Initiative de réappropriation climatique

Auteur/autrice : romeo Page 5 of 6

Végétation et pluie : 2 fois plus de précipitations

 Une masse d’air qui passe au-dessus d’une végétation abondante produit au moins deux fois plus de pluie qu’une masse d’air passant au-dessus d’une végétation plus clairsemée.

L’étude “Observations of increased tropical rainfall preceded by air passage over forests” date de 2012. Elle a été réalisée par des chercheurs britanniques : Spracklen, Arnold et Taylor. L’étude se base sur des données de télédétection par satellite des précipitations et de la végétation tropicale, combinées à des modèles de transport atmosphérique simulés. Elle concerne plus de 60 % de la surface des terres tropicales (latitudes 30°S à 30°N) et porte sur tous les évènements pluvieux entre 2001 et 2007.

Cette étude se veut empirique et démontre que “l’air qui est passé sur une végétation abondante au cours des quelques jours précédents produit au moins deux fois plus de pluie que l’air qui est passé sur une végétation peu abondante”. Cette démonstration corrobore le fait que l’évapotranspiration a une grande importance pour l’alimentation de l’humidité atmosphérique.

Dans l’approche de génie agroécologique que nous entendons promouvoir, ce constat est particulièrement important. Il vient corroborer les idées du regretté chercheur espagnol Millán M. Millán, que nous avons déjà exposées . Celles-ci sont relativement simples et logiques : le cycle de l’eau autour de la mer Méditerranée a été fortement perturbé par l’urbanisation incontrôlée des littoraux, qui a entraîné une importante diminution de la végétation. En effet, Millán M. Millán explique que la brise qui arrive de la mer a une teneur en humidité insuffisante pour précipiter. C’est le passage au dessus des forêts côtières qui permet à ces masses d’air d’atteindre le point critique permettant de générer la pluie.

Ces idées sont donc confortées par l’étude empirique de Spracklen et al. Il reste à en tirer les conséquences pour mettre en application une politique d’aménagement du territoire susceptible, à minima, de ne pas davantage endommager le fonctionnement du cycle de l’eau dans les espaces littoraux.

A cet égard, un projet initié par Nick Steiner et d’autres activistes pour restaurer le cycle de l’eau dans la péninsule ibérique apparaît comme particulièrement prometteur. Ils entendent sensibiliser et gagner à leurs causes les gestionnaires de lieux d’accueil touristique pour qu’ils y déploient des pratiques agroécologiques et de régénération. Ceci permettrait d’alimenter localement le cycle de l’eau afin, in fine, de le réparer à l’échelle de la péninsule.

De la même manière, il est urgent de déployer des pratiques agroforestières dans les Pyrénées Orientales, mais aussi dans l’Aude, l’Hérault et le reste des départements méditerranéens. Toutefois, la situation y est déjà très dégradée et il serait peut-être souhaitable, en premier lieu, d’y déployer les techniques de conservation des sol et des eaux éprouvées au Sahel.

Régénération naturelle : 215 millions d’hectares à reboiser

Quel est le potentiel de régénération naturelle des régions tropicales déboisées dans le monde ?
Nous avons exposé dans plusieurs articles [1 et 2] l’impact climatique positif du verdissement qui a démarré au début des années 1980 et a contenu 12% du réchauffement climatique.

Fort de ce constat, il est utile d’examiner le potentiel d’extension de ce verdissement. L’étude “Global potential for natural regeneration in deforested tropical regions” [3] permet de s’en faire une idée en examinant le potentiel de régénération naturelle dans les régions tropicales déboisées. Cette étude, publiée dans @Nature en 2024, est basée sur les données 2000-2016 et repose un modèle doté d’une résolution spatiale de 30 mètres.

Selon cette étude, une superficie de 215 millions d’hectares pourrait être reboisée efficacement avec les méthodes de régénération naturelle forestière. Avec 52% de la superficie pouvant bénéficier de cette approche, cinq pays devraient être ciblés prioritairement : Brésil, Indonésie, Chine, Mexique et Colombie.

La méthode de régénération naturelle est plus pérenne. Elle se caractérise par ses coûts abordables: “12 à 3 880 USD par ha contre 105 à 25 830 USD” pour la plantation d’arbres. Cette approche a notamment été popularisée par Tony Rinaudo, grand promoteur de la régénération naturelle qu’il a déployé au Niger, avant que la méthode ne soit largement disséminée dans les pays tropicaux, Afrique en tête. Les régions forestières tropicales constituent un hotspot de la perte de biodiversité, mais elles présentent aussi un potentiel très important de régénération.

Les auteurs de l’étude conçoivent leur travail comme un outil d’aide à la décision. En effet, la régénération naturelle est trop peu déployée, les décideurs ne sachant pas toujours où agir efficacement. La présente étude se base sur une analyse de télédétection, parue en 2022, ayant porté sur plusieurs millions de parcelles afin d’évaluer la pérennité de la repousse naturelle d’arbres. L’équipe de chercheurs a ensuite listé un ensemble de variables géospatiales, biophysiques et socio-économiques et utilisé des méthodes d’apprentissage automatique afin d’évaluer où la régénération naturelle a réussi dans les zones étudiées.

Dans l’étude de 2024, les chercheurs se sont concentrés sur les zones tropicales, mais la régénération naturelle pourrait également se déployer en zone tempérée, particulièrement là où l’aridification commence à entraver la croissance des arbres locaux.

Quand on pense à l’impact positif important du verdissement, qui a pour beaucoup reposé sur la Chine et l’Inde, ce processus gagnerait à être largement soutenu à l’échelle globale. Et le déploiement en parallèle de l’agroforesterie viendrait utilement soulager les forêts, afin qu’elles croissent avec moins de contraintes. Enfin, l’intensification agroécologique des pratiques agricoles a tout son intérêt pour soutenir le verdissement global.

Soyons mammouth

Le pléistocène est une époque géologique qui s’étend de 2,58 millions d’années à 11.700 avant le présent. Elle est caractérisée par une succession d’âges glaciaires et interglaciaires qui ont favorisé la création d’un biome connu aujourd’hui sous le nom de steppe à mammouths. Il s’agit d’une étendue herbeuse  allant de l’Espagne à l’Alaska. C’est l’âge d’or de la mégafaune.

Pendant longtemps on a pensé que cette steppe était dominée par les graminées, comme c’est le cas de tous les écosystèmes ouverts d’aujourd’hui. Pourtant un  article paru dans Science en 2014 a montré que c’est une autre famille de plantes (les phorbes) qui régnaient sur la steppe. Et que c’est il y a seulement 10.000 ans, c’est-à-dire en plein déclin des populations de mammouths, que les graminées ont pris le dessus. Un autre article de 2018 montre que “sans les mammouths, la végétation serait restée au stade d’une toundra peu productive qui n’aurait en aucun cas pu soutenir la diversité et l’abondance des grands herbivores dans un contexte climatique glaciaire”. Pour la grande steppe, le mammouth est une espèce clé de voûte. Il façonne le paysage.

Bien sûr, chaque espèce aménage son territoire. Les exemples ne manquent pas. Les blaireaux, en creusant leurs latrines autour des chemins qu’ils parcourent, font pousser les arbres fruitiers qui les nourrissent. Les plantes injectent dans les sols des sucres qui favorisent une microfaune et une fonge spécifique. Les castors aménagent des zones humides et multiplient saules, bouleaux et peupliers dont ils aiment se nourrir… 

Ce qui est remarquable ici, c’est l’impact sur la productivité de l’écosystème, notamment en condition extrême.

L’idée qu’un écosystème, pourvu qu’on lui apporte la juste perturbation, puisse être d’une plasticité sans limite, est au cœur de cette notion de syntropie que nous promouvons.

Nous ne sommes pas condamnés à voir notre environnement se dégrader, nous pouvons, en ayant les bons gestes au bon moment, l’orienter vers plus de productivité et plus de résilience sans besoin de déployer des trésors de technologie.

La biodiversité au secours des sols

En anglais, on distingue le sol (soil), du parterre (ground). Ainsi, le droit du sol c’est “right of the ground”. Dans cette optique, le sol agronomique est distinct du sol géographique et politique. Pourtant ce qui fait la valeur d’un territoire, d’une terre, ce sont bien les ressources qu’on peut en tirer, et en tout premier lieu, l’eau douce, la nourriture et le climat.

Le sol est un agrégat organo-minéral créé par les plantes et les champignons depuis 500 millions d’années. La lecture du rapport de GIS Sol de 2011, donne un parfait aperçu de la contribution des sols à notre cadre de vie. Le sol est à l’origine de la diversité des espèces. Et comme l’illustre Marc-André Selosse dans L’origine du monde : Une histoire naturelle du sol à l’intention de ceux qui le piétinent (2021 chez Actes Sud Nature), le sol est notre écosystème.

Ce lien est souvent absent de notre imaginaire. L’idée que des humains pourraient exister dans un environnement purement minéral n’est pas uniquement omniprésente dans la science-fiction. Dans son ensemble, le champ culturel et médiatique ne s’intéresse pas au vivant. Pourtant lorsque la biodiversité s’érode, les sols meurent et les hommes s’en vont.

Plusieurs dangers menacent les sols  :

  • L’appauvrissement : la perte de l’horizon organo-minéral par érosion et oxydation : un sol privé de sa matière organique devient une arène. Il devient sec et compact, puis se délite et s’envole
  • L’asphyxie: un sol compacté ne peut plus fonctionner. Les plantes n’y poussent plus, l’eau reste en surface. La vie anaérobie se développe 
  • La salinisation : les sols salés deviennent impropres aux cultures les plus communes. Très peu de plantes supportent les milieux salés.
  • La pollution  : la nourriture et l’eau deviennent toxiques

Ces problèmes qui existent depuis les toutes premières sociétés agricoles se sont aggravé avec l’accélération tout azimut des activités de production. Ainsi, selon la FAO en 2021, 1.600 millions d’hectares de terre agricole sont dégradés [3].

La bonne nouvelle c’est que des solutions de restauration existent : intrants de matière organique (brf, paille), implantation de couvertures permanentes, pâturage holistique ou en mode bison, plantation d’arbres, reconstitution de la porosité avec des bactéries lactiques, voir même dépollution avec des plantes, des bactéries ou des champignons. Autant de solutions qui vont toujours vers un accroissement de la biodiversité.

Cela ne doit pas laisser croire que nous pourrions retrouver ce qu’on a perdu. La pédogénèse est un processus long qui fait des sols une ressource quasi non renouvelable. Mais, et c’est le message de l’Autoroute de la Pluie, en agissant sur la biodiversité, nous améliorons notre territoire.

Comment les plantes captent l’eau par leurs feuilles

Saviez-vous que les plantes boivent aussi par leurs feuilles ?

Si ce phénomène a été identifié depuis longtemps par des agroécologues comme Hervé Coves, son importance a récemment été mise en évidence par plusieurs études scientifiques, présentées par Hervé Poirier, rédacteur en chef du magazine Epsiloon, dans un sujet diffusé dans l’émission La Terre au carré.

En plus de capter l’eau nécessaire à leur croissance par les racines, de nombreux végétaux utilisent un autre mode d’absorption, par les feuilles. Comme l’explique Hervé Poirier, « la cuticule un peu cireuse à la surface des feuilles s’est révélée pas totalement imperméable, l’eau semble pouvoir s’immiscer par les stomates, ces minuscules trous par lesquels le CO2 pénètre, ou à la base des poils, sur les feuilles ».

Jusqu’ici, la science avait considéré ce phénomène comme négligeable, en raison de la difficulté à suivre le chemin de l’eau dans les plantes, mais en traçant les isotopes de l’eau captée par les feuilles [3], des chercheurs ont montré que cette dernière « participe à la photosynthèse, se retrouve incorporée à la sève et repart vers les racines pour nourrir toute la plante ».

Selon Hervé Poirier, ce phénomène a été observé chez «230 espèces, du poirier aux orchidées, en passant par le pin ou la lavande » et au total chez plus de 85% des espèces étudiées. Il est particulièrement opérant pour les arbres (95% des essences étudiées), notamment pour les plus grands d’entre eux, pour lesquels l’eau remonte plus difficilement vers la cime.

Biologiste à l’Université de Berkeley, Todd Dawson a ainsi montré comment les séquoias du Pacifique s’abreuvent des nuages de brume et à quel point ce mécanisme a contribué à leur gigantisme. L’importance de ce phénomène a aussi été étudiée par Marilyn Ball, de l’Université nationale d’Australie, qui s’est intéressée à l’hydratation des mangroves. Le botaniste brésilien Rafael Oliveira a lui calculé qu’environ 8% de la croissance de la forêt amazonienne était due à l’eau captée par la canopée.

A ce jour, l’ampleur du phénomène reste difficile à quantifier, mais des biophysiciens de la NASA ont récemment établi, grâce à une analyse sur 20 ans des variations de la couverture végétale, que la croissance de ces écosystèmes est directement influencée par les averses journalières. « A l’échelle de la planète, cela représente des quantités considérables qui échappent aux modèles », indique Hervé Poirier, qui renvoie aux travaux du Néerlandais Jeroen Schreel sur la canopée européenne.

Ces découvertes suggèrent que la rosée peut constituer un apport en eau crucial en période de sécheresse et dans les zones arides, comme nous l’avions exposé dans un post précédent. Elles confirment aussi que nos connaissances sur la physiologie des plantes restent parcellaires. Mieux connaître les végétaux pour pouvoir les épauler par le biais de l’agroécologie s’impose comme un enjeu majeur du XXIe siècle.

#eau #sfn

Kenya – comment la plantation d’arbres communautaire reverdit les paysages

Au Kenya, les programmes de plantations d’arbres par la communauté bénéficient aux agriculteurs, mais aussi au paysage.

Lien de l’image

En moins de deux décennies, les plantations réalisées sous l’égide du programme TIST ont provoqué un verdissement de la région du Mont Kenya, comme le montre une étude publiée en 2021 par la revue Nature.

Lancé à la fin des années 1990 en Tanzanie, puis dans trois autres pays (Kenya, Ouganda et Inde), The International Small Group Tree Planting Program (TIST) incite des communautés locales à s’engager sur le terrain de l’agroforesterie et regroupe actuellement plus de 200 000 agriculteurs dans les quatre pays en question.

Vidéo cartographie évolutive des plantations TIST au Kénya : https://vimeo.com/327592668

Ce projet financé en grande partie par l’entreprise américaine Clean Air Action Corporation repose sur le principe du crédit carbone. Les agriculteurs participant au programme reçoivent une rémunération pour chaque arbre planté ou entretenu, et choisissent eux-mêmes les essences, de sorte que les bienfaits de ces plantations ne se limitent pas aux tonnes de CO2 captés par les arbres.

Au Kenya, les fermiers ont ainsi planté « un mélange d’espèces d’arbres, avec plus de 160 essences recensées, dont plus de 90 espèces indigènes ». Dans la plupart des cas, « la sélection des espèces est dominée par les arbres qui fournissent les produits les plus fiables, notamment le bois de feu, le fourrage pour les animaux et le bois de taillis, souvent complétés par des arbres fruitiers et à noix qui peuvent fournir des cultures de grande valeur ».

Les bénéfices de ces plantations ne se limitent pas aux débouchés commerciaux. Comme le souligne Nature, les arbres nouvellement introduits fournissent de l’ombre et permettent à la fois une réduction de l’érosion des sols et une meilleure pénétration de l’eau. En outre, ces plantations sont souvent associées à des pratiques d’agriculture de conservation qui favorisent cette régénération, avec pour effet un reverdissement du paysage.

A l’aide de données photographiques récoltées par le satellite Landsat 7 sur la période 2000-2019, des chercheurs de l’université d’Exeter ont tenté de mesurer l’impact des plantations issues du programme TIST sur le paysage dans la région du Mont Kenya. Les résultats obtenus par ce modèle, présentés dans l’article de Nature, indiquent une tendance au verdissement plus prononcée, non seulement sur les parcelles accueillant des « bosquets TIST », mais aussi sur les zones voisines, par rapport aux parcelles agricoles non concernées par le programme.

Selon les chercheurs, ces résultats observables sur deux tiers des parcelles étudiées sont probablement dus à « plusieurs facteurs, tels que l’agriculture durable pratiquée sur ces terrains, ainsi que les effets microclimatiques de la plantation d’arbres ». Ils constituent ainsi un exemple convaincant de la méthode prônée par l’Autoroute de la pluie : favoriser la plantation d’arbres par les acteurs locaux pour enclencher un processus de végétalisation aux bienfaits multiples.

Pyrocène ou réhydratation ? Comment la gestion des paysage prévient les méga-feux

Les méga feux de Los Angeles semblent marquer l’avènement d’une nouvelle ère, celle du  pyrocène. C’est en tout cas la thèse de l’historien américain Stephen Pyne. Selon lui, « le point d’inflexion critique des temps modernes s’est produit lorsque nous avons commencé à faire brûler la biomasse fossilisée plutôt que la vivante ».

Cette thèse est brillamment relayée en France par la philosophe Joëlle Zask. L’autrice de “Quand la forêt brûle. Penser la nouvelle catastrophe écologique” est hantée par les méga feux depuis qu’elle a assisté à des incendies dans le Var en 2017. Pour exorciser ce souvenir, la chercheuse agit plutôt que de ressasser ce terrible souvenir (voir le podcast sur son travail).

Pour autant, nous pensons que le caractère irrémédiable d’une terrifiante ère des méga feux se doit d’être nuancé. Comme en témoigne l’illustration de ce post, la déshydratation de nos paysages est loin d’être une fatalité. Sur cette image, partagée à maintes reprises par les activistes de la restauration des cycles de l’eau, on y voit les impacts bénéfiques des castors sur un fond de vallée boisé. Là où ils sont intervenus, ça n’a pas brûlé. En même temps, avez-vous déjà essayé de faire brûler du bois mouillé ? C’est presque impossible, comme le démontre Nick Steiner dans ce post LinkedIn bien senti.

Bien que peu exploré, l’impact des castors est indéniable. Ainsi, l’étude Smokey the Beaver: beaver-dammed riparian corridors stay green during wildfire throughout the western United States” démontre que, dans les zones dotées de barrages de castor, la diminution de l’activité de photosynthèse (NDVI) est 3,05 fois inférieure aux zones sans castor.

Image issue de l’étude « Smockey the beaver (…)

D’autres activistes promeuvent la réhydratation des territoires qui permettent de fortement limiter les risques d’incendies. C’est le cas du slovaque Michal Kravčík, hydrologue de formation et initiateur du New Water Paradigm. Citons aussi l’américain Alpha Lo, qui fait beaucoup avancer ces thématiques et a récemment publié sur la manière de réhydrater la Californie pour prévenir les incendies. Enfin, le pakistanais Ali Bin Shahid travaille sur de prometteuses modélisations destinées à évaluer l’impact des castors sur l’hydrologie, le refroidissement et la dynamique des écosystèmes.

Que dire du département des Landes, passées du statut de plus grande zone humide de France à une plantation de pins hautement inflammables en cas de sécheresse. Assez de mares bouchées et de drainages irraisonnés. Place aux castors et aux territoires hydratés ! Comme le dit fort justement Ananda Fitzsimmons dans son ouvrage, il faut “Hydrater la terre”.

Mettons nous à l’ouvrage pour renforcer la robustesse de nos territoires à travers le déploiement de l’agroécologie, de l’agroforesterie et de l’hydrologie régénérative.

Le vivant laisse des traces II : la fraction minérale

https://www.mnhn.fr/fr/communique-de-presse/une-nouvelle-espece-de-bacterie-forme-des-mineraux-intracellulaires

Nous avons vu dans le précédent post comment l’activité du vivant impacte la répartition des différents isotopes. Il existe dans notre environnement d’autres traces du vivant bien moins ténues.   

La première qui vient à l’esprit est le stock d’hydrocarbures dont nous sommes si friands. Il est issu de matière organique fossilisée, en particulier les grandes forêts du carbonifère. Le vivant est aussi à l’origine de la formation de certaines roches.

En effet, si dans son « Histoire secrète des cailloux » [0], le géologue Patrick de Wever qualifie les falaises d’Étretat “de tas de merde”, ce n’est pas pour juger de la valeur de cet édifice naturel somptueux, mais bien pour signaler, au sens propre, que c’est la digestion par des crustacés (les décapodes) de microalgues (les coccolites) qui est à l’origine de cette concrétion. Les parties minérales des algues, non digérées, s’accumulent dans les pelotes fécales et finissent par former ces massifs imposants. La majorité des roches calcaires actuelles sont ainsi issues de la synthèse d’éléments durs par des êtres vivants (os, coquilles, coraux …). On parle de roches biogènes.

Un déchet de la formation de carbonate de calcium est le dioxygène. La couche d’ozone, et plus généralement l’oxygénation de l’atmosphère, est liée elle aussi à l’activité photosynthétique des cyanobactéries qui, il y a 2.5 milliard d’années (sur cette datation voir cette étude) a déclenché la grande oxygénation.

Le minerai de fer est également d’origine bactérienne Ce sont encore des cyanobactéries qui en l’absence de lumière ont utilisé des ions ferreux comme donneurs d’électrons, permettant la création d’hydroxyde de fer qui est à l’origine des formations ferrifères rubanées (BIF).

Dans un article de 2016 intitulé “l’impact méconnu des chauves-souris et du guano dans l’évolution morphologique tardive des cavernes”, les auteurs décrivent comment la longue fréquentation des caverne par des colonies parfois gigantesque de chauves-souris peut engendrer “un remaniement des parois allant d’un simple rabotage centimétrique jusqu’à des ablations métriques”. Il mentionne aussi l’exploitation du guano fossilisé comme engrais phosphaté. D’ailleurs toutes les roches phosphatées sont également des roches biogènes. C’est l’accumulation de matière organique, dans des conditions particulières de température et de pression, qui permet la formation de ces roches. Le phosphate est concentré car il est un composant essentiel du vivant.

Cette série d’exemples doit nous amener à ne plus considérer la géologie comme quelque chose qui évolue à côté du vivant. Le vivant est indissociable de l’identité et de l’hospitalité de notre planète dans tous ses aspects.

Le vivant laisse des traces I : carbone et photosynthèse

Illustration : la reconstruction par cryo-ME de la capside complète de l’apoferritine, permet de faire apparaître “l’ombre des atomes” (Paul Emsley/MRC Laboratory of Molecular Biology)

Les isotopes sont des atomes qui possèdent la même charge électrique mais une masse différente.

Pour le carbone, par exemple, il en existe 15. Deux sont stables. Le carbone 12 est le plus courant. Il représente 98.93 % du carbone total. Le carbone 13 vient en second (1.07 %). Quant aux autres isotopes, ils n’existent qu’à l’état de trace.

Ainsi d’un point de vue chimique ⚗️ les isotopes sont interchangeables, mais physiquement ⚖️,  ils ont des propriétés différentes :

  • certains sont stables
  • d’autres radioactifs ☢️

L’analyse isotopique permet d’établir scientifiquement un certain nombre de faits (« L’isotope, traceur d’origine : distribution isotopique dans les composés naturels« ):

  • L’analyse de l’oxygène permet par exemple de déterminer si une pluie  🌧️ est d’origine marine 🌊 ou terrestre 🌳(voir la présentation de l’hydrologie isotopique).
  • L’analyse du carbone permet de dater les résidus organique (carbone 14) 🦖
  • L’analyse de l’azote permet de déterminer la place d’une créature dans la chaîne alimentaire 🥩
  • Lorsque l’azote est trop dégradé, l’analyse du zinc fixé dans les dents permet de déterminer ce que le propriétaire de la dent a mangé [4]

Un autre aspect intéressant, souligné par le paléoanthropologue @Jean-Jacques Hublin, dans sa série de cours de 2018 (l’homme prédateur) est la capacité, en analysant les isotopes du carbone, de déterminer si une chaîne trophique s’est construites sur des plantes effectuant une photosynthèse C3 ou C4. Cela lui permet par exemple de déterminer à quels moments les hominines ont pu quitter le couvert forestier (C3) pour s’aventurer dans la savane (C4).

La proportion d’isotopes du carbone caractéristique d’une type de photosynthèse, se retrouve non seulement dans les résidus de plantes (y compris le charbon), mais aussi dans les animaux qui les consomment et chez les prédateurs et super prédateurs.

L’activité des plantes façonne durablement la composition physico-chimique du monde. Elle modifie la composition des milieux dans lesquels elles évoluent. Les isotopes sont un des vecteurs de cette transformation. Ce n’est pas le seul.

Au sein de l’Autoroute de la Pluie nous nous interrogeons beaucoup sur l’intensité de cet impact, qui reste un champ de recherche largement ouvert.

Le verdissement de la planète

🌍🌿Le verdissement de la Terre est une tendance avérée, malgré les sécheresses. 🌡️☀️

Depuis les années 1980, notre planète connaît un verdissement de ses continents qui a permis de contenir le réchauffement climatique de 12%.
A ce sujet,  Voir l’étude “Climate mitigation from vegetation biophysical feedbacks during the past three decades” et l’article “Atténuation du réchauffement climatique grâce au verdissement” sur notre site.

Cependant, ce processus fait l’objet de débats, les méthodes d’analyse utilisées pouvant faire apparaître des faux-positifs. Une étude parue en janvier 2025, “Uncovering true significant trends in global greening”, vient réduire ces incertitudes.

Deux chercheurs espagnols ont élaboré une méthode spécifique pour améliorer l’étude de ce processus, réduisant les faux positifs de 50%. L’étude montre que 76,07 % des zones ayant évolué (verdissement ou brunissement) connaissent un verdissement significatif. Pour les régions avec un NDVI supérieur à 0,15, il atteint 85,43 %. Selon une autre étude de 2024, “l’accélération du verdissement s’est produite dans 55,15 % du globe […], tandis que l’accélération du brunissement ne s’est produite que dans 7,28 %” du globe.

Cette tendance est particulièrement sensible pour l’Eurasie. Selon un chercheur de l’Université de Boston cité par la NASA : « La Chine et l’Inde représentent un tiers du verdissement, mais ne comptent que 9 % de la superficie terrestre de la planète couverte de végétation – un résultat surprenant, compte tenu de la notion générale de dégradation des terres dans les pays peuplés en raison de la surexploitation ».

Ceci s’explique notamment par la lutte contre la désertification en Chine (42% du verdissement de la Chine selon la NASA). Le phénomène provient aussi à 32% pour la Chine et 82% pour l’Inde de l’intensification agricole : “Grâce à des pratiques de cultures multiples, où un champ est replanté pour produire une autre récolte plusieurs fois par an. La production de céréales, de légumes, de fruits et autres a augmenté d’environ 35 à 40 % depuis 2000 pour nourrir leurs nombreuses populations.” Cette tendance dépend par contre du bon état des nappes phréatiques.

Pour les deux pays leaders du verdissement, des cas emblématiques et déjà documentés existent. La Chine a ainsi procédé au verdissement massif du plateau de Loess, tandis que des initiatives durables se multiplient en Inde (voir les travaux de la Paani Foundation et les vidéos de Andrew Millison).

Le verdissement mondial pourrait donc nettement accélérer si d’autres pays adoptaient une démarche volontariste. Cela suppose bien entendu d’adapter les approches aux contextes nationaux. Surtout, il est vital que les acteurs de ce verdissement s’approprient ces enjeux. En Europe, il importe donc de procéder à l’intensification agroécologique, qui ne pourra s’effectuer qu’en co-construction avec le monde agricole.

#verdissement #agroécologie

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