Des solutions face à l'aridification de la France

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Rupture métabolique : quand Marx analysait la dégradation des sols

Image : « Labourage nivernais«  de Rosa Bonheur (1849) Collections du Musée d’Orsay

Dès 1867, Karl Marx alertait sur les effets nocifs du capitalisme industriel sur la santé des sols.

Théoricien critique de ce système de production au moment de son essor au milieu du XIXe siècle, l’auteur du Capital est souvent « accusé d’être un penseur productiviste très insouciant des questions écologiques et écologistes », résumait le chercheur en philosophie Paul Guillibert en mars 2025 dans La Terre au Carré sur France Inter.

Inscrite dans la série de podcasts « Capitalisme, une histoire de la Terre », cette émission nuance toutefois cette image. Si Marx a négligé un temps l’impact environnemental du capitalisme, Paul Guillibert rappelle ainsi qu’« à partir de 1864-1865, au moment où il travaille sur Le Capital, il découvre un agronome de l’époque, Justus Liebig, dont les travaux montrent scientifiquement que l’agriculture capitaliste intensive est en train de ruiner les sols. »

Rupture métabolique

Dans son œuvre la plus célèbre, Marx aborde ainsi cette question en notant que la production capitaliste « trouble la circulation matérielle entre l’homme et la terre, en rendant de plus en plus difficile la restitution de ses éléments de fertilité, des ingrédients chimiques qui lui sont enlevés et usés sous la forme d’aliments et de vêtements. »

Cette analyse renvoie à une réalité de l’époque. Pour permettre une augmentation des rendements à court terme, les nouvelles techniques d’agriculture productiviste introduites au XIXe siècle ont nécessité un énorme apport en nutriments provenant des sols.

Or, comme le souligne Paul Guillibert, dans ce système d’approvisionnement alimentaire, « les excréments produits par les êtres humains ne retournent pas dans les sols, donc les échanges de matières sont rompus et avec eux la source de fertilité : les sols vont s’appauvrir radicalement en agriculture. »

Ainsi, comme le résume Karl Marx dans Le Capital, « chaque progrès de l’agriculture capitaliste et un progrès non seulement dans l’art d’exploiter le travailleur, mais encore dans l’art de dépouiller le sol ; chaque progrès dans l’art d’accroître sa fertilité pour un temps, un progrès dans la ruine de ses sources durables de fertilité. »

Cette situation, qui va conduire à des crises agricoles dans la seconde moitié du XIXe siècle, d’abord en Angleterre, puis dans le reste de l’Europe, correspond selon le chercheur  à une rupture écologique et historique : « Le capitalisme produit ce que Marx appelle une perturbation du métabolisme société/nature. Pour la première fois dans l’Histoire, tout un tas de matières ne retournent pas à la nature pour la nourrir et cela conduit à son appauvrissement. »

Depuis l’époque de Karl Marx, cette logique extractiviste n’a cessé de s’intensifier, dans les pays capitalistes comme dans les pays “communistes”. Malmenés pendant des décennies par des pratiques qui ne leur permettent pas de se régénérer, les sols du monde entier sont à bout de souffle.

Inverser la tendance s’impose ainsi, plus que jamais, comme une urgence.

Drainage de zones humides : 3,4 millions de km² perdus depuis 1700

L’image provient de cette étude

3,4 millions de km² de zones humides perdues depuis 1700 🌍‼️
En plus d’émettre des gaz à effet de serre, ce processus impacte également le climat et notre sécurité collective. Les terribles inondations qui ont ravagé l’Asie du Sud-Est fin novembre 2025 questionnent la place accordée aux zones humides.

Ainsi, au Sri Lanka, qui connaît une urbanisation à marche forcée, la gestion de ces zones défraye la chronique. Une étude démontre que le développement économique rapide de la Chine (1990-2010) est allé de pair avec une grande perte de zones humides.

Depuis 1700, au moins 3,4 millions de km² de zones humides ont disparu sur Terre, surtout aux Etats-Unis, en Chine et en Europe. Ainsi, l’équivalent du double de la superficie de l’Allemagne a été drainé en Europe.

 Dès l’apparition des grands empires agraires, les hommes ont cherché à dompter les fleuves et à assécher les marécages pour l’agriculture. La capacité de mener à bien de grands travaux hydrauliques est d’ailleurs un marqueur d’un pouvoir central fort.

Dans l’Europe du Moyen-Age, le contrôle des zones humides n’a pas signifié un assèchement brutal. Contrairement aux grands défrichements amorcés au XIe siècle, les zones humides sont plutôt utilisées pour créer des étangs pour la pisciculture. Elles sont alors considérées comme “des lieux de ressources”.

La Renaissance marque un tournant vers une vision hygiéniste, les marais étant désormais vus comme des nuisances. De grandes opérations de drainage, impulsées par les rois de France, débutent au XVIIe siècle. Le XIXe siècle marque un tournant, plusieurs lois encourageant l’assèchement des zones humides. En France, les Landes sont emblématiques, en étant progressivement transformées en plantations de pins.

Le XXe siècle parachève le travail. Jusqu’en 1992, le droit rural  français considère les zones humides comme inutiles [4]. Pour augmenter la productivité, les terres doivent être massivement drainées. La lutte contre le paludisme joue aussi.

La période 1970-90 marque l’apogée du mouvement en France : 

Environ 2,5 millions d’hectares de marais, marécages et prairies humides ont été drainés entre 1970 et 1990, essentiellement pour créer des zones agricoles, mais aussi par extension de l’habitat et des réseaux de transport” selon l’INRAE.

Le rythme baisse à l’orée du XXIe siècle, en France et dans les autres pays dits développés. Pourtant, le mal est fait, les zones humides ont été massivement amputées.

Ce bref historique, par nature incomplet vu l’ampleur du sujet, démontre bien l’influence humaine sur ces écosystèmes critiques.

En France, les inondations répétées qui ont frappé le Nord, en 2023 et 2024, s’expliquent en partie par le drainage historique du delta de l’Aa, plus grand polder habité de France.

Biocroûtes : ces communautés vivantes qui couvrent 12% des terres

Crédit photo: USGS

Connaissez-vous les biocroûtes ? Largement méconnues, ces communautés d’organismes vivants couvrent pourtant 12% des surfaces émergées du globe.

Après avoir dressé un panorama des caractéristiques hydrologiques et climatiques des mousses, examinons en détail les biocroûtes.

Les croûtes biologiques du sol, ou biocroûtes, résultent d’une alliance entre mousses (et d’autres bryophytes), champignons, lichens, cyanobactéries, et algues, en proportions variables. Selon les cas, cette couche biologique représente quelques millimètres à 15 cm d’épaisseur de sol. Les biocroûtes sont principalement situées en milieu aride et semi aride et couvrent 17,9 millions de km2. On les trouve jusqu’en Antarctique.

Image issue de cette étude

Ces communautés photoautotrophes bien spécifiques remplissent plusieurs fonctions écosystémiques d’importance : 

  • stabilisation du sol (érosion)
  • réduction des émissions de poussières

En outre, elles impactent positivement les principaux cycles naturels.

 Le cycle de l’eau 

Comme nous l’avons vu dans le post précédent sur les mousses, les biocroûtes régulent la rétention, l’infiltration et la redistribution de l’eau dans les écosystèmes. En couvrant le sol, elles le protègent aussi du risque de battance.

 Le cycle du carbone

Les biocroûtes capturent environ 2,6 milliards de tonnes de CO₂ annuellement et représentent environ 7% de la production primaire nette des organismes terrestres mondiaux. La photosynthèse des biocroûtes demeure active même avec très peu d’eau, grâce à des capacités de captation du brouillard et de la rosée.

Le cycle de l’azote

Les biocroûtes jouent un rôle clé dans la fixation de l’azote dans les écosystèmes désertiques grâce aux cyanobactéries, qui le transforment en nutriments disponibles pour les plantes.  Les biocroûtes fixent 40% de l’azote biologique terrestre. Ces communautés peuvent donc contribuer à la régénération de sols dégradés et influent largement sur les cycles biogéochimiques à l’échelle planétaire.

Ces fonctions régulatrices sont menacées : le réchauffement pourrait réduire leur couverture de 25 à 40% d’ici 2070. Face à ce constat, des initiatives émergent, alors que la “Décennie des Nations unies pour la restauration des écosystèmes 2021-2030” est censée battre son plein.

 C’est notamment le cas de l’emblématique Plateau de Loess, en Chine. Cette zone  a fait l’objet de l’ambitieux programme “Grain for Green” de restauration écologique [voir ici et ]. En plus d’améliorer la disponibilité en eau, la réhabilitation des biocroûtes y sert également à stabiliser les sols et à limiter les tempêtes de poussière qui menacent la Chine depuis des décennies. L’ampleur des projets mis en œuvre et la forte disponibilité d’étude à ce sujet mérite d’y consacrer un post prochainement.

Inondations : ruissellement, érosion et solutions agricoles

Un an après, Valence est de nouveau inondée en novembre 2025. Que faire face à la récurrence des évènements extrêmes ?

En octobre 2024, plus de 220 personnes ont perdu la vie dans la région de Valence (Espagne), à la suite de pluies torrentielles. Il y a quelques jours, la même zone a de nouveau été frappée par de fortes intempéries, avec un bilan heureusement moins lourd.

Loin d’être le fruit du hasard, cette récurrence interroge sur les modes d’aménagement du territoire dans des régions de plus en plus souvent touchées par des épisodes pluvieux intenses.

Dans un post sur LinkedIn, l’urbaniste Clément Gaillard attirait l’attention sur la quantité considérable de boue charriée par la lame d’eau ayant provoqué les inondations de Valence, estimant qu’elle était “probablement le signe d’une érosion intense et d’un manque d’infiltration en amont”.

Conséquence directe de l’urbanisation incontrôlée de la région de Valence au cours des dernières décennies, cette situation illustre les risques découlant du développement urbain lorsque celui-ci ne tient pas compte du contexte environnemental dans lequel il s’inscrit.

Plaidant à l’inverse pour des “approches holistiques et intégrées de gestion des eaux pluviales afin d’améliorer la résilience et la durabilité urbaines face au changement climatique”, une étude de 2025 décrypte les stratégies d’amélioration déployées par onze métropoles mondiales et décrit notamment les “infrastructures bleues et vertes” mises en place pour faire face aux pluies torrentielles.

Un angle mort réside toutefois dans l’articulation entre gestions des espaces urbains et non urbains. Au-delà des villes, il semble aujourd’hui nécessaire d’accorder une attention accrue aux modes d’occupation des sols agricoles pour minimiser l’impact du ruissellement en cas de pluie extrême.

Une étude sur les terrasses agricoles urbaines à Lyon et la réduction du ruissellement pluvial rend ainsi un verdict sans appel. En comparant le potentiel d’infiltration des jardins familiaux du Fort de Loyasse (2.8 ha) à une modélisation d’une zone sans terrasses avec un couvert herbeux, il s’avère que ces terrasses permettent :

  • une diminution de 75% de volume ruisselé
  • un pic de ruissellement retardé de 40 minutes 
  • une diminution de 30% de l’intensité de ce pic

Le CEREMA et les autres acteurs de la gestion de l’eau en France s’attèlent à améliorer la gestion des inondations par ruissellement [4]. Sans surprise, l’extension de l’agriculture de conservation des sols est citée comme solution, de même que les haies, la renaturation des cours d’eau et les ouvrages d’hydraulique douce.

L’aménagement du territoire, comme beaucoup de domaines, ne peut plus s’envisager en silo. L’agriculture est un formidable levier d’adaptation des territoires aux effets du dérèglement climatique. Il est désormais temps de s’en saisir collectivement, sans laisser reposer les efforts à la parcelle sur les seules épaules des agriculteurs.

Sol nu : impacts sur la température et le climat

Photos prises par Mael Bertholom

A chaque canicule, des images chocs montrent l’impact positif de la végétation sur la température en ville. Il en va de même dans les milieux agricoles et forestiers.

Les photos illustrant ce post sont des manifestations concrètes du pouvoir du végétal et de sols en bonne santé pour atténuer les fortes chaleurs. Elles ont été prises en Bretagne le 29 juin 2025 à 14h50 par Mael Bertholom, que nous remercions chaleureusement.

Dans le cas de ces illustrations, peut-on parler de béton vert, alors que la température sol agricole est du même ordre de grandeur que celle de l’asphalte ?

Un sol laissé à nu impacte directement la température ressentie, mais aussi le climat. Ce choix délibéré de gestion culturale interroge alors que, comme notre dernier article l’explique, “le sol peut jouer le rôle de climatiseur ou de radiateur, selon l’humidité disponible et les conditions atmosphériques”.

Ce constat permet d’introduire la notion de ratio de Bowen, soit le rapport entre le flux de chaleur sensible (qui réchauffe l’air) et le flux de chaleur latente (lié à l’évaporation de l’eau). Moins un sol est en mesure de relâcher de l’humidité, plus le ratio de Bowen est élevé. La chaleur latente est basse, la chaleur sensible domine donc. C’est du rayonnement infrarouge local.

Couvrir systématiquement les sols à donc un effet de rafraîchissement immédiat, mais aussi un effet tampon.

Les résultats d’une étude scientifique de 2023, “Enhanced stability of grassland soil temperature by plant diversity”, démontrent que des leviers existent pour atténuer les effets délétères du dérèglement climatique sur les sols. Un utile résumé en français est disponible.

Cette étude a été menée sur le site de l’expérience de Iena, à partir de “l’analyse exhaustive d’un ensemble de données continues sur 18 ans, issues d’une expérience sur la biodiversité des prairies, avec des résolutions spatiales et temporelles élevées”. Ces résultats sont donc particulièrement robustes.

ll en ressort “que la diversité végétale agit comme un tampon naturel, empêchant le réchauffement du sol par temps chaud et son refroidissement par temps froid”.

Dans le détail, la température du sol des communautés végétales avec 60 espèces était de 5,04 degrés C° inférieure à celle des parcelles à sol nu. Cette différence de température est plus de deux fois supérieure à celle qui existe entre les monocultures et le sol nu, pour les mêmes périodes.

Les chercheurs ajoutent que ces effets s’accentuent à mesure que les communautés végétales gagnent en maturité. En outre, plus les extrêmes sont marqués, plus cet effet tampon fonctionne.

Climat, pratiques agricoles et biodiversité sont donc indubitablement liés. A nous, collectivement, de le rappeler aux sphères dirigeantes !

Feux de forêt : les géorisques en cascade sur les sols brûlés

Pourquoi il faut protéger les sols victimes des feux de forêts !

L’image vient de cette étude

En altérant les propriétés du sol, les feux de forêts peuvent générer des géorisques en cascade, menaçant les écosystèmes au-delà des incendies proprement dits.

Une étude publiée en février 2024 par l’Union américaine de géophysique s’est penchée sur la question, en synthétisant des dizaines de travaux récents sur les conséquences de différents feux de forêt sur les écosystèmes touchés.

Les auteurs expliquent comment les incendies affectent les attributs critiques des sols (structure, perméabilité, stabilité), modifiant ainsi leurs propriétés mécaniques, hydrauliques, chimiques, biologiques et thermiques. Ces altérations augmentent la vulnérabilité des écosystèmes à divers géorisques post-incendie (glissements de terrain, inondations, érosions).

L’élimination de la végétation peut ainsi “favoriser l’infiltration en réduisant l’interception des précipitations par la canopée, tout en réduisant potentiellement la transpiration des eaux souterraines stockées”.

Ces altérations hydrologiques, combinées à la diminution de la résistance mécanique des racines, peuvent entraîner une instabilité des pentes sous forme de glissements de terrain superficiels si le rétablissement du paysage est lent”, poursuivent les chercheurs.

En janvier 2019, ce mécanisme a par exemple provoqué des glissements de terrain généralisés sur une zone de 70 km² des monts San Gabriel, en Californie, dont les sols avaient été fragilisés par plusieurs incendies survenus entre trois et dix ans plus tôt.

Les feux de forêt peuvent aussi entraîner “le dépôt de cendres hydrophobes et, par conséquent, une augmentation des éclaboussures de pluie associées à un ruissellement amplifié et à un risque d’inondation, ainsi qu’un dépôt accru de sédiments dans les chenaux d’ordre supérieur, augmentant ainsi le risque de coulées de débris”.

Ce cas de figure s’est produit en janvier 2018, également en Californie, avec des conséquences tragiques. A la suite de fortes pluies sur des terres brûlées par un feu de forêt survenu en décembre 2017, une monstrueuse coulée de débris a ravagé une partie de la ville de Montecito, causant 23 décès.

Pour éviter de tels drames, les auteurs de l’étude exhortent les communautés scientifiques, politiques et techniques à “collaborer pour combler les lacunes de la littérature concernant le comportement et la réponse des sols brûlés soumis à des facteurs de stress” et soulignent que des progrès doivent être faits en matière de “compréhension du calendrier de rétablissement des différentes propriétés des sols et des paysages après les feux de forêt”.

A terme, mieux comprendre ces mécanismes pourrait permettre de mettre en place des projets de régénération naturelle assistée de certains sols touchés par les feux de forêts, par exemple par la mise en place de zones de pâturage [2] ou par la plantation d’arbres pionniers.

Cerrado : la déforestation qui menace le climat brésilien

Les changements dans les modes d’occupation des sols impactent le climat du Cerrado brésilien.

Pourtant, le biome du Cerrado est crucial, tant pour la biodiversité que pour sa régulation climatique. Cet immense territoire (1,5 million de km2), principalement situé au Brésil, se caractérise par un paysage de savanes et par son exceptionnelle biodiversité.

Raquel Carvalho, de l’Instituto Centro de Vida, précise que le Cerrado “est considéré comme une ‘forêt inversée’, avec un réseau de racines très puissantes, qui stockent beaucoup de carbone atmosphérique”. En effet, 70% de sa biodiversité se trouve sous terre. Les réseaux racinaires performants permettent également une gestion hydrique efficace.

En effet, le Cerrado est crucial dans le cycle hydrologique du Brésil. Ses nombreux cours d’eau alimentent deux tiers des bassins hydrographiques du pays. Certains des plus grands fleuves sud-américains et les grands affluents de l’Amazone y prennent leurs sources. Cette zone est étroitement interconnectée avec l’Amazonie et ses fameuses “rivières volantes”. Elle abrite également une partie de l’aquifère Guarani, un des plus grands réservoirs d’eau douce d’Amérique du Sud.

Pourtant, c’est devenu un front pionnier où la déforestation atteint des records. En 2023, le taux de déforestation y a dépassé celui de l’Amazonie. Les propriétaires terriens peuvent convertir jusqu’à 80% de leurs terres en surfaces agricoles, surtout pour cultiver le soja et l’élevage bovin. Alors qu’il avait longtemps été épargné du fait d’un accès difficile et de terres relativement pauvres, le Cerrado est désormais en grand danger.

Carte issue de l’étude « Fostering water resource governance and conservation in the Brazilian Cerrado biome »

Une étude parue en 2022, “Cerrado deforestation threatens regional climate and water availability for agriculture and ecosystems”, évalue la situation en combinant données satellitaires MODIS et cartes annuelles d’utilisation et de couverture terrestres (période 2006-2019). Les impacts des défrichages sur le climat régional se font déjà ressentir :

  • + 3,5 °C d’augmentation de la température moyenne de surface terrestre (LST)
  • + 1,9 °C de température moyenne de l’eau
  • – 40% environ d’évapotranspiration
  • – 20% environ d’humidité relative annuelle moyenne
  • – 10 % d’eau recyclée dans l’atmosphère chaque année

Une autre étude de 2022 ajoute : “les plus grandes tendances au réchauffement et à l’assèchement en Amérique du Sud tropicale au cours des quatre dernières décennies sont observées précisément dans la région de transition Amazonie orientale-Cerrado, où elles induisent un retard de la saison des pluies et aggravent les conditions de sécheresse sévère au cours de la dernière décennie”. On le voit bien, Amazonie et Cerrado sont étroitement imbriqués.

Il est temps de reconnaître l’impact des modes d’occupation des sols sur le climat. L’agroécologie, n’en déplaise à certains, doit être au cœur de l’adaptation des territoires.

Le verdissement de la planète

Le verdissement de la Terre est une tendance avérée, malgré les sécheresses.

Depuis les années 1980, notre planète connaît un verdissement de ses continents qui a permis de contenir le réchauffement climatique de 12%.
A ce sujet,  Voir l’étude “Climate mitigation from vegetation biophysical feedbacks during the past three decades” et l’article “Atténuation du réchauffement climatique grâce au verdissement” sur notre site.

Cependant, ce processus fait l’objet de débats, les méthodes d’analyse utilisées pouvant faire apparaître des faux-positifs. Une étude parue en janvier 2025, “Uncovering true significant trends in global greening”, vient réduire ces incertitudes.

Deux chercheurs espagnols ont élaboré une méthode spécifique pour améliorer l’étude de ce processus, réduisant les faux positifs de 50%. L’étude montre que 76,07 % des zones ayant évolué (verdissement ou brunissement) connaissent un verdissement significatif. Pour les régions avec un NDVI supérieur à 0,15, il atteint 85,43 %. Selon une autre étude de 2024, “l’accélération du verdissement s’est produite dans 55,15 % du globe […], tandis que l’accélération du brunissement ne s’est produite que dans 7,28 %” du globe.

Cette tendance est particulièrement sensible pour l’Eurasie. Selon un chercheur de l’Université de Boston cité par la NASA : « La Chine et l’Inde représentent un tiers du verdissement, mais ne comptent que 9 % de la superficie terrestre de la planète couverte de végétation – un résultat surprenant, compte tenu de la notion générale de dégradation des terres dans les pays peuplés en raison de la surexploitation ». 

Ceci s’explique notamment par la lutte contre la désertification en Chine (42% du verdissement de la Chine selon la NASA). Le phénomène provient aussi à 32% pour la Chine et 82% pour l’Inde de l’intensification agricole : “Grâce à des pratiques de cultures multiples, où un champ est replanté pour produire une autre récolte plusieurs fois par an. La production de céréales, de légumes, de fruits et autres a augmenté d’environ 35 à 40 % depuis 2000 pour nourrir leurs nombreuses populations.” Cette tendance dépend par contre du bon état des nappes phréatiques.

Pour les deux pays leaders du verdissement, des cas emblématiques et déjà documentés existent. La Chine a ainsi procédé au verdissement massif du plateau de Loess, tandis que des initiatives durables se multiplient en Inde (voir les travaux de la Paani Foundation et les vidéos de Andrew Millison).

Le verdissement mondial pourrait donc nettement accélérer si d’autres pays adoptaient une démarche volontariste. Cela suppose bien entendu d’adapter les approches aux contextes nationaux. Surtout, il est vital que les acteurs de ce verdissement s’approprient ces enjeux. En Europe, il importe donc de procéder à l’intensification agroécologique, qui ne pourra s’effectuer qu’en co-construction avec le monde agricole.

#agroécologie

A propos de la perte de la mangrove en Guyane

Faire avec la géographie.

En 1948, Boris Choubert, géologue à l’Office de la Recherche Scientifique Outre-Mer, remarque dans son étude intitulée “sur des phénomènes actuels de sédimentation le long des côtes guyanaises” le caractère extrêmement mouvant de la côte guyanaise.

En effet, la forme du littoral Guyanais dépend essentiellement d’un banc de vase déposé par les eaux de l’Amazone. Comme l’explique cet article d’Antoine GARDEL du Laboratoire d’Océanologie et de Géosciences, les 1500 km de côte entre les embouchures de l’Amazone et de l’Orénoque constituent la plus grande côte vasière du monde, en recevant tous les ans entre 150 et 200 million de tonnes de sédiments.

Ces sédiments forment des bancs de vase d’une vingtaine de kilomètres qui se déplacent selon la direction de la houle, c’est-à-dire essentiellement celle des alizés, à une vitesse allant de 0,5 à 5 km/h. En touchant la côte, ils forment des vasières de plusieurs kilomètres. Sur ces vasières pousse alors de la mangrove.

Ainsi en 1964, lorsque l’Etat décide de construire une cité spatiale pour remplacer le précédent centre situé en Algérie, des criques sont bouchées et des zones humides sont asséchées et comblées. La mangrove est bordée de quelques rangs de cocotiers et d’une route, puis des maisons sont construites (voir cette étude). Tout ça, sous le regard médusé des créoles.

Source de l’image

Évidemment, ce qui devait arriver, arriva. Le banc de vase a disparu et les maisons en bord de route sont désormais en bord de mer. Pour les gens qui vivent là, la situation est dramatique. Même s’il est probable que la vase finisse par se réinstaller (cf cet article), le trait de côte a irrémédiablement bougé et les habitations, désormais exposées aux tempêtes, sont condamnées. La mer, qui était pourtant à plusieurs kilomètres, est désormais à leurs portes. Les sacs de sable posés par la commune ne sont pas grand chose face aux éléments.

Par ailleurs, on constate que si certains peuples autochtones ont l’habitude de s’installer sur le littoral, c’est parce qu’ils sont capables de partir rapidement pour changer de lieu d’habitation. Il y a donc d’un côté une force de la nature capable d’arracher en peu de temps des kilomètres de forêt littorale et de l’autre une stratégie de souplesse et d’adaptation qui a l’air de mieux fonctionner que les tentatives de domination des éléments.

C’est aussi le message de l’Autoroute de la Pluie : faire avec plutôt que contre.

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#océan

Zaï et lutte contre la désertification au Niger

Suite sur la lutte contre la désertification au Sahel – Comment le zaï permet la régénération massive d’écosystèmes dégradés au Niger ?

Ces images sont issue de la vidéo d’Andrew Millison

Une vidéo d’Andrew Millison, publiée en novembre 2024, est particulièrement motivante. Cet enseignant en permaculture est un vidéaste populaire sur Youtube avec plus de 500.000 abonnés. Cela lui permet de diffuser massivement les bonnes nouvelles de la planète, car il y en a encore !

La vidéo au cœur de ce post concerne la restauration de 300.000 hectares au Niger, en dix ans. Les résultats sont parlants, comme en témoigne l’illustration du post, issue de la vidéo. Pour restaurer ces terres arides et désolées, une myriade de demie-unes ont été creusées par les paysans nigériens. Le déploiement de ces mesures de conservation des sols et des eaux [voir post sur le Burkina Faso, 2] a permis à la végétation de pousser et aux arbres de s’épanouir.

Selon les gestionnaires du projet, la restauration d’un hectare profite au total à 3 hectares, grâce notamment à la protection contre les effets des vents venus du désert. Ils estiment donc que 900.000 hectares en bénéficient. Les bénéficiaires de ce projet font état d’une température de 5 à 9 degrés inférieure dans les zones restaurées par rapport aux terres arides avoisinantes. L’agroforesterie est décidément une mesure de remédiation climatique très efficace.

La vidéo se concentre sur une zone de 800 hectares de ce projet nigérien. Le déploiement de ces méthodes traditionnelles de gestion de l’eau aurait déjà permis aux aquifères, jusque-là menacés d’épuisement, de recommencer à se remplir. Enfin, sur l’ensemble du projet au Niger, 500.000 personnes auraient été “mises en sécurité alimentaire” grâce à la régénération de ces terres agricoles.

Ce projet s’insère dans la démarche plus large, et titanesque, de Grande Muraille Verte en Afrique subsaharienne, qui vise à freiner voire à inverser la désertification de 11 pays du Sahel. Cette muraille doit relier Dakar (Sénégal) à Djibouti et porte sur 117.000 km 2 (11,7 millions d’hectares).

Nous explorerons plus en détail les impacts déjà constatés de la Grande Muraille Verte dans de futurs posts.

Si Andrew Millison est parfois un peu trop enthousiaste, sa capacité à rayonner sur les réseaux en fait définitivement un porte-parole du mouvement de promotion de l’agroécologie. Ses vidéos sont réalisées avec soin, ce qui permet au message de rayonner au-delà du cercle des convaincus.

Car pour déployer d’ambitieux projets basés sur l’intensification agroécologique, toutes les forces vives seront nécessaires. C’est ce à quoi s’attelle notre collectif !

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