Dans nos posts sur l’agroécologie, une question revient : notre modèle économique permet-il de reconnaître la valeur créée par le vivant ? Classiquement le capitalisme se définit par un cycle Argent – Marchandise – Plus d’argent (A – M – A’).
Si A’ < A il n’y a pas de profit, donc pas d’investissement. Le système entre en crise (récession). Si A’ > A : Le stock de capital augmente sans cesse, ce qui nécessite de trouver de nouvelles ressources ou d’augmenter la productivité pour absorber ce capital : c’est ce qui fonde la fonction croissance.
A−M−A′ est purement mathématique. A′ peut croître à l’infini. Mais pour que A devienne M, il faut de l’énergie et de la matière. C’est ce que montre Georgescu-Roegen dans son ouvrage de 1971 : The Entropy Law and the Economic Process, point de départ des théories autour de la bioéconomie, des limites planétaires et de la décroissance.
En 2019, dans « The Hijacking of the Bioeconomy », François-Dominique Vivien |youtube] (et ses coauteurs Béfort, Debref, Nieddu et Giampietro) montrent comment ce terme de bioéconomie a été dévoyé, tant par la vision biotechnologique que par la vision de la biomasse (Bioraffinerie), des approches industrielles qui cherchent à maintenir la croissance en changeant simplement la source d’énergie et de matière.
Si l’idée de « verdir les déserts » ou d’une « biomasse infinie » peut être récupérée par le récit industriel pour dire : « Ne changeons rien à notre consommation, la technologie biologique va créer des ressources illimitées », il faut pourtant qualifier économiquement ce qui se passe lorsqu’on restaure un écosystème ou qu’on remplace une dépense d’énergie par un service écosystémique.
Cette impasse se manifeste concrètement dans nos territoires. Lorsque l’agroécologie régénère les sols, capte l’eau, régule le climat local et produit de la biomasse, elle crée une richesse réelle mais invisible en comptabilité. Elle n’accroit pas le stock de capital.
La spécificité du vivant en tant que structure dissipative est le point de jonction exact entre la thermodynamique de Prigogine et la bioéconomie de Georgescu-Roegen. Alors que le deuxième principe de la thermodynamique (l’entropie) dit que tout tend vers le désordre, le vivant semble faire l’inverse : il crée de la complexité, de l’ordre et de l’information : il « exporte » son entropie.
Contrairement à la flamme qui s’éteint, le vivant cherche activement à maintenir son flux. Il utilise l’énergie pour réparer sa propre structure. Il structure son environnement pour faciliter la capture d’énergie future. Un sol vivant est une structure dissipative qui a réussi à « figer » de l’ordre pour soutenir plus de vie. Le sol n’est alors plus un support de production.
Son aggradation est une forme de « croissance » qui ne suit pas la logique A−M−A′, car elle n’aboutit pas à une accumulation d’argent abstrait, mais à une accumulation de capacités vitales.
Références
Pour une vision plus complète de ce qu’est le capitalisme on peut lire “Quand commence le capitalisme ?” de Jérôme Baschet et “Le capital que je ne suis pas !” de Anne Alombert et Gaël Giraud.
Le sujet de la néguentropie et de la syntropie ont déjà été abordés par l’autoroute de la pluie ici. Pour approfondir la question, citons “Qu’est-ce que la vie ?” de Erwin Schrödinger, “Thermodynamique, des moteurs thermiques aux structures dissipatives” de Ilya Prigogine. Le concept est également central chez Bernard Stiegler cf Anne Alombert “Pe/anser l’avenir des sociétés automatiques : la question de la « néguanthropologie » chez Bernard Stiegler”
Pour améliorer la disponibilité en eau, les projets de territoires sont généralement pensés et déployés à l’échelle du bassin versant. Cette approche, très utile pour amorcer le changement, néglige cependant les interdépendances hydriques.
Une étude de 2019, intitulée “A Precipitation Recycling Network to Assess Freshwater Vulnerability: Challenging the Watershed Convention” [1], porte sur le réseau de recyclage de l’humidité. Elle provient de Jessica Keune et Diego Miralles (voir le post sur son étude “Vegetation–climate feedbacks across scales” [3]).
Ce papier évalue les interdépendances entre les 51 principaux systèmes hydrographiques européens. La pertinence de cette recherche fondatrice est d’ailleurs confirmée par des études ultérieures [2]. Elle préconise de ne pas considérer les bassins de versants de manière autarcique et ouvre plusieurs questions.
❓Quelles sont les connexions entre les différents bassins versants européens ? ❓L’importance du recyclage des précipitations, souvent considéré comme secondaire en Europe (superficies réduites, proximité de la mer et de l’océan), ne mérite-t’il pas un réexamen ?
Les auteurs questionnent donc le paradigme du bassin versant comme unité autosuffisante en eau. Ceci supposerait que l’eau d’un bassin versant provient principalement de précipitations locales et de l’amont. Les précipitations estivales (période 1980–2016) sont étudiées grâce au modèle FLEXPART (suivi de la dispersion des particules).
❗Entre 9% et 74% des précipitations estivales de ces bassins proviennent d’autres bassins européens. Le recyclage des précipitations est donc déterminant en été.
Fort logiquement, l’étude fait ressortir un gradient Ouest-Est marqué (effets en cascade), lié aux vents dominants et à la continentalité croissante. En outre, plus un bassin est grand, plus il s’autoalimente.
En France, le cas du bassin de la Loire s’avère très instructif. Si 51% des sources de pluie sont extra-européennes (donc issues de l’océan) et 8% viennent du recyclage local, plusieurs systèmes hydrographiques lui sont essentiels. Ainsi, ses pluies proviennent à : ~6 % des bassins versants de la côte ouest française ~5 % de la Gironde ~5 % de l’Èbre (Espagne) ~5 % du Douro (Espagne/Portugal) Au total, un cinquième des précipitations provient donc du recyclage non local, ce qui est loin d’être négligeable.
De même, le bassin de la Loire alimente en humidité plusieurs bassins versants vitaux : ~ 8 % de la Seine ~ 7 % du Rhône ~ 5 % du Rhin ~ 5 %de la Meuse ~ 4 % de l’Escaut
Ces interdépendances ont aussi une dimension temporelle : une étude de 2022 [4] montre que les sécheresses en zone aride se propagent d’amont en aval, entraînant des réductions de précipitations de 15 à 30%.
Face à ces interdépendances, des approches par “bassins climatiques”, qui intégreraient les flux atmosphériques, méritent donc d’être explorées.
Couverts végétaux semés à la volée dans les Corbières
Nous nous sommes beaucoup investis suite à la vague d’incendies🔥qui a dévasté les Corbières🍇cet été.
Avec plusieurs acteurs, dont le plan marval, nous avons essayé de promouvoir une approche qui prenne en charge non seulement les aspects écologiques et agronomiques, mais aussi les aspects humains et psychologiques. Pour ces derniers aspects, “ne rien faire” n’est pas une option 🙁.
Face à l’urgence de la situation, nous avions imaginé dès la fin août 2025 un itinéraire de régénération en trois étapes : ☘️ semis à la volée de plantes de couverture 🐑 pâturage holistique pour structurer le milieu 🌳 création de nids de biodiversité pour favoriser l’émergence d’une nouvelle génération d’arbres plus diversifié que les pins d’alep pyrophiles qui nous étaient promis.
Les travaux autour de cette approche nous ont valu de nombreux commentaires plus ou moins enthousiastes. Ceux-ci ont pris la forme de critiques techniques, écologiques et agronomiques, tout à fait pertinentes. Nous avons aussi constaté la manifestation d’une réticence forte à tout interventionnisme. Une certaine forme de préjugé, pas forcément infondée, a émergé sur ce qu’implique, en termes de catastrophe, l’action de l’humain sur le milieu.
Pour l’Autoroute de la Pluie, le naturel, le technique et le culturel ne sont pas des domaines qu’il faut penser séparément. Chacun à leur manière, Philippe Descola, Bernard Stiegler ou Jean-Jacques Hublin le suggèrent. En ce sens, si la santé du système sol / plante 🪱 est un facteur de médiation pour le climat, le cycle de l’eau, la biodiversité et la santé humaine, alors c’est bien la question sociale et politique de l’usage des sols qu’il faut poser : 🚛 les problématiques d’extraction, pollution et compaction ⛔ la ségrégation (ou pas) des espaces naturels, humains et productifs 💉 l’impact psychologique et sanitaire de l’état de l’écosystème (maladies systémiques, capacités attentionnelles, régulation du stress, dépression)
Nous appelons cela habiter et construire le territoire.
Dans cette première photo vous verrez l’impact du semis à la volée un couvert multi-spécifique sur la zone dévastée. Cette zone va nous permettre de valider écologiquement et agronomiquement notre approche. Autant vous dire qu’humainement elle est déjà validée.
Nous vivons une époque étrange où l’humain semble pris en étau entre deux impasses. D’un côté, la démesure d’un système marchand qui ne sait qu’extraire et accélérer ; de l’autre, un désir de retrait, une tentation de laisser faire la nature, de s’effacer, de disparaître, comme si nous étions en trop.
Cette série, intitulée « L’Homme et son Environnement », propose de déconstruire le préjugé de notre impuissance. Au travers de certains concepts de la pensée moderne et contemporaine.
Nous verrons comment on peut penser l’humain non pas comme étranger mais comme acteur singulier de la biosphère.
Ainsi, la régénération des sols, des eaux et des paysages, au cœur de nos intentions, n’est pas une simple gestion technique qui finirait par convaincre les décideurs et les puissances d’argent. C’est la concrétisation d’une rupture idéologique. C’est le moment où l’humanité décide de ne plus être le parasite ecocide mais de devenir un artisan néguentropique : un jardinier.
Pour l’autoroute de la pluie, il ne s’agit pas de sauver la nature, mais de soigner le mouvement qui nous unie à elle.
La nature exubérante du douanier Rousseau (source : Loves Art participant « trish » — Uploaded from the Wikipedia Loves Art photo pool on Flickr, CC BY 2.5, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=8569514)
Le drame de la modernité n’est pas d’avoir agi sur le monde, mais d’avoir agi en s’en croyant séparé.
En posant, avec Descartes, l’homme comme un sujet face à une nature objectifiée (“Se rendre comme maître et possesseur de la nature”), nous avons inventé une nature accessible à l’intelligence humaine et à la science qui s’oppose aux forces mystiques et magiques qui présidaient alors à la compréhension du monde.
Cette dialectique entre le rationnel et le magique débouche sur l’exploitation industrielle d’une part et sur la contemplation de sanctuaires intouchables d’autre part au travers du baroque puis du romantisme. Dans les deux cas, la séparation de l’humain avec son milieu est complète.
Il faut attendre Marx qui, en mettant le travail au centre de cette relation, a l’intuition que le problème du capitalisme n’est pas l’acte de transformation en soi, mais la rupture métabolique qu’il impose. Le système extrait la fertilité du sol pour l’expédier vers les centres urbains sous forme de marchandises, puis rejette les déchets dans les fleuves au lieu de les rendre à la terre.
Ainsi pour Marx, ce qu’il faut penser, c’est le travail dans un système dont le métabolisme est déjà brisé. Alors si ne rien faire, c’est évidemment accepter la dégradation, la question de la transformation du travail prédateur en travail réparateur n’a pas de réponse triviale. Marx estime que c’est le dépassement du capitalisme qui va régler la question.
Nous verrons dans la prochaine partie comment la pensée de Nietzsche nous entraîne sur la piste exactement inverse. Pour lui seul le rétablissement de ce métabolisme rend une économie post-capitalisme possible.
Jardins et grands ensembles à Aubervilliers
Nietzsche : La Nature n’est pas une idole, elle est volonté de puissance
Si Marx s’attaque à la prédation capitaliste, Nietzsche, lui, lutte contre sa maladie de jeunesse, le romantisme.
“Nous vivons au milieu d’elle, et lui sommes étrangers. Elle nous parle sans cesse, et ne nous trahit pas son secret”
Goethe : A la nature
Par volonté de puissance, Nietzsche désigne la force qui pousse les arbres à grandir, les troupeaux à se déplacer, les pierres à rouler dans la rivière. Pour lui, le vivant ne veut pas seulement vivre ou se reproduire. Il veut s’accroître et se dépasser.
Dès lors, l’idée d’une nature bienveillante est un anthropomorphisme moral qui nous empoisonne.
Il se moque des stoïciens qui veulent « vivre selon la nature« . Guidé par la volonté de puissance, la nature n’est ni morale, ni juste, ni prévoyante. Elle est « dépensière sans mesure, indifférente sans mesure, sans intentions ni égards« . Prétendre qu’il faut la « laisser faire » au nom d’une morale supérieure est une illusion. La nature est un chaos de forces. L’homme, en tant qu’être vivant, est l’une de ces forces qui doit s’exprimer.
Le préjugé selon lequel toute action humaine serait une souillure est ce que Nietzsche appelle la haine de soi. Cette culpabilité nous neutralise et laisse le champ libre aux puissances réactives comme la quête du profit où la destruction aveugle. Nietzsche nous invite à transformer cette culpabilité en affirmation.
Agir pour la régénération des milieux, c’est donner à la volonté de puissance une forme, une direction, une santé. C’est ce que Nietzsche appelle le « Grand Style » : la capacité d’imposer une unité à un chaos de forces. L’homme ne doit pas s’excuser d’exister ; il doit devenir le « sens de la terre ».
L’action régénératrice devient alors le refus de laisser le monde s’enlaidir et s’appauvrir sous les coups des experts comptables.
le jardin des fraternités ouvrières
Bernard Stiegler : la pharmacologie de l’action
Si avec Marx et Nietzsche, la rationalité capitaliste et la contemplation romantique sont abordés, la question de la technique n’est pas vraiment traitée. Pour Marx, elle libère l’homme des tâches pénibles. Pour Nietzsche, tout ce qui uniformise nous transforme en troupeau. L’approche reste prométhéenne. Elle fait de l’émergence de la technique (le don du feu) un grand moment de rupture entre nature et culture. Avant que Prométhée ne vole le feu aux dieux pour le donner aux humains, nous sommes des animaux. Après nous devenons des hommes.
“Au début, ils voyaient sans voir, ils écoutaient sans entendre, et, pareils aux formes des songes, ils vivaient leur longue existence dans le désordre et la confusion. Ils ignoraient les maisons de briques ensoleillées, ils ignoraient le travail du bois, ils vivaient sous terre, comme les fourmis agiles, au fond de grottes closes au soleil. Pour eux, il n’était point de signe sûr ni de l’hiver, ni du printemps fleuri, ni de l’été fertile. Ils faisaient tout sans recourir à la raison.”
Eschyle Prométhée enchaîné.
Prométhée reste une figure ambiguë. Il est célébré par Nietzsche dans la “naissance de la tragédie”, à la fois pour s’être opposé aux dieux mais aussi pour avoir fait d’un crime, “la source de ce que nous possédons de meilleur”. Pourtant sous de dehors de rebelle sympathique, il incarne une conception de la technique comme rupture de l’homme avec son milieu.
Martin Heidegger abordera le sujet de la technique dans les années 50. Mais c’est Bernard Stiegler dans les années 90 qui, en intégrant la bioéconomie et les travaux sur la nature thermodynamique du vivant, donnera le premier coup de boutoir au mythe prométhéen (qu’il a largement utilisé par ailleurs). Pour lui, l’humain est un être qui évolue par « exosomatisation » : il déporte ses fonctions vitales dans des outils extérieurs. Dès lors, le processus technique n’est plus distinct du processus général d’évolution.
Stiegler définit la technique comme un pharmakon : elle est à la fois le poison (pollution, aliénation) et le remède (réparation, culture). Si nous nous retirons de l’action par peur de la récupération marchande, nous abandonnons le pharmakon aux mains de ceux qui ne l’utilisent que comme poison.
L’usage du pharmakon n’est pas bon où mauvais. Il crée de l’ordre ou du désordre, stocke ou déstocke de l’énergie. Il est entropique où neguentropique. Ainsi le lien de la technique avec le vivant devient évident : l’usage neguentropique agrade le vivant alors que l’usage entropique le dégrade
Là où le marché simplifie les écosystèmes pour les rendre rentables (créant de l’entropie, du désordre), l’action humaine consciente réintroduit de la complexité. C’est un acte de résistance technique : utiliser notre génie pour soigner le milieu qui nous porte, plutôt que de le laisser se dissoudre dans l’uniformité du capital.
Une tornade est une structure dissipative (source : Justin1569, CC BY-SA 3.0, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=5943918
Philippe Descola : sortir de la mise en réserve du monde
Alors que les philosophes dissertent, l’anthropologue Philippe Descola donne un second coup de boutoir au mythe prométhéen en montrant que ce système de représentation dans lesquels humain et la nature sont ainsi séparés est une exception. Il existe un monde où technique, nature, culture ne sont qu’une seule et même chose. Et dans la diversité des mondes humains, ils sont la règle. Cela l’amène à affirmer que “la nature n’existe pas”.
Grâce à cette mise en perspective, de nombreux écosystèmes que nous jugions sauvages nous sont enfin apparus comme le fruit de millénaires d’interactions humaines.
“La forêt n’est pas une donnée de la nature, c’est un produit de l’histoire.”
Par-delà nature et culture
Nastassja Martin, son élève, souligne que l’indistinction entre l’homme, l’animal, la rivière et la montagne oblige à une responsabilité politique : si nous sommes liés par des fils invisibles mais réels, nous ne pouvons pas rester passifs.
L’action régénératrice s’inscrit ici comme la fin de l’exil. Agir pour un milieu n’est pas une « intervention » extérieure, c’est accepter que nous sommes une espèce compagne. La régénération est l’acte par lequel nous cessons d’être des spectateurs impuissants pour redevenir des habitants engagés. Ce n’est plus « gérer la nature », c’est entrer en négociation diplomatique avec les autres vivants pour restaurer les conditions de notre destin commun.
Production d’oignons des Cévennes
Hubelin : Vers un nouveau récit de l’évolution
Si les travaux de Stiegler et de Descola ont ouvert une brèche dans le mythe fondateur, le paléoanthropologue Jean-Jacques Hublin a sans doute donné le coup de grâce. Il s’est en effet attaché à purger le grand récit de l’évolution des hominines des moments “adamiques” (à l’image de la sortie du jardin d’Éden) qu’il remplace par une évolution lente et laborieuse truffée de tentatives et d’échecs. Il a également mis en lumière de nombreux préjugés politiques dans la façon dont cette histoire de l’homme est racontée. En débusquant avec une égale acuité le racialisme comme le rousseauisme, il a pu redéfinir l’évolution de notre corps comme un processus qui s’inscrit dans l’unité de l’homme et de son milieu.
Dans la tyranie du cerveau, il décrit par exemple comment l’invention du feu (technologie) pour pré-digérer les aliments, et de la coéducation prolongée des jeunes (structure sociale), permettent à Homo sapiens d’avoir un cerveau qui consomme autant d’énergie.
Ainsi, l’adaptation du milieu par la socialisation et la technique est un processus continu qui permet des boucles de rétroaction positive avec l’évolution du corps. Il rencontre des limites physiques. La taille du cerveau par exemple reste contrainte par des problèmes mécaniques liés à l’équilibre du corps et à l’enfantement. Il rencontre aussi des limites sociales et techniques.
C’est ce que met en évidence le chercheur en médecine évolutionniste Daniel Lieberman pour qui, nos pathologies modernes viennent d’un mismatch évolutif. Nous avons créé un environnement de confort passif qui contredit notre nature de transformateurs actifs. Ainsi nous devons faire de l’exercice, des régimes et toute sorte de choses pour nous retrouver du point de vue de la santé en cohérence avec nous même.
Finalement, c’est bien en considérant la nature comme extérieure à nous même que nous avons abîmé notre santé, une notion qui comme nous le verrons par la suite est centrale dans la recomposition d’une relation au milieu.
Peinture rupestre au sahara (source : franceinfo)
Prendre soin pour se soigner
L’évolution idéologique que nous avons décrite dans cette série a une conséquence concrète. Elle nous amène à tirer un trait d’union entre le soin qu’on porte à notre environnement et celui que nous nous portons à nous-mêmes. La santé que Georges Canguilhem définit comme une tolérance au milieu (être capable de tomber malade et de s’en relever) devient centrale.
Elle l’est dans la permaculture et son « Care the Earth, care the humans, share fairly » mais aussi dans une grande partie de l’agronomie pour laquelle la réparation du métabolisme sol / plantes / animaux est fondamentale.
En 1969, André Voisin, dans Sol, Herbe, Cancer, affirme que « le sol doit être considéré comme un organisme vivant dont on ne peut impunément rompre l’équilibre. Toute exportation d’éléments doit être compensée par une restitution équivalente, sans quoi l’on organise la faillite de la terre et la déchéance de la santé humaine. »
One-Medicine, lancé dans les années 60 par Calvin Schwabe, établit la collaboration étroite entre médecins et vétérinaires pour lutter contre les maladies infectieuses et assurer la sécurité alimentaire.
En 1990, Pierre Weill implémente ce paradigme dans Bleu-Blanc-Cœur, dont l’objectif est de bâtir des filières de production agricole qui contribuent à la santé cardiovasculaire de la population.
Dans les années 2000, One-Medicine intègre la notion de santé environnementale et devient One-Health. Grâce à Olivier Husson, la santé se mesure désormais de la même façon pour tous les êtres vivants. La disponibilité des protons et des électrons dans un système (pH/Redox) devient l’indicateur universel.
Le Care naît en 82 sous la plume de Carol Gilligan puis celle de Joan Tronto. C’est une approche qui fait de la morale un moyen de « maintenir, continuer et réparer notre monde ». Le soin exige de la durée, de l’attention et de la présence. Il est résistant à la marchandisation car il repose sur une responsabilité directe envers un lieu ou un être vivant et non sur un contrat. Comme en permaculture, dans le Care, la morale devient un moyen d’atteindre ses objectifs. Et c’est peut-être cette caractéristique qui marque le début d’une recomposition du monde. L’abandon de l’idéologie prométhéenne qui nous sépare de nous-mêmes ne se manifeste-t-il pas par le fait que la morale n’est plus une contrainte qu’on s’impose, mais devient le moyen le plus direct d’atteindre son but ?
Un peu de lecture
René Descartes, Discours de la méthode (1637).
John Bellamy Foster, Marx’s Ecology: Materialism and Nature (2000).
Karl Marx, Le Capital, Livre I (Section 4, sur la grande industrie et l’agriculture).
Friedrich Nietzsche, Par-delà bien et mal (1886), notamment l’aphorisme 9 sur la nature
Friedrich Nietzsche, prologue de Ainsi parlait Zarathoustra (1883), pour le concept de « sens de la terre ».
Gilles Deleuze, Nietzsche et la philosophie (1962) – pour comprendre la distinction entre forces actives (régénératrices) et forces réactives (destructrices).
Bernard Stiegler, La technique et le temps, Tome 1 : La faute d’Épiméthée (1994).
Bernard Stiegler, Qu’est-ce qui fait que la vie vaut la peine d’être vécue ? De la pharmacologie (2010).
Philippe Descola, Par-delà nature et culture (2005).
Nastassja Martin, Croire aux fauves (2019).
Baptiste Morizot, Manières d’être vivant (2020).
Alessandro Pignocchi, La recomposition des mondes (2019)
Daniel Lieberman, L’histoire du corps humain : Évolution, santé et maladies (2015).
Jean-Jacques Hublin, Homo sapiens : l’aventure humaine (2012).
Richard Wrangham, Catching Fire: How Cooking Made Us Human (2009).
Carol Gilligan, Une voix différente (1982).
Joan Tronto, Un monde vulnérable. Pour une politique du care (1993).
Pierre Weill, Tous gros demain ? (2007) et ses travaux au sein de l’association Bleu-Blanc-Cœur.
Olivier Husson, Redox-pH as a Main Determinant of Plant Health and Resistance to Pests and Diseases (2023).
Dans la publication précédente, nous avons vu qu’il existe trois modes de photosynthèses, C3, C4 et CAM, chacun adapté à un contexte et notamment à un optimum de température. La C4 pour les herbes tropicales, la CAM pour les plantes grasses, la C3 pour le reste. Aujourd’hui nous allons nous attacher à nuancer ce propos.
D’abord, sur l’optimum de température, les travaux récents de Mulet François sur la conduite de certaines plantes en conditions tropicale, laissent à penser que la question est plus complexe que ce que l’on pourrait le croire de prime abord, puisqu’il fait pousser des courges à 45°C et 100 % d’humidité. Pourtant, elles sont censées avoir un optimum à 25°C. La disponibilité en eau et l’humidité de l’atmosphère ainsi que l’espèce sont susceptibles de modifier ce paramètre.
Beaucoup de plantes ont en outre un mode de photosynthèse non conventionnel :
– le paulownia, dont on a longtemps cru que c’était un arbre C4, est en fait capable d’être un C3 et un CAM (voir cette étude et celle-ci).
– le bambou est un C3 atypique qui sait utiliser le CO2 issu de la photorespiration (voir ce lien)
– le miscanthus est certes une plante C4, mais capable de fonctionner à partir de 15°C (voir l’étude : « Long SP, Spence AK. 2013. Toward cool C4 crops. Annual Review of Plant Biology » 64, 701–722).
On remarque au passage que beaucoup de champions de la biomasse sont des plantes atypiques.
Dans la biomasse, on considère qu’il y a toujours à peu près 58% de carbone. Ce qui compte donc, ce n’est pas la nature de la biomasse, mais la quantité produite (exprimée en matière sèche).
Pour une quantité d’eau donnée, toutes les plantes ne produisent donc pas la même biomasse. Et cela ne dépend pas seulement du processus de photosynthèse. Les plantes ont d’autres stratégies, comme la mise en réserve de sucres dans les parties souterraines, l’alliance avec certains champignons ou la capacité à capturer la rosée qui les aident à croître. Est-ce pour autant qu’on peut dire qu’elles captent plus de CO2 ?
Ce qui compte avant tout pour produire de la biomasse, c’est que la plante soit adaptée à ses conditions de culture : son sol, son climat, mais aussi à la méthode de plantation et de conduite des cultures.
Les sources de l’image du post sont accessibles ici [7]. Nous avons ajouté le peuplier pour illustrer un végétal à croissance rapide des milieux tempérés.
Il y a, derrière un discours marketé sur certaines plantes qui capteraient plus de CO2, un point qu’il faut éclaircir.
Il y a, derrière un discours marketé sur certaines plantes qui capteraient plus de CO2, un point qu’il faut éclaircir.
La photosynthèse est une réaction chimique qui utilise la lumière et un “donneur d’électrons” pour transformer du CO2 en autre chose. Le donneur d’électrons peut être du fer, des nitrites, de l’hydroxyde de soufre ou d’arsenic. C’est généralement de l’eau. On la retrouve chez les algues, les plantes et certaines bactéries (les cyanobactéries). La photosynthèse à base d’eau, celle des plantes, est dite “photosynthèse oxygénique”. Elle décompose l’eau et le CO2 pour produire du sucre, de l’eau et de l’oxygène.
Pour la majorité des plantes (celles qu’on appelle C3), cette réaction est associée à une activité coûteuse en énergie et en eau qu’on appelle photorespiration. Cette stratégie ne permet qu’une production de biomasse moyenne, mais elle est très adaptée à des conditions climatiques variables. On considère généralement qu’il existe un optimum thermique de 25°C. Ce type de photosynthèse permet de capter 1 gramme de carbone pour 400 g d’eau.
Une autre stratégie (C4) permet d’éviter la photorespiration. Le processus de photosynthèse est effectué dans deux cellules distinctes. L’optimum thermique passe à 35° C et la plante utilise seulement 250 g d’eau pour fixer 1 g de carbone. C’est la stratégie des plantes tropicales comme le maïs, le sorgho, la canne à sucre et le mil.
Mais C3 et C4 ont une faiblesse : la plante doit pouvoir evapotranspirer en même temps qu’elle fait de la photosynthèse. S’il fait trop chaud, la plante peut donc soit fermer ses stomates pour préserver son eau et cesser toute activité métabolique, soit continuer la photosynthèse, quitte à tomber en stress hydrique.
Seules les plantes CAM, c’est à dire essentiellement les plantes grasses, les cactus, savent gérer cette situation. Comme les C4, ces plantes effectuent leur photosynthèse en deux temps. La nuit, elles effectuent les échanges gazeux, puis le matin, après s’être gorgées de rosée, elles ferment leur stomates et finissent de métaboliser le CO2 absorbé durant la nuit sans perdre une goutte d’eau. Leur optimum est de 35°C le jour et de 15°C la nuit, car l’échange gazeux ne peut se faire qu’avec une certaine chaleur. Mais c’est seulement 50 g d’eau qui leur faut pour capter 1 g de CO2.
Il n’y a pas donc des plantes qui captent plus de CO2, il y a des plantes qui à volume d’eau constant vont faire plus de biomasse et des plantes qui sont davantage capables que d’autres de fonctionner quand il fait chaud.
Les moutons de mer (ou moutons à fleur) volent les chloroplastes des algues qu’ils consomment pour faire eux mêmes de la photosynthèse. Image accessible ici.
La France rejoint officiellement le cercle (pas si fermé) des pays touchés par la désertification, mais ce n’est pas une fatalité.
L’image montre les effets d’une sécheresse prolongée sur les Pyrénées Orientales. Sans confondre météo (sécheresse) et climat (désertification), ces images démontrent que la situation peut vite basculer.
La COP 16 sur la lutte contre la désertification a eut lieu (2-13 décembre 2024) en Arabie Saoudite. Dans ce cadre, la France a officiellement admis être touchée par la désertification. C’est le dernier pays du pourtour méditerranéen a formellement rejoindre le club.
Désormais, tous les 4 ans la France devra rendre compte des territoires affectés et présenter les effets des mesures d’atténuation et d’adaptation mises en place. Actuellement, 1% du territoire métropolitain est concerné, dont le pourtour méditerranéen et la Corse-du-Sud.
Reporterre cite Frédérique Montfort, spécialiste de la dégradation et de la restauration des paysages forestiers chez Nitidae: “La désertification ne se résume pas à l’avancée des déserts, cela se traduit surtout par la dégradation des terres des zones climatiques arides, semi-arides et sub-humides sèches”.
Plusieurs départements français ont connu des niveaux de pluviométrie dignes de zones semi-arides, notamment en 2022-2023. Cette tendance est la même de l’autre côté de la frontière. Ainsi, la Catalogne envisage de couper massivement des arbres pour diminuer (ponctuellement) la demande en eau [2] et 75% du territoire espagnol serait en cours de désertification. C’est une conséquence du réchauffement climatique, mais probablement aussi d’une urbanisation galopante des côtes (voir notre article sur le mystère de la disparition des tempêtes estivales en Méditerranée).
Une étude de 2022 s’intéresse d’ailleurs aux dynamiques d’expansion de l’aridité :
“Les sécheresses des zones arides sont particulièrement sujettes à l’autopropagation, car l’évaporation a tendance à réagir fortement à un stress hydrique accru du sol. […] Les précipitations peuvent diminuer de plus de 15 % en raison d’une sécheresse sous le vent au cours d’un seul événement, et jusqu’à 30 % au cours de certains mois.”
Nous avons récemment montré des exemples de réalisations au Sahel, mais d’autres ouvrages modestes gagneraient à être déployés. Les Pyrénées Orientales, notamment, nécessitent la mise en œuvre rapide de mesures pour limiter la contagion.
De la même manière, le déploiement d’un “Autoroute de la Pluie” dans le Lauragais permettrait de capter l’humidité des deux façades maritimes et de disposer d’un corridor agroforestier robuste. Il constituerait une “base arrière” pour soutenir le front de lutte contre la désertification de l’Aude et des Pyrénées Orientales.
En 1948, Boris Choubert, géologue à l’Office de la Recherche Scientifique Outre-Mer, remarque dans son étude intitulée “sur des phénomènes actuels de sédimentation le long des côtes guyanaises” le caractère extrêmement mouvant de la côte guyanaise.
En effet, la forme du littoral Guyanais dépend essentiellement d’un banc de vase déposé par les eaux de l’Amazone. Comme l’explique cet article d’Antoine GARDEL du Laboratoire d’Océanologie et de Géosciences, les 1500 km de côte entre les embouchures de l’Amazone et de l’Orénoque constituent la plus grande côte vasière du monde, en recevant tous les ans entre 150 et 200 million de tonnes de sédiments.
Ces sédiments forment des bancs de vase d’une vingtaine de kilomètres qui se déplacent selon la direction de la houle, c’est-à-dire essentiellement celle des alizés, à une vitesse allant de 0,5 à 5 km/h. En touchant la côte, ils forment des vasières de plusieurs kilomètres. Sur ces vasières pousse alors de la mangrove.
Ainsi en 1964, lorsque l’Etat décide de construire une cité spatiale pour remplacer le précédent centre situé en Algérie, des criques sont bouchées et des zones humides sont asséchées et comblées. La mangrove est bordée de quelques rangs de cocotiers et d’une route, puis des maisons sont construites (voir cette étude). Tout ça, sous le regard médusé des créoles.
Évidemment, ce qui devait arriver, arriva. Le banc de vase a disparu et les maisons en bord de route sont désormais en bord de mer. Pour les gens qui vivent là, la situation est dramatique. Même s’il est probable que la vase finisse par se réinstaller (cf cet article), le trait de côte a irrémédiablement bougé et les habitations, désormais exposées aux tempêtes, sont condamnées. La mer, qui était pourtant à plusieurs kilomètres, est désormais à leurs portes. Les sacs de sable posés par la commune ne sont pas grand chose face aux éléments.
Par ailleurs, on constate que si certains peuples autochtones ont l’habitude de s’installer sur le littoral, c’est parce qu’ils sont capables de partir rapidement pour changer de lieu d’habitation. Il y a donc d’un côté une force de la nature capable d’arracher en peu de temps des kilomètres de forêt littorale et de l’autre une stratégie de souplesse et d’adaptation qui a l’air de mieux fonctionner que les tentatives de domination des éléments.
C’est aussi le message de l’Autoroute de la Pluie : faire avec plutôt que contre.
Nous entendons à juste titre beaucoup parler de la perte des haies et du bocage. Toutefois, réalise-t-on l’importance du déclin des mares qui ont longtemps maillé nos territoires agricoles ?
Car c’est un fait : les mares sont en voie de disparition. Ainsi, “de nombreux pays industrialisés ont perdu de 50 à 90 % de leurs mares, directement en relation avec l’aménagement du territoire”. En France, “entre 30 et 40 % des mares ont disparu depuis 1950 en France et leur effectif est dix fois moins élevé qu’au début du siècle dernier. De plus, l’immense majorité des mares restantes est abandonnée” [étude de 2013]. En outre, “on estime qu’il y aurait sur Terre 3 milliards de mares de 100 à 1000 m², soit une surface de 0.8 milliards de km² ou 20 mares par km² […]. Les mares agricoles, à elles seules, représenteraient 77.000 km² à l’échelle mondiale” (selon cette étude).
Peu de sources récentes sont aisément accessibles pour évaluer la tendance depuis 2013. Et ce sujet est oublié des rares médias qui accordent encore une place aux questions de climat, de biodiversité et d’agroécologie.
Pourtant, les bénéfices des mares et milieux apparentés sont énormes :
Ce milieu présente les meilleures capacités de stockage de CO2. En volume, les zones humides stockent plus de CO2 que les sédiments océaniques pour une surface bien plus restreinte. Et les petites zones humides stockent davantage que les grandes par unité de surface [2].
Ce milieu facilite grandement la gestion du trop plein et du manque d’eau
une mare retient l’eau et recharge les aquifères
elle constitue également une réserve pour le bétail, les maraîchers, voir les céréaliers
Une mare filtre l’eau grâce aux plantes qu’elle abrite
Une mare a un rôle pivot pour la biodiversité, et renforce les corridors existants
L’importance économique des mares n’est pas quantifiée à notre connaissance, mais elle est énorme tant ces services écosystémiques sont essentiels.
Le sujet de la mare, entendu comme un système de stockage des excès de pluie en période hivernale, se pose avec une acuité grandissante. Selon les projections climatiques, en France les périodes de sécheresses seront plus fréquentes et plus longues. Il sera alors opportun de disposer de stockages. Stocker l’eau ne doit pas être un tabou, à condition de ne pas multiplier des méga bassines privatisant la ressource.
En plus de réhabiliter les mares abandonnées, une voie médiane et réaliste serait donc de favoriser l’implantation d’un maillage important de noues et keylines et de fermer certains fossés.
En outre, toujours selon les projections, le Nord de la France sera particulièrement arrosé. Il faudra alors faire face à des cumuls de précipitations très importants, la période octobre 2023-octobre 2024 étant un avant-goût.
Avant de restaurer toutes les zones humides drainées frénétiquement, la réinstallation de mares apparaît comme un horizon atteignable à moyen terme.
Suite sur la lutte contre la désertification au Sahel – Comment le zaï permet la régénération massive d’écosystèmes dégradés au Niger ?
Ces images sont issue de la vidéo d’Andrew Millison
Une vidéo d’Andrew Millison, publiée en novembre 2024, est particulièrement motivante. Cet enseignant en permaculture est un vidéaste populaire sur Youtube avec plus de 500.000 abonnés. Cela lui permet de diffuser massivement les bonnes nouvelles de la planète, car il y en a encore !
La vidéo au cœur de ce post concerne la restauration de 300.000 hectares au Niger, en dix ans. Les résultats sont parlants, comme en témoigne l’illustration du post, issue de la vidéo. Pour restaurer ces terres arides et désolées, une myriade de demie-unes ont été creusées par les paysans nigériens. Le déploiement de ces mesures de conservation des sols et des eaux [voir post sur le Burkina Faso, 2] a permis à la végétation de pousser et aux arbres de s’épanouir.
Selon les gestionnaires du projet, la restauration d’un hectare profite au total à 3 hectares, grâce notamment à la protection contre les effets des vents venus du désert. Ils estiment donc que 900.000 hectares en bénéficient. Les bénéficiaires de ce projet font état d’une température de 5 à 9 degrés inférieure dans les zones restaurées par rapport aux terres arides avoisinantes. L’agroforesterie est décidément une mesure de remédiation climatique très efficace.
La vidéo se concentre sur une zone de 800 hectares de ce projet nigérien. Le déploiement de ces méthodes traditionnelles de gestion de l’eau aurait déjà permis aux aquifères, jusque-là menacés d’épuisement, de recommencer à se remplir. Enfin, sur l’ensemble du projet au Niger, 500.000 personnes auraient été “mises en sécurité alimentaire” grâce à la régénération de ces terres agricoles.
Ce projet s’insère dans la démarche plus large, et titanesque, de Grande Muraille Verte en Afrique subsaharienne, qui vise à freiner voire à inverser la désertification de 11 pays du Sahel. Cette muraille doit relier Dakar (Sénégal) à Djibouti et porte sur 117.000 km 2 (11,7 millions d’hectares).
Nous explorerons plus en détail les impacts déjà constatés de la Grande Muraille Verte dans de futurs posts.
Si Andrew Millison est parfois un peu trop enthousiaste, sa capacité à rayonner sur les réseaux en fait définitivement un porte-parole du mouvement de promotion de l’agroécologie. Ses vidéos sont réalisées avec soin, ce qui permet au message de rayonner au-delà du cercle des convaincus.
Car pour déployer d’ambitieux projets basés sur l’intensification agroécologique, toutes les forces vives seront nécessaires. C’est ce à quoi s’attelle notre collectif !