Des solutions face à l'aridification de la France

Catégorie : Agroécologie Page 2 of 4

La régénération des sols comme levier climatique

 La régénération des sols agricoles constitue un formidable levier climatique.

De nombreux acteurs s’impliquent pour diffuser les principes de l’agroécologie et régénérer les écosystèmes.

Ainsi, pendant 10 ans, Paul Luu s’est battu sur tous les fronts pour que ce levier soit pleinement pris en compte. Il est Secrétaire exécutif de l’Initiative 4 p 1000, qui a été lancée lors de la COP 21 en 2015 par le Ministre de l’agriculture de l’époque Stéphane le Foll, lors d’un mandat ministériel particulièrement favorable à l’agroécologie [1].

Le principe fondateur de cette démarche est simple : augmenter la teneur en carbone du sol de 4 pour 1.000 (soit 0,04%) par an dans les sols agricoles de la planète permettrait  de compenser une partie des émissions atmosphérique de CO2. L’idée avait été proposée par des chercheurs du CNRS et de l’INRAE.

S’il faut se garder de relayer sans recul tous projets qui s’en revendiquent, tant certains lobbies instrumentalisent les idées vertueuses, on ne peut que saluer les démarches susceptibles de faire bouger les lignes pour le climat et l’agriculture.

Il est grand temps de remettre la question du carbone organique des sols au cœur des débats, notamment en France. C’est l’occasion avec la seconde édition de l’ouvrage “Les agriculteurs ont la Terre entre leurs mains », de Paul Luu, par les éditions La Butineuse.

Ce livre, condensé mais érudit, est orienté sur les solutions pour une agriculture robuste et positive pour le climat. Il a été préfacé par l’ancien ministre et par Erik Orsenna, cet écrivain qui aime tant nos fleuves.

Cette édition comprend notamment un précieux tableau qui permet de visualiser la progression de la diffusion des pratiques agroécologiques à travers le monde. On y voit qu’en Europe, d’importants progrès restent nécessaires, avec moins de 6% des superficies couvertes par ces pratiques.

Ce magnifique ouvrage (illustrations de Léa Cros) dresse un tableau complet des pistes pour une agriculture réellement régénérative, abordant des pratiques agricoles sur lesquelles nous postons souvent :

  •  Limiter les perturbations: l’agriculture de conservation
  • Le refus de la synthèse: l’agriculture biologique et biodynamique
  • Pour la vertu des prairies: le pâturage tournant dynamique
  • La santé des sols au centre de tout: l’agriculture régénératrice
  • Mimer les écosystèmes forestiers naturels: l’agroforesterie

L’Autoroute de la Pluie converge complètement avec la philosophie de ce livre dont le sol est le héros et le fil conducteur.

Deux constats cruciaux se doivent d’être réaffirmés puissamment :

Il est urgent de remettre le 4 pour 1000 au cœur des débats agricoles en France !

La promotion de la régénération passe par de nombreux chemins. Celui emprunté par les éditions La Butineuse est éminemment nécessaire, car il offre de l’espoir dans une période très morose.

Agroécologie : un horizon désirable face à l’éco-anxiété

Et si l’approche systémique nous permettait de dépasser les limites – planétaires et sociétales ? 
L’agroécologie doit devenir l’horizon enviable de nos sociétés. C’est pour ça que nos articles mettent en avant des solutions.

Face à la litanie de mauvaises nouvelles écologiques, l’éco anxiété guette. Pourtant, de nombreuses pistes existent, moultes initiatives essaiment à travers la France et le monde. C’est particulièrement le cas en matière d’agroécologie, où les leviers sont nombreux et recèlent un potentiel gigantesque d’atténuation du dérèglement climatique.

Nous entendons contribuer au passage à l’échelle de l’agroécologie et à la mise en avant de ses nombreux bénéfices économiques, sociaux et environnementaux. Il importe donc d’insister sur l’horizon désirable qu’offre cette transition.

Voir à ce sujet nos articles :
« Nous ne voulons pas nous adapter. Nous voulons nous battre » et « Promouvoir la photosynthèse, car la croissance c’est les plantes«

Ainsi, nous avons amplement documenté les différents aspects qui lient le triptyque “eau-sol -végétation”, soit autant de leviers d’atténuation de la crise climatique :

🌳💦 forêt et disponibilité en eau – « La pompe biotique« , « Comment le boisement génère des nuages« , Articles sur l’impact de la déforestation en Amazonie sur la pluviométrie : ici et

🪱🌱sol, carbone et biodiversité – “59% de la vie dans le sol” , “le travail des lombriciens”, “le sol et la battance” et « Plantes bioénergétiques et impact climatique«

⛰️🌧️ sol et précipitations – « Revégétalisation plateau de Loess« , « Les méthodes agricoles en milieu semi-désertique« , “L’humidité des sols conditionne les probabilités de sécheresses et de précipitations”, “Quels sont les impacts climatiques et biologiques d’un sol nu ? «

🌿🌡️ végétation et climat – “Le massacre des prairies”, « Maïs et climat aux USA«

🎯🌦️ amélioration ciblée des précipitations – « Agroforesterie d’urgence et désert« , « Les bioaérosols et la pluie«

🚨🏜️ lutte contre la désertification – « Les méthodes agricoles en milieu semi-désertique« , « Désertification de la France«

🟢🌍 verdissement et atténuation du réchauffement climatique –Revégétalisation plateau de Loess« , « Maïs et climat USA« , “Atténuation du réchauffement climatique grâce au verdissement” et “Le verdissement est un tendance avérée, malgré les sécheresses

Pâturage tournant dynamique : régénérer sols et prairies

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Tirer parti des interactions entre mondes végétal et animal contribue à fortement régénérer nos sols et booster la production agricole.

Le premier article de cette série présente la technique du pâturage tournant dynamique (PTD), qui bénéficie aux éleveurs, tant sur le plan économique qu’environnemental.

Le principe du PTD est de découper la zone de pâturage en petites unités, les paddocks (de 0,5 à 2 hectares), et d’organiser une rotation rapide des animaux entre ces parcelles afin que le troupeau ne revienne sur un paddock que lorsque son herbe est régénérée.

Idéalement, les animaux restent environ une journée par parcelle, et jusqu’à 3 jours maximum, évitant ainsi le surpâturage des jeunes repousses. Les paddocks bénéficient ainsi d’un repos de 21 à 90 jours selon la saison, permettant aux plantes de reconstituer leurs réserves via la photosynthèse.

La rotation des parcelles est notamment ajustée en fonction de la vitesse de pousse de l’herbe, elle-même directement influencée par le cycle des saisons et les conditions météorologiques, afin de limiter les refus et d’améliorer la qualité de l’herbe pâturée.

L’objectif est que les animaux mangent le plus possible une herbe présentant trois feuilles formées. À ce stade, la plante a accumulé suffisamment de réserves pour repousser rapidement après la coupe. Plus nutritive et digestive, elle présente par ailleurs une valeur nutritionnelle optimale.

Comme l’indique Carole Merienne, conseillère en agroécologie à la Chambre d’agriculture de Haute-Garonne, la pratique du PTD vise à « mettre en adéquation la part d’herbe pâturée avec le besoin animal, augmenter la quantité d’herbe par hectare, le rendement de la prairie ».

Outre la perspective d’obtenir finalement une viande ou un lait de meilleure qualité, la technique du PTD offre aussi aux éleveurs des avantages économiques dans la gestion de leur exploitation

Elle permet une réduction du besoin d’apport extérieur en azote, grâce à la décomposition des déjections animales, et une meilleure résilience face aux parasites, grâce à la rotation régulière des animaux qui perturbe leur cycle de vie.

L’augmentation de la productivité de la prairie fournit aussi aux éleveurs des stocks de fourrage sec pour les périodes de soudure. En valorisant les excédents par la fauche, ces derniers peuvent donc tendre vers une autonomie quasi-complète.

Les bénéfices du PTD se font en outre sentir sur le plan environnemental :

  • maintien d’un couvert végétal diversifié
  • création d’habitats différenciés favorisant la microfaune du sol

La recomposition des sols constitue l’un des apports écologiques les plus intéressants associés à cette pratique, qui améliore leur capacité d’infiltration de l’eau, mais aussi de stockage de carbone.

A bien des égards, la technique du PTD s’impose ainsi comme un exemple probant de solution fondée sur la nature pour un secteur de l’élevage confronté à d’importants défis.

Vite, massifions l’agroécologie !

Humidité des sols : clé des sécheresses et des pluies

L’image de couvert végétal est accessible ici
L’image de sol à nu peut être vue là

L’humidité des sols conditionne les probabilités de sécheresses et de précipitations.

La forte sécheresse des sols qui a frappé l’Europe à l’été 2025, particulièrement au Nord, alimente donc les températures extrêmes qui la touchent.

Dès 1982, Syukuro Manabe, chercheur très reconnu, a traité ce sujet en produisant la première preuve de concept à partir d’un forçage de l’humidité des sols par simulateur. En 1998, Elfatih Eltahir a précisé l’influence centrale de l’humidité des sols sur la température de surface terrestre [4], ce que confirme une étude de 2023.

L’intégration de l’humidité des sols dans les modèles de prévisions météorologiques est au cœur du travail de Constantin Ardilouze, du Centre National de Recherche en Météorologie de Météo-France. Il est revenu sur le lien entre humidité des sols et survenue de sécheresse et de pluie durant le colloque Environnement et climat à Port-Vendres, en 2024.

Il y explique que “le sol peut jouer le rôle de climatiseur ou de radiateur, selon l’humidité disponible et les conditions atmosphériques”.

En effet, une forte humidité des sols permet une évapotranspiration plus importante qui rafraîchit la température localement. La demande en évapotranspiration diminue alors, ce qui préserve l’humidité contenue dans les sols.

C’est donc une boucle de rétroaction négative.

A l’inverse, lorsque l’humidité est insuffisante, les sols ne renvoient plus d’humidité, l’évaporation s’interrompt et l’air se réchauffe sur le territoire concerné (chaleur sensible).

Une boucle de rétroaction positive se déclenche.

Un couplage lie donc humidité des sols et climat de surface. L’étude “Hot days induced by precipitation deficits at the global scale” montre une forte corrélation entre humidité des sols au printemps et températures estivales.

C. Ardilouze a également comparé sur 110 ans, via un indice d’humidité moyen de l’ensemble du bassin méditerranéen, les 25 années les plus humides et les plus sèches. Ainsi, les anomalies d’humidité des sols établies début mai persistent au moins jusqu’au milieu de l’été, avec une persistance des pluies en années humides.

Le chercheur conclut en évoquant la prise en compte progressive de la végétation dans les modèles de prévisions météorologiques. Un projet démarré en 2024 vise à inclure ce paramètre.

Ceci fait écho aux solutions fondées sur la nature et à l’agroécologie. Le couvert végétal maximise l’infiltration des pluies. Les bocages ralentissent les écoulements, les racines profondes permettent une percolation efficace et en profondeur. Les arbres génèrent également un ombrage qui réduit l’évapotranspiration.

Dans un registre apparenté, Pour une hydrologie régénérative en France, water holistic en Europe de l’Est, participent à “hydrater la terre”, pour citer d’Ananda Fitzsimmons.

Au-delà des polémiques, intensifions l’usage des pratiques agroécologiques. Elles améliorent les conditions du vivant et du climat !

Faim dans le monde : un problème politique, pas agricole

A l’occastion du débat sur la loi Duplomb, la ministre de l’agriculture a affirmé que : “l’agriculture biologique est une agriculture de principe, incapable de nourrir le monde”. Le fait de suggérer que la faim et l’insécurité alimentaire seraient des problèmes agricoles est tout à fait problématique. La faim dans le monde est un problème politique. Dans ce domaine Me Genevard ferait mieux de regarder ce que fait son engeance, plutôt que d’essayer de faire peser sur les agriculteurs une responsabilité qui n’est pas la leur.

Il n’existe pas de pénurie alimentaire globale. Les problèmes d’accès à l’alimentation sont liés à :

  • l’absence de régulation efficace des marchés agricoles et la spéculation sur les matières premières
  • la mainmise de  quelques multinationales
  • le gaspillage :  près d’un tiers de la production alimentaire mondiale est gaspillée chaque année
  • des décisions politiques absurdes
  • les dictatures et les guerres

Prenons quelques exemples :

La crise alimentaire mondiale de 2007-2008 est causée par l’abandon des cultures vivrières, la spéculation sur les marchés, la hausse des prix de l’énergie et des fertilisants, et des restrictions à l’exportation décidées par certains États. Résultat : flambée des prix, émeutes de la faim, instabilité politique, chute de gouvernements.

 La guerre en Ukraine a récemment illustré la vulnérabilité face aux chocs géopolitiques. La panique sur les marchés, la spéculation et la concentration du commerce céréalier entre quelques multinationales ont fait grimper les prix, privant les plus pauvres d’un accès à l’alimentation.

En Afghanistan, au Yémen, au Soudan du Sud ou encore à Gaza, les conflits armés détruisent les infrastructures, déplacent les populations et provoquent l’effondrement économique, rendant l’accès à la nourriture impossible pour des millions de personnes, même quand les récoltes ou à défaut l’aide internationale sont suffisantes.

En 2024, 32 % des Français se déclarent en situation d’insécurité alimentaire (58 % des 18-24 ans et 40 % des familles avec enfants). 28 % des familles déclarent avoir eu faim sans pouvoir manger au cours de l’année écoulés. 35 % des Français ont déclaré ne pas avoir mangé trois repas par jour pour des raisons financières au cours des deux dernières années.

La question n’est pas de choisir tel ou tel type d’agriculture. La faim dans le monde et en France résulte exclusivement de choix politiques, de conflits, d’inégalités, de gaspillage et d’un système commercial défaillant. Au lieu de s’enferrer dans des conflits qui n’ont pas lieu d’être, ramenons le débat sur une évaluation effective des politiques agricoles au regard de notre autonomie alimentaire et de la prospérité des campagnes et de ceux qui y vivent. Sujets qui sont au centre de notre travail de vulgarisation et de veille.

Sylvopastoralisme : prévenir les incendies par le pâturage en forêt

Pour protéger les forêts des incendies, faut-il y miser sur le sylvopastoralisme ?

L’illustration provient d’une conférence de Jordan Szcrupak « Expérience(s) de paysage » – 17/06/2024

Comme le montrent plusieurs études publiées notamment par la revue Nature, par le Centre for Agricultural Bioscience International et par AgroParisTech, le sylvopastoralisme constitue un allié puissant en matière de prévention du risque incendie.

La vallée d’U Ghjunsani, en Corse, sur lequel travaille le paysagiste Jordan Szcrupak au sein de l’association U Sbirru, en constitue un bon exemple. Situé au pied du Monte Cinto, entre Calvi et Ile Rousse, ce territoire présente différentes configurations de paysages, dans une région très exposée aux feux.

En analysant la base de données incendies de la DREAL Corse, Jordan Szcrupak a constaté que les différentes zones de ce territoire n’étaient pas frappées de la même manière, et aussi souvent, par les feux de forêts. Ainsi, la zone centrale, couvrant quatre villages, est nettement épargnée par rapport aux vallons situés à quelques kilomètres au nord.

« Cette vallée centrale est assez particulière, car c’est l’une des plus vieilles et dernières chênaie pâturée de Corse, explique le paysagiste dans une conférence à l’ENSAP Bordeaux. Cette configuration offre une sorte d’autoprotection face au feu. »

Pour inverser la tendance actuelle de régression de ce « bocage corse », l’association O Sbirru a élaboré un projet de paysage avec l’objectif d’impliquer différents acteurs locaux pour mettre en place des lisières agri-urbaines d’intérêt général à l’échelle intercommunale, qui devront permettre, à terme, une réduction de la vulnérabilité incendie.

« Le projet de paysage permet à la fois de construire un récit commun entre les différents acteurs du territoire et de montrer que les espaces agroforestiers ont un rôle pour amener une nouvelle gouvernance du risque, qui repose sur la compréhension de l’écologie du feu », plaide Jordan Szcrupak, en charge du projet au sein de l’association.

Reposant sur des pratiques ancestrales, le sylvopastoralisme pourrait ainsi constituer une solution très moderne pour répondre aux enjeux actuels en termes de risque incendie.

Régénération post-incendie : mulch et couverts pour régénérer le sol

Comment faire face aux impacts des incendies ?

Les incendies bouleversent profondément le sol :

  • perte de végétation
  • altération de la structure
  • augmentation de la battance (croûte de surface), explosion de l’hydrophobicité
  • risque de ruissellement et d’érosion

Face à ces perturbations, la couverture du sol apparaît comme une stratégie clé, à la fois pour la stabilisation hydraulique immédiate et pour le restauration de la fonctionnalité écologique à moyen et long terme.

Le mulchage avec du bois constitue une mesure d’urgence souvent recommandée pour limiter l’érosion et les coulées de boue.

Une méta-analyse révèle que les traitements de couverture, notamment la paille et le bois, réduisent significativement l’érosion post-incendie, bien plus efficacement que des techniques comme l’hydromulching.

D’autres essais ont démontré que le mulch de bois stabilise durablement le sol, réduit le ruissellement et favorise la régénération forestière.  Le mulch résout la baisse de perméabilité et le développement de l’hydrophobicité causés par le feu, tout en freinant efficacement le ruissellement et l’érosion à court terme (voir cette étude et celle-ci). Il importe de préciser qu’un taux de couverture complet peut compromettre certains micro-habitat et la biodiversité microbienne.

Parallèlement, l’introduction de couverts végétaux multispécifiques annuels (composés de légumineuses, graminées, brassicacées) offre de multiples bénéfices écologiques et climatiques. Une expérimentation en Grèce a montré que ce type de couvert améliore la fertilité et la structure du sol et booste les facteurs clés de résilience écologique [6].

Ces couverts permettent l’accroissement du stock de carbone organique du sol, la réduction des pertes de nitrates et de phosphore, ainsi que l’amélioration de la rétention d’eau. Une méta-analyse mondiale montre que les couverts végétaux entraînent une augmentation du rendement agricole, du stock de carbone du sol et une diminution de l’érosion, surtout lorsqu’ils sont combinés à des pratiques sans labour et des rotations judicieuses.

L’association de mulches de bois et de couverts multispécifiques apparaît donc comme une stratégie intéressante en post-incendie.

  • Le mulch de bois agit comme bouclier immédiat (anti-érosion, limite splash, meilleure humidité).
  • Le couvert diversifié stimule la régénération végétale en enrichissant le sol, en améliorant la porosité et en favorisant une communauté microbienne riche et fonctionnelle.
  • La transpiration des couverts végétaux augmente la chaleur latente par rapport à la chaleur sensible, atténuant la surchauffe du sol nu et limitant l’amplification des vagues de chaleur.
  • Un couvert diversifié va fructifier et attirer la faune. Il permet d’accélérer la reconstitution du stock de graines détruit par le feu.

Ainsi renforcé, le sol stabilisé, poreux et biologiquement riche, garantit une meilleure diversité d’essences ligneuses à long terme et un cycle hydrique plus équilibré.

Régénération plutôt qu’adaptation : un manifeste pour l’abondance

Nous ne voulons pas nous adapter. Nous voulons nous battre.

La cascade d’Ars en Ariège, photo accessible ici

Lundi 11 août 2025, il faisait 41°C à l’ombre dans les rues de Toulouse. Une semaine avant, les Corbières brûlaient. Comme il y a trois ans, comme il y a deux ans, des forêts entières prennent les couleurs de l’automne, alors que nous passons à peine le 15 août. Des punaises par millions envahissent des villages : dommage inattendu de la culture du colza. Inattendu ? Lorsqu’on dit “chute de 60 % des populations d’insectes et d’oiseaux”, c’est bien de ça qu’on parle.

Tout prend des airs d’apocalypse, alors on s’adapte.

Ici, on remplace le Pommier par la Vigne. Là, la Vigne par l’Olivier. Ici encore, l’Olivier par l’Agave. On muscle les clims, on change les horaires, on débroussaille, on désalinise, on se chamaille pour l’eau. On raccourcit les cycles végétatifs pour passer entre deux canicules. On multiplie les plans d’adaptation : +4°C, +5°C. Pourquoi pas +20, +30°C ?

Tout ceci ne peut que déboucher sur un environnement de plus en plus aride. Le réchauffement court toujours et, comme pour nous enfoncer, nous créons un pays de bitumes brûlants, de landes désolées et de cactus. Nous appelons le désert. Et il vient. Il s’appelle canicules à répétition, sécheresses chroniques, forêts qui dépérissent et érosion.

Nous ne devons pas renoncer à un futur où l’eau et la végétation abondent. C’est ce qui fait la douceur du monde. Dans leur conquête de la surface, il y 400 millions d’années, les plantes et les champignons ont inventé le sol, c’est-à-dire la fertilité des terres noires, la diversité du vivant, l’eau des sources et des rivières et les endroits où il fait bon : l’abondance de la vie sur Terre. Nous ne devons pas y renoncer.

Au même titre que le climat, cette biodiversité est condamnée par nos agissements. Pourtant les chemins de sa régénération sont bien plus accessibles qu’un consensus sur le pétrole au sommet du G20. Chacun peut poser son tas de pierres, protéger la mauvaise herbe qui pousse au pied de sa maison, emmener ses enfants à la montagne ou en forêt et pourquoi pas investir dans de la belle agriculture, de la belle forêt, se faire élire dans sa commune, aider dans une association.

Chacun peut faire quelque chose et, ce qu’il y a de merveilleux avec la biodiversité, c’est qu’elle répond. Chaque geste, aussi infime soit-il, produit quelque chose de tangible : une plante qui pousse, une campagne qui renaît, un papillon qui est là et pourquoi pas, une pluie d’été.

Aujourd’hui, le seul avenir enviable passe par la régénération de cette abondance. Le reste n’est que chaleur et poussières. Les chemins de l’adaptation ne sont qu’un renoncement; une sorte de mort lente ; une anesthésie placide avant la cuisson finale. Soyons des bâtisseurs, soyons des faiseurs d’abondance, plutôt que de nous calfeutrer, rabougris, en consommant les restes du monde tout en cherchant qui accuser de nos échecs.

L’orme : sauver un arbre menacé par la graphiose

L’orme, l’ami disparu

Crédits photo perso

En Grec ancien, l’Orme, πτελέα (pteléa) a donné φτελιά (fteliá) en grec moderne et ttilia (le Tilleul) en latin. Cette parenté linguistique est sans doute liée à la forme des feuilles et la qualité du bois. Botaniquement, l’Orme (Ulmacées) et le Tilleul (Malvacées) n’ont rien à voir. L’Orme a aussi longtemps été considéré comme un cousin du Micocoulier de Provence. Ce qui n’est pas non plus le cas.

Comme le Tilleul, l’Orme est devenu un arbre paysagé. Il est utilisé en brise-vent et en trogne pour les haies et les allées. Malheureusement, à partir de 1910 la graphiose de l’Orme, une maladie fongique transmise par des coléoptères (scolytes), affaiblit les populations. Une souche virulente du champignon, qui se répand dans les années 1970, a décimé la quasi-totalité des arbres adultes, si bien qu’en 1990 ils ont disparu des campagnes d’Europe Occidentale.

S’il subsiste quelques peuplements naturels, ceux-ci sont surtout constitués de jeunes sujets à l’avenir incertain. Si vous avez la chance d’en avoir encore, ils méritent qu’on en prenne grand soin :

  • évitez les coupes et les tailles hors de la période hivernale. L’odeur d’Orme coupé attire le scolyte
  • vérifiez la présence anormale de bois mort ou de feuilles jaunes. En cas de doute, vérifiez la présence de rainures caractéristique sous l’écorce
  • favorisez la diversité génétique en laissant croître les semis spontanés et en récoltant et semant les samares

En cas d’infestation :

  • couper et brûler le bois mort,
  • installer des pièges à scolyte (piège à phéromone à installer avant le printemps, en vente chez les détaillants de fournitures agricoles)

Il existe quelques variétés d’ormes résistantes, notamment des hybrides japonais. En Europe, l’Orme de Lutèce, développé par Jean Pinon et l’Inrae de Nancy, est l’espèce la plus proche des espèces endémiques. L’Orme lisse (Ulmus laevis) et l’Orme de Chine (Ulmus parvifolia) sont eux naturellement moins affectés par la graphiose.

Concernant le semi :

  • Les graines d’orme, appelées samares, mûrissent au printemps
  • Les ramasser sur l’arbre ou juste après leur chute, lorsqu’elles sont encore vertes ou légèrement jaunies
  • Semer dès la récolte.
  • Extraire les graines, il est également possible de semer les samares entières.
  • Semer les graines en surface, recouvrir d’une fine couche de substrat
  • Maintenir à mi-ombre dans un substrat frais mais non détrempé.
  • La germination intervient en 2 à 4 semaines si les graines sont fraîches.
  • Protéger les jeunes plantules des limaces et surveiller l’arrosage.
  • Dès que les plantules ont 2-3 vraies feuilles, repiquer en godets ou en pépinière pour favoriser leur développement racinaire.
  • Planter en place l’automne ou au printemps suivant

En guise d’illustration, un jeune Orme qui est apparu spontanément. On le reconnaît au caractère dissymétrique des feuilles à la base. L’apex a visiblement été brouté par un chevreuil, mais il semble en bonne santé.

Agroforesterie et économie

Et si l’agroforesterie était aussi un moyen de gagner de l’argent ?

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Dans un post, l’Association française d’agroforesterie présente les différents avantages économiques associés à cette pratique, en s’appuyant sur une méta-étude réalisée sous l’égide de la CIRAD et compilant des milliers de sources. Le résultat le plus frappant est une hausse médiane de ➕35% de la production agricole par hectare.

En effet, les systèmes agroforestiers permettent aux exploitants de diversifier leurs sources de revenus en apportant une gamme de produits supplémentaires par rapport à l’agriculture traditionnelle.

Le plus évident d’entre eux est le bois provenant de la taille des arbres plantés, qui se décline en bois-énergie et en bois d’œuvre. En fonction des essences choisies, les arbres procurent bien d’autres produits valorisables : fruits, noix, huiles essentielles, produits médicinaux, fourrage, etc.

Par ailleurs, dans le podcast CAMBIUM, consacré aux pratiques agroforestières, l’agriculteur Ronan Rocaboy décrit comment il intègre une partie de ces produits forestiers au fonctionnement de sa ferme située en Bretagne. Le bois récolté est ainsi utilisé à la fois comme chauffage (chaudière biomasse) et comme litière pour les animaux d’élevage.

Les sous-produits offerts par l’agroforesterie peuvent ainsi être employés à la réduction des coûts d’exploitation. Dans la même logique, les systèmes agroforestiers fournissent divers services écosystémiques tels que la régulation de l’eau, la pollinisation, la régulation des ravageurs, la conservation de la biodiversité.

Ce rééquilibrage écosystémique diminue mécaniquement les besoins en intrants et donc les coûts associés Il a également pour effet d’améliorer progressivement la fertilité biologique des sols, grâce à l’apport de matière organique, et donc leur productivité.

L’agroforesterie propose ainsi un modèle robuste sur la durée, un atout indéniable sur le plan économique, a fortiori dans une période de bouleversement environnemental. Outre son effet bénéfique sur la qualité des sols, elle offre aux parcelles concernées, par la simple action de l’ombre des arbres, une certaine résilience, ce que confirme une étude publiée en 2023.

Les pratiques agroforestières améliorent aussi la régularité des rendements agricoles. De nombreuses recherches sont en cours en France, avec des résultats déjà probants. Une étude réalisée dans la région de Montpellier, a par exemple montré qu’une parcelle d’un hectare de mélange noix/blé permettait une augmentation de 40 % de la productivité.

L’atteinte de l’objectif de 10 % de couverture arborée sur les terres agricoles d’ici 2040, soutenu par l’European Agroforestry Federation (EURAF), est donc particulièrement vitale. Au-delà du rôle de levier de revégétalisation qu’elle peut jouer sur le plan environnemental, l’agroforesterie est donc un modèle économique d’avenir.

Déployons le dès à présent en France !

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