Initiative de réappropriation climatique

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Restauration des sols au Sahel : les clés du succès

« L’eau est importante, mais ce qui compte, c’est la gestion de l’eau.«

Suite de l’entretien avec Elodie Arrault, autrice de “Dadji (de Dakar à Djibouti à la rencontre de la grande initiative verte panafricaine)

Pour Elodie Arrault, ce qui compte avant tout, c’est l’appropriation du projet par les personnes qui vivent sur place. Si les gens n’ont pas compris l’intérêt et ne sont pas motivés pour restaurer, planter et imaginer un tas de choses, il ne se passera rien. Même si on a de l’eau. Même si on a tout ce qu’il faut. Il faut que le sujet soit compris. Parfois ça n’est pas compris parce que, tout simplement, culturellement, on pense que c’est Dieu qui plante les arbres, pas la main de l’homme. Il y a plein d’autres critères, mais on peut commencer par ça.

Après, il y a la question sécuritaire dans beaucoup de pays du Sahel. Il y a des projets qui ont été abandonnés parce que les villages ont été attaqués. Il y a des risques de terrorisme. Il y a des projets qui ont été menés, comme en Éthiopie et là, ce n’est pas le terrorisme, mais la guerre interrégionale qui détruit tout. Ou la guerre tout court, comme au Soudan. Ça arrête tout. Donc oui, la question sécuritaire est une question primordiale.

Ensuite, une fois qu’on a réglé le problème de la sécurité, la question de l’eau n’est pas le sujet principal. Plus important que le sujet de l’eau, il y a le sujet de la gestion des animaux qui vont venir manger dans les parcelles. Il faudrait pouvoir tout clôturer, mais ça n’est pas possible.

Ça implique aussi un problème foncier. Comment intègre-t-on des éleveurs et des agriculteurs ? Une des solutions pourrait être que les éleveurs soient sensibilisés à l’agriculture. Qu’ils apprennent certaines notions à propos de l’agriculture, que ces agriculteurs aient des animaux. Ça s’appelle l’agroécologie : intégrer les animaux dans les projets agricoles pour éviter ces conflits et trouver des solutions à la restauration des sols en tenant compte du bétail.

Mais les troupeaux sont de plus en plus importants. Comme ils n’ont plus à manger dans le Sahara, ils descendent vers le Sud. Ça ne fait qu’accentuer le problème. Il faut trouver une conciliation, une médiation, entre ces deux mondes qui parfois se divisent jusqu’à se donner la mort à cause de ce sujet.

Au sujet de l’eau, évidemment il y a des endroits où il y en a très peu. Mais il y en a toujours à un moment de l’année. Donc tant qu’il a de l’eau, y a de l’espoir. Des façons de travailler sans eau, ou avec très peu d’eau dans l’année, existent et permettent d’avoir des résultats.

L’eau est importante, mais ce qui compte, c’est la gestion de l’eau.

Grande Muraille Verte : un maillage d’écosystèmes, pas une forêt

La muraille verte, c’est surtout un état d’esprit : penser à restaurer les sols et à planter.

L’Autoroute de la Pluie s’interroge sur la réalité de la grande muraille avec Elodie Arrault, autrice de “Dadji (de Dakar à Djibouti à la rencontre de la grande initiative verte panafricaine)”.

 Le mot muraille n’est pas tout à fait approprié parce que c’est tout sauf une muraille. C’est un projet qui ne sépare pas, mais qui unit plusieurs pays.

L’idée première, qui a une vingtaine d’années, a été de constituer une bande végétale arborée de 15 km de large sur 7.5800 km de long. Ça n’est pas possible, pour différentes raisons et ça veut dire qu’on ne verra pas depuis le ciel cette bande qui traverse l’Afrique.

C’est plutôt un assemblage, un maillage d’écosystèmes verts, productifs et nourriciers, un puzzle. Finalement la limite géographique qui était fixée au départ n’a que peu d’importance. La muraille verte c’est avant tout philosophie, un état d’esprit à avoir systématiquement, dans toutes les régions, partout dans le monde.

Mais ce projet panafricain n’existe pas de la même façon dans les 11 pays concernés. Certains pays se sont plus emparés du sujet. Et il y a des pays qui, pour diverses raisons, de guerre, d’insécurité, ne peuvent pas travailler comme ils voudraient.

Le Sénégal est le pays le plus avancé, avec une politique volontariste et une vraie force de frappe. Culturellement, grâce à Sankara, le Burkina s’est beaucoup approprié l’agroécologie. L’Éthiopie aussi. Je ne suis pas allé au Nigéria mais il semble que ce pays s’investit beaucoup. D’autres comme Djibouti et le Mali sont à la traîne. Certains bougent depuis peu, comme la Mauritanie, et tout récemment le Tchad.

La muraille verte n’est pas une forêt. Parfois c’en est une, une forêt communautaire ou une forêt classée. Celles-ci sont mises en défense, protégées des animaux par une clôture. Elles peuvent ainsi se densifier, préserver des espèces en voie de disparition. Ça peut être une pépinière, qui est parfois associée à d’autres activités.

En Mauritanie et au Tchad, ce sont les “fermes agricoles communautaires intégrées”. Une parcelle clôturée et alimentée en eau est allouée à un groupement de femmes, avec des poulets. Elles créent ainsi un potager et valorisent leur travail grâce à une boutique contiguë à la parcelle. En échange, elles ensemencent et font pousser de jeunes plants destinés à d’autres parcelles. Ça peut aussi être une unité de transformation : apprendre à transformer les produits cultivés et récoltés, leur donner une valeur ajoutée, est un sujet important.

En Mauritanie, la muraille verte sert aussi à fixer les dunes mobiles, qui sinon envahissent les villages et mordent les routes. La fixation des sols se fait grâce à des plantes spécifiques qui préservent les infrastructures.

Donc la muraille n’est pas qu’une forêt, c’est une multitude d’activités visant à restaurer des milliers d’hectares dégradés tout en créant de l’emploi et de la valeur ajoutée. C’est surtout et avant tout un état d’esprit.

Grande Muraille Verte : de Dakar à Djibouti à vélo

« “La muraille verte c’est un état d’esprit à avoir systématiquement, dans toutes les régions, partout dans le monde”.

https://www.futuropolis.fr/9782754841658/dadji.html

Ces mots sont ceux de Elodie Arrault qui, en 2023, s’élance de Mauritanie pour rejoindre Djibouti. Un périple en vélo au travers des onze pays qui constituent la grande barrière verte. Elle raconte ce périple illustré par Joël Alessandra dans “Dadij (de Dakar à Djibouti à la rencontre de la grande initiative verte panafricaine)”, un Roman Graphique paru en avril chez Futuropolis dans lequel l’aventure humaine rime avec agroécologie.

La Grande Muraille Verte est un vaste projet de reboisement visant à lutter contre la désertification au Sahel et au Sahara. L’idée, qui date des années 1970, suscite l’intérêt de Thomas Sankara, président du Burkina Faso de 1983 à 1987. Celui-ci est déjà très attaché à une agriculture vivrière, libérée des engrais chimiques et autonome en semences (il fait venir Pierre Rahbi en 1981). Sankara lance une vaste campagne de reforestation en 1984. Mais il faudra attendre 2007 pour que le projet se concrétise sous l’égide de l’Union africaine.

Onze pays sahélo-sahariens participent officiellement : Burkina Faso, Djibouti, Érythrée, Éthiopie, Mali, Mauritanie, Niger, Nigeria, Sénégal, Soudan et Tchad. La muraille verte doit s’étendre sur environ 7.800 km de long et 15 km de large, de Dakar à Djibouti, avec pour but de restaurer les terres, créer des emplois, et lutter contre la pauvreté et le changement climatique. Malgré les difficultés liées aux conflits et au financement, le projet continue d’évoluer. A partir de 2010, le projet abandonne progressivement l’approche top-down et les plantations imposées pour s’appuyer sur des initiatives locales.

Nous avions déjà évoqué la muraille verte dans plusieurs posts et notamment le fait, étayé par une étude de 2020, qu’après des plantations massives au succès limité, la régénération naturelle et l’implication des populations avait permis au projet d’avancer.

L’Autoroute de la Pluie s’inscrit dans cette optique de grande infrastructure agroécologique au service des populations. Nous avons décidé de donner la parole à  Elodie Arrault  pour une série d’articles :

  • sur la nature de la grande muraille aujourd’hui
  • sur les facteurs  de réussite des projets qui la compose
  • pour terminer par une carte postale, sur le Kapokier

Biocroûtes : ces communautés vivantes qui couvrent 12% des terres

Crédit photo: USGS

Connaissez-vous les biocroûtes ? Largement méconnues, ces communautés d’organismes vivants couvrent pourtant 12% des surfaces émergées du globe.

Après avoir dressé un panorama des caractéristiques hydrologiques et climatiques des mousses, examinons en détail les biocroûtes.

Les croûtes biologiques du sol, ou biocroûtes, résultent d’une alliance entre mousses (et d’autres bryophytes), champignons, lichens, cyanobactéries, et algues, en proportions variables. Selon les cas, cette couche biologique représente quelques millimètres à 15 cm d’épaisseur de sol. Les biocroûtes sont principalement situées en milieu aride et semi aride et couvrent 17,9 millions de km2. On les trouve jusqu’en Antarctique.

Image issue de cette étude

Ces communautés photoautotrophes bien spécifiques remplissent plusieurs fonctions écosystémiques d’importance : 

  • stabilisation du sol (érosion)
  • réduction des émissions de poussières

En outre, elles impactent positivement les principaux cycles naturels.

 Le cycle de l’eau 

Comme nous l’avons vu dans le post précédent sur les mousses, les biocroûtes régulent la rétention, l’infiltration et la redistribution de l’eau dans les écosystèmes. En couvrant le sol, elles le protègent aussi du risque de battance.

 Le cycle du carbone

Les biocroûtes capturent environ 2,6 milliards de tonnes de CO₂ annuellement et représentent environ 7% de la production primaire nette des organismes terrestres mondiaux. La photosynthèse des biocroûtes demeure active même avec très peu d’eau, grâce à des capacités de captation du brouillard et de la rosée.

Le cycle de l’azote

Les biocroûtes jouent un rôle clé dans la fixation de l’azote dans les écosystèmes désertiques grâce aux cyanobactéries, qui le transforment en nutriments disponibles pour les plantes.  Les biocroûtes fixent 40% de l’azote biologique terrestre. Ces communautés peuvent donc contribuer à la régénération de sols dégradés et influent largement sur les cycles biogéochimiques à l’échelle planétaire.

Ces fonctions régulatrices sont menacées : le réchauffement pourrait réduire leur couverture de 25 à 40% d’ici 2070. Face à ce constat, des initiatives émergent, alors que la “Décennie des Nations unies pour la restauration des écosystèmes 2021-2030” est censée battre son plein.

 C’est notamment le cas de l’emblématique Plateau de Loess, en Chine. Cette zone  a fait l’objet de l’ambitieux programme “Grain for Green” de restauration écologique [voir ici et ]. En plus d’améliorer la disponibilité en eau, la réhabilitation des biocroûtes y sert également à stabiliser les sols et à limiter les tempêtes de poussière qui menacent la Chine depuis des décennies. L’ampleur des projets mis en œuvre et la forte disponibilité d’étude à ce sujet mérite d’y consacrer un post prochainement.

Corbières : les incendies accélèrent-ils la désertification ?

Source de l’image

Après les incendies survenus l’été dernier, l’Aude doit-elle craindre une accélération de la désertification de ses paysages ?

Dans un article publié en septembre 2024, trois chercheurs portugais se sont penchés sur les rapports entre feux de forêts, érosion des sols et dégradation des terres, et ont tiré des conclusions alarmantes.

Le feu est une cause majeure de désertification dans la plupart des zones forestières à risque de feu dans le monde”, affirment-ils notamment, décrivant une cascade d’effets nocifs directement liés aux incendies :

  • destruction de la couche organique du sol
  • modifications des propriétés physiques et chimiques du sol
  • perte de capacité d’infiltration
  • diminution des nutriments et du stock de graines
  • répulsivité des sols à l’eau (hydrophobie)

Une partie de nos territoires est aujourd’hui exposée à ce risque et la France a rejoint officiellement, lors de la COP16 désertification organisée en 2024 en Arabie Saoudite, la liste des 169 pays se déclarant touchés.

Environ 1% du territoire national serait concerné, notamment dans le pourtour méditerranéen. La menace portant sur cette portion de l’Hexagone pourrait cependant n’être qu’un avant-goût d’un problème beaucoup plus généralisé.

Dans un article publié en juillet 2024 sur The Conversation, plusieurs experts du climat s’inquiétaient ainsi d’une possible « extension du climat méditerranéen en France au XXIᵉ siècle » en cas de maintien de la tendance actuelle de réchauffement climatique.

Mesurée en France par la trajectoire de réchauffement de référence pour l’adaptation au changement climatique (TRACC), qui prévoit un réchauffement à +2,7 °C en 2050 et +4 °C en 2100, cette tendance est d’ailleurs probablement sous-évaluée, comme l’ont prouvé les travaux du climatologue Vincent Cailliez sur le Massif Central.

Face à cette situation, faut-il rester en réaction, ou bien prendre les devants et faire face ? Dans les territoires déjà touchés comme l’Aude, la désertification n’est pas une fatalité, à condition d’entamer une réflexion profonde sur la nature du paysage et sa nécessaire recomposition.

Comme exposé dans un précédent article la garrigue et les pins ne constituent pas la végétation méditerranéenne originelle. Or, dans le contexte actuel, ce type de végétation constitue un facteur aggravant de désertification, à l’image des pins d’Alep.

« Sur sites méditerranéens, des mesures de longue durée montrent que, à couvert égal, des sols sous pin d’Alep produisent environ 6 fois plus de ruissellement et 10 fois plus d’érosion que sous chêne vert (Quercus ilex) – ce qui renforce le maillon ‘feu → érosion’ », affirme ainsi une étude publiée en 2017 par des chercheurs de l’Université de Wageningen.

Dans la ligne de front de l’aridification que constitue le Sud-Ouest de la France, le massif des Corbières est un bastion stratégique qui doit impérativement être protégé, notamment par la reconfiguration active des paysages.

Régénération post-incendie : mulch et couverts pour régénérer le sol

Comment faire face aux impacts des incendies ?

Les incendies bouleversent profondément le sol :

  • perte de végétation
  • altération de la structure
  • augmentation de la battance (croûte de surface), explosion de l’hydrophobicité
  • risque de ruissellement et d’érosion

Face à ces perturbations, la couverture du sol apparaît comme une stratégie clé, à la fois pour la stabilisation hydraulique immédiate et pour le restauration de la fonctionnalité écologique à moyen et long terme.

Le mulchage avec du bois constitue une mesure d’urgence souvent recommandée pour limiter l’érosion et les coulées de boue.

Une méta-analyse révèle que les traitements de couverture, notamment la paille et le bois, réduisent significativement l’érosion post-incendie, bien plus efficacement que des techniques comme l’hydromulching.

D’autres essais ont démontré que le mulch de bois stabilise durablement le sol, réduit le ruissellement et favorise la régénération forestière.  Le mulch résout la baisse de perméabilité et le développement de l’hydrophobicité causés par le feu, tout en freinant efficacement le ruissellement et l’érosion à court terme (voir cette étude et celle-ci). Il importe de préciser qu’un taux de couverture complet peut compromettre certains micro-habitat et la biodiversité microbienne.

Parallèlement, l’introduction de couverts végétaux multispécifiques annuels (composés de légumineuses, graminées, brassicacées) offre de multiples bénéfices écologiques et climatiques. Une expérimentation en Grèce a montré que ce type de couvert améliore la fertilité et la structure du sol et booste les facteurs clés de résilience écologique [6].

Ces couverts permettent l’accroissement du stock de carbone organique du sol, la réduction des pertes de nitrates et de phosphore, ainsi que l’amélioration de la rétention d’eau. Une méta-analyse mondiale montre que les couverts végétaux entraînent une augmentation du rendement agricole, du stock de carbone du sol et une diminution de l’érosion, surtout lorsqu’ils sont combinés à des pratiques sans labour et des rotations judicieuses.

L’association de mulches de bois et de couverts multispécifiques apparaît donc comme une stratégie intéressante en post-incendie.

  • Le mulch de bois agit comme bouclier immédiat (anti-érosion, limite splash, meilleure humidité).
  • Le couvert diversifié stimule la régénération végétale en enrichissant le sol, en améliorant la porosité et en favorisant une communauté microbienne riche et fonctionnelle.
  • La transpiration des couverts végétaux augmente la chaleur latente par rapport à la chaleur sensible, atténuant la surchauffe du sol nu et limitant l’amplification des vagues de chaleur.
  • Un couvert diversifié va fructifier et attirer la faune. Il permet d’accélérer la reconstitution du stock de graines détruit par le feu.

Ainsi renforcé, le sol stabilisé, poreux et biologiquement riche, garantit une meilleure diversité d’essences ligneuses à long terme et un cycle hydrique plus équilibré.

Aridification : les trois seuils critiques de dégradation

Aridification : trois phases, trois alertes

Image issu de l’étude suivante

L’étude “Global ecosystem thresholds driven by aridity” (Berdugo et al., Science 2020 doi : 10.1126/science.aay5958) révèle que les écosystèmes arides réagissent par paliers abrupts à l’augmentation de l’aridité. Trois seuils critiques d’aridification jalonnent la dégradation des terres.

  •  Déclin de la végétation (aridité = 0,54) : la productivité végétale s’effondre : les plantes réduisent leur surface foliaire pour survivre, en sacrifiant la photosynthèse : moins d’ombre, moins de matière organique restituée au sol, moins de nutriments.
  • Perturbation des sols (aridité = 0,70) : le carbone organique et l’azote du sol chutent brutalement. Les agrégats se délitent, le sol s’étiole et les champignons saprotrophes déclinent. L’herbe est remplacée par des arbustes, moins efficaces pour retenir l’eau et régénérer le sol.
  • Effondrement du couvert et de la richesse spécifique (aridité = 0,80) : c’est l’alerte rouge. La couverture végétale plonge, la richesse en espèces s’effondre, l’albédo augmente et les champignons pathogènes se multiplient. L’écosystème bascule vers un état désertique, où très peu d’espèces peuvent subsister.

L’étude anticipe que plus de 20% des terres émergées franchiront au moins un de ces seuils d’ici 2100 sous le scénario climatique du GIEC RCP 8.5. Nous ne pouvons laisser nos sols glisser vers des seuils irréversibles. Chaque projet de plantation d’arbres, chaque haie rétablie, chaque mare restaurée contribue à maintenir l’aridité sous ces seuils critiques.

  • Créer de l’ombre : un couvert arboré diversifié maintient la fraîcheur du sol, réduit l’évaporation excessive et préserve l’humidité en profondeur.
  • Restaurer la fertilité : les arbres aux systèmes racinaires variés favorisent l’apport et la rétention de matière organique, stimulent la vie microbienne et forment des « îlots de fertilité » qui protègent le sol de l’érosion.
  • Briser la spirale de l’aridification : un maillage d’arbres (40 – 80 individus/ha), similaire aux systèmes agroforestiers traditionnels, renforce la résilience du paysage face aux sécheresses et génère des microclimats propices aux pluies, en favorisant la condensation atmosphérique.

Pour illustrer cette dynamique, l’Autoroute de la Pluie présente des essences d’arbres endémiques ou non, emblématiques ou confidentielles à planter et à choyer.

Urbanisation et climat : quels impacts ?

Quel est l’effet concret de l’urbanisation sur le climat ressenti ?

En Asie, qui a connu une récente et intense urbanisation, l’exemple de l’île de Penang est instructif. Cette île de Malaisie, située dans le détroit de Malacca, haut lieu du commerce international et de la mondialisation, s’avère un laboratoire à ciel ouvert des ravages de l’artificialisation, notamment en termes climatiques.

L’étude “Land use and land cover changes influence the land surface temperature and vegetation in Penang Island, Peninsular Malaysia” démontre que Penang a connu des changements significatifs dans l’utilisation des terres et la couverture végétale entre 2010 et 2021 :

  • une augmentation des zones urbanisées de +45 %
  • une réduction alarmante des surfaces agricoles de -33 %.

En zone urbaine, la température de surface terrestre moyenne est passée de 29 à 34,0 °C, soit +5 °C. La tendance est similaire pour les autres espaces étudiés, forêts et zones agricoles ayant une augmentation de la température de surface (LST) encore plus marquée.

Ce phénomène est étroitement corrélé à la réduction de la couverture végétale, qui joue un rôle essentiel dans la régulation de la température et des pluies. En effet, les terres agricoles et forestières, de par leurs capacités photosynthétiques, modèrent la température tandis que les sols non bétonnés infiltrent efficacement les pluies.

Cette étude met l’accent sur la corrélation inverse entre la LST et l’indice de végétation normalisé (NDVI) : la diminution de la couverture végétale est associée à une élévation des températures. Le déséquilibre créé par l’urbanisation peut donc exacerber les conditions climatiques extrêmes, augmentant le risque de sécheresse et réduisant l’efficacité naturelle de la gestion des eaux pluviales.

L’étude de ces impacts dans des îles nous semble très utile, car il permet d’étudier isolément les impacts de l’urbanisation sur un territoire.

Pour autant, cette corrélation entre baisse de l’activité photosynthétique et hausse de la température est bien documentée par ailleurs. Ainsi, Bahir Dar en Ethiopie, a connu une augmentation de +6°C de ses espaces bâtis entre 1984 et 2024, suite à une expansion urbaine de 366% (voir “Urbanization and land surface temperature dynamics in Bahir Dar, Ethiopia: a comparative analysis of pre- and post-capital status”).
Nul besoin de réaliser une bibliographie exhaustive en la matière pour comprendre les impacts évidents des changements des modes d’utilisation des sols sur le climat.

Il importe par contre de réaffirmer puissamment que la bétonisation des sols nous fait courir un risque palpable. Le suivi de l’indice NDVI devrait se généraliser. La photosynthèse ne doit pas rester cantonnée aux laboratoires ! A quand une carte de suivi hexagonal du NDVI dans le Journal Météo Climat de France 2 ?

Après ces constats, que penser des débats actuels sur l’artificialisation des sols en France ?

Désertification de la France

La France rejoint officiellement le cercle (pas si fermé) des pays touchés par la désertification, mais ce n’est pas une fatalité.

 L’image montre les effets d’une sécheresse prolongée sur les Pyrénées Orientales. Sans confondre météo (sécheresse) et climat (désertification), ces images démontrent que la situation peut vite basculer.

Cette image est issue de Copernicus ECMWF et provient de Actu.fr

La COP 16 sur la lutte contre la désertification a eut lieu (2-13 décembre 2024) en Arabie Saoudite. Dans ce cadre, la France a officiellement admis être touchée par la désertification. C’est le dernier pays du pourtour méditerranéen a formellement rejoindre le club.

Désormais, tous les 4 ans la France devra rendre compte des territoires affectés et présenter les effets des mesures d’atténuation et d’adaptation mises en place. Actuellement, 1% du territoire métropolitain est concerné, dont le pourtour méditerranéen et la Corse-du-Sud.

Reporterre cite Frédérique Montfort, spécialiste de la dégradation et de la restauration des paysages forestiers chez Nitidae: “La désertification ne se résume pas à l’avancée des déserts, cela se traduit surtout par la dégradation des terres des zones climatiques arides, semi-arides et sub-humides sèches”. 


Plusieurs départements français ont connu des niveaux de pluviométrie dignes de zones semi-arides, notamment en 2022-2023. Cette tendance est la même de l’autre côté de la frontière. Ainsi, la Catalogne envisage de couper massivement des arbres pour diminuer (ponctuellement) la demande en eau [2] et 75% du territoire espagnol serait en cours de désertification. C’est une conséquence du réchauffement climatique, mais probablement aussi d’une urbanisation galopante des côtes (voir notre article sur le mystère de la disparition des tempêtes estivales en Méditerranée).

Une étude de 2022 s’intéresse d’ailleurs aux dynamiques d’expansion de l’aridité :

Les sécheresses des zones arides sont particulièrement sujettes à l’autopropagation, car l’évaporation a tendance à réagir fortement à un stress hydrique accru du sol. […] Les précipitations peuvent diminuer de plus de 15 % en raison d’une sécheresse sous le vent au cours d’un seul événement, et jusqu’à 30 % au cours de certains mois.

Il nous semble essentiel d’enrayer cette spirale. A l’inverse du phénomène d’autopropagation, l’humidité des sols renforce les probabilités de précipitations. Vu le niveau de dégradation des sols, un recours généralisé à l’hydrologie régénérative et à l’agroforesterie ne s’impose-t-il pas ?

Nous avons récemment montré des exemples de réalisations au Sahel, mais d’autres ouvrages modestes gagneraient à être déployés. Les Pyrénées Orientales, notamment, nécessitent la mise en œuvre rapide de mesures pour limiter la contagion.

De la même manière, le déploiement d’un “Autoroute de la Pluie” dans le Lauragais permettrait de capter l’humidité des deux façades maritimes et de disposer d’un corridor agroforestier robuste. Il constituerait une “base arrière” pour soutenir le front de lutte contre la désertification de l’Aude et des Pyrénées Orientales.

#désert

Zaï et lutte contre la désertification au Niger

Suite sur la lutte contre la désertification au Sahel – Comment le zaï permet la régénération massive d’écosystèmes dégradés au Niger ?

Ces images sont issue de la vidéo d’Andrew Millison

Une vidéo d’Andrew Millison, publiée en novembre 2024, est particulièrement motivante. Cet enseignant en permaculture est un vidéaste populaire sur Youtube avec plus de 500.000 abonnés. Cela lui permet de diffuser massivement les bonnes nouvelles de la planète, car il y en a encore !

La vidéo au cœur de ce post concerne la restauration de 300.000 hectares au Niger, en dix ans. Les résultats sont parlants, comme en témoigne l’illustration du post, issue de la vidéo. Pour restaurer ces terres arides et désolées, une myriade de demie-unes ont été creusées par les paysans nigériens. Le déploiement de ces mesures de conservation des sols et des eaux [voir post sur le Burkina Faso, 2] a permis à la végétation de pousser et aux arbres de s’épanouir.

Selon les gestionnaires du projet, la restauration d’un hectare profite au total à 3 hectares, grâce notamment à la protection contre les effets des vents venus du désert. Ils estiment donc que 900.000 hectares en bénéficient. Les bénéficiaires de ce projet font état d’une température de 5 à 9 degrés inférieure dans les zones restaurées par rapport aux terres arides avoisinantes. L’agroforesterie est décidément une mesure de remédiation climatique très efficace.

La vidéo se concentre sur une zone de 800 hectares de ce projet nigérien. Le déploiement de ces méthodes traditionnelles de gestion de l’eau aurait déjà permis aux aquifères, jusque-là menacés d’épuisement, de recommencer à se remplir. Enfin, sur l’ensemble du projet au Niger, 500.000 personnes auraient été “mises en sécurité alimentaire” grâce à la régénération de ces terres agricoles.

Ce projet s’insère dans la démarche plus large, et titanesque, de Grande Muraille Verte en Afrique subsaharienne, qui vise à freiner voire à inverser la désertification de 11 pays du Sahel. Cette muraille doit relier Dakar (Sénégal) à Djibouti et porte sur 117.000 km 2 (11,7 millions d’hectares).

Nous explorerons plus en détail les impacts déjà constatés de la Grande Muraille Verte dans de futurs posts.

Si Andrew Millison est parfois un peu trop enthousiaste, sa capacité à rayonner sur les réseaux en fait définitivement un porte-parole du mouvement de promotion de l’agroécologie. Ses vidéos sont réalisées avec soin, ce qui permet au message de rayonner au-delà du cercle des convaincus.

Car pour déployer d’ambitieux projets basés sur l’intensification agroécologique, toutes les forces vives seront nécessaires. C’est ce à quoi s’attelle notre collectif !

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