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Catégorie : Désertification

Corbières : les incendies accélèrent-ils la désertification ?

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Après les incendies survenus l’été dernier, l’Aude doit-elle craindre une accélération de la désertification de ses paysages ?

Dans un article publié en septembre 2024, trois chercheurs portugais se sont penchés sur les rapports entre feux de forêts, érosion des sols et dégradation des terres, et ont tiré des conclusions alarmantes.

Le feu est une cause majeure de désertification dans la plupart des zones forestières à risque de feu dans le monde”, affirment-ils notamment, décrivant une cascade d’effets nocifs directement liés aux incendies :

  • destruction de la couche organique du sol
  • modifications des propriétés physiques et chimiques du sol
  • perte de capacité d’infiltration
  • diminution des nutriments et du stock de graines
  • répulsivité des sols à l’eau (hydrophobie)

Une partie de nos territoires est aujourd’hui exposée à ce risque et la France a rejoint officiellement, lors de la COP16 désertification organisée en 2024 en Arabie Saoudite, la liste des 169 pays se déclarant touchés.

Environ 1% du territoire national serait concerné, notamment dans le pourtour méditerranéen. La menace portant sur cette portion de l’Hexagone pourrait cependant n’être qu’un avant-goût d’un problème beaucoup plus généralisé.

Dans un article publié en juillet 2024 sur The Conversation, plusieurs experts du climat s’inquiétaient ainsi d’une possible « extension du climat méditerranéen en France au XXIᵉ siècle » en cas de maintien de la tendance actuelle de réchauffement climatique.

Mesurée en France par la trajectoire de réchauffement de référence pour l’adaptation au changement climatique (TRACC), qui prévoit un réchauffement à +2,7 °C en 2050 et +4 °C en 2100, cette tendance est d’ailleurs probablement sous-évaluée, comme l’ont prouvé les travaux du climatologue Vincent Cailliez sur le Massif Central.

Face à cette situation, faut-il rester en réaction, ou bien prendre les devants et faire face ? Dans les territoires déjà touchés comme l’Aude, la désertification n’est pas une fatalité, à condition d’entamer une réflexion profonde sur la nature du paysage et sa nécessaire recomposition.

Comme exposé dans un précédent article la garrigue et les pins ne constituent pas la végétation méditerranéenne originelle. Or, dans le contexte actuel, ce type de végétation constitue un facteur aggravant de désertification, à l’image des pins d’Alep.

« Sur sites méditerranéens, des mesures de longue durée montrent que, à couvert égal, des sols sous pin d’Alep produisent environ 6 fois plus de ruissellement et 10 fois plus d’érosion que sous chêne vert (Quercus ilex) – ce qui renforce le maillon ‘feu → érosion’ », affirme ainsi une étude publiée en 2017 par des chercheurs de l’Université de Wageningen.

Dans la ligne de front de l’aridification que constitue le Sud-Ouest de la France, le massif des Corbières est un bastion stratégique qui doit impérativement être protégé, notamment par la reconfiguration active des paysages.

Résilience des forêts face aux sécheresses

Comment améliorer la résilience des forêts face aux sécheresses ?

Le schéma provient de l’étude “Les forêts face aux sécheresses et canicules : causes de dépérissements, facteurs aggravants et différences de sensibilité entre les espèces

Une étude de 2022, “Drought resistance enhanced by tree species diversity in global forests”, dresse un panorama mondial de la résilience des forêts, démontrant que la diversité d’arbres dans une forêt améliore sa résistance aux sécheresses. Basé sur la compilation de diverses bases de données, l’article souligne : “selon un modèle prédictif de l’effet de la diversité en arbres, la conversion de la monoculture actuelle en plantations d’arbres mixtes pourrait améliorer la résistance à la sécheresse. “ L’étude appelle à restaurer la diversité des espèces pour “atténuer l’impact des sécheresses extrêmes à grande échelle, en particulier dans les régions sèches.”

Ce constat ne va malheureusement pas dans la direction du plan France 2030 de plantations d’arbres, qui fait la part belle aux monocultures et aux coupes rases.

Si l’on se cantonne aux espèces les plus adaptées pour le climat et le rendement économique, une étude française fournit une autre piste d’adaptation. Des chercheurs ont étudié la réaction des pins maritimes à la chaleur durant leur développement embryonnaire. Pour cela, ils ont extrait des embryons qu’ils ont clonés puis fait germer à différentes températures (18, 23 et 28 degrés, 23 degrés étant optimal pour l’espèce).

En étudiant le génome de ces jeunes pins, les chercheurs ont identifié une dizaine de gènes connus “pour avoir des fonctions biologiques lors de l’embryogenèse, sur la régulation épigénétique ou en réponse à la température”.  Leur hypothèse est que les arbres survivant à des sécheresses pendant leur développement embryonnaire s’adapteront mieux aux températures extrêmes. Voir à ce sujet un article de Libération “Sylviculture : graine échaudée, futur pin renforcé” (également mentionné sur la la Terre au Carré du jeudi 21/11/2024).

Citons aussi le travail d’une équipe de chercheurs d’Aix-en-Provence, qui propose une approche novatrice face aux sécheresses. Cette équipe est parvenue “à diminuer la mortalité des arbres en agissant sur les dialogues que ceux-ci entretiennent avec l’environnement, grâce à leurs racines”. 

En enrichissant le sol avec un microbiote bénéfique (utilisation de certaines molécules, les phytohormones), l’arbre doit limiter son évapotranspiration lors des sécheresses, en agissant sur la réactivité de ses stomates. Cette étude porte sur un panel d’arbres diversifiés. Dans les tests menés, 10 à 25% des arbres conservent des feuilles vertes en condition de sécheresse.

Toutefois, une importante bibliographie démontre la centralité de l’arbre dans le cycle de l’eau, via le recyclage des précipitations. Limiter l’évapotranspiration estivale risque en effet d’augmenter la sécheresse de l’atmosphère. Ce dernier constat interpelle lorsqu’on connaît le caractère contagieux des sécheresses [5] en milieu sec, alors que ces dernières années les départements méditerranéens ont flirté avec un climat semi-aride.

A choisir, soutenir la diversité des essences apparaît comme le meilleur moyen de préserver nos forêts. Et ces enjeux doivent plus que jamais être envisagé de manière holistique. Et vous, qu’en pensez-vous ?

#forêt #sécheresse

Désertification de la France

La France rejoint officiellement le cercle (pas si fermé) des pays touchés par la désertification, mais ce n’est pas une fatalité.

 L’image montre les effets d’une sécheresse prolongée sur les Pyrénées Orientales. Sans confondre météo (sécheresse) et climat (désertification), ces images démontrent que la situation peut vite basculer.

Cette image est issue de Copernicus ECMWF et provient de Actu.fr

La COP 16 sur la lutte contre la désertification a eut lieu (2-13 décembre 2024) en Arabie Saoudite. Dans ce cadre, la France a officiellement admis être touchée par la désertification. C’est le dernier pays du pourtour méditerranéen a formellement rejoindre le club.

Désormais, tous les 4 ans la France devra rendre compte des territoires affectés et présenter les effets des mesures d’atténuation et d’adaptation mises en place. Actuellement, 1% du territoire métropolitain est concerné, dont le pourtour méditerranéen et la Corse-du-Sud.

Reporterre cite Frédérique Montfort, spécialiste de la dégradation et de la restauration des paysages forestiers chez Nitidae: “La désertification ne se résume pas à l’avancée des déserts, cela se traduit surtout par la dégradation des terres des zones climatiques arides, semi-arides et sub-humides sèches”. 


Plusieurs départements français ont connu des niveaux de pluviométrie dignes de zones semi-arides, notamment en 2022-2023. Cette tendance est la même de l’autre côté de la frontière. Ainsi, la Catalogne envisage de couper massivement des arbres pour diminuer (ponctuellement) la demande en eau [2] et 75% du territoire espagnol serait en cours de désertification. C’est une conséquence du réchauffement climatique, mais probablement aussi d’une urbanisation galopante des côtes (voir notre article sur le mystère de la disparition des tempêtes estivales en Méditerranée).

Une étude de 2022 s’intéresse d’ailleurs aux dynamiques d’expansion de l’aridité :

Les sécheresses des zones arides sont particulièrement sujettes à l’autopropagation, car l’évaporation a tendance à réagir fortement à un stress hydrique accru du sol. […] Les précipitations peuvent diminuer de plus de 15 % en raison d’une sécheresse sous le vent au cours d’un seul événement, et jusqu’à 30 % au cours de certains mois.

Il nous semble essentiel d’enrayer cette spirale. A l’inverse du phénomène d’autopropagation, l’humidité des sols renforce les probabilités de précipitations. Vu le niveau de dégradation des sols, un recours généralisé à l’hydrologie régénérative et à l’agroforesterie ne s’impose-t-il pas ?

Nous avons récemment montré des exemples de réalisations au Sahel, mais d’autres ouvrages modestes gagneraient à être déployés. Les Pyrénées Orientales, notamment, nécessitent la mise en œuvre rapide de mesures pour limiter la contagion.

De la même manière, le déploiement d’un “Autoroute de la Pluie” dans le Lauragais permettrait de capter l’humidité des deux façades maritimes et de disposer d’un corridor agroforestier robuste. Il constituerait une “base arrière” pour soutenir le front de lutte contre la désertification de l’Aude et des Pyrénées Orientales.

#désert

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