Des solutions face à l'aridification de la France

Catégorie : Agroécologie Page 1 of 4

Restaurer les piliers de la vie (Ananda Fitzsimmons)

“Restaurer les piliers de la vie” : l’odyssée de la transformation écologique

Couverture de l’ouvrage publié par les Editions La Butineuse

Ananda Fitzsimmons conclut ainsi son deuxième ouvrage publié par les Editions la Butineuse :

« Ce qui est passionnant dans le fait de participer à ce mouvement, c’est qu’il est à notre portée et que les résultats se font sentir très rapidement. En quelques années, on peut voir l’environnement changer. L’eau revient, les plantes poussent, le sol est plus fertile, l’air est plus pur. On peut constater que les terres restaurées se portent mieux que les zones environnantes en cas de météo extrême.

Il n’est pas nécessaire d’avoir un doctorat pour planter des arbres, collecter l’eau de pluie ou faire du compost. Ces gestes vous procureront du plaisir, surtout lorsque vous les ferez avec d’autres. Je vous invite donc à participer à ce mouvement de régénération des piliers de la vie. Vingt milliards d’hectares de terres ont été dégradées. Imaginez le résultat si nous nous unissons pour leur redonner vie.«

Dans ce livre, Ananda Fitzsimmons illustre son analyse scientifique des cycles de la vie par une mosaïque de témoignages. Au-delà de la conviction centrale que les trois piliers (carbone, eau et biodiversité) ne fonctionnent pas isolément, c’est au travers d’exemples concrets que s’incarne une vision intégrée du vivant.

On y parle de Félix Noblia, que nous connaissons bien, et de son entreprise  : Régénération. On y parle de Ross MacDonald, champion du pâturage au Canada et de ses amis, les mammifères fouisseurs qui décompactent les sols.  On y parle de Suzanne Simard, l’exploratrice des réseaux mycorhiziens et des ours qui, en mangeant leurs saumons à l’ombre des douglas, enrichissent la forêt de minéraux inaccessibles.

On y parle aussi de Rob De Laet et de son combat pour pour sauvegarder la forêt amazonienne,  de Vijay Kumar qui, en Inde, convertit des dizaines de milliers d’agriculteurs à l’agriculture naturelle. On y parle de bien d’autres courageux à travers le monde qui ont pris en main le destin d’un morceau de terre.

Chaque témoignage combine explications scientifiques rigoureuses et histoires humaines détaillées. Les concepts abstraits du cycle hydrologique, de la séquestration du carbone ou de la cascade trophique prennent corps au travers de témoignages concrets. Ces pionniers ne sont pas des sauveurs messianiques mais des observateurs tenaces, des expérimentateurs pragmatiques, des gens ordinaires qui ont fait le choix de l’observation et de la compréhension de nos écosystèmes.

Restaurer les piliers de la vie offre des preuves que la restauration est possible, que les solutions existent, et qu’elles sont à notre portée en documentant des réussites mesurables, des défis surmontés, et des systèmes vivants qui renaissent quand on leur en laisse l’opportunité.

Restaurer les piliers de la vie permet de comprendre dans quel mouvement s’inscrit l’Autoroute de la Pluie, celui de l’agroécologie et de la régénération des sols.

Prairies permanentes : un enjeu écologique et climatique

Image du post

Les prairies, un enjeux écologique essentiel.

Suite de la série d’articles relatifs à ce que révèle la crise de la DNC.

En Europe de l’Ouest, si on laisse une parcelle évoluer, elle se transforme en forêt de feuillus. On dit que la forêt de feuillus est le stade du Climax de la succession végétale.

Dans cette évolution, la prairie, qui se caractérise par une végétation composée principalement de graminées et de légumineuses pérennes, est stabilisée par la présence d’animaux brouteurs. C’est le pâturage qui empêche le système d’évoluer vers la forêt. Prairies et haies forment le bocage qui structure le cycle de l’eau et la biodiversité.

On distingue les prairies permanentes (non retournées depuis au moins 5 ans) des prairies temporaires qui sont des cultures d’herbe intégrées à la rotation. Une prairie permanente bien gérée voit sa diversité végétale augmenter.

Les systèmes herbagers réduisent la dépendance aux importations de soja et stockent du carbone. Ils favorisent l’infiltration et le stockage de l’eau et la régulation climatique par l’évapotranspiration. La présence de haies (bocage) ou d’arbres intra-parcellaires (pré-verger) accentue ses avantages écologiques en offrant :

  • Une période optimisée de photosynthèse
  • Une diversité de milieux
    • avec des corridors écologiques
    • des ruptures dans la circulation des pathogènes
    • un ralentissement de l’écoulement des eaux

L’élevage extensif est aujourd’hui le seul garant de ces paysages tellement typiques des belles campagnes.

Les crises successives (sanitaires, économiques, géopolitiques) tendent à renforcer les logiques d’intensification. Les filières les plus intégrées et standardisées sont soutenues par les banques, l’industrie et les pouvoirs publics, car elles sont synonymes de volumes réguliers, de biosécurité élevée et de contrats stables, au détriment de systèmes plus extensifs ou de plein air, jugés à tort plus vulnérables.​

Concrètement, cela se traduit par le retournement de prairies qui sont transformées en champs de céréales dès que le sol le permet. Sinon, c’est la déprise agricole avec l’abandon du territoire et un regain des forêts qu’on pourrait croire positif mais qui n’est en fait qu’un pas de plus vers un territoire découpé en zones étanches d’habitation, de production, de nature « sauvage », prolongation d’une logique extractiviste qui sépare et hiérarchise les fonctions du vivant.

Au sein de l’Autoroute de la Pluie, nous défendons la diversité des productions, des habitats et des relations avec le milieu, la coexistence des usages et des façons de vivre qui tissent un territoire vivant et des écosystèmes divers plutôt qu’un espace segmenté et uniforme.

Pourtant, tous les rapports d’experts pointent la nécessité de revenir à des modèles plus agiles et mieux adaptés aux enjeux sociaux et écologiques (voir source 0, source 1 et source 2 en fin d’article) plutôt qu’au statu quo. Ainsi, derrière la crise de l’élevage, c’est de la diversité des modes de vie et des espaces qu’il est question.

Sources

[0] Avis du CESE « Relever les défis de l’élevage français pour assurer sa pérennité » (janvier 2024) : diagnostic global de l’élevage français et préconisations pour accompagner des transitions vers des systèmes plus autonomes, mieux intégrés au territoire et plus vertueux environnementalement et socialement.

[1] Expertise scientifique collective INRAE « Rôles, impacts et services issus des élevages en Europe » (2016, synthèse et rapport complet) : gros état de l’art scientifique sur les impacts et services de l’élevage, avec une analyse des compromis et leviers pour faire évoluer les systèmes.

[2] Rapport de l’Académie d’agriculture de France « L’élevage intensif en France peut-il être durable ? » (2025) : diagnostic précis des systèmes intensifs spécialisés, appel à une transformation profonde (recouplage élevage–cultures, réduction des intrants, meilleure intégration territoriale)

Élevage et cultures : un levier agronomique sous-exploité

Crédit photo : Alice Roy

L’élevage, un outil agronomique
Suite de notre série d’articles sur ce que la DNC révèle du paysage agricole français.

Dans les modèles français antérieurs à la révolution verte, élevage et culture sont rarement des ateliers séparés. La culture fourragère fait partie intégrante de la rotation.

Aujourd’hui, l’intégration de l’élevage dans les cultures pérennes et les grandes cultures est la clé d’une agriculture qui réduirait drastiquement le recours à la chimie et au travail du sol. Cela donne lieu à des innovations ou des redécouvertes agronomiques.

Le déprimage des céréales par des ruminants permet de réduire la pression des adventices, de favoriser le tallage, de diminuer les recours aux raccourcisseurs voire d’installer un trèfle sous la céréale.

Retour d’expérience de Bruno Vaillant.

Voir aussi Dominique Fessard et Samuel Foubert, bergers sans terre, pour le pâturage des céréales.

L’utilisation des canards pour nettoyer les cultures de riz des adventices et des insectes est une pratique traditionnelle.

L’exemple de Bernard Poujol en Camargue.

L’association de moutons et de poules dans les vergers permet de gérer l’enherbement et de réduire la pression parasitaire (carpocapse notamment). Elle permet également de valoriser la biomasse spontanée sous forme de viande et d’œufs et de fertiliser les arbres.

Exemple de la ferme du Grand Laval.

L’utilisation de petits cochons, les kunekune, pour entretenir l’inter-rang dans les vignes fait l’objet de nombreuses expérimentations.

C’est le cas par exemple chez les Champagne Moussé.

🐮Enfin,  l’élevage comme moyen de :

  • valoriser les cultures manquées et les couverts d’interculture.
  • produire de l’engrais organique
  • restaurer les sols
  • maîtriser la levée des adventices

Voir, notamment, les exemples de Bruno cabrol et Félix Noblia, qui tous deux participent à la régénération des sols de leurs exploitations. L’illustration du post montre d’ailleurs Bruno Cabrol et ses bêtes.

Ces exemples, parmi d’autres, démontrent l’importance agronomique de l’élevage. Des pratiques agricoles variées et complémentaires sont vitales pour soutenir la robustesse des fermes, en France comme dans le monde.

Biosécurité agricole : un outil de contrôle des paysans ?

DNC : la biosécurité agricole au service du contrôle économique et social

L’anthropologue James C. Scott suggère que les premiers États sont fondés spécifiquement sur la culture des céréales, qui sont idéales pour une taxation régulière et un contrôle administratif centralisé :

  • visibilité des cultures
  • récolte groupée
  • facilité de stockage et de transport
  • prévisibilité saisonnière

En d’autres termes, les céréales rendent la société plus facile à surveiller et à administrer (voir James C. Scott, Homo Domesticus – La Découverte. [lien] et James C. Scott, Homo-domesticus – Lectures. [lien])

L’État s’appuie sur des agro-systèmes simplifiés, homogénéisés et contrôlables. Cette logique de contrôle vertical reste présente dans l’agriculture française contemporaine au travers d’une comptabilité centralisée, de normes et de pratiques contraintes issus de la révolution verte. Le territoire est  « lisible » (ici le lait, là le sucre, ailleurs le blé) et les interlocuteurs identifiés.

L’État contrôle non seulement les excédents agricoles, mais aussi les débouchés commerciaux. Les rendements sont prévisibles. La PAC renforce cet aspect. Les choses trop complexes comme les mélanges de culture et l’agroforesterie sont disqualifiées : une parcelle, un usage. Le tout est contrôlé par satellite.

Si la « lisibilité » prime pour l’administration, la folie administrative insécurise les agriculteurs. De plus, cette simplification augmente la vulnérabilité aux crises climatiques ou sanitaires.

Dans ce domaine, la  « stratégie du vide » prime : abattages préventifs, interdiction de commercialisation, vides sanitaires imposés. Ainsi, la grippe aviaire imposera l’abattage de plusieurs dizaines de millions de volailles entre 2016 et 2023. Zones tampons, élevages intensifs isolés, double clôtures, traçabilité : la biosécurité réduit encore plus la diversité des systèmes agricoles et renforce la vulnérabilité et l’arbitraire administratif.

Mettre un mouton et une poule dans le même pré est interdit. C’est la logique de simplification que James C. Scott associe aux premiers États.

Aujourd’hui, avec la DNC, le schéma se durcit encore. C’est une maladie dont le contrôle pourrait passer par des mesures d’isolement des animaux et de surveillance. Mais l’État applique une politique d’abattage systématique des troupeaux touchés dont les fermes ne peuvent pas se remettre.

Rétorsion ?  Mercosur ? Incompétence ? Restrictions à l’export  Les spéculations abondent.  Quand on tue des animaux pour ne pas qu’ils tombent malades, on peut aussi détruire des fermes pour éviter qu’elles fassent faillite.

La gestion de cette crise s’inscrit dans la continuité du modèle de simplification et de contrôle social de la paysannerie qui a notamment servi à imposer les monocultures destinées à l’export dans les colonies : une répression policière et administrative qui ne semble pas avoir de limites.

Plus l’imprévu devient la norme, plus l’État privilégie des systèmes uniformes et contrôlables qui nous rendent vulnérables aux événements sanitaires, climatiques ou économiques, et qui font le malheur des paysans.

Lectures complémentaires :

Coordination Rurale, Un siècle d’histoire entre le prix du blé et l’État français. [lien]

Biosecurity Concept: Origins, Evolution and Perspectives. [lien])

Crise DNC : comprendre la dermatose nodulaire contagieuse

Source de l’image

Crise de la DNC, les clés pour comprendre

La dermatose nodulaire contagieuse (DNC) est une maladie virale des bovins et buffles, non transmissible à l’humain, provoquant fièvre, nodules cutanés et fortes pertes de production. Elle est parfois mortelle. La DNC se transmet surtout par des insectes piqueurs (taons, stomoxes) et fait l’objet de mesures strictes d’éradication en Europe.

L’historique de l’épidémie en France est largement décrit dans un dossier de la Coordination Rurale.

L’ANSES à publié le en juillet un document prévoyant l’abattage des troupeaux au nom d’une réglementation européenne : « L’abattage des troupeaux infectés : la réglementation européenne impose des mesures de dépeuplement par abattage total des troupeaux contaminés afin d’éviter la diffusion du virus ».

La réglementation européenne existe bien (2016/429 + 2020/687 et décisions d’exécution), elle autorise et encadre le dépeuplement total, mais le fait que ce soit appliqué de manière systématique en France résulte d’un choix politique et réglementaire national dans le cadre de ces textes (voir ici et ).

L’abattage le 12 décembre 2025 d’un troupeau de 208 vaches en Ariège a mis le feu aux poudre dans le Sud de la France. L’ensemble des syndicats agricoles est vent debout contre ce qu’ils dénoncent comme la fin de l’élevage en France.

Plusieurs questions émergent.

  • Qu’en est-il ?
  • Pourquoi, contre toute logique, l’État maintient l’abattage de troupeaux entiers ?
  • L’élevage est-il effectivement en danger ?
  • Quelles seraient les conséquences d’une marginalisation du pâturage ?

Pour contribuer au débat, l’Autoroute de la Pluie, propose une série d’e trois articles :

  • Une analyse critique de la biosécurité
  • Les systèmes prairiaux et leur impact écologique
  • L’intérêt agronomique du pâturage

Drainage de zones humides : 3,4 millions de km² perdus depuis 1700

L’image provient de cette étude

3,4 millions de km² de zones humides perdues depuis 1700 🌍‼️
En plus d’émettre des gaz à effet de serre, ce processus impacte également le climat et notre sécurité collective. Les terribles inondations qui ont ravagé l’Asie du Sud-Est fin novembre 2025 questionnent la place accordée aux zones humides.

Ainsi, au Sri Lanka, qui connaît une urbanisation à marche forcée, la gestion de ces zones défraye la chronique. Une étude démontre que le développement économique rapide de la Chine (1990-2010) est allé de pair avec une grande perte de zones humides.

Depuis 1700, au moins 3,4 millions de km² de zones humides ont disparu sur Terre, surtout aux Etats-Unis, en Chine et en Europe. Ainsi, l’équivalent du double de la superficie de l’Allemagne a été drainé en Europe.

 Dès l’apparition des grands empires agraires, les hommes ont cherché à dompter les fleuves et à assécher les marécages pour l’agriculture. La capacité de mener à bien de grands travaux hydrauliques est d’ailleurs un marqueur d’un pouvoir central fort.

Dans l’Europe du Moyen-Age, le contrôle des zones humides n’a pas signifié un assèchement brutal. Contrairement aux grands défrichements amorcés au XIe siècle, les zones humides sont plutôt utilisées pour créer des étangs pour la pisciculture. Elles sont alors considérées comme “des lieux de ressources”.

La Renaissance marque un tournant vers une vision hygiéniste, les marais étant désormais vus comme des nuisances. De grandes opérations de drainage, impulsées par les rois de France, débutent au XVIIe siècle. Le XIXe siècle marque un tournant, plusieurs lois encourageant l’assèchement des zones humides. En France, les Landes sont emblématiques, en étant progressivement transformées en plantations de pins.

Le XXe siècle parachève le travail. Jusqu’en 1992, le droit rural  français considère les zones humides comme inutiles [4]. Pour augmenter la productivité, les terres doivent être massivement drainées. La lutte contre le paludisme joue aussi.

La période 1970-90 marque l’apogée du mouvement en France : 

Environ 2,5 millions d’hectares de marais, marécages et prairies humides ont été drainés entre 1970 et 1990, essentiellement pour créer des zones agricoles, mais aussi par extension de l’habitat et des réseaux de transport” selon l’INRAE.

Le rythme baisse à l’orée du XXIe siècle, en France et dans les autres pays dits développés. Pourtant, le mal est fait, les zones humides ont été massivement amputées.

Ce bref historique, par nature incomplet vu l’ampleur du sujet, démontre bien l’influence humaine sur ces écosystèmes critiques.

En France, les inondations répétées qui ont frappé le Nord, en 2023 et 2024, s’expliquent en partie par le drainage historique du delta de l’Aa, plus grand polder habité de France.

La régénération des sols comme levier climatique

 La régénération des sols agricoles constitue un formidable levier climatique.

De nombreux acteurs s’impliquent pour diffuser les principes de l’agroécologie et régénérer les écosystèmes.

Ainsi, pendant 10 ans, Paul Luu s’est battu sur tous les fronts pour que ce levier soit pleinement pris en compte. Il est Secrétaire exécutif de l’Initiative 4 p 1000, qui a été lancée lors de la COP 21 en 2015 par le Ministre de l’agriculture de l’époque Stéphane le Foll, lors d’un mandat ministériel particulièrement favorable à l’agroécologie [1].

Le principe fondateur de cette démarche est simple : augmenter la teneur en carbone du sol de 4 pour 1.000 (soit 0,04%) par an dans les sols agricoles de la planète permettrait  de compenser une partie des émissions atmosphérique de CO2. L’idée avait été proposée par des chercheurs du CNRS et de l’INRAE.

S’il faut se garder de relayer sans recul tous projets qui s’en revendiquent, tant certains lobbies instrumentalisent les idées vertueuses, on ne peut que saluer les démarches susceptibles de faire bouger les lignes pour le climat et l’agriculture.

Il est grand temps de remettre la question du carbone organique des sols au cœur des débats, notamment en France. C’est l’occasion avec la seconde édition de l’ouvrage “Les agriculteurs ont la Terre entre leurs mains », de Paul Luu, par les éditions La Butineuse.

Ce livre, condensé mais érudit, est orienté sur les solutions pour une agriculture robuste et positive pour le climat. Il a été préfacé par l’ancien ministre et par Erik Orsenna, cet écrivain qui aime tant nos fleuves.

Cette édition comprend notamment un précieux tableau qui permet de visualiser la progression de la diffusion des pratiques agroécologiques à travers le monde. On y voit qu’en Europe, d’importants progrès restent nécessaires, avec moins de 6% des superficies couvertes par ces pratiques.

Ce magnifique ouvrage (illustrations de Léa Cros) dresse un tableau complet des pistes pour une agriculture réellement régénérative, abordant des pratiques agricoles sur lesquelles nous postons souvent :

  •  Limiter les perturbations: l’agriculture de conservation
  • Le refus de la synthèse: l’agriculture biologique et biodynamique
  • Pour la vertu des prairies: le pâturage tournant dynamique
  • La santé des sols au centre de tout: l’agriculture régénératrice
  • Mimer les écosystèmes forestiers naturels: l’agroforesterie

L’Autoroute de la Pluie converge complètement avec la philosophie de ce livre dont le sol est le héros et le fil conducteur.

Deux constats cruciaux se doivent d’être réaffirmés puissamment :

Il est urgent de remettre le 4 pour 1000 au cœur des débats agricoles en France !

La promotion de la régénération passe par de nombreux chemins. Celui emprunté par les éditions La Butineuse est éminemment nécessaire, car il offre de l’espoir dans une période très morose.

Agroécologie : un horizon désirable face à l’éco-anxiété

Et si l’approche systémique nous permettait de dépasser les limites – planétaires et sociétales ? 
L’agroécologie doit devenir l’horizon enviable de nos sociétés. C’est pour ça que nos articles mettent en avant des solutions.

Face à la litanie de mauvaises nouvelles écologiques, l’éco anxiété guette. Pourtant, de nombreuses pistes existent, moultes initiatives essaiment à travers la France et le monde. C’est particulièrement le cas en matière d’agroécologie, où les leviers sont nombreux et recèlent un potentiel gigantesque d’atténuation du dérèglement climatique.

Nous entendons contribuer au passage à l’échelle de l’agroécologie et à la mise en avant de ses nombreux bénéfices économiques, sociaux et environnementaux. Il importe donc d’insister sur l’horizon désirable qu’offre cette transition.

Voir à ce sujet nos articles :
« Nous ne voulons pas nous adapter. Nous voulons nous battre » et « Promouvoir la photosynthèse, car la croissance c’est les plantes«

Ainsi, nous avons amplement documenté les différents aspects qui lient le triptyque “eau-sol -végétation”, soit autant de leviers d’atténuation de la crise climatique :

🌳💦 forêt et disponibilité en eau – « La pompe biotique« , « Comment le boisement génère des nuages« , Articles sur l’impact de la déforestation en Amazonie sur la pluviométrie : ici et

🪱🌱sol, carbone et biodiversité – “59% de la vie dans le sol” , “le travail des lombriciens”, “le sol et la battance” et « Plantes bioénergétiques et impact climatique«

⛰️🌧️ sol et précipitations – « Revégétalisation plateau de Loess« , « Les méthodes agricoles en milieu semi-désertique« , “L’humidité des sols conditionne les probabilités de sécheresses et de précipitations”, “Quels sont les impacts climatiques et biologiques d’un sol nu ? «

🌿🌡️ végétation et climat – “Le massacre des prairies”, « Maïs et climat aux USA«

🎯🌦️ amélioration ciblée des précipitations – « Agroforesterie d’urgence et désert« , « Les bioaérosols et la pluie«

🚨🏜️ lutte contre la désertification – « Les méthodes agricoles en milieu semi-désertique« , « Désertification de la France«

🟢🌍 verdissement et atténuation du réchauffement climatique –Revégétalisation plateau de Loess« , « Maïs et climat USA« , “Atténuation du réchauffement climatique grâce au verdissement” et “Le verdissement est un tendance avérée, malgré les sécheresses

Pâturage tournant dynamique : régénérer sols et prairies

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Tirer parti des interactions entre mondes végétal et animal contribue à fortement régénérer nos sols et booster la production agricole.

Le premier article de cette série présente la technique du pâturage tournant dynamique (PTD), qui bénéficie aux éleveurs, tant sur le plan économique qu’environnemental.

Le principe du PTD est de découper la zone de pâturage en petites unités, les paddocks (de 0,5 à 2 hectares), et d’organiser une rotation rapide des animaux entre ces parcelles afin que le troupeau ne revienne sur un paddock que lorsque son herbe est régénérée.

Idéalement, les animaux restent environ une journée par parcelle, et jusqu’à 3 jours maximum, évitant ainsi le surpâturage des jeunes repousses. Les paddocks bénéficient ainsi d’un repos de 21 à 90 jours selon la saison, permettant aux plantes de reconstituer leurs réserves via la photosynthèse.

La rotation des parcelles est notamment ajustée en fonction de la vitesse de pousse de l’herbe, elle-même directement influencée par le cycle des saisons et les conditions météorologiques, afin de limiter les refus et d’améliorer la qualité de l’herbe pâturée.

L’objectif est que les animaux mangent le plus possible une herbe présentant trois feuilles formées. À ce stade, la plante a accumulé suffisamment de réserves pour repousser rapidement après la coupe. Plus nutritive et digestive, elle présente par ailleurs une valeur nutritionnelle optimale.

Comme l’indique Carole Merienne, conseillère en agroécologie à la Chambre d’agriculture de Haute-Garonne, la pratique du PTD vise à « mettre en adéquation la part d’herbe pâturée avec le besoin animal, augmenter la quantité d’herbe par hectare, le rendement de la prairie ».

Outre la perspective d’obtenir finalement une viande ou un lait de meilleure qualité, la technique du PTD offre aussi aux éleveurs des avantages économiques dans la gestion de leur exploitation

Elle permet une réduction du besoin d’apport extérieur en azote, grâce à la décomposition des déjections animales, et une meilleure résilience face aux parasites, grâce à la rotation régulière des animaux qui perturbe leur cycle de vie.

L’augmentation de la productivité de la prairie fournit aussi aux éleveurs des stocks de fourrage sec pour les périodes de soudure. En valorisant les excédents par la fauche, ces derniers peuvent donc tendre vers une autonomie quasi-complète.

Les bénéfices du PTD se font en outre sentir sur le plan environnemental :

  • maintien d’un couvert végétal diversifié
  • création d’habitats différenciés favorisant la microfaune du sol

La recomposition des sols constitue l’un des apports écologiques les plus intéressants associés à cette pratique, qui améliore leur capacité d’infiltration de l’eau, mais aussi de stockage de carbone.

A bien des égards, la technique du PTD s’impose ainsi comme un exemple probant de solution fondée sur la nature pour un secteur de l’élevage confronté à d’importants défis.

Vite, massifions l’agroécologie !

Humidité des sols : clé des sécheresses et des pluies

L’image de couvert végétal est accessible ici
L’image de sol à nu peut être vue là

L’humidité des sols conditionne les probabilités de sécheresses et de précipitations.

La forte sécheresse des sols qui a frappé l’Europe à l’été 2025, particulièrement au Nord, alimente donc les températures extrêmes qui la touchent.

Dès 1982, Syukuro Manabe, chercheur très reconnu, a traité ce sujet en produisant la première preuve de concept à partir d’un forçage de l’humidité des sols par simulateur. En 1998, Elfatih Eltahir a précisé l’influence centrale de l’humidité des sols sur la température de surface terrestre [4], ce que confirme une étude de 2023.

L’intégration de l’humidité des sols dans les modèles de prévisions météorologiques est au cœur du travail de Constantin Ardilouze, du Centre National de Recherche en Météorologie de Météo-France. Il est revenu sur le lien entre humidité des sols et survenue de sécheresse et de pluie durant le colloque Environnement et climat à Port-Vendres, en 2024.

Il y explique que “le sol peut jouer le rôle de climatiseur ou de radiateur, selon l’humidité disponible et les conditions atmosphériques”.

En effet, une forte humidité des sols permet une évapotranspiration plus importante qui rafraîchit la température localement. La demande en évapotranspiration diminue alors, ce qui préserve l’humidité contenue dans les sols.

C’est donc une boucle de rétroaction négative.

A l’inverse, lorsque l’humidité est insuffisante, les sols ne renvoient plus d’humidité, l’évaporation s’interrompt et l’air se réchauffe sur le territoire concerné (chaleur sensible).

Une boucle de rétroaction positive se déclenche.

Un couplage lie donc humidité des sols et climat de surface. L’étude “Hot days induced by precipitation deficits at the global scale” montre une forte corrélation entre humidité des sols au printemps et températures estivales.

C. Ardilouze a également comparé sur 110 ans, via un indice d’humidité moyen de l’ensemble du bassin méditerranéen, les 25 années les plus humides et les plus sèches. Ainsi, les anomalies d’humidité des sols établies début mai persistent au moins jusqu’au milieu de l’été, avec une persistance des pluies en années humides.

Le chercheur conclut en évoquant la prise en compte progressive de la végétation dans les modèles de prévisions météorologiques. Un projet démarré en 2024 vise à inclure ce paramètre.

Ceci fait écho aux solutions fondées sur la nature et à l’agroécologie. Le couvert végétal maximise l’infiltration des pluies. Les bocages ralentissent les écoulements, les racines profondes permettent une percolation efficace et en profondeur. Les arbres génèrent également un ombrage qui réduit l’évapotranspiration.

Dans un registre apparenté, Pour une hydrologie régénérative en France, water holistic en Europe de l’Est, participent à “hydrater la terre”, pour citer d’Ananda Fitzsimmons.

Au-delà des polémiques, intensifions l’usage des pratiques agroécologiques. Elles améliorent les conditions du vivant et du climat !

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