
DNC : la biosécurité agricole au service du contrôle économique et social
L’anthropologue James C. Scott suggère que les premiers États sont fondés spécifiquement sur la culture des céréales, qui sont idéales pour une taxation régulière et un contrôle administratif centralisé :
- visibilité des cultures
- récolte groupée
- facilité de stockage et de transport
- prévisibilité saisonnière
En d’autres termes, les céréales rendent la société plus facile à surveiller et à administrer (voir James C. Scott, Homo Domesticus – La Découverte. [lien] et James C. Scott, Homo-domesticus – Lectures. [lien])
L’État s’appuie sur des agro-systèmes simplifiés, homogénéisés et contrôlables. Cette logique de contrôle vertical reste présente dans l’agriculture française contemporaine au travers d’une comptabilité centralisée, de normes et de pratiques contraintes issus de la révolution verte. Le territoire est « lisible » (ici le lait, là le sucre, ailleurs le blé) et les interlocuteurs identifiés.
L’État contrôle non seulement les excédents agricoles, mais aussi les débouchés commerciaux. Les rendements sont prévisibles. La PAC renforce cet aspect. Les choses trop complexes comme les mélanges de culture et l’agroforesterie sont disqualifiées : une parcelle, un usage. Le tout est contrôlé par satellite.
Si la « lisibilité » prime pour l’administration, la folie administrative insécurise les agriculteurs. De plus, cette simplification augmente la vulnérabilité aux crises climatiques ou sanitaires.
Dans ce domaine, la « stratégie du vide » prime : abattages préventifs, interdiction de commercialisation, vides sanitaires imposés. Ainsi, la grippe aviaire imposera l’abattage de plusieurs dizaines de millions de volailles entre 2016 et 2023. Zones tampons, élevages intensifs isolés, double clôtures, traçabilité : la biosécurité réduit encore plus la diversité des systèmes agricoles et renforce la vulnérabilité et l’arbitraire administratif.
Mettre un mouton et une poule dans le même pré est interdit. C’est la logique de simplification que James C. Scott associe aux premiers États.
Aujourd’hui, avec la DNC, le schéma se durcit encore. C’est une maladie dont le contrôle pourrait passer par des mesures d’isolement des animaux et de surveillance. Mais l’État applique une politique d’abattage systématique des troupeaux touchés dont les fermes ne peuvent pas se remettre.
Rétorsion ? Mercosur ? Incompétence ? Restrictions à l’export Les spéculations abondent. Quand on tue des animaux pour ne pas qu’ils tombent malades, on peut aussi détruire des fermes pour éviter qu’elles fassent faillite.
La gestion de cette crise s’inscrit dans la continuité du modèle de simplification et de contrôle social de la paysannerie qui a notamment servi à imposer les monocultures destinées à l’export dans les colonies : une répression policière et administrative qui ne semble pas avoir de limites.
Plus l’imprévu devient la norme, plus l’État privilégie des systèmes uniformes et contrôlables qui nous rendent vulnérables aux événements sanitaires, climatiques ou économiques, et qui font le malheur des paysans.
Lectures complémentaires :
Coordination Rurale, Un siècle d’histoire entre le prix du blé et l’État français. [lien]
Biosecurity Concept: Origins, Evolution and Perspectives. [lien])
