Des solutions face à l'aridification de la France

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Forêt du Congo : son rôle vital pour l’agriculture africaine

Sans la forêt du Congo, quelles agricultures en Afrique ?

L’étude “African rainforest moisture contribution to continental agricultural water consumption”, parue en 2024, souligne l’impact des forêts dans l’agriculture africaine. Elle utilise des modèles de suivi de l’humidité des forêts tropicales pour analyser leur contribution aux précipitations agricoles (période 2008-2017). Les zones sources et émettrices d’eau sont identifiées à une résolution de 50 km², l’étude appelant d’ailleurs à la production d’analyses plus fines.

Les auteurs sont issus du Potsdam Institute for Climate Impact Research (pas présents sur LinkedIn), de l’université d’Oxford pour Maganizo Kruger Nyasulu et du Stockholm Resilience Centre pour Ingo Fetzer, Lan Wang-Erlandsson, Fabian Stenzeln et Johan Rockström. Ce dernier a grandement contribué à médiatiser le concept de limites planétaires, qui s’applique ici à l’eau verte.

Le lien entre végétation et précipitation est amplement documenté. Pour autant, cette étude apporte un éclairage fin sur les interdépendances entre espaces agricoles et forestiers, alors que la déforestation du bassin du Congo est galopante. En Afrique, l’agriculture est pluviale à 80%. Or, les pluies sont alimentées par l’évapotranspiration forestière, avec des variations géographiques assez marquées.

Ainsi, l’Est de l’Afrique reçoit surtout des précipitations de la mer Rouge, quand plusieurs pays enclavés d’Afrique centrale sont très dépendants de l’humidité issue de la forêt du Congo:  “bien que la majeure partie de la superficie de la forêt tropicale se trouve en RDC, de nombreux pays voisins dépendent largement de l’humidité de la forêt tropicale pour leur agriculture pluviale (…), l’humidité de la forêt tropicale représente environ 10 à 20 % de l’utilisation de l’eau agricole.” Le Gabon et les autres pays limitrophes de cette forêt sont particulièrement tributaires de cette source d’humidité.

L’étude insiste sur l’urgence de disposer d’une gouvernance solide pour conserver et gérer la forêt tropicale du Congo. Sans cette source d’humidité, les précipitations diminueront dans une large partie de l’Afrique subsaharienne :  “l’humidité des forêts tropicales étant souvent recyclée plusieurs fois, chaque maillon brisé de cette chaîne entraînera une réduction de l’apport d’humidité sous le vent.” L’intégration du recyclage de l’humidité dans les politiques mondiales de l’eau et de l’agriculture devient vitale.

En outre, le “changement d’affectation des terres affecte la quantité d’humidité disponible pour l’agriculture et peut entraîner une réduction de 7 à 17 % des rendements des cultures dans les principaux paniers alimentaires, comme la région du Sahel”. Loin d’être anecdotique, l’état des forêts conditionne la sécurité alimentaire de tout un continent.

Ne faut-il pas développer l’agroforesterie massivement pour, notamment, diminuer la pression sur les forêts, en Europe comme en Afrique ?

Régénération naturelle : 215 millions d’hectares à reboiser

Quel est le potentiel de régénération naturelle des régions tropicales déboisées dans le monde ?
Nous avons exposé dans plusieurs articles [1 et 2] l’impact climatique positif du verdissement qui a démarré au début des années 1980 et a contenu 12% du réchauffement climatique.

Fort de ce constat, il est utile d’examiner le potentiel d’extension de ce verdissement. L’étude “Global potential for natural regeneration in deforested tropical regions” [3] permet de s’en faire une idée en examinant le potentiel de régénération naturelle dans les régions tropicales déboisées. Cette étude, publiée dans Nature en 2024, est basée sur les données 2000-2016 et repose un modèle doté d’une résolution spatiale de 30 mètres.

Selon cette étude, une superficie de 215 millions d’hectares pourrait être reboisée efficacement avec les méthodes de régénération naturelle forestière. Avec 52% de la superficie pouvant bénéficier de cette approche, cinq pays devraient être ciblés prioritairement : Brésil, Indonésie, Chine, Mexique et Colombie.

La méthode de régénération naturelle est plus pérenne. Elle se caractérise par ses coûts abordables: “12 à 3 880 USD par ha contre 105 à 25 830 USD” pour la plantation d’arbres. Cette approche a notamment été popularisée par Tony Rinaudo, grand promoteur de la régénération naturelle qu’il a déployé au Niger, avant que la méthode ne soit largement disséminée dans les pays tropicaux, Afrique en tête. Les régions forestières tropicales constituent un hotspot de la perte de biodiversité, mais elles présentent aussi un potentiel très important de régénération.

Les auteurs de l’étude conçoivent leur travail comme un outil d’aide à la décision. En effet, la régénération naturelle est trop peu déployée, les décideurs ne sachant pas toujours où agir efficacement. La présente étude se base sur une analyse de télédétection, parue en 2022, ayant porté sur plusieurs millions de parcelles afin d’évaluer la pérennité de la repousse naturelle d’arbres. L’équipe de chercheurs a ensuite listé un ensemble de variables géospatiales, biophysiques et socio-économiques et utilisé des méthodes d’apprentissage automatique afin d’évaluer où la régénération naturelle a réussi dans les zones étudiées.

Dans l’étude de 2024, les chercheurs se sont concentrés sur les zones tropicales, mais la régénération naturelle pourrait également se déployer en zone tempérée, particulièrement là où l’aridification commence à entraver la croissance des arbres locaux.

Quand on pense à l’impact positif important du verdissement, qui a pour beaucoup reposé sur la Chine et l’Inde, ce processus gagnerait à être largement soutenu à l’échelle globale. Et le déploiement en parallèle de l’agroforesterie viendrait utilement soulager les forêts, afin qu’elles croissent avec moins de contraintes. Enfin, l’intensification agroécologique des pratiques agricoles a tout son intérêt pour soutenir le verdissement global.

Résilience des forêts face aux sécheresses

Comment améliorer la résilience des forêts face aux sécheresses ?

Le schéma provient de l’étude “Les forêts face aux sécheresses et canicules : causes de dépérissements, facteurs aggravants et différences de sensibilité entre les espèces

Une étude de 2022, “Drought resistance enhanced by tree species diversity in global forests”, dresse un panorama mondial de la résilience des forêts, démontrant que la diversité d’arbres dans une forêt améliore sa résistance aux sécheresses. Basé sur la compilation de diverses bases de données, l’article souligne : “selon un modèle prédictif de l’effet de la diversité en arbres, la conversion de la monoculture actuelle en plantations d’arbres mixtes pourrait améliorer la résistance à la sécheresse. “ L’étude appelle à restaurer la diversité des espèces pour “atténuer l’impact des sécheresses extrêmes à grande échelle, en particulier dans les régions sèches.”

Ce constat ne va malheureusement pas dans la direction du plan France 2030 de plantations d’arbres, qui fait la part belle aux monocultures et aux coupes rases.

Si l’on se cantonne aux espèces les plus adaptées pour le climat et le rendement économique, une étude française fournit une autre piste d’adaptation. Des chercheurs ont étudié la réaction des pins maritimes à la chaleur durant leur développement embryonnaire. Pour cela, ils ont extrait des embryons qu’ils ont clonés puis fait germer à différentes températures (18, 23 et 28 degrés, 23 degrés étant optimal pour l’espèce).

En étudiant le génome de ces jeunes pins, les chercheurs ont identifié une dizaine de gènes connus “pour avoir des fonctions biologiques lors de l’embryogenèse, sur la régulation épigénétique ou en réponse à la température”.  Leur hypothèse est que les arbres survivant à des sécheresses pendant leur développement embryonnaire s’adapteront mieux aux températures extrêmes. Voir à ce sujet un article de Libération “Sylviculture : graine échaudée, futur pin renforcé” (également mentionné sur la la Terre au Carré du jeudi 21/11/2024).

Citons aussi le travail d’une équipe de chercheurs d’Aix-en-Provence, qui propose une approche novatrice face aux sécheresses. Cette équipe est parvenue “à diminuer la mortalité des arbres en agissant sur les dialogues que ceux-ci entretiennent avec l’environnement, grâce à leurs racines”. 

En enrichissant le sol avec un microbiote bénéfique (utilisation de certaines molécules, les phytohormones), l’arbre doit limiter son évapotranspiration lors des sécheresses, en agissant sur la réactivité de ses stomates. Cette étude porte sur un panel d’arbres diversifiés. Dans les tests menés, 10 à 25% des arbres conservent des feuilles vertes en condition de sécheresse.

Toutefois, une importante bibliographie démontre la centralité de l’arbre dans le cycle de l’eau, via le recyclage des précipitations. Limiter l’évapotranspiration estivale risque en effet d’augmenter la sécheresse de l’atmosphère. Ce dernier constat interpelle lorsqu’on connaît le caractère contagieux des sécheresses [5] en milieu sec, alors que ces dernières années les départements méditerranéens ont flirté avec un climat semi-aride.

A choisir, soutenir la diversité des essences apparaît comme le meilleur moyen de préserver nos forêts. Et ces enjeux doivent plus que jamais être envisagé de manière holistique. Et vous, qu’en pensez-vous ?

#forêt #sécheresse

Agroforesterie d’urgence et désert

Déployer une agroforesterie d’urgence pour faire pleuvoir dans le désert, c’est possible ?

L’image provient de l’étude de l’article – https://www.pnas.org/doi/10.1073/pnas.1904754116

En 2019, deux chercheurs de l’Institute of Physics and Meteorology (Université d’Hohenheim, Allemagne), se sont penchés sur cette question, via une approche agroforestière jouant à la fois sur le stockage du carbone dans les sols et sur l‘amélioration délibérée des précipitations dans un territoire.

L’étude “Deliberate enhancement of rainfall using desert plantations” évalue où, dans le monde, implanter de larges plantations capables d’améliorer localement les pluies. Les deux zones témoins sont Oman et Israël et la méthode envisagée, très spécifique, ne fonctionne que pour Oman, certains critères devant être rassemblés.

Les chercheurs définissent leur proposition comme de la “biogéoingénierie”. Nous préférons le “génie écologique” et le  “biomimétisme”, comme le promeut Pierre Gilbert, tant le premier terme rappelle les errements des techno-solutionnistes.

Ce travail se base sur des modèles à haute résolution, dotés de représentations sophistiquées de la surface terrestre (Weather Research and Forecasting couplé au modèle terrestre Noah), pour appréhender la chaîne de processus complexes conduisant aux modifications du climat régional et potentiellement global. A partir de cette compréhension affinée et d’une analyse statistique, les chercheurs proposent un “indice de rétroaction global (GFI)” pour prédire les impacts des plantations sur le climat régional.

Concrètement, l’étude envisage les paramètres suivants : 

  • Plantation d’arbre sur 100 km2
  • Utilisation d’arbres sombres (jojoba), donc à albédo faible, plantés sur une surface claire
  • La zone dispose d’une humidité conséquente
  • Le vent y est faible, voir inexistant

Pour faire tomber la pluie, les auteurs introduisent les variations suivantes:

  • Arrêt de l’irrigation
  • Les arbres ferment alors leurs stomates, mais continuent la photosynthèse
  • L’albédo faible fait chauffer la zone
  • Cela fait monter l’air, qui emporte de l’humidité
  • La colonne d’air chargée d’humidité arrive dans la zone où le gradient thermique permet de condenser
  • Les arbres émettent également des bioaérosols qui favorise aussi la condensation
  • Grâce à l’absence de vent dans la zone, la pluie y tombe

Un merci tout particulier à Ali Bin Shahid, du Pakistan, pour la référence de cette étude. La description du profil d’Ali parle d’elle-même “Quantifying Nature’s Rhythms for Climate Solutions | Rainman”.

La forêt méditerranéenne originelle n’est pas une garrigue

La garrigue, les pins et les chênes verts ne constituent pas la végétation méditerranéenne originelle.

L’image provient de: https://provence-alpes-cotedazur.com/que-faire/circuits/visite-massif-de-la-sainte-baume/

L’état de la forêt méditerranéenne fait débat. Ainsi, les historiens ne s’accordent pas pour quantifier l’impact de l’exploitation forestière durant l’antiquité.

L’excellent épisode “La terre s’est tue”, de l’émission LSD sur @France Culture, diffusée le 4 mars 2023, permet d’y voir plus clair grâce à deux des intervenants : Claire Delhon, archéobotaniste, et Jean-Paul Demoule, archéologue. En préambule, la notion “d’amnésie environnementale” est développée, signalant que les paysages européens qui nous semblent naturels ont tous été anthropisés.

On y apprend ensuite que des humains maîtrisant l’agriculture ont progressivement colonisé le sud de l’Europe, leurs pratiques agricoles transformant radicalement les paysages. Ils ont amené des ovins, domestiqués en territoires steppiques et consommé du bois. L’introduction de ces pratiques a transformé des forêts de feuillus en garrigues. En effet, les feuillus ne repoussaient pas assez vite après les coupes et le passage de troupeaux, laissant le champ libre à des espèces végétales plus appétentes pour le bétail, associées aux garrigues et aux chênes verts, qui eux font rapidement des rejets.

Les archéologues documentent cela via l’analyse de charbons de bois (anthracologie) trouvés sur les premiers sites d’installation néolithique. La prépondérance des feuillus est attestée pour tout le pourtour nord méditerranéen avant que la transition vers une végétation de garrigue se fasse au milieu du Néolithique.

Claire Delhon présente ensuite l’exemple de la forêt de la Sainte-Baume, à une trentaine de km de Marseille. On y trouve des feuillus, dont des hêtres dès 500 mètres d’altitude, alors qu’ils ne sont censés pousser qu’en haute montagne à cette latitude. Cet écosystème bénéficie avec le massif de la Sainte-Baume d’un barrage aux influences méditerranéennes. L’état de cette forêt s’explique aussi  par son caractère sacré, conservé à travers les siècles. Elle est d’ailleurs actuellement en réserve dirigée. Cette forêt bénéficie d’une litière épaisse et d’humus, le sol reste donc frais et humide. Elle garde ainsi son micro-climat forestier.

Néanmoins, cette forêt constitue un écosystème de feuillus fonctionnel, avec de nombreuses  jeunes pousses, notamment de hêtres, pourtant menacés par le changement climatique.Et cette forêt bénéficie d’une pluviométrie annuelle moyenne de 1.000 mm quand Marseille en reçoit la moitié. Ceci invite à repenser profondément l’aménagement du territoire.

Il n’est donc ni vain ni illusoire d’espérer inverser la tendance à l’aridification de la Méditerranée. Mais cela nécessite des efforts massifs, coordonnés et transfrontaliers. Nul doute que les citoyens seraient particulièrement enthousiasmés par la perspective d’un retour de forêts méditerranéennes denses et fonctionnelles. Des pistes complémentaires existent (voir notre article sur Jean Pain).

Les zones humides littorales, un enjeu pour l’eau, la biodiversité et le climat

Au cours du dernier siècle, le niveau moyen de la mer a déjà augmenté de 20 cm. En 2050, ce sera au moins 15 cm de plus (scénario intermédiaire du GIEC à +2°).

Par ailleurs, il n’aura échappé à personne que le régime hydrologique habituel, en grande partie basé sur des stocks montagne (neige, glace), se dérégule et s’effondre.

Dans ce contexte, plusieurs facteurs favorisent les précipitations : 

  • L’élimination des points chauds
  • La continuité végétale
  • L’aménagement des cours d’eau
  • L’aménagement des côtes

Les zones humides littorales (voir l’étude Revue géographique des pays méditerranéens n° 215 de 2015 : Dynamiques des zones humides littorales et enjeux de gestion en Méditerranée et un Guide de l’Observatoire du littoral) constituent donc un enjeux essentiel, car elles sont un tampon entre la terre et la mer. Elles agissent comme une protection contre l’entrée de l’eau salée dans les terres mais également comme récupérateur du ruissellement des plaines côtières. Ce sont également des zones de production économiques importantes pour des activités traditionnelles (pisciculture, marais salant, pré salés, conchyliculture, production d’algues et de salicorne), auxquelles s’ajoutent désormais la production d’énergie et d’eau douce . Enfin, ce sont également des espaces privilégiés pour la biodiversité, et en particulier les espèces migratrices qui y trouvent des aires de passage.

En Europe, les formes les plus courantes sont l’étang, le marais et le pré salé. En zone tropicale, on trouve également les mangroves (voir le Guide pratique de production et de plantation des espèces de mangrove au Bénin et se l’ouvrage Mangrove ; une forêt dans la mer, 2018) dans lesquelles poussent des palétuviers.

Les palétuviers (ce nom vernaculaire désigne près de 25 arbres différents) sont des plantes halophytes et hydrophiles. Cela veut dire qu’ils supportent le sel et l’immersion. A ce titre, ils n’ont pas d’équivalent en zone tempérée, où les quelques arbustes halophytes (comme le tamaris) sont plutôt des plantes frustres. Outre le fait qu’une forêt de palétuviers est un obstacle aux fureurs de l’océan, un hectare de ces arbres transpire jusqu’à 30m3 d’eau par jour, ce qui est plus qu’une forêt de feuillus.

Ainsi, la zone humide littorale devient un moyen de dessaler l’eau de mer pour l’injecter dans l’atmosphère à proximité des côtes. Certains ont même envisagé de  la récupérer sous forme liquide. A titre de comparaison, l’usine de dessalement d’El Prat del Llobregat près de Barcelone, qui fournit 60000 m3 d’eau par ans pour seulement 180 MWh, a couté, en 2007, 230 M d’euros.

Pour toutes ces raisons, nous estimons que la recherche sur les plantes halophytes et le réaménagement des littoraux devrait être une priorité.

L’image d’illustration est « Ilôt de palétuviers au Philippines après le passage du typhon RaI en 2021 » (wikimédia)

Sauver les forêts de Méditerranée

Les calculs de Jean Pain sauveraient-ils la forêt méditerranéenne ?

Aujourd’hui, lorsqu’on parle d’un  “Jean Pain”, on désigne un compost utilisé pour chauffer de l’eau, une serre ou une table de semi.

Jean Pain est un forestier du sud de la France né en 1928. Il est connu pour sa promotion du compost de broussaille. Ses techniques, recueillies par son épouse dans un ouvrage à compte d’auteur, ont connu un écho important dans les années 1970 car elles résonnaient avec la prise de conscience de la dépendance aux énergies fossiles.

Dans cet ouvrage, il détaille de nombreuses techniques pour produire de l’énergie et de la fertilité à partir des broussailles et ainsi faire de la nécessaire prévention des incendies un levier pour la restauration de la forêt méditerranéenne. 

Comment cela fonctionne ?

La forêt est découpée en parcelles de 320 hectares qui sont nettoyées 3 fois en 24 ans.

Le nettoyage consiste à couper la végétation sous-arbustive, élaguer les basses branches, recéper et éclaircir pour éviter la propagation du feu.

Le chantier progresse de 40 hectares non concomitant tous les ans. 

Ainsi la biodiversité qui s’est réfugiée dans les parcelles adjacentes sera laissée tranquille l’année suivante.

La valorisation de 10 kg de broussaille par les methodes Jean Pain est la suivante : 

  • 8.5 kg de compost
  • 2 m3 de biogaz
  • de l’énergie thermique qui peut-être utilisée pour chauffer de l’eau, des serres ou produire de l’électricité

La technique de méthanisation de Jean Pain est beaucoup plus partielle que celle qui se pratique aujourd’hui. Elle évite également l’écueil d’une phase aqueuse qui est souvent problématique. Ainsi, son compost de broussaille est très différent du digestat sorti des méthaniseurs modernes. Toutefois, en considérant comme Jean Pain qu’une parcelle de 320 hectares produit 1600 tonnes de broussailles tous les ans, la vente de l’énergie produite permettrait probablement aux forestiers d’en vivre.

La moitié, voire la totalité du compost, est utilisée pour créer du sol humifère et restaurer les forêts, l’énergie est utilisée pour rentabiliser le projet. Ainsi l’entretien des forêts n’est plus une charge.

Quand on sait que la région méditerranéenne est un des espaces les plus menacés par la désertification (voir notre post sur les travaux de Millàn Millàn), la mise en œuvre d’un vaste projet de régénération de ses forêts apparaît comme une évidence. Il est critique de préserver et renforcer toutes les forêts côtières et leurs fonctions hydrologiques.

Le projet de l’autoroute de la pluie, en entendant développer l’agroforesterie pour substituer notamment une partie des prélèvements en bois forestiers par du bois agricole, est donc complémentaire de la régénération des forêts méditerranéennes.

L’illustration provient du formidable outil de @l’IGN “Remonter le temps”, et porte sur l’urbanisation côtière au sud du Massif des Maures.

Comment parvenir à végétaliser de grandes surfaces ?

Dans une synthèse de 2020 (https://www.fondationbiodiversite.fr/wp-content/uploads/2021/12/FRB-Synthe%CC%80se-plantations.pdf), la @Fondation pour la recherche sur la biodiversité (FRB) revient sur le projet de Grande muraille verte initié par le très charismatique président du Burkina Faso, Thomas Sankara, au milieu des années 80.

La grande muraille verte (source ONU)

Suite aux grandes sécheresses qui ont sévi au Sahel dans les 60 et 70, une plantation continue de 7000 km d’arbres est lancée. Son but est de contrer l’avancée du désert.

Même si le désert n’avance pas vers le sud comme on pouvait le craindre, reverdir le Sahel reste un objectif important comme le souligne le GIEC dans ce rapport de 2022.

Mais ce projet a englouti des sommes faramineuses pour un résultat souvent décevant. Les arbres plantés ne sont pas adaptés, pas entretenus et meurent. Paradoxalement, seules les plantations à visée commerciale réussissent.

Cet échec à plusieurs causes. Notamment, le choix des essences souvent peu à même de survivre sans entretien. Mais c’est surtout le régime foncier et le statut de l’arbre qui sont les principaux obstacles. Par l’effet d’un reliquat du droit colonial, l’agriculteur n’est pas propriétaire des arbres sur les parcelles qu’il exploite. Sa présence n’est donc qu’une contrainte. C’est la levée de cet obstacle social qui permettra au projet de vraiment décoller.

Parallèlement, certains agriculteurs développent une forme d’agriculture originale, le Zaï, qui favorise la germination des graines d’arbres déjà présentes dans le sol. De cette conjonction de facteurs émergera la pratique du bocage sahélien qui fait le succès du verdissement du Sahel. 

L’agronome australien Tony Rinaudo, à qui Arte a consacré un documentaire (The Forest Maker) a contribué à favoriser la diffusion de cette pratique oubliée dans les années 80. Il a commencé à appliquer cette pratique au Niger, après plusieurs années de vains efforts de reforestation. En impliquant les communautés villageoises, les résultats y ont été spectaculaires : « Dans les années de sécheresse, les récoltes étaient infiniment plus abondantes sous les arbres… Je ne sais pas comment le principe s’est disséminé, mais de paysan en paysan, le mot a circulé tant et si bien qu’en une vingtaine d’années, ce sont 200 millions d’arbres qui ont poussé au Niger, sans en planter un seul. »

https://www.youtube.com/watch?v=gwdaKtACHZ4

Favoriser l’émergence de la végétation spontanée s’appelle la régénération naturelle spontanée. Cette approche permet de végétaliser les espaces solidement et à peu de frais, puisque c’est le stock de graines déjà en place qui va s’exprimer. 

Mais ce que montre cette expérience c’est que si la régénération est spontanée, le démarrage du processus ne peut se faire que lorsque les conditions agronomiques et sociales sont réunies. Que seraient ces conditions dans la France d’aujourd’hui ? Nous essaierons dans de prochains post de le définir et de tracer un chemin pour y aboutir.

La déforestation de l’Amazonie risque d’affaiblir profondément le régime des pluies en Amérique du Sud

Une étude parue le 4 octobre 2023 tire une nouvelle fois la sonnette d’alarme à propos des conséquences désastreuses de la déforestation de l’Amazonie. Les auteurs, Niklas Boers (Potsdam Institute for Climate Impact Research) et Nils Bochow (The Arctic University of Norway), ont examiné les interactions entre déforestation et disponibilité en eau (humidité des sols, précipitations et évapotranspiration). Ils ont utilisé pour cela “un modèle dynamique non linéaire du transport et du recyclage de l’humidité à travers l’Amazonie pour identifier plusieurs signaux précurseurs d’une transition critique dans la dynamique couplée atmosphère-végétation.” Il ressort de cette analyse que le régime de “mousson sud-américain” risque de s’interrompre, menaçant par là même la survie de cette forêt amazonienne.

Cette étude a été relayée rapidement par The Guardian, mais en inversant partiellement le lien de causalité, comme en témoigne ce titre “South American monsoon heading towards ‘tipping point’ likely to cause Amazon dieback”. S’il est très louable que cet excellent média relaie cette étude, une lecture trop rapide de ce papier pourrait laisser penser que la forêt amazonienne risque de dépérir à cause de facteurs exogènes (un point de bascule atteint pour ce régime de mousson), alors que le cœur du sujet est bien la relation étroite qui unit régime de précipitations et forêts. Cette rétroaction est tout de même décrite dans le corps de l’article.

Il est crucial de comprendre comment la déforestation et pluie affectent la biodiversité de l’Amazonie et les communautés qui en dépendent.

Les conséquences de la déforestation et pluie doivent être prises en compte dans nos politiques écologiques.

Déforestation et pluie : impacts sur l’écosystème

En outre, la recherche sur les liens entre déforestation et pluie pourrait ouvrir des voies vers de nouvelles solutions durables.

Cette étude est en tout cas publiée fort à propos, alors que l’Amazonie connaît une “sécheresse catastrophique”, comme en témoigne cet article publié par Le Monde (https://www.lemonde.fr/planete/article/2023/10/11/le-bresil-confronte-a-une-secheresse-catastrophique-en-amazonie_6193721_3244.html).

Illustration de l’article du monde

La question de la déforestation et pluie reste d’actualité, alors que les temps deviennent de plus en plus extrêmes.

Un paysage, c’est toujours mieux en 3D !

Au-delà de l’aspect visuel,  un paysage hétérogène permet de créer de l’ombre sur des surfaces végétalisées. Nous avions déjà évoqué l’ombre intermittente des Dogons.

Cela permet de condensent l’humidité de l’air ou pourrait-on dire, fabriquer de l’eau.

Comment ?

Dès que  la température de l’air est inférieure au point de rosée, les molécules d’eau gazeuses s’agglomèrent aux molécules d’eau liquide. L’ombre en permettant de gagner quelques degrés crée un point froid qui peut servir, si l’air est suffisamment chargé en humidité, de surface de déposition. Selon la plante, l’eau déposée sur les feuilles est ensuite absorbée directement puis drainée via les tubes du phloème sous forme d’exsudat racinaire (certains champignons, qui attendaient là quelque chose de plus sucré peuvent même faire accélérer le mouvement). Elle peut également simplement ruisseler jusqu’au sol par l’effet de la gravité.

Faire de l’ombre sur un sol couvert de végétation est important. Dans un paysage fortement stratifié, les plantes du dessus  évapotranspirent (par des stomates placées sous les feuilles) et  chargent l’atmosphère d’une eau que les plantes du dessous (à l’ombre) peuvent récupérer.

Le matériel végétal possède une inertie thermique moindre que celle du sol. Il  refroidit rapidement. Ainsi, Hervé Covès a pu constater qu’il est possible de condenser jusqu’à 3 mm de rosée par jour, y compris en période de canicule, dans un paysage stratifié, alors qu’il ne se passe rien dans une forêt au sol nu!

Comble du raffinement,  les plantes ont inventé un moyen d’accélérer l’initialisation du processus en dotant leurs feuilles de petites pointes de structures hydrophile (-OH). Ainsi, pas besoin d’attendre que les premières molécules trouvent une place ou s’accrocher. 

Et si c’était en coupant la végétation que l’on asséchait les forêts et le climat?

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