Image 1 : coupe rase en Creuse
Image 2 : arrachage de vignes en Gironde

Quels impacts climatiques des arrachages de vignes et coupes rases en Nouvelle-Aquitaine ?

La multiplication des arrachages de vignes et des coupes rases va-t’elle elle affaiblir la résilience climatique de la Nouvelle-Aquitaine ?

La Relève et la Peste alerte sur les prélèvements forestiers en Nouvelle-Aquitaine. Un collectif d’associations s’inquiète : « En Creuse, le flux du bois est désormais négatif : la production biologique ne couvre plus la mortalité et les prélèvements« .

Parallèlement, le secteur viticole de Gironde subit une grave crise économique qui a conduit à l’arrachage d’environ 18 000 hectares de vignes entre 2023 et 2025, soit 17,5% du vignoble. Parmi ces surfaces, 5.700 hectares sont destinés à la renaturation. Toutefois, si ces parcelles sont déclarées en jachère PAC, l’obligation d’absence d’enfrichement (par fauchage/broyage) risque d’empêcher la succession écologique et la reconstitution de systèmes racinaires profonds.

Dans les deux cas, les « infrastructures végétales » sont endommagées par la disparition de plantes à racines profondes qui participent au cycle de l’eau via la redistribution hydraulique et l’évapotranspiration.

Plus encore, les bassins d’Europe occidentale, dont ceux de Nouvelle-Aquitaine, alimentent les précipitations des territoires à l’Est. Une étude démontre que 9 à 74% des précipitations estivales européennes proviennent de l’évapotranspiration d’autres bassins en amont, créant un effet cascade ouest-est.

Le précédent de la tempête Klaus (2009) fournit une expérimentation documentée. Avec 200.000 hectares affectés dans les Landes (dégâts supérieurs à 40%), elle a entraîné une perte de couverture nuageuse de 10% en moyenne et jusqu’à 20% pour les zones les plus touchées.

Il importe donc de considérer sérieusement ces enjeux, pas seulement sous le prisme de la gestion de crise dans le cas de la vigne ou du gain économique de l’exploitation sylvicole (pour le bois énergie notamment). Ces deux sujets devraient s’envisager conjointement.

Une vision territoriale intégrée s’impose : la reconversion viticole vers des cultures de plantes pérennes et le développement de l’agroforesterie permettraient de reconstituer des infrastructures végétales tout en réduisant la pression sur la demande en bois forestier.

Malheureusement, des difficultés de pilotage existent  : l’établissement public foncier (EPF) destiné à restructurer les parcelles viticoles tarde à voir le jour. Le Schéma Régional de Gestion Sylvicole (SRGS) de Nouvelle-Aquitaine est en cours d’élaboration depuis 2020. Pourtant première région forestière, elle est la seule sans SRGS actualisé. Les SRGS en vigueur datent de 2006 (pour les régions d’alors : Aquitaine, Limousin et Poitou-Charentes).

Nous reviendrons prochainement sur ce sujet au travers d’une estimation quantitative des impacts climatiques de ces suppressions végétales.

L’adoption d’une démarche territoriale intégrée semble plus que jamais nécessaire pour concilier résilience climatique et développement économique.