Initiative de réappropriation climatique

Étiquette : regeneration Page 2 of 7

Forêt et canicule : un effet tampon de 4 à 5°C

Source de l’image – Restitution des travaux de l’équipe de recherche du laboratoire EDYSAN

Quel est l’impact des forêts face aux canicules ?
Les forêts atténuent sensiblement les extrêmes climatiques. Cet effet tampon est particulièrement notable lors des canicules.

En 2021, la température a atteint jusqu’à 50 degrés au Canada. Ce super dôme de chaleur a marqué les esprits et fait la une des médias mondiaux.

Une étude de 2024, “Forest canopy cover affects microclimate buffering during an extreme heat event”, s’est attachée à en évaluer les effets. Elle a été réalisée en analysant une réserve forestière de 33 km2, à partir de l’analyse de la température pour l’ensemble du mois de juin 2021.

La température maximale journalière dans les forêts denses était alors de 4°C inférieure à la température régionale, générant un effet tampon qui a permis d’atténuer les impacts sur la faune et la flore de ces espaces forestiers. En outre, plus un couvert forestier est dense, plus cet effet tampon est efficace. En effet, la canopée intercepte une partie du rayonnement solaire, tandis que l’évapotranspiration contribue à refroidir la température.

Une étude plus systématique, qui a porté sur 98 sites dans 5 continents, confirme que les forêts agissent comme isolant thermique, avec un effet tampon qui s’amplifie lors des extrêmes de température. Ce constat est également validé en Europe, avec des effets de refroidissement allant de 2 à 5°C selon la densité forestière et le climat régional.

 Enfin, des scientifiques français ont adopté une démarche innovante pour pallier les limites des mesures en station météo, qui se font nécessairement en espace ouvert. Grâce à la technologie Lidar, ils ont pu mettre en valeur des écarts de températures microclimatiques très marqués en fonction de la densité du couvert végétal (voir illustration de l’article).

Ainsi, “la température d’une station météo proche de la bordure de la forêt (macroclimat) donne une moyenne des températures maximales de 24°C, alors que la température maximale microclimatique varie de 21 à 30°C”.

Pour autant, il faut se garder de tout un optimisme béat, alors que les forêts souffrent face aux coups de boutoir des épisodes de canicule, comme le relève cette étude et comme l’ont démontré les effets de la canicule intense d’août 2025. Celle-ci a occasionné une floraison de photos déprimantes, avec des forêts roussies par un mercure dépassant les 40°c pendant plusieurs jours d’affilée.

Néanmoins, le constat général plaide en faveur de la préservation et de la libre évolution des forêts. Une telle stratégie serait facilitée par la massification de l’agroforesterie, qui permettrait de fournir une partie du bois nécessaire aux différentes activités économiques, tandis que des forêts riches et diversifiées résisteraient bien plus aisément aux sécheresses.

La régénération naturelle assistée permettrait également aux jeunes pousses dotées du matériel génétique le plus adapté au climat de survivre et de prospérer !

Corbières : les incendies accélèrent-ils la désertification ?

Source de l’image

Après les incendies survenus l’été dernier, l’Aude doit-elle craindre une accélération de la désertification de ses paysages ?

Dans un article publié en septembre 2024, trois chercheurs portugais se sont penchés sur les rapports entre feux de forêts, érosion des sols et dégradation des terres, et ont tiré des conclusions alarmantes.

Le feu est une cause majeure de désertification dans la plupart des zones forestières à risque de feu dans le monde”, affirment-ils notamment, décrivant une cascade d’effets nocifs directement liés aux incendies :

  • destruction de la couche organique du sol
  • modifications des propriétés physiques et chimiques du sol
  • perte de capacité d’infiltration
  • diminution des nutriments et du stock de graines
  • répulsivité des sols à l’eau (hydrophobie)

Une partie de nos territoires est aujourd’hui exposée à ce risque et la France a rejoint officiellement, lors de la COP16 désertification organisée en 2024 en Arabie Saoudite, la liste des 169 pays se déclarant touchés.

Environ 1% du territoire national serait concerné, notamment dans le pourtour méditerranéen. La menace portant sur cette portion de l’Hexagone pourrait cependant n’être qu’un avant-goût d’un problème beaucoup plus généralisé.

Dans un article publié en juillet 2024 sur The Conversation, plusieurs experts du climat s’inquiétaient ainsi d’une possible « extension du climat méditerranéen en France au XXIᵉ siècle » en cas de maintien de la tendance actuelle de réchauffement climatique.

Mesurée en France par la trajectoire de réchauffement de référence pour l’adaptation au changement climatique (TRACC), qui prévoit un réchauffement à +2,7 °C en 2050 et +4 °C en 2100, cette tendance est d’ailleurs probablement sous-évaluée, comme l’ont prouvé les travaux du climatologue Vincent Cailliez sur le Massif Central.

Face à cette situation, faut-il rester en réaction, ou bien prendre les devants et faire face ? Dans les territoires déjà touchés comme l’Aude, la désertification n’est pas une fatalité, à condition d’entamer une réflexion profonde sur la nature du paysage et sa nécessaire recomposition.

Comme exposé dans un précédent article la garrigue et les pins ne constituent pas la végétation méditerranéenne originelle. Or, dans le contexte actuel, ce type de végétation constitue un facteur aggravant de désertification, à l’image des pins d’Alep.

« Sur sites méditerranéens, des mesures de longue durée montrent que, à couvert égal, des sols sous pin d’Alep produisent environ 6 fois plus de ruissellement et 10 fois plus d’érosion que sous chêne vert (Quercus ilex) – ce qui renforce le maillon ‘feu → érosion’ », affirme ainsi une étude publiée en 2017 par des chercheurs de l’Université de Wageningen.

Dans la ligne de front de l’aridification que constitue le Sud-Ouest de la France, le massif des Corbières est un bastion stratégique qui doit impérativement être protégé, notamment par la reconfiguration active des paysages.

Pâturage tournant dynamique : régénérer sols et prairies

Source photo

Tirer parti des interactions entre mondes végétal et animal contribue à fortement régénérer nos sols et booster la production agricole.

Le premier article de cette série présente la technique du pâturage tournant dynamique (PTD), qui bénéficie aux éleveurs, tant sur le plan économique qu’environnemental.

Le principe du PTD est de découper la zone de pâturage en petites unités, les paddocks (de 0,5 à 2 hectares), et d’organiser une rotation rapide des animaux entre ces parcelles afin que le troupeau ne revienne sur un paddock que lorsque son herbe est régénérée.

Idéalement, les animaux restent environ une journée par parcelle, et jusqu’à 3 jours maximum, évitant ainsi le surpâturage des jeunes repousses. Les paddocks bénéficient ainsi d’un repos de 21 à 90 jours selon la saison, permettant aux plantes de reconstituer leurs réserves via la photosynthèse.

La rotation des parcelles est notamment ajustée en fonction de la vitesse de pousse de l’herbe, elle-même directement influencée par le cycle des saisons et les conditions météorologiques, afin de limiter les refus et d’améliorer la qualité de l’herbe pâturée.

L’objectif est que les animaux mangent le plus possible une herbe présentant trois feuilles formées. À ce stade, la plante a accumulé suffisamment de réserves pour repousser rapidement après la coupe. Plus nutritive et digestive, elle présente par ailleurs une valeur nutritionnelle optimale.

Comme l’indique Carole Merienne, conseillère en agroécologie à la Chambre d’agriculture de Haute-Garonne, la pratique du PTD vise à « mettre en adéquation la part d’herbe pâturée avec le besoin animal, augmenter la quantité d’herbe par hectare, le rendement de la prairie ».

Outre la perspective d’obtenir finalement une viande ou un lait de meilleure qualité, la technique du PTD offre aussi aux éleveurs des avantages économiques dans la gestion de leur exploitation

Elle permet une réduction du besoin d’apport extérieur en azote, grâce à la décomposition des déjections animales, et une meilleure résilience face aux parasites, grâce à la rotation régulière des animaux qui perturbe leur cycle de vie.

L’augmentation de la productivité de la prairie fournit aussi aux éleveurs des stocks de fourrage sec pour les périodes de soudure. En valorisant les excédents par la fauche, ces derniers peuvent donc tendre vers une autonomie quasi-complète.

Les bénéfices du PTD se font en outre sentir sur le plan environnemental :

  • maintien d’un couvert végétal diversifié
  • création d’habitats différenciés favorisant la microfaune du sol

La recomposition des sols constitue l’un des apports écologiques les plus intéressants associés à cette pratique, qui améliore leur capacité d’infiltration de l’eau, mais aussi de stockage de carbone.

A bien des égards, la technique du PTD s’impose ainsi comme un exemple probant de solution fondée sur la nature pour un secteur de l’élevage confronté à d’importants défis.

Vite, massifions l’agroécologie !

Feux de forêt : les géorisques en cascade sur les sols brûlés

Pourquoi il faut protéger les sols victimes des feux de forêts !

L’image vient de cette étude

En altérant les propriétés du sol, les feux de forêts peuvent générer des géorisques en cascade, menaçant les écosystèmes au-delà des incendies proprement dits.

Une étude publiée en février 2024 par l’Union américaine de géophysique s’est penchée sur la question, en synthétisant des dizaines de travaux récents sur les conséquences de différents feux de forêt sur les écosystèmes touchés.

Les auteurs expliquent comment les incendies affectent les attributs critiques des sols (structure, perméabilité, stabilité), modifiant ainsi leurs propriétés mécaniques, hydrauliques, chimiques, biologiques et thermiques. Ces altérations augmentent la vulnérabilité des écosystèmes à divers géorisques post-incendie (glissements de terrain, inondations, érosions).

L’élimination de la végétation peut ainsi “favoriser l’infiltration en réduisant l’interception des précipitations par la canopée, tout en réduisant potentiellement la transpiration des eaux souterraines stockées”.

Ces altérations hydrologiques, combinées à la diminution de la résistance mécanique des racines, peuvent entraîner une instabilité des pentes sous forme de glissements de terrain superficiels si le rétablissement du paysage est lent”, poursuivent les chercheurs.

En janvier 2019, ce mécanisme a par exemple provoqué des glissements de terrain généralisés sur une zone de 70 km² des monts San Gabriel, en Californie, dont les sols avaient été fragilisés par plusieurs incendies survenus entre trois et dix ans plus tôt.

Les feux de forêt peuvent aussi entraîner “le dépôt de cendres hydrophobes et, par conséquent, une augmentation des éclaboussures de pluie associées à un ruissellement amplifié et à un risque d’inondation, ainsi qu’un dépôt accru de sédiments dans les chenaux d’ordre supérieur, augmentant ainsi le risque de coulées de débris”.

Ce cas de figure s’est produit en janvier 2018, également en Californie, avec des conséquences tragiques. A la suite de fortes pluies sur des terres brûlées par un feu de forêt survenu en décembre 2017, une monstrueuse coulée de débris a ravagé une partie de la ville de Montecito, causant 23 décès.

Pour éviter de tels drames, les auteurs de l’étude exhortent les communautés scientifiques, politiques et techniques à “collaborer pour combler les lacunes de la littérature concernant le comportement et la réponse des sols brûlés soumis à des facteurs de stress” et soulignent que des progrès doivent être faits en matière de “compréhension du calendrier de rétablissement des différentes propriétés des sols et des paysages après les feux de forêt”.

A terme, mieux comprendre ces mécanismes pourrait permettre de mettre en place des projets de régénération naturelle assistée de certains sols touchés par les feux de forêts, par exemple par la mise en place de zones de pâturage [2] ou par la plantation d’arbres pionniers.

Sylvopastoralisme : prévenir les incendies par le pâturage en forêt

Pour protéger les forêts des incendies, faut-il y miser sur le sylvopastoralisme ?

L’illustration provient d’une conférence de Jordan Szcrupak « Expérience(s) de paysage » – 17/06/2024

Comme le montrent plusieurs études publiées notamment par la revue Nature, par le Centre for Agricultural Bioscience International et par AgroParisTech, le sylvopastoralisme constitue un allié puissant en matière de prévention du risque incendie.

La vallée d’U Ghjunsani, en Corse, sur lequel travaille le paysagiste Jordan Szcrupak au sein de l’association U Sbirru, en constitue un bon exemple. Situé au pied du Monte Cinto, entre Calvi et Ile Rousse, ce territoire présente différentes configurations de paysages, dans une région très exposée aux feux.

En analysant la base de données incendies de la DREAL Corse, Jordan Szcrupak a constaté que les différentes zones de ce territoire n’étaient pas frappées de la même manière, et aussi souvent, par les feux de forêts. Ainsi, la zone centrale, couvrant quatre villages, est nettement épargnée par rapport aux vallons situés à quelques kilomètres au nord.

« Cette vallée centrale est assez particulière, car c’est l’une des plus vieilles et dernières chênaie pâturée de Corse, explique le paysagiste dans une conférence à l’ENSAP Bordeaux. Cette configuration offre une sorte d’autoprotection face au feu. »

Pour inverser la tendance actuelle de régression de ce « bocage corse », l’association O Sbirru a élaboré un projet de paysage avec l’objectif d’impliquer différents acteurs locaux pour mettre en place des lisières agri-urbaines d’intérêt général à l’échelle intercommunale, qui devront permettre, à terme, une réduction de la vulnérabilité incendie.

« Le projet de paysage permet à la fois de construire un récit commun entre les différents acteurs du territoire et de montrer que les espaces agroforestiers ont un rôle pour amener une nouvelle gouvernance du risque, qui repose sur la compréhension de l’écologie du feu », plaide Jordan Szcrupak, en charge du projet au sein de l’association.

Reposant sur des pratiques ancestrales, le sylvopastoralisme pourrait ainsi constituer une solution très moderne pour répondre aux enjeux actuels en termes de risque incendie.

Régénération post-incendie : mulch et couverts pour régénérer le sol

Comment faire face aux impacts des incendies ?

Les incendies bouleversent profondément le sol :

  • perte de végétation
  • altération de la structure
  • augmentation de la battance (croûte de surface), explosion de l’hydrophobicité
  • risque de ruissellement et d’érosion

Face à ces perturbations, la couverture du sol apparaît comme une stratégie clé, à la fois pour la stabilisation hydraulique immédiate et pour le restauration de la fonctionnalité écologique à moyen et long terme.

Le mulchage avec du bois constitue une mesure d’urgence souvent recommandée pour limiter l’érosion et les coulées de boue.

Une méta-analyse révèle que les traitements de couverture, notamment la paille et le bois, réduisent significativement l’érosion post-incendie, bien plus efficacement que des techniques comme l’hydromulching.

D’autres essais ont démontré que le mulch de bois stabilise durablement le sol, réduit le ruissellement et favorise la régénération forestière.  Le mulch résout la baisse de perméabilité et le développement de l’hydrophobicité causés par le feu, tout en freinant efficacement le ruissellement et l’érosion à court terme (voir cette étude et celle-ci). Il importe de préciser qu’un taux de couverture complet peut compromettre certains micro-habitat et la biodiversité microbienne.

Parallèlement, l’introduction de couverts végétaux multispécifiques annuels (composés de légumineuses, graminées, brassicacées) offre de multiples bénéfices écologiques et climatiques. Une expérimentation en Grèce a montré que ce type de couvert améliore la fertilité et la structure du sol et booste les facteurs clés de résilience écologique [6].

Ces couverts permettent l’accroissement du stock de carbone organique du sol, la réduction des pertes de nitrates et de phosphore, ainsi que l’amélioration de la rétention d’eau. Une méta-analyse mondiale montre que les couverts végétaux entraînent une augmentation du rendement agricole, du stock de carbone du sol et une diminution de l’érosion, surtout lorsqu’ils sont combinés à des pratiques sans labour et des rotations judicieuses.

L’association de mulches de bois et de couverts multispécifiques apparaît donc comme une stratégie intéressante en post-incendie.

  • Le mulch de bois agit comme bouclier immédiat (anti-érosion, limite splash, meilleure humidité).
  • Le couvert diversifié stimule la régénération végétale en enrichissant le sol, en améliorant la porosité et en favorisant une communauté microbienne riche et fonctionnelle.
  • La transpiration des couverts végétaux augmente la chaleur latente par rapport à la chaleur sensible, atténuant la surchauffe du sol nu et limitant l’amplification des vagues de chaleur.
  • Un couvert diversifié va fructifier et attirer la faune. Il permet d’accélérer la reconstitution du stock de graines détruit par le feu.

Ainsi renforcé, le sol stabilisé, poreux et biologiquement riche, garantit une meilleure diversité d’essences ligneuses à long terme et un cycle hydrique plus équilibré.

Que signifie vraiment arbre exotique envahissant ?

Ailanthe sauvage et spontané, immeuble, Toulouse

En 2024 Franck Courchamp, a consacré un cours au Collège de France sur les invasions biologiques. La question de savoir pourquoi les invasions biologiques étaient moins considérées que d’autres menaces y a été largement débattue.

Éprouvons-nous une familiarité avec ces espèces capables de conquérir des continents inconnus ? Estimons-nous qu’elles ont un rôle messianique de rédemption et de reconstruction ? Il y a moins de débat lorsqu’il s’agit du moustique tigre que des perruches. Il y a quelques temps, une intervention de Gérard Ducerf sur la Renouée du Japon avait suscité pas mal de polémiques : le problème est-il la plante ou les sols pollués sur lesquels elle prospère ?

Pour illustrer cette ambivalence, évoquons trois arbres exotiques envahissants qui font partie de nos paysages.

Le Paulownia tomentosa est originaire d’Asie. Il est introduit en Europe à la fin du 18e siècle. Il est utilisé comme fourrage et bois d’œuvre.

  • son régime de photosynthèse permet une croissance hors normes
  • sa capacité à germer sur du béton et à fixer l’azote de l’air en font un pré-pionnier, très agaçant pour les services de la voirie.

L’agroforesterie à base de Paulownia est traditionnelle en Asie. Elle se base sur des espèces hybrides.

Paulownia spontané des rues de Bordeaux

Le Robinier Faux Acacia (Robinia pseudoacacia) est souvent pris pour une espèce native.

  • originaire d’Amérique du Nord, il est introduit en Europe en 1601 par un botaniste du roi Henri IV
  • il est plantés pour ses fleurs mellifères
  • son bois imputrescible et dur sert à la confection de piquets.
  • sa capacité à croître et à fixer les sols pauvres et érodés en font un allié précieux.

Mais, il s’agit d’un arbre drageonnant, dominant dans les milieux ouverts. Il n’est donc pas viable en agroforesterie.

L’Ailante (Ailanthus altissima) est sans doute le champion des espaces pollués.

  •  originaire de Chine, il s’est répandu en Europe dans les décombres de la seconde guerre mondiale.
  • connu pour sa croissance très rapide et son caractère envahissant, Il peut atteindre jusqu’à 25m de haut mais vit rarement plus de 50 ans.

Sa capacité à résister à la sécheresse en fait un arbre exceptionnel

  •  Système racinaire très développé, qui lui permet d’aller chercher l’eau en profondeur
  • Feuilles larges et composées, qui permettent d’assurer sa photosynthèse même sous forte chaleur.
  • Il est capable de survivre à des températures extrêmes
  • Il tolère la salinité, la pollution et, surtout, de longues périodes de sécheresse.

A notre connaissance, il n’a pas d’autres usages que la production de biomasse.

La science nous appelle à nous méfier des espèces exotiques envahissantes. Cela n’empêche pas de comprendre comment certaines d’entre elles arrivent à conquérir des milieux dans lesquels tout semblait perdu. Notamment l’ailante, qui reste verte dans des milieux arides. Et ça, ça pose question.

Régénération plutôt qu’adaptation : un manifeste pour l’abondance

Nous ne voulons pas nous adapter. Nous voulons nous battre.

La cascade d’Ars en Ariège, photo accessible ici

Lundi 11 août 2025, il faisait 41°C à l’ombre dans les rues de Toulouse. Une semaine avant, les Corbières brûlaient. Comme il y a trois ans, comme il y a deux ans, des forêts entières prennent les couleurs de l’automne, alors que nous passons à peine le 15 août. Des punaises par millions envahissent des villages : dommage inattendu de la culture du colza. Inattendu ? Lorsqu’on dit “chute de 60 % des populations d’insectes et d’oiseaux”, c’est bien de ça qu’on parle.

Tout prend des airs d’apocalypse, alors on s’adapte.

Ici, on remplace le Pommier par la Vigne. Là, la Vigne par l’Olivier. Ici encore, l’Olivier par l’Agave. On muscle les clims, on change les horaires, on débroussaille, on désalinise, on se chamaille pour l’eau. On raccourcit les cycles végétatifs pour passer entre deux canicules. On multiplie les plans d’adaptation : +4°C, +5°C. Pourquoi pas +20, +30°C ?

Tout ceci ne peut que déboucher sur un environnement de plus en plus aride. Le réchauffement court toujours et, comme pour nous enfoncer, nous créons un pays de bitumes brûlants, de landes désolées et de cactus. Nous appelons le désert. Et il vient. Il s’appelle canicules à répétition, sécheresses chroniques, forêts qui dépérissent et érosion.

Nous ne devons pas renoncer à un futur où l’eau et la végétation abondent. C’est ce qui fait la douceur du monde. Dans leur conquête de la surface, il y 400 millions d’années, les plantes et les champignons ont inventé le sol, c’est-à-dire la fertilité des terres noires, la diversité du vivant, l’eau des sources et des rivières et les endroits où il fait bon : l’abondance de la vie sur Terre. Nous ne devons pas y renoncer.

Au même titre que le climat, cette biodiversité est condamnée par nos agissements. Pourtant les chemins de sa régénération sont bien plus accessibles qu’un consensus sur le pétrole au sommet du G20. Chacun peut poser son tas de pierres, protéger la mauvaise herbe qui pousse au pied de sa maison, emmener ses enfants à la montagne ou en forêt et pourquoi pas investir dans de la belle agriculture, de la belle forêt, se faire élire dans sa commune, aider dans une association.

Chacun peut faire quelque chose et, ce qu’il y a de merveilleux avec la biodiversité, c’est qu’elle répond. Chaque geste, aussi infime soit-il, produit quelque chose de tangible : une plante qui pousse, une campagne qui renaît, un papillon qui est là et pourquoi pas, une pluie d’été.

Aujourd’hui, le seul avenir enviable passe par la régénération de cette abondance. Le reste n’est que chaleur et poussières. Les chemins de l’adaptation ne sont qu’un renoncement; une sorte de mort lente ; une anesthésie placide avant la cuisson finale. Soyons des bâtisseurs, soyons des faiseurs d’abondance, plutôt que de nous calfeutrer, rabougris, en consommant les restes du monde tout en cherchant qui accuser de nos échecs.

Micocoulier de Provence : un arbre méditerranéen

La source de l’image est accessible ici

Le Micocoulier de Provence est un arbre rustique, polyvalent et patrimonial, symbole des paysages méditerranéens, apprécié pour sa robustesse, son ombre et ses multiples usages traditionnels. Il est très résistant aux conditions arides et à la sécheresse,

Les forêts naturelles dominées exclusivement par le micocoulier de Provence (Celtis australis) ont pratiquement disparu du bassin méditerranéen. Autrefois, ces forêts étaient un élément important des boisements thermophiles, notamment en Afrique du Nord et dans certaines zones méditerranéennes, mais elles ont été détruites presque partout et ne subsistent plus que sous forme de petits peuplements ou d’arbres isolés

Aujourd’hui, le micocoulier se rencontre principalement : 
Dans des forêts mixtes thermophiles (avec chêne pubescent, charme-houblon, érable, etc.) sur les coteaux rocailleux et ensoleillés du sud de l’Europe et du bassin méditerranéen, en galerie forestière le long de certains cours d’eau, associé à des saules, peupliers ou ormes, sous forme d’arbres d’alignement ou de plantations ornementales dans les villages et villes méditerranéennes.

 Le micocoulier est un arbre polyvalent qui a connu ces principaux usages :

  • la production de bois, en particulier de manches d’outils et des cravaches
  • son fruit (la micocoule) se consomme principalement en confiture et en macération alcoolique
  • ses graines produisent une huile utilisée en cosmétique
  • les feuilles sont un fourrage d’appoint

Le micocoulier de Provence (Celtis australis) appartient à la famille des Cannabaceae, tout comme le houblon (Humulus lupulus) et le chanvre/cannabis (Cannabis sativa). Il n’a pas d’usage récréatif et se multiplie surtout par semi.

  • Récolte des graines en automne, lorsque les fruits sont bien noirs
  • Dépulpage et rinçage
  • Stratification à froid (au frigo durant 2 à 3 mois)
  • Semi à partir de mars, à 2 cm de profondeur (éviter l’excès d’eau)
  • Plantation à l’automne ou au printemps suivant

Le micocoulier de Provence n’est pas considéré comme un arbre incombustible. Mais sa structure feuillue et son taux d’humidité élevé en font un arbre moins vulnérable à l’embrasement rapide que les conifères. C’est un arbre robuste, bien adapté à la chaleur et à la sécheresse qui sait adapter sa croissances aux conditions de chaleur et de disponibilité en eau. Par ailleurs, il laisse une matière organique carbonisée stable dans les sols après un incendie, favorisant ainsi la renaissance de la forêt.

Il est donc le candidat idéal pour remplacer nos si chers conifères dévorés par les flammes.

Arbres pionniers : préparer le terrain pour une agroforesterie durable

Une agroforesterie d’urgence pour une agroforesterie de long terme !
4 – Les pionniers ouvrent la voie qui mène de l’urgence à la pérennité

Source de l’image

Comment cette première génération d’arbres, imparfaite et parfois inadaptée, prépare-t-elle la voie à une agroforesterie pérenne, et pourquoi pas lucrative ?

Quand on plante en urgence, on choisit souvent des espèces robustes, faciles à multiplier, parfois peu adaptées à long terme.

Ces arbres pionniers jouent un rôle stratégique pour les jeunes plants issus de régénération naturelle assistée (RNA), de semis ou de plantation que l’on voudra installer par la suite.

  • Ils créent un microclimat protecteur : leur ombre réduit la température du sol, limite l’évaporation, protège les jeunes pousses de la chaleur et du vent.
  • Ils servent de rempart : les premiers arbres font écran contre les animaux, le bétail ou les intempéries.
  • Ils entretiennent localement la vie du sol et les trames mycorhiziennes forestières.

De plus, ils contribuent à créer une compétition positive qui booste la croissance (comme dans la méthode Miyawaki) et permettent de procéder à des perturbations (chop and drop). Ainsi, ils deviennent ce que Fabrice Bellard appelle des AFI (Architectes, Fondateurs, Ingénieurs) : des arbres dont la vocation est d’aider les autres à pousser.

La première génération d’arbres n’est donc pas toujours une fin en soi. Bien sûr, si vous êtes éleveur et que vous avez bouturé du mûrier ou du saule blanc, vous avez atteint votre objectif : planter du fourrage. Mais si votre objectif est de produire de l’énergie, du bois, des fruits, de l’huile ou quoi que ce soit d’autre, vous aurez enclenché un cercle vertueux qui vous conduit de l’urgence à la pérennité.

Et si vous ne souhaitez rien faire d’autre, il vous suffit de tailler de temps en temps vos alignements d’arbres pour éviter qu’ils ne gagnent sur vos prés et vos champs (un passage de dents les premières années pourra vous rassurer sur le fait que les racines plongent plutôt que de tracer). Vos boutures vont grandir et, sans doute, mourir vite ou stagner. Elles céderont alors la place à d’autres arbres, mieux en place et mieux adaptés.

Pour aller plus loin :

Fièrement propulsé par WordPress & Thème par Anders Norén

WP2Social Auto Publish Powered By : XYZScripts.com