Initiative de réappropriation climatique

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Drainage de zones humides : 3,4 millions de km² perdus depuis 1700

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3,4 millions de km² de zones humides perdues depuis 1700 🌍‼️
En plus d’émettre des gaz à effet de serre, ce processus impacte également le climat et notre sécurité collective. Les terribles inondations qui ont ravagé l’Asie du Sud-Est fin novembre 2025 questionnent la place accordée aux zones humides.

Ainsi, au Sri Lanka, qui connaît une urbanisation à marche forcée, la gestion de ces zones défraye la chronique. Une étude démontre que le développement économique rapide de la Chine (1990-2010) est allé de pair avec une grande perte de zones humides.

Depuis 1700, au moins 3,4 millions de km² de zones humides ont disparu sur Terre, surtout aux Etats-Unis, en Chine et en Europe. Ainsi, l’équivalent du double de la superficie de l’Allemagne a été drainé en Europe.

 Dès l’apparition des grands empires agraires, les hommes ont cherché à dompter les fleuves et à assécher les marécages pour l’agriculture. La capacité de mener à bien de grands travaux hydrauliques est d’ailleurs un marqueur d’un pouvoir central fort.

Dans l’Europe du Moyen-Age, le contrôle des zones humides n’a pas signifié un assèchement brutal. Contrairement aux grands défrichements amorcés au XIe siècle, les zones humides sont plutôt utilisées pour créer des étangs pour la pisciculture. Elles sont alors considérées comme “des lieux de ressources”.

La Renaissance marque un tournant vers une vision hygiéniste, les marais étant désormais vus comme des nuisances. De grandes opérations de drainage, impulsées par les rois de France, débutent au XVIIe siècle. Le XIXe siècle marque un tournant, plusieurs lois encourageant l’assèchement des zones humides. En France, les Landes sont emblématiques, en étant progressivement transformées en plantations de pins.

Le XXe siècle parachève le travail. Jusqu’en 1992, le droit rural  français considère les zones humides comme inutiles [4]. Pour augmenter la productivité, les terres doivent être massivement drainées. La lutte contre le paludisme joue aussi.

La période 1970-90 marque l’apogée du mouvement en France : 

Environ 2,5 millions d’hectares de marais, marécages et prairies humides ont été drainés entre 1970 et 1990, essentiellement pour créer des zones agricoles, mais aussi par extension de l’habitat et des réseaux de transport” selon l’INRAE.

Le rythme baisse à l’orée du XXIe siècle, en France et dans les autres pays dits développés. Pourtant, le mal est fait, les zones humides ont été massivement amputées.

Ce bref historique, par nature incomplet vu l’ampleur du sujet, démontre bien l’influence humaine sur ces écosystèmes critiques.

En France, les inondations répétées qui ont frappé le Nord, en 2023 et 2024, s’expliquent en partie par le drainage historique du delta de l’Aa, plus grand polder habité de France.

La régénération des sols comme levier climatique

 La régénération des sols agricoles constitue un formidable levier climatique.

De nombreux acteurs s’impliquent pour diffuser les principes de l’agroécologie et régénérer les écosystèmes.

Ainsi, pendant 10 ans, Paul Luu s’est battu sur tous les fronts pour que ce levier soit pleinement pris en compte. Il est Secrétaire exécutif de l’Initiative 4 p 1000, qui a été lancée lors de la COP 21 en 2015 par le Ministre de l’agriculture de l’époque Stéphane le Foll, lors d’un mandat ministériel particulièrement favorable à l’agroécologie [1].

Le principe fondateur de cette démarche est simple : augmenter la teneur en carbone du sol de 4 pour 1.000 (soit 0,04%) par an dans les sols agricoles de la planète permettrait  de compenser une partie des émissions atmosphérique de CO2. L’idée avait été proposée par des chercheurs du CNRS et de l’INRAE.

S’il faut se garder de relayer sans recul tous projets qui s’en revendiquent, tant certains lobbies instrumentalisent les idées vertueuses, on ne peut que saluer les démarches susceptibles de faire bouger les lignes pour le climat et l’agriculture.

Il est grand temps de remettre la question du carbone organique des sols au cœur des débats, notamment en France. C’est l’occasion avec la seconde édition de l’ouvrage “Les agriculteurs ont la Terre entre leurs mains », de Paul Luu, par les éditions La Butineuse.

Ce livre, condensé mais érudit, est orienté sur les solutions pour une agriculture robuste et positive pour le climat. Il a été préfacé par l’ancien ministre et par Erik Orsenna, cet écrivain qui aime tant nos fleuves.

Cette édition comprend notamment un précieux tableau qui permet de visualiser la progression de la diffusion des pratiques agroécologiques à travers le monde. On y voit qu’en Europe, d’importants progrès restent nécessaires, avec moins de 6% des superficies couvertes par ces pratiques.

Ce magnifique ouvrage (illustrations de Léa Cros) dresse un tableau complet des pistes pour une agriculture réellement régénérative, abordant des pratiques agricoles sur lesquelles nous postons souvent :

  •  Limiter les perturbations: l’agriculture de conservation
  • Le refus de la synthèse: l’agriculture biologique et biodynamique
  • Pour la vertu des prairies: le pâturage tournant dynamique
  • La santé des sols au centre de tout: l’agriculture régénératrice
  • Mimer les écosystèmes forestiers naturels: l’agroforesterie

L’Autoroute de la Pluie converge complètement avec la philosophie de ce livre dont le sol est le héros et le fil conducteur.

Deux constats cruciaux se doivent d’être réaffirmés puissamment :

Il est urgent de remettre le 4 pour 1000 au cœur des débats agricoles en France !

La promotion de la régénération passe par de nombreux chemins. Celui emprunté par les éditions La Butineuse est éminemment nécessaire, car il offre de l’espoir dans une période très morose.

Agroécologie : un horizon désirable face à l’éco-anxiété

Et si l’approche systémique nous permettait de dépasser les limites – planétaires et sociétales ? 
L’agroécologie doit devenir l’horizon enviable de nos sociétés. C’est pour ça que nos articles mettent en avant des solutions.

Face à la litanie de mauvaises nouvelles écologiques, l’éco anxiété guette. Pourtant, de nombreuses pistes existent, moultes initiatives essaiment à travers la France et le monde. C’est particulièrement le cas en matière d’agroécologie, où les leviers sont nombreux et recèlent un potentiel gigantesque d’atténuation du dérèglement climatique.

Nous entendons contribuer au passage à l’échelle de l’agroécologie et à la mise en avant de ses nombreux bénéfices économiques, sociaux et environnementaux. Il importe donc d’insister sur l’horizon désirable qu’offre cette transition.

Voir à ce sujet nos articles :
« Nous ne voulons pas nous adapter. Nous voulons nous battre » et « Promouvoir la photosynthèse, car la croissance c’est les plantes«

Ainsi, nous avons amplement documenté les différents aspects qui lient le triptyque “eau-sol -végétation”, soit autant de leviers d’atténuation de la crise climatique :

🌳💦 forêt et disponibilité en eau – « La pompe biotique« , « Comment le boisement génère des nuages« , Articles sur l’impact de la déforestation en Amazonie sur la pluviométrie : ici et

🪱🌱sol, carbone et biodiversité – “59% de la vie dans le sol” , “le travail des lombriciens”, “le sol et la battance” et « Plantes bioénergétiques et impact climatique«

⛰️🌧️ sol et précipitations – « Revégétalisation plateau de Loess« , « Les méthodes agricoles en milieu semi-désertique« , “L’humidité des sols conditionne les probabilités de sécheresses et de précipitations”, “Quels sont les impacts climatiques et biologiques d’un sol nu ? «

🌿🌡️ végétation et climat – “Le massacre des prairies”, « Maïs et climat aux USA«

🎯🌦️ amélioration ciblée des précipitations – « Agroforesterie d’urgence et désert« , « Les bioaérosols et la pluie«

🚨🏜️ lutte contre la désertification – « Les méthodes agricoles en milieu semi-désertique« , « Désertification de la France«

🟢🌍 verdissement et atténuation du réchauffement climatique –Revégétalisation plateau de Loess« , « Maïs et climat USA« , “Atténuation du réchauffement climatique grâce au verdissement” et “Le verdissement est un tendance avérée, malgré les sécheresses

Pâturage tournant dynamique : régénérer sols et prairies

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Tirer parti des interactions entre mondes végétal et animal contribue à fortement régénérer nos sols et booster la production agricole.

Le premier article de cette série présente la technique du pâturage tournant dynamique (PTD), qui bénéficie aux éleveurs, tant sur le plan économique qu’environnemental.

Le principe du PTD est de découper la zone de pâturage en petites unités, les paddocks (de 0,5 à 2 hectares), et d’organiser une rotation rapide des animaux entre ces parcelles afin que le troupeau ne revienne sur un paddock que lorsque son herbe est régénérée.

Idéalement, les animaux restent environ une journée par parcelle, et jusqu’à 3 jours maximum, évitant ainsi le surpâturage des jeunes repousses. Les paddocks bénéficient ainsi d’un repos de 21 à 90 jours selon la saison, permettant aux plantes de reconstituer leurs réserves via la photosynthèse.

La rotation des parcelles est notamment ajustée en fonction de la vitesse de pousse de l’herbe, elle-même directement influencée par le cycle des saisons et les conditions météorologiques, afin de limiter les refus et d’améliorer la qualité de l’herbe pâturée.

L’objectif est que les animaux mangent le plus possible une herbe présentant trois feuilles formées. À ce stade, la plante a accumulé suffisamment de réserves pour repousser rapidement après la coupe. Plus nutritive et digestive, elle présente par ailleurs une valeur nutritionnelle optimale.

Comme l’indique Carole Merienne, conseillère en agroécologie à la Chambre d’agriculture de Haute-Garonne, la pratique du PTD vise à « mettre en adéquation la part d’herbe pâturée avec le besoin animal, augmenter la quantité d’herbe par hectare, le rendement de la prairie ».

Outre la perspective d’obtenir finalement une viande ou un lait de meilleure qualité, la technique du PTD offre aussi aux éleveurs des avantages économiques dans la gestion de leur exploitation

Elle permet une réduction du besoin d’apport extérieur en azote, grâce à la décomposition des déjections animales, et une meilleure résilience face aux parasites, grâce à la rotation régulière des animaux qui perturbe leur cycle de vie.

L’augmentation de la productivité de la prairie fournit aussi aux éleveurs des stocks de fourrage sec pour les périodes de soudure. En valorisant les excédents par la fauche, ces derniers peuvent donc tendre vers une autonomie quasi-complète.

Les bénéfices du PTD se font en outre sentir sur le plan environnemental :

  • maintien d’un couvert végétal diversifié
  • création d’habitats différenciés favorisant la microfaune du sol

La recomposition des sols constitue l’un des apports écologiques les plus intéressants associés à cette pratique, qui améliore leur capacité d’infiltration de l’eau, mais aussi de stockage de carbone.

A bien des égards, la technique du PTD s’impose ainsi comme un exemple probant de solution fondée sur la nature pour un secteur de l’élevage confronté à d’importants défis.

Vite, massifions l’agroécologie !

Humidité des sols : clé des sécheresses et des pluies

L’image de couvert végétal est accessible ici
L’image de sol à nu peut être vue là

L’humidité des sols conditionne les probabilités de sécheresses et de précipitations.

La forte sécheresse des sols qui a frappé l’Europe à l’été 2025, particulièrement au Nord, alimente donc les températures extrêmes qui la touchent.

Dès 1982, Syukuro Manabe, chercheur très reconnu, a traité ce sujet en produisant la première preuve de concept à partir d’un forçage de l’humidité des sols par simulateur. En 1998, Elfatih Eltahir a précisé l’influence centrale de l’humidité des sols sur la température de surface terrestre [4], ce que confirme une étude de 2023.

L’intégration de l’humidité des sols dans les modèles de prévisions météorologiques est au cœur du travail de Constantin Ardilouze, du Centre National de Recherche en Météorologie de Météo-France. Il est revenu sur le lien entre humidité des sols et survenue de sécheresse et de pluie durant le colloque Environnement et climat à Port-Vendres, en 2024.

Il y explique que “le sol peut jouer le rôle de climatiseur ou de radiateur, selon l’humidité disponible et les conditions atmosphériques”.

En effet, une forte humidité des sols permet une évapotranspiration plus importante qui rafraîchit la température localement. La demande en évapotranspiration diminue alors, ce qui préserve l’humidité contenue dans les sols.

C’est donc une boucle de rétroaction négative.

A l’inverse, lorsque l’humidité est insuffisante, les sols ne renvoient plus d’humidité, l’évaporation s’interrompt et l’air se réchauffe sur le territoire concerné (chaleur sensible).

Une boucle de rétroaction positive se déclenche.

Un couplage lie donc humidité des sols et climat de surface. L’étude “Hot days induced by precipitation deficits at the global scale” montre une forte corrélation entre humidité des sols au printemps et températures estivales.

C. Ardilouze a également comparé sur 110 ans, via un indice d’humidité moyen de l’ensemble du bassin méditerranéen, les 25 années les plus humides et les plus sèches. Ainsi, les anomalies d’humidité des sols établies début mai persistent au moins jusqu’au milieu de l’été, avec une persistance des pluies en années humides.

Le chercheur conclut en évoquant la prise en compte progressive de la végétation dans les modèles de prévisions météorologiques. Un projet démarré en 2024 vise à inclure ce paramètre.

Ceci fait écho aux solutions fondées sur la nature et à l’agroécologie. Le couvert végétal maximise l’infiltration des pluies. Les bocages ralentissent les écoulements, les racines profondes permettent une percolation efficace et en profondeur. Les arbres génèrent également un ombrage qui réduit l’évapotranspiration.

Dans un registre apparenté, Pour une hydrologie régénérative en France, water holistic en Europe de l’Est, participent à “hydrater la terre”, pour citer d’Ananda Fitzsimmons.

Au-delà des polémiques, intensifions l’usage des pratiques agroécologiques. Elles améliorent les conditions du vivant et du climat !

Faim dans le monde : un problème politique, pas agricole

A l’occastion du débat sur la loi Duplomb, la ministre de l’agriculture a affirmé que : “l’agriculture biologique est une agriculture de principe, incapable de nourrir le monde”. Le fait de suggérer que la faim et l’insécurité alimentaire seraient des problèmes agricoles est tout à fait problématique. La faim dans le monde est un problème politique. Dans ce domaine Me Genevard ferait mieux de regarder ce que fait son engeance, plutôt que d’essayer de faire peser sur les agriculteurs une responsabilité qui n’est pas la leur.

Il n’existe pas de pénurie alimentaire globale. Les problèmes d’accès à l’alimentation sont liés à :

  • l’absence de régulation efficace des marchés agricoles et la spéculation sur les matières premières
  • la mainmise de  quelques multinationales
  • le gaspillage :  près d’un tiers de la production alimentaire mondiale est gaspillée chaque année
  • des décisions politiques absurdes
  • les dictatures et les guerres

Prenons quelques exemples :

La crise alimentaire mondiale de 2007-2008 est causée par l’abandon des cultures vivrières, la spéculation sur les marchés, la hausse des prix de l’énergie et des fertilisants, et des restrictions à l’exportation décidées par certains États. Résultat : flambée des prix, émeutes de la faim, instabilité politique, chute de gouvernements.

 La guerre en Ukraine a récemment illustré la vulnérabilité face aux chocs géopolitiques. La panique sur les marchés, la spéculation et la concentration du commerce céréalier entre quelques multinationales ont fait grimper les prix, privant les plus pauvres d’un accès à l’alimentation.

En Afghanistan, au Yémen, au Soudan du Sud ou encore à Gaza, les conflits armés détruisent les infrastructures, déplacent les populations et provoquent l’effondrement économique, rendant l’accès à la nourriture impossible pour des millions de personnes, même quand les récoltes ou à défaut l’aide internationale sont suffisantes.

En 2024, 32 % des Français se déclarent en situation d’insécurité alimentaire (58 % des 18-24 ans et 40 % des familles avec enfants). 28 % des familles déclarent avoir eu faim sans pouvoir manger au cours de l’année écoulés. 35 % des Français ont déclaré ne pas avoir mangé trois repas par jour pour des raisons financières au cours des deux dernières années.

La question n’est pas de choisir tel ou tel type d’agriculture. La faim dans le monde et en France résulte exclusivement de choix politiques, de conflits, d’inégalités, de gaspillage et d’un système commercial défaillant. Au lieu de s’enferrer dans des conflits qui n’ont pas lieu d’être, ramenons le débat sur une évaluation effective des politiques agricoles au regard de notre autonomie alimentaire et de la prospérité des campagnes et de ceux qui y vivent. Sujets qui sont au centre de notre travail de vulgarisation et de veille.

Sylvopastoralisme : prévenir les incendies par le pâturage en forêt

Pour protéger les forêts des incendies, faut-il y miser sur le sylvopastoralisme ?

L’illustration provient d’une conférence de Jordan Szcrupak « Expérience(s) de paysage » – 17/06/2024

Comme le montrent plusieurs études publiées notamment par la revue Nature, par le Centre for Agricultural Bioscience International et par AgroParisTech, le sylvopastoralisme constitue un allié puissant en matière de prévention du risque incendie.

La vallée d’U Ghjunsani, en Corse, sur lequel travaille le paysagiste Jordan Szcrupak au sein de l’association U Sbirru, en constitue un bon exemple. Situé au pied du Monte Cinto, entre Calvi et Ile Rousse, ce territoire présente différentes configurations de paysages, dans une région très exposée aux feux.

En analysant la base de données incendies de la DREAL Corse, Jordan Szcrupak a constaté que les différentes zones de ce territoire n’étaient pas frappées de la même manière, et aussi souvent, par les feux de forêts. Ainsi, la zone centrale, couvrant quatre villages, est nettement épargnée par rapport aux vallons situés à quelques kilomètres au nord.

« Cette vallée centrale est assez particulière, car c’est l’une des plus vieilles et dernières chênaie pâturée de Corse, explique le paysagiste dans une conférence à l’ENSAP Bordeaux. Cette configuration offre une sorte d’autoprotection face au feu. »

Pour inverser la tendance actuelle de régression de ce « bocage corse », l’association O Sbirru a élaboré un projet de paysage avec l’objectif d’impliquer différents acteurs locaux pour mettre en place des lisières agri-urbaines d’intérêt général à l’échelle intercommunale, qui devront permettre, à terme, une réduction de la vulnérabilité incendie.

« Le projet de paysage permet à la fois de construire un récit commun entre les différents acteurs du territoire et de montrer que les espaces agroforestiers ont un rôle pour amener une nouvelle gouvernance du risque, qui repose sur la compréhension de l’écologie du feu », plaide Jordan Szcrupak, en charge du projet au sein de l’association.

Reposant sur des pratiques ancestrales, le sylvopastoralisme pourrait ainsi constituer une solution très moderne pour répondre aux enjeux actuels en termes de risque incendie.

Agroforesterie et économie

Et si l’agroforesterie était aussi un moyen de gagner de l’argent ?

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Dans un post, l’Association française d’agroforesterie présente les différents avantages économiques associés à cette pratique, en s’appuyant sur une méta-étude réalisée sous l’égide de la CIRAD et compilant des milliers de sources. Le résultat le plus frappant est une hausse médiane de ➕35% de la production agricole par hectare.

En effet, les systèmes agroforestiers permettent aux exploitants de diversifier leurs sources de revenus en apportant une gamme de produits supplémentaires par rapport à l’agriculture traditionnelle.

Le plus évident d’entre eux est le bois provenant de la taille des arbres plantés, qui se décline en bois-énergie et en bois d’œuvre. En fonction des essences choisies, les arbres procurent bien d’autres produits valorisables : fruits, noix, huiles essentielles, produits médicinaux, fourrage, etc.

Par ailleurs, dans le podcast CAMBIUM, consacré aux pratiques agroforestières, l’agriculteur Ronan Rocaboy décrit comment il intègre une partie de ces produits forestiers au fonctionnement de sa ferme située en Bretagne. Le bois récolté est ainsi utilisé à la fois comme chauffage (chaudière biomasse) et comme litière pour les animaux d’élevage.

Les sous-produits offerts par l’agroforesterie peuvent ainsi être employés à la réduction des coûts d’exploitation. Dans la même logique, les systèmes agroforestiers fournissent divers services écosystémiques tels que la régulation de l’eau, la pollinisation, la régulation des ravageurs, la conservation de la biodiversité.

Ce rééquilibrage écosystémique diminue mécaniquement les besoins en intrants et donc les coûts associés Il a également pour effet d’améliorer progressivement la fertilité biologique des sols, grâce à l’apport de matière organique, et donc leur productivité.

L’agroforesterie propose ainsi un modèle robuste sur la durée, un atout indéniable sur le plan économique, a fortiori dans une période de bouleversement environnemental. Outre son effet bénéfique sur la qualité des sols, elle offre aux parcelles concernées, par la simple action de l’ombre des arbres, une certaine résilience, ce que confirme une étude publiée en 2023.

Les pratiques agroforestières améliorent aussi la régularité des rendements agricoles. De nombreuses recherches sont en cours en France, avec des résultats déjà probants. Une étude réalisée dans la région de Montpellier, a par exemple montré qu’une parcelle d’un hectare de mélange noix/blé permettait une augmentation de 40 % de la productivité.

L’atteinte de l’objectif de 10 % de couverture arborée sur les terres agricoles d’ici 2040, soutenu par l’European Agroforestry Federation (EURAF), est donc particulièrement vitale. Au-delà du rôle de levier de revégétalisation qu’elle peut jouer sur le plan environnemental, l’agroforesterie est donc un modèle économique d’avenir.

Déployons le dès à présent en France !

Urbanisation et climat : quels impacts ?

Quel est l’effet concret de l’urbanisation sur le climat ressenti ?

En Asie, qui a connu une récente et intense urbanisation, l’exemple de l’île de Penang est instructif. Cette île de Malaisie, située dans le détroit de Malacca, haut lieu du commerce international et de la mondialisation, s’avère un laboratoire à ciel ouvert des ravages de l’artificialisation, notamment en termes climatiques.

L’étude “Land use and land cover changes influence the land surface temperature and vegetation in Penang Island, Peninsular Malaysia” démontre que Penang a connu des changements significatifs dans l’utilisation des terres et la couverture végétale entre 2010 et 2021 :

  • une augmentation des zones urbanisées de +45 %
  • une réduction alarmante des surfaces agricoles de -33 %.

En zone urbaine, la température de surface terrestre moyenne est passée de 29 à 34,0 °C, soit +5 °C. La tendance est similaire pour les autres espaces étudiés, forêts et zones agricoles ayant une augmentation de la température de surface (LST) encore plus marquée.

Ce phénomène est étroitement corrélé à la réduction de la couverture végétale, qui joue un rôle essentiel dans la régulation de la température et des pluies. En effet, les terres agricoles et forestières, de par leurs capacités photosynthétiques, modèrent la température tandis que les sols non bétonnés infiltrent efficacement les pluies.

Cette étude met l’accent sur la corrélation inverse entre la LST et l’indice de végétation normalisé (NDVI) : la diminution de la couverture végétale est associée à une élévation des températures. Le déséquilibre créé par l’urbanisation peut donc exacerber les conditions climatiques extrêmes, augmentant le risque de sécheresse et réduisant l’efficacité naturelle de la gestion des eaux pluviales.

L’étude de ces impacts dans des îles nous semble très utile, car il permet d’étudier isolément les impacts de l’urbanisation sur un territoire.

Pour autant, cette corrélation entre baisse de l’activité photosynthétique et hausse de la température est bien documentée par ailleurs. Ainsi, Bahir Dar en Ethiopie, a connu une augmentation de +6°C de ses espaces bâtis entre 1984 et 2024, suite à une expansion urbaine de 366% (voir “Urbanization and land surface temperature dynamics in Bahir Dar, Ethiopia: a comparative analysis of pre- and post-capital status”).
Nul besoin de réaliser une bibliographie exhaustive en la matière pour comprendre les impacts évidents des changements des modes d’utilisation des sols sur le climat.

Il importe par contre de réaffirmer puissamment que la bétonisation des sols nous fait courir un risque palpable. Le suivi de l’indice NDVI devrait se généraliser. La photosynthèse ne doit pas rester cantonnée aux laboratoires ! A quand une carte de suivi hexagonal du NDVI dans le Journal Météo Climat de France 2 ?

Après ces constats, que penser des débats actuels sur l’artificialisation des sols en France ?

Restaurer les rivières par la communauté : Johads au Rajasthan

Comment la mobilisation communautaire restaure les rivières du Rajasthan.

L’image provient de la vidéo accessible ici

L’Inde subit l’assèchement des nappes phréatiques, la dégradation des sols et les températures extrêmes. L’alimentation en eau y dépend étroitement des épisodes de pluies extrêmes de mousson. Les systèmes de stockage de l’eau de pluie sont donc incontournables, surtout au Rajasthan où 84% des nappes phréatiques ont une salinité élevée. Cet État est en première ligne, avec son climat (aride à semi-aride) et sa faible pluviométrie..

En Inde, les initiatives communautaires sur la gestion durable de l’eau fleurissent, en particulier au Rajasthan. Plusieurs vidéos mettent à l’honneur cette mobilisation, dont celles d’Andrew Millison. L’excellent Water Stories revient sur le parcours de Rajendra Singh, le « Waterman of India ».

Travailleur social dans un village reculé du Rajasthan, il a constaté dans les années 1980 les dégâts provoqués par l’abandon des techniques traditionnelles de gestion de l’eau. Il a réalisé l’inefficacité des méthodes modernes et coûteuses de gestion de l’eau (grands barrages et puits profonds). Les nappes phréatiques se vidaient, les rivières s’asséchaient et les habitants étaient contraints de migrer vers les villes.

Il a alors entrepris de redéployer les johads, des bassins de rétention d’eau traditionnels. Ces ouvrages en terre et en pierre, construits par les villageois, recueillent l’eau de pluie, qui s’infiltre lentement et recharge les nappes phréatiques. Des arbres sont plantés autour des plans d’eau pour diminuer l’érosion et améliorer l’infiltration. Surtout, ces johads, peu coûteux, sont construits par les communautés locales qui ont été formées à la gestion durable de l’eau. Des comités de l’eau supervisent les réseaux.

Ces travaux ont amélioré la productivité agricole et la sécurité alimentaire, les villageois exilés ont pu rentrer. Cela a également profité à la biodiversité. Surtout, 13 rivières asséchées ont recommencé à couler. La zone a fortement verdi. Le retour des nuages, permis par un meilleur stockage de l’humidité, a engendré de meilleures pluies. Selon Singh, le climat s’est même stabilisé dans la zone (voir la Publication “Drought, Flood and Climate Change” depuis la page : https://tarunbharatsangh.in/impact/).

Ces progrès spectaculaires ont valu le “prix Nobel de l’eau” à Rajendra Singh en 2015. Celui-ci insiste sur le fait que ces progrès reposent sur des initiatives communautaires, pas gouvernementales ou privées. Ces solutions ont essaimé à travers le territoire. Singh met également en avant le faible coût de ces infrastructures, alors que plus d’un million d’habitants ont bénéficié de la construction de 250.000 johads.

Avec l’intensification des épisodes de pluie extrême en France dans les décennies à venir, la gestion de l’eau doit aussi évoluer en France. Météo France prévoit une augmentation de 15 à 20% de ces épisodes intenses. Les techniques “d’hydrologie douce” doivent se généraliser pour gérer la ressource et résister aux sécheresses croissantes.

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