Crédit photo: USGS

Connaissez-vous les biocroûtes ? Largement méconnues, ces communautés d’organismes vivants couvrent pourtant 12% des surfaces émergées du globe.

Après avoir dressé un panorama des caractéristiques hydrologiques et climatiques des mousses, examinons en détail les biocroûtes.

Les croûtes biologiques du sol, ou biocroûtes, résultent d’une alliance entre mousses (et d’autres bryophytes), champignons, lichens, cyanobactéries, et algues, en proportions variables. Selon les cas, cette couche biologique représente quelques millimètres à 15 cm d’épaisseur de sol. Les biocroûtes sont principalement situées en milieu aride et semi aride et couvrent 17,9 millions de km2. On les trouve jusqu’en Antarctique.

Image issue de cette étude

Ces communautés photoautotrophes bien spécifiques remplissent plusieurs fonctions écosystémiques d’importance : 

  • stabilisation du sol (érosion)
  • réduction des émissions de poussières

En outre, elles impactent positivement les principaux cycles naturels.

 Le cycle de l’eau 

Comme nous l’avons vu dans le post précédent sur les mousses, les biocroûtes régulent la rétention, l’infiltration et la redistribution de l’eau dans les écosystèmes. En couvrant le sol, elles le protègent aussi du risque de battance.

 Le cycle du carbone

Les biocroûtes capturent environ 2,6 milliards de tonnes de CO₂ annuellement et représentent environ 7% de la production primaire nette des organismes terrestres mondiaux. La photosynthèse des biocroûtes demeure active même avec très peu d’eau, grâce à des capacités de captation du brouillard et de la rosée.

Le cycle de l’azote

Les biocroûtes jouent un rôle clé dans la fixation de l’azote dans les écosystèmes désertiques grâce aux cyanobactéries, qui le transforment en nutriments disponibles pour les plantes.  Les biocroûtes fixent 40% de l’azote biologique terrestre. Ces communautés peuvent donc contribuer à la régénération de sols dégradés et influent largement sur les cycles biogéochimiques à l’échelle planétaire.

Ces fonctions régulatrices sont menacées : le réchauffement pourrait réduire leur couverture de 25 à 40% d’ici 2070. Face à ce constat, des initiatives émergent, alors que la “Décennie des Nations unies pour la restauration des écosystèmes 2021-2030” est censée battre son plein.

 C’est notamment le cas de l’emblématique Plateau de Loess, en Chine. Cette zone  a fait l’objet de l’ambitieux programme “Grain for Green” de restauration écologique [voir ici et ]. En plus d’améliorer la disponibilité en eau, la réhabilitation des biocroûtes y sert également à stabiliser les sols et à limiter les tempêtes de poussière qui menacent la Chine depuis des décennies. L’ampleur des projets mis en œuvre et la forte disponibilité d’étude à ce sujet mérite d’y consacrer un post prochainement.