance de continuer à promouvoir ces sujets cruciaux pour atténuer les effets du dérèglement climatique.

Cette initiative repose sur la mise en place de 60 millions de mètres cubes de structures de rétention d’eau, sur près de 700 000 hectares. Six conseils consultatifs sur l’eau et la restauration des terres coordonnent les projets dans chaque district. Le projet repose sur la participation des différentes parties prenantes. Il bénéficie aussi d’expériences passées réussies dans la région (voir ici et ). Plusieurs membres de pour une hydrologie régénérative ont d’ailleurs récemment visité le projet pilote.

Qu’est-ce qu’une plante ?

Francis Hallé a souvent dit qu’il était incapable de définir ce qu’était un arbre, car dès qu’on se hasarde à une définition, on trouve un contre exemple. Cette idée est reprise dans un film de 2002 de Sophie Bruneau et Marc-Antoine Roudil. Après avoir essayé plusieurs définitions, le narrateur finit par conclure pragmatiquement que si on rentre dans une plante en voiture et que la voiture est cassée, alors cette plante est un arbre.

Illustration : interaction entre Nepenthes ampullaria et une espèce de grenouille (Microhyla nepenthicola). Les déjections de la grenouille et de ses têtards nourrissent la plante. Il semble que celle-ci soit également capable de digérer des feuilles mortes (voir ici et ).

Cette difficulté à définir ce qu’est un arbre ou une plante s’applique-t-elle aux végétaux en général ? 

Si on se base sur la définition du Larousse, un végétal est un être vivant dont les cellules sont limitées par des membranes de cellulose. On a là effectivement une définition qui fonctionne. Toutefois, le dictionnaire avance d’autre caractéristiques moins universelles :

  • La présence de chlorophylle
  • Il existe des plantes comme la monotrope uniflore qui en sont dépourvues
  • Le fait d’être fixé au sol 
  • L’œillet de l’air, des chansons de Carlos Gardel (tillandsia aeranthos) est un plante sans racine, qui s’enroule autour d’un support quelconque (un fil électrique par exemple) 
  • Une sensibilité et une mobilité extrêmement discrètes
  • La sensitive (mimosa pudica) se rétracte lorsqu’on la touche
  • Et enfin, une nourriture composée de sels minéraux et de gaz carbonique

Ce dernier point mérite sans doute qu’on s’y arrête. En effet, ce n’est pas parce qu’on sait faire pousser des plantes de façon ultra intensive avec des minéraux et du gaz carbonique, que c’est ce qu’elles consomment spontanément. Au-delà des plantes carnivores spectaculaires, il semble que le fait de consommer des microbes soit assez répandu chez les plantes, il y a même une algue verte qui sait dégrader la cellulose d’autres plantes. Enfin, certaines orchidées mangent directement des champignons

Climat : CO2 et sols, les deux jambes de Millán Millán

Trop méconnue, la théorie des « deux jambes du climat » offre une clé de lecture cruciale pour mieux appréhender les enjeux environnementaux actuels.

Développée notamment par l’Espagnol Millán M. Millán, elle propose un changement de perspective par rapport aux politiques climatiques menées depuis un demi-siècle qui, en se focalisant sur les émissions de CO2, ont occulté le rôle décisif joué par les sols dans la régulation des températures

https://www.pexels.com/photo/photo-of-power-poles-against-the-background-of-a-landscape-with-a-lake-california-usa-12243130/

Décédé en janvier 2024, le chercheur en physique atmosphérique Millán Millán, dont nous avions présenté les travaux dans un article précédent, a étudié les interactions entre les sols, la végétation et le climat.

Dans un article publié en juillet 2023, l’écrivain @Rob Lewis présente ainsi la problématique soulevée par Millán: « Le changement climatique est généralement décrit comme ayant une flèche de causalité pointant vers le bas, de l’atmosphère vers la surface de la terre, celle-ci agissant comme un récepteur passif du changement climatique. Mais la flèche pointe également vers le haut, à partir des sols, ceux-ci se comportant non seulement comme un récepteur climatique, mais aussi comme un moteur du climat. »

Cette approche à deux volets a été initiée dans les années 1960 par le climatologue canadien Ted Munn, dont Millán fut le disciple. En étudiant de près le fonctionnement de la couche limite, la plus basse de l’atmosphère, en contact avec la surface de la Terre et directement affectée par elle, il a mis en évidence l’impact des systèmes vivants sur le climat.

Principalement composées d’eau, les espèces animales et végétales jouent un rôle important dans sa captation et sa redistribution à l’échelle locale. Et comme l’indique Millán Millán, « ce cercle s’amplifie : l’eau, à travers la vie, engendre plus d’eau, engendre encore plus de vie, recueille encore plus d’eau, et elle continue ainsi, entraînant un refroidissement et une modération accrus du climat. »

La théorie des deux jambes du climat ne néglige pas pour autant l’impact des émissions de CO2 à l’échelle globale. « Les gaz à effet de serre et l’utilisation des terres contribuent tous deux au changement climatique, mais à des rythmes différents », souligne Millán. Si les effets du CO2 s’observent sur le temps long, ceux de l’artificialisation des sols modifient immédiatement le cycle hydrologique.

Autrefois prise en compte dans le débat mondial autour du changement climatique, l’approche à deux volets du climat a été mise de côté à la fin des années 1970, au profit d’une vision centrée sur la nécessaire réduction des émissions de gaz à effet de serre.

Il est urgent de revenir à cette conception moins unilatérale de la question climatique, notamment parce qu’elle ouvre le champ des moyens d’actions possibles. 

La démarche de l’Autoroute de la Pluie s’inscrit résolument dans cette idée : les sols et la végétation ont un rôle décisif à jouer dans la lutte contre le réchauffement.

Végétation et pluie : 2 fois plus de précipitations

 Une masse d’air qui passe au-dessus d’une végétation abondante produit au moins deux fois plus de pluie qu’une masse d’air passant au-dessus d’une végétation plus clairsemée.

L’étude “Observations of increased tropical rainfall preceded by air passage over forests” date de 2012. Elle a été réalisée par des chercheurs britanniques : Spracklen, Arnold et Taylor. L’étude se base sur des données de télédétection par satellite des précipitations et de la végétation tropicale, combinées à des modèles de transport atmosphérique simulés. Elle concerne plus de 60 % de la surface des terres tropicales (latitudes 30°S à 30°N) et porte sur tous les évènements pluvieux entre 2001 et 2007.

Cette étude se veut empirique et démontre que “l’air qui est passé sur une végétation abondante au cours des quelques jours précédents produit au moins deux fois plus de pluie que l’air qui est passé sur une végétation peu abondante”. Cette démonstration corrobore le fait que l’évapotranspiration a une grande importance pour l’alimentation de l’humidité atmosphérique.

Dans l’approche de génie agroécologique que nous entendons promouvoir, ce constat est particulièrement important. Il vient corroborer les idées du regretté chercheur espagnol Millán M. Millán, que nous avons déjà exposées . Celles-ci sont relativement simples et logiques : le cycle de l’eau autour de la mer Méditerranée a été fortement perturbé par l’urbanisation incontrôlée des littoraux, qui a entraîné une importante diminution de la végétation. En effet, Millán M. Millán explique que la brise qui arrive de la mer a une teneur en humidité insuffisante pour précipiter. C’est le passage au dessus des forêts côtières qui permet à ces masses d’air d’atteindre le point critique permettant de générer la pluie.

Ces idées sont donc confortées par l’étude empirique de Spracklen et al. Il reste à en tirer les conséquences pour mettre en application une politique d’aménagement du territoire susceptible, à minima, de ne pas davantage endommager le fonctionnement du cycle de l’eau dans les espaces littoraux.

A cet égard, un projet initié par Nick Steiner et d’autres activistes pour restaurer le cycle de l’eau dans la péninsule ibérique apparaît comme particulièrement prometteur. Ils entendent sensibiliser et gagner à leurs causes les gestionnaires de lieux d’accueil touristique pour qu’ils y déploient des pratiques agroécologiques et de régénération. Ceci permettrait d’alimenter localement le cycle de l’eau afin, in fine, de le réparer à l’échelle de la péninsule.

De la même manière, il est urgent de déployer des pratiques agroforestières dans les Pyrénées Orientales, mais aussi dans l’Aude, l’Hérault et le reste des départements méditerranéens. Toutefois, la situation y est déjà très dégradée et il serait peut-être souhaitable, en premier lieu, d’y déployer les techniques de conservation des sol et des eaux éprouvées au Sahel.

Régénération naturelle : 215 millions d’hectares à reboiser

Quel est le potentiel de régénération naturelle des régions tropicales déboisées dans le monde ?
Nous avons exposé dans plusieurs articles [1 et 2] l’impact climatique positif du verdissement qui a démarré au début des années 1980 et a contenu 12% du réchauffement climatique.

Fort de ce constat, il est utile d’examiner le potentiel d’extension de ce verdissement. L’étude “Global potential for natural regeneration in deforested tropical regions” [3] permet de s’en faire une idée en examinant le potentiel de régénération naturelle dans les régions tropicales déboisées. Cette étude, publiée dans Nature en 2024, est basée sur les données 2000-2016 et repose un modèle doté d’une résolution spatiale de 30 mètres.

Selon cette étude, une superficie de 215 millions d’hectares pourrait être reboisée efficacement avec les méthodes de régénération naturelle forestière. Avec 52% de la superficie pouvant bénéficier de cette approche, cinq pays devraient être ciblés prioritairement : Brésil, Indonésie, Chine, Mexique et Colombie.

La méthode de régénération naturelle est plus pérenne. Elle se caractérise par ses coûts abordables: “12 à 3 880 USD par ha contre 105 à 25 830 USD” pour la plantation d’arbres. Cette approche a notamment été popularisée par Tony Rinaudo, grand promoteur de la régénération naturelle qu’il a déployé au Niger, avant que la méthode ne soit largement disséminée dans les pays tropicaux, Afrique en tête. Les régions forestières tropicales constituent un hotspot de la perte de biodiversité, mais elles présentent aussi un potentiel très important de régénération.

Les auteurs de l’étude conçoivent leur travail comme un outil d’aide à la décision. En effet, la régénération naturelle est trop peu déployée, les décideurs ne sachant pas toujours où agir efficacement. La présente étude se base sur une analyse de télédétection, parue en 2022, ayant porté sur plusieurs millions de parcelles afin d’évaluer la pérennité de la repousse naturelle d’arbres. L’équipe de chercheurs a ensuite listé un ensemble de variables géospatiales, biophysiques et socio-économiques et utilisé des méthodes d’apprentissage automatique afin d’évaluer où la régénération naturelle a réussi dans les zones étudiées.

Dans l’étude de 2024, les chercheurs se sont concentrés sur les zones tropicales, mais la régénération naturelle pourrait également se déployer en zone tempérée, particulièrement là où l’aridification commence à entraver la croissance des arbres locaux.

Quand on pense à l’impact positif important du verdissement, qui a pour beaucoup reposé sur la Chine et l’Inde, ce processus gagnerait à être largement soutenu à l’échelle globale. Et le déploiement en parallèle de l’agroforesterie viendrait utilement soulager les forêts, afin qu’elles croissent avec moins de contraintes. Enfin, l’intensification agroécologique des pratiques agricoles a tout son intérêt pour soutenir le verdissement global.

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