Des solutions face à l'aridification de la France

Catégorie : Aridification

Restauration des sols au Sahel : les clés du succès

« L’eau est importante, mais ce qui compte, c’est la gestion de l’eau.«

Suite de l’entretien avec Elodie Arrault, autrice de “Dadji (de Dakar à Djibouti à la rencontre de la grande initiative verte panafricaine)

Pour Elodie Arrault, ce qui compte avant tout, c’est l’appropriation du projet par les personnes qui vivent sur place. Si les gens n’ont pas compris l’intérêt et ne sont pas motivés pour restaurer, planter et imaginer un tas de choses, il ne se passera rien. Même si on a de l’eau. Même si on a tout ce qu’il faut. Il faut que le sujet soit compris. Parfois ça n’est pas compris parce que, tout simplement, culturellement, on pense que c’est Dieu qui plante les arbres, pas la main de l’homme. Il y a plein d’autres critères, mais on peut commencer par ça.

Après, il y a la question sécuritaire dans beaucoup de pays du Sahel. Il y a des projets qui ont été abandonnés parce que les villages ont été attaqués. Il y a des risques de terrorisme. Il y a des projets qui ont été menés, comme en Éthiopie et là, ce n’est pas le terrorisme, mais la guerre interrégionale qui détruit tout. Ou la guerre tout court, comme au Soudan. Ça arrête tout. Donc oui, la question sécuritaire est une question primordiale.

Ensuite, une fois qu’on a réglé le problème de la sécurité, la question de l’eau n’est pas le sujet principal. Plus important que le sujet de l’eau, il y a le sujet de la gestion des animaux qui vont venir manger dans les parcelles. Il faudrait pouvoir tout clôturer, mais ça n’est pas possible.

Ça implique aussi un problème foncier. Comment intègre-t-on des éleveurs et des agriculteurs ? Une des solutions pourrait être que les éleveurs soient sensibilisés à l’agriculture. Qu’ils apprennent certaines notions à propos de l’agriculture, que ces agriculteurs aient des animaux. Ça s’appelle l’agroécologie : intégrer les animaux dans les projets agricoles pour éviter ces conflits et trouver des solutions à la restauration des sols en tenant compte du bétail.

Mais les troupeaux sont de plus en plus importants. Comme ils n’ont plus à manger dans le Sahara, ils descendent vers le Sud. Ça ne fait qu’accentuer le problème. Il faut trouver une conciliation, une médiation, entre ces deux mondes qui parfois se divisent jusqu’à se donner la mort à cause de ce sujet.

Au sujet de l’eau, évidemment il y a des endroits où il y en a très peu. Mais il y en a toujours à un moment de l’année. Donc tant qu’il a de l’eau, y a de l’espoir. Des façons de travailler sans eau, ou avec très peu d’eau dans l’année, existent et permettent d’avoir des résultats.

L’eau est importante, mais ce qui compte, c’est la gestion de l’eau.

Grande Muraille Verte : un maillage d’écosystèmes, pas une forêt

La muraille verte, c’est surtout un état d’esprit : penser à restaurer les sols et à planter.

L’Autoroute de la Pluie s’interroge sur la réalité de la grande muraille avec Elodie Arrault, autrice de “Dadji (de Dakar à Djibouti à la rencontre de la grande initiative verte panafricaine)”.

 Le mot muraille n’est pas tout à fait approprié parce que c’est tout sauf une muraille. C’est un projet qui ne sépare pas, mais qui unit plusieurs pays.

L’idée première, qui a une vingtaine d’années, a été de constituer une bande végétale arborée de 15 km de large sur 7.5800 km de long. Ça n’est pas possible, pour différentes raisons et ça veut dire qu’on ne verra pas depuis le ciel cette bande qui traverse l’Afrique.

C’est plutôt un assemblage, un maillage d’écosystèmes verts, productifs et nourriciers, un puzzle. Finalement la limite géographique qui était fixée au départ n’a que peu d’importance. La muraille verte c’est avant tout philosophie, un état d’esprit à avoir systématiquement, dans toutes les régions, partout dans le monde.

Mais ce projet panafricain n’existe pas de la même façon dans les 11 pays concernés. Certains pays se sont plus emparés du sujet. Et il y a des pays qui, pour diverses raisons, de guerre, d’insécurité, ne peuvent pas travailler comme ils voudraient.

Le Sénégal est le pays le plus avancé, avec une politique volontariste et une vraie force de frappe. Culturellement, grâce à Sankara, le Burkina s’est beaucoup approprié l’agroécologie. L’Éthiopie aussi. Je ne suis pas allé au Nigéria mais il semble que ce pays s’investit beaucoup. D’autres comme Djibouti et le Mali sont à la traîne. Certains bougent depuis peu, comme la Mauritanie, et tout récemment le Tchad.

La muraille verte n’est pas une forêt. Parfois c’en est une, une forêt communautaire ou une forêt classée. Celles-ci sont mises en défense, protégées des animaux par une clôture. Elles peuvent ainsi se densifier, préserver des espèces en voie de disparition. Ça peut être une pépinière, qui est parfois associée à d’autres activités.

En Mauritanie et au Tchad, ce sont les “fermes agricoles communautaires intégrées”. Une parcelle clôturée et alimentée en eau est allouée à un groupement de femmes, avec des poulets. Elles créent ainsi un potager et valorisent leur travail grâce à une boutique contiguë à la parcelle. En échange, elles ensemencent et font pousser de jeunes plants destinés à d’autres parcelles. Ça peut aussi être une unité de transformation : apprendre à transformer les produits cultivés et récoltés, leur donner une valeur ajoutée, est un sujet important.

En Mauritanie, la muraille verte sert aussi à fixer les dunes mobiles, qui sinon envahissent les villages et mordent les routes. La fixation des sols se fait grâce à des plantes spécifiques qui préservent les infrastructures.

Donc la muraille n’est pas qu’une forêt, c’est une multitude d’activités visant à restaurer des milliers d’hectares dégradés tout en créant de l’emploi et de la valeur ajoutée. C’est surtout et avant tout un état d’esprit.

Grande Muraille Verte : de Dakar à Djibouti à vélo

« “La muraille verte c’est un état d’esprit à avoir systématiquement, dans toutes les régions, partout dans le monde”.

https://www.futuropolis.fr/9782754841658/dadji.html

Ces mots sont ceux de Elodie Arrault qui, en 2023, s’élance de Mauritanie pour rejoindre Djibouti. Un périple en vélo au travers des onze pays qui constituent la grande barrière verte. Elle raconte ce périple illustré par Joël Alessandra dans “Dadij (de Dakar à Djibouti à la rencontre de la grande initiative verte panafricaine)”, un Roman Graphique paru en avril chez Futuropolis dans lequel l’aventure humaine rime avec agroécologie.

La Grande Muraille Verte est un vaste projet de reboisement visant à lutter contre la désertification au Sahel et au Sahara. L’idée, qui date des années 1970, suscite l’intérêt de Thomas Sankara, président du Burkina Faso de 1983 à 1987. Celui-ci est déjà très attaché à une agriculture vivrière, libérée des engrais chimiques et autonome en semences (il fait venir Pierre Rahbi en 1981). Sankara lance une vaste campagne de reforestation en 1984. Mais il faudra attendre 2007 pour que le projet se concrétise sous l’égide de l’Union africaine.

Onze pays sahélo-sahariens participent officiellement : Burkina Faso, Djibouti, Érythrée, Éthiopie, Mali, Mauritanie, Niger, Nigeria, Sénégal, Soudan et Tchad. La muraille verte doit s’étendre sur environ 7.800 km de long et 15 km de large, de Dakar à Djibouti, avec pour but de restaurer les terres, créer des emplois, et lutter contre la pauvreté et le changement climatique. Malgré les difficultés liées aux conflits et au financement, le projet continue d’évoluer. A partir de 2010, le projet abandonne progressivement l’approche top-down et les plantations imposées pour s’appuyer sur des initiatives locales.

Nous avions déjà évoqué la muraille verte dans plusieurs posts et notamment le fait, étayé par une étude de 2020, qu’après des plantations massives au succès limité, la régénération naturelle et l’implication des populations avait permis au projet d’avancer.

L’Autoroute de la Pluie s’inscrit dans cette optique de grande infrastructure agroécologique au service des populations. Nous avons décidé de donner la parole à  Elodie Arrault  pour une série d’articles :

  • sur la nature de la grande muraille aujourd’hui
  • sur les facteurs  de réussite des projets qui la compose
  • pour terminer par une carte postale, sur le Kapokier

Corbières : les incendies accélèrent-ils la désertification ?

Source de l’image

Après les incendies survenus l’été dernier, l’Aude doit-elle craindre une accélération de la désertification de ses paysages ?

Dans un article publié en septembre 2024, trois chercheurs portugais se sont penchés sur les rapports entre feux de forêts, érosion des sols et dégradation des terres, et ont tiré des conclusions alarmantes.

Le feu est une cause majeure de désertification dans la plupart des zones forestières à risque de feu dans le monde”, affirment-ils notamment, décrivant une cascade d’effets nocifs directement liés aux incendies :

  • destruction de la couche organique du sol
  • modifications des propriétés physiques et chimiques du sol
  • perte de capacité d’infiltration
  • diminution des nutriments et du stock de graines
  • répulsivité des sols à l’eau (hydrophobie)

Une partie de nos territoires est aujourd’hui exposée à ce risque et la France a rejoint officiellement, lors de la COP16 désertification organisée en 2024 en Arabie Saoudite, la liste des 169 pays se déclarant touchés.

Environ 1% du territoire national serait concerné, notamment dans le pourtour méditerranéen. La menace portant sur cette portion de l’Hexagone pourrait cependant n’être qu’un avant-goût d’un problème beaucoup plus généralisé.

Dans un article publié en juillet 2024 sur The Conversation, plusieurs experts du climat s’inquiétaient ainsi d’une possible « extension du climat méditerranéen en France au XXIᵉ siècle » en cas de maintien de la tendance actuelle de réchauffement climatique.

Mesurée en France par la trajectoire de réchauffement de référence pour l’adaptation au changement climatique (TRACC), qui prévoit un réchauffement à +2,7 °C en 2050 et +4 °C en 2100, cette tendance est d’ailleurs probablement sous-évaluée, comme l’ont prouvé les travaux du climatologue Vincent Cailliez sur le Massif Central.

Face à cette situation, faut-il rester en réaction, ou bien prendre les devants et faire face ? Dans les territoires déjà touchés comme l’Aude, la désertification n’est pas une fatalité, à condition d’entamer une réflexion profonde sur la nature du paysage et sa nécessaire recomposition.

Comme exposé dans un précédent article la garrigue et les pins ne constituent pas la végétation méditerranéenne originelle. Or, dans le contexte actuel, ce type de végétation constitue un facteur aggravant de désertification, à l’image des pins d’Alep.

« Sur sites méditerranéens, des mesures de longue durée montrent que, à couvert égal, des sols sous pin d’Alep produisent environ 6 fois plus de ruissellement et 10 fois plus d’érosion que sous chêne vert (Quercus ilex) – ce qui renforce le maillon ‘feu → érosion’ », affirme ainsi une étude publiée en 2017 par des chercheurs de l’Université de Wageningen.

Dans la ligne de front de l’aridification que constitue le Sud-Ouest de la France, le massif des Corbières est un bastion stratégique qui doit impérativement être protégé, notamment par la reconfiguration active des paysages.

Aridification : les trois seuils critiques de dégradation

Aridification : trois phases, trois alertes

Image issu de l’étude suivante

L’étude “Global ecosystem thresholds driven by aridity” (Berdugo et al., Science 2020 doi : 10.1126/science.aay5958) révèle que les écosystèmes arides réagissent par paliers abrupts à l’augmentation de l’aridité. Trois seuils critiques d’aridification jalonnent la dégradation des terres.

  •  Déclin de la végétation (aridité = 0,54) : la productivité végétale s’effondre : les plantes réduisent leur surface foliaire pour survivre, en sacrifiant la photosynthèse : moins d’ombre, moins de matière organique restituée au sol, moins de nutriments.
  • Perturbation des sols (aridité = 0,70) : le carbone organique et l’azote du sol chutent brutalement. Les agrégats se délitent, le sol s’étiole et les champignons saprotrophes déclinent. L’herbe est remplacée par des arbustes, moins efficaces pour retenir l’eau et régénérer le sol.
  • Effondrement du couvert et de la richesse spécifique (aridité = 0,80) : c’est l’alerte rouge. La couverture végétale plonge, la richesse en espèces s’effondre, l’albédo augmente et les champignons pathogènes se multiplient. L’écosystème bascule vers un état désertique, où très peu d’espèces peuvent subsister.

L’étude anticipe que plus de 20% des terres émergées franchiront au moins un de ces seuils d’ici 2100 sous le scénario climatique du GIEC RCP 8.5. Nous ne pouvons laisser nos sols glisser vers des seuils irréversibles. Chaque projet de plantation d’arbres, chaque haie rétablie, chaque mare restaurée contribue à maintenir l’aridité sous ces seuils critiques.

  • Créer de l’ombre : un couvert arboré diversifié maintient la fraîcheur du sol, réduit l’évaporation excessive et préserve l’humidité en profondeur.
  • Restaurer la fertilité : les arbres aux systèmes racinaires variés favorisent l’apport et la rétention de matière organique, stimulent la vie microbienne et forment des « îlots de fertilité » qui protègent le sol de l’érosion.
  • Briser la spirale de l’aridification : un maillage d’arbres (40 – 80 individus/ha), similaire aux systèmes agroforestiers traditionnels, renforce la résilience du paysage face aux sécheresses et génère des microclimats propices aux pluies, en favorisant la condensation atmosphérique.

Pour illustrer cette dynamique, l’Autoroute de la Pluie présente des essences d’arbres endémiques ou non, emblématiques ou confidentielles à planter et à choyer.

Pyrocène ou réhydratation ? Comment la gestion des paysage prévient les méga-feux

Les méga feux de Los Angeles semblent marquer l’avènement d’une nouvelle ère, celle du  pyrocène. C’est en tout cas la thèse de l’historien américain Stephen Pyne. Selon lui, « le point d’inflexion critique des temps modernes s’est produit lorsque nous avons commencé à faire brûler la biomasse fossilisée plutôt que la vivante ».

Cette thèse est brillamment relayée en France par la philosophe Joëlle Zask. L’autrice de “Quand la forêt brûle. Penser la nouvelle catastrophe écologique” est hantée par les méga feux depuis qu’elle a assisté à des incendies dans le Var en 2017. Pour exorciser ce souvenir, la chercheuse agit plutôt que de ressasser ce terrible souvenir (voir le podcast sur son travail).

Pour autant, nous pensons que le caractère irrémédiable d’une terrifiante ère des méga feux se doit d’être nuancé. Comme en témoigne l’illustration de ce post, la déshydratation de nos paysages est loin d’être une fatalité. Sur cette image, partagée à maintes reprises par les activistes de la restauration des cycles de l’eau, on y voit les impacts bénéfiques des castors sur un fond de vallée boisé. Là où ils sont intervenus, ça n’a pas brûlé. En même temps, avez-vous déjà essayé de faire brûler du bois mouillé ? C’est presque impossible, comme le démontre Nick Steiner dans ce post LinkedIn bien senti.

Bien que peu exploré, l’impact des castors est indéniable. Ainsi, l’étude Smokey the Beaver: beaver-dammed riparian corridors stay green during wildfire throughout the western United States” démontre que, dans les zones dotées de barrages de castor, la diminution de l’activité de photosynthèse (NDVI) est 3,05 fois inférieure aux zones sans castor.

Image issue de l’étude « Smockey the beaver (…)

D’autres activistes promeuvent la réhydratation des territoires qui permettent de fortement limiter les risques d’incendies. C’est le cas du slovaque Michal Kravčík, hydrologue de formation et initiateur du New Water Paradigm. Citons aussi l’américain Alpha Lo, qui fait beaucoup avancer ces thématiques et a récemment publié sur la manière de réhydrater la Californie pour prévenir les incendies. Enfin, le pakistanais Ali Bin Shahid travaille sur de prometteuses modélisations destinées à évaluer l’impact des castors sur l’hydrologie, le refroidissement et la dynamique des écosystèmes.

Que dire du département des Landes, passées du statut de plus grande zone humide de France à une plantation de pins hautement inflammables en cas de sécheresse. Assez de mares bouchées et de drainages irraisonnés. Place aux castors et aux territoires hydratés ! Comme le dit fort justement Ananda Fitzsimmons dans son ouvrage, il faut “Hydrater la terre”.

Mettons nous à l’ouvrage pour renforcer la robustesse de nos territoires à travers le déploiement de l’agroécologie, de l’agroforesterie et de l’hydrologie régénérative.

Désertification de la France

La France rejoint officiellement le cercle (pas si fermé) des pays touchés par la désertification, mais ce n’est pas une fatalité.

 L’image montre les effets d’une sécheresse prolongée sur les Pyrénées Orientales. Sans confondre météo (sécheresse) et climat (désertification), ces images démontrent que la situation peut vite basculer.

Cette image est issue de Copernicus ECMWF et provient de Actu.fr

La COP 16 sur la lutte contre la désertification a eut lieu (2-13 décembre 2024) en Arabie Saoudite. Dans ce cadre, la France a officiellement admis être touchée par la désertification. C’est le dernier pays du pourtour méditerranéen a formellement rejoindre le club.

Désormais, tous les 4 ans la France devra rendre compte des territoires affectés et présenter les effets des mesures d’atténuation et d’adaptation mises en place. Actuellement, 1% du territoire métropolitain est concerné, dont le pourtour méditerranéen et la Corse-du-Sud.

Reporterre cite Frédérique Montfort, spécialiste de la dégradation et de la restauration des paysages forestiers chez Nitidae: “La désertification ne se résume pas à l’avancée des déserts, cela se traduit surtout par la dégradation des terres des zones climatiques arides, semi-arides et sub-humides sèches”. 


Plusieurs départements français ont connu des niveaux de pluviométrie dignes de zones semi-arides, notamment en 2022-2023. Cette tendance est la même de l’autre côté de la frontière. Ainsi, la Catalogne envisage de couper massivement des arbres pour diminuer (ponctuellement) la demande en eau [2] et 75% du territoire espagnol serait en cours de désertification. C’est une conséquence du réchauffement climatique, mais probablement aussi d’une urbanisation galopante des côtes (voir notre article sur le mystère de la disparition des tempêtes estivales en Méditerranée).

Une étude de 2022 s’intéresse d’ailleurs aux dynamiques d’expansion de l’aridité :

Les sécheresses des zones arides sont particulièrement sujettes à l’autopropagation, car l’évaporation a tendance à réagir fortement à un stress hydrique accru du sol. […] Les précipitations peuvent diminuer de plus de 15 % en raison d’une sécheresse sous le vent au cours d’un seul événement, et jusqu’à 30 % au cours de certains mois.

Il nous semble essentiel d’enrayer cette spirale. A l’inverse du phénomène d’autopropagation, l’humidité des sols renforce les probabilités de précipitations. Vu le niveau de dégradation des sols, un recours généralisé à l’hydrologie régénérative et à l’agroforesterie ne s’impose-t-il pas ?

Nous avons récemment montré des exemples de réalisations au Sahel, mais d’autres ouvrages modestes gagneraient à être déployés. Les Pyrénées Orientales, notamment, nécessitent la mise en œuvre rapide de mesures pour limiter la contagion.

De la même manière, le déploiement d’un “Autoroute de la Pluie” dans le Lauragais permettrait de capter l’humidité des deux façades maritimes et de disposer d’un corridor agroforestier robuste. Il constituerait une “base arrière” pour soutenir le front de lutte contre la désertification de l’Aude et des Pyrénées Orientales.

#désert

Les méthodes agricoles en milieu semi-désertique

Comment cultiver en territoire semi-désertique et sensiblement diminuer le risque d’inondations en cas d’épisodes pluvieux extrêmes ?

L’étude Exploring the Potential of Soil and Water Conservation Measures for Climate Resilience in Burkina Faso, qui analyse la situation en milieu Sahélien, revient sur des principes qui devraient être adoptés dès maintenant dans un pourtour méditerranéen en cours d’aridification.

Parue en 2024, cette étude est le fruit d’une collaboration entre scientifiques burkinabés et japonais, dont Carine Naba. Ils ont utilisé des données nationales, la télédétection et des outils SIG pour évaluer l’adoption des mesures de conservation des sols et des eaux (“Soil and water conservation measures (SWCMs)” dans l’étude) et leur potentiel de résilience climatique.

Les techniques étudiées sont traditionnelles au Sahel : demi-lunes, cordons pierreux, zaïs, diguettes filtrantes, bandes enherbées et boulis.

Les résultats de l’étude sont notamment :

  • Une augmentation notable de la végétation dans les provinces à forte prévalence de pratiques de conservation des sols et des eaux. Cet essor interpelle alors que la désertification menace les pays du Sahel. Il est possible de lutter efficacement contre ce risque.
  • Le déploiement de ces techniques entraîne une réduction considérable du ruissellement. Ainsi, les références bibliographiques de l’étude font état de réduction du volume de ruissellement de l’ordre de “70% au niveau du champ et de 8% au niveau du bassin en cas d’événements pluvieux extrêmes”.
  • Plus les terres sont dégradées, plus les agriculteurs sont susceptibles d’adopter ces pratiques (seuil évalué à partir de 60% de dégradation des terres). Cela pose la question de l’adoption des pratiques agroécologiques, qui dépend encore malheureusement de l’état de dégradation des terres. L’adage “mieux vaut prévenir que guérir” prend tout son sens, tant en Afrique qu’en Europe.

On le voit, des ajustements agronomiques relativement mineurs peuvent permettre une atténuation sensible d’aléas climatiques de plus en plus extrêmes. Nous pensons qu’il ne faut pas attendre que la situation se dégrade pour réagir. C’est pourquoi nous prônons un déploiement rapide de ces techniques en contexte méditerranéen. Les tragiques inondations d’octobre 2024 en Espagne ne peuvent qu’accréditer cette thèse.

Il est temps d’adapter nos territoires et les exploitations agricoles qui les maillent. Ces mesures de conservation des sols et des eaux s’apparentent à l’approche de l’hydrologie régénérative en plein essor en France, que complète efficacement l’agroforesterie. L’agriculture de conservation des sols, l’agriculture biologique de conservation des sols et l’agriculture régénérative sont d’autres méthodes à déployer massivement pour renforcer notre robustesse, concept stratégique que diffuse Olivier Hamant.

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