La muraille verte, c’est surtout un état d’esprit : penser à restaurer les sols et à planter.

L’Autoroute de la Pluie s’interroge sur la réalité de la grande muraille avec Elodie Arrault, autrice de “Dadji (de Dakar à Djibouti à la rencontre de la grande initiative verte panafricaine)”.

 Le mot muraille n’est pas tout à fait approprié parce que c’est tout sauf une muraille. C’est un projet qui ne sépare pas, mais qui unit plusieurs pays.

L’idée première, qui a une vingtaine d’années, a été de constituer une bande végétale arborée de 15 km de large sur 7.5800 km de long. Ça n’est pas possible, pour différentes raisons et ça veut dire qu’on ne verra pas depuis le ciel cette bande qui traverse l’Afrique.

C’est plutôt un assemblage, un maillage d’écosystèmes verts, productifs et nourriciers, un puzzle. Finalement la limite géographique qui était fixée au départ n’a que peu d’importance. La muraille verte c’est avant tout philosophie, un état d’esprit à avoir systématiquement, dans toutes les régions, partout dans le monde.

Mais ce projet panafricain n’existe pas de la même façon dans les 11 pays concernés. Certains pays se sont plus emparés du sujet. Et il y a des pays qui, pour diverses raisons, de guerre, d’insécurité, ne peuvent pas travailler comme ils voudraient.

Le Sénégal est le pays le plus avancé, avec une politique volontariste et une vraie force de frappe. Culturellement, grâce à Sankara, le Burkina s’est beaucoup approprié l’agroécologie. L’Éthiopie aussi. Je ne suis pas allé au Nigéria mais il semble que ce pays s’investit beaucoup. D’autres comme Djibouti et le Mali sont à la traîne. Certains bougent depuis peu, comme la Mauritanie, et tout récemment le Tchad.

La muraille verte n’est pas une forêt. Parfois c’en est une, une forêt communautaire ou une forêt classée. Celles-ci sont mises en défense, protégées des animaux par une clôture. Elles peuvent ainsi se densifier, préserver des espèces en voie de disparition. Ça peut être une pépinière, qui est parfois associée à d’autres activités.

En Mauritanie et au Tchad, ce sont les “fermes agricoles communautaires intégrées”. Une parcelle clôturée et alimentée en eau est allouée à un groupement de femmes, avec des poulets. Elles créent ainsi un potager et valorisent leur travail grâce à une boutique contiguë à la parcelle. En échange, elles ensemencent et font pousser de jeunes plants destinés à d’autres parcelles. Ça peut aussi être une unité de transformation : apprendre à transformer les produits cultivés et récoltés, leur donner une valeur ajoutée, est un sujet important.

En Mauritanie, la muraille verte sert aussi à fixer les dunes mobiles, qui sinon envahissent les villages et mordent les routes. La fixation des sols se fait grâce à des plantes spécifiques qui préservent les infrastructures.

Donc la muraille n’est pas qu’une forêt, c’est une multitude d’activités visant à restaurer des milliers d’hectares dégradés tout en créant de l’emploi et de la valeur ajoutée. C’est surtout et avant tout un état d’esprit.