
Les prairies, un enjeux écologique essentiel.
Suite de la série d’articles relatifs à ce que révèle la crise de la DNC.
En Europe de l’Ouest, si on laisse une parcelle évoluer, elle se transforme en forêt de feuillus. On dit que la forêt de feuillus est le stade du Climax de la succession végétale.
Dans cette évolution, la prairie, qui se caractérise par une végétation composée principalement de graminées et de légumineuses pérennes, est stabilisée par la présence d’animaux brouteurs. C’est le pâturage qui empêche le système d’évoluer vers la forêt. Prairies et haies forment le bocage qui structure le cycle de l’eau et la biodiversité.
On distingue les prairies permanentes (non retournées depuis au moins 5 ans) des prairies temporaires qui sont des cultures d’herbe intégrées à la rotation. Une prairie permanente bien gérée voit sa diversité végétale augmenter.
Les systèmes herbagers réduisent la dépendance aux importations de soja et stockent du carbone. Ils favorisent l’infiltration et le stockage de l’eau et la régulation climatique par l’évapotranspiration. La présence de haies (bocage) ou d’arbres intra-parcellaires (pré-verger) accentue ses avantages écologiques en offrant :
- Une période optimisée de photosynthèse
- Une diversité de milieux
- avec des corridors écologiques
- des ruptures dans la circulation des pathogènes
- un ralentissement de l’écoulement des eaux
L’élevage extensif est aujourd’hui le seul garant de ces paysages tellement typiques des belles campagnes.
Les crises successives (sanitaires, économiques, géopolitiques) tendent à renforcer les logiques d’intensification. Les filières les plus intégrées et standardisées sont soutenues par les banques, l’industrie et les pouvoirs publics, car elles sont synonymes de volumes réguliers, de biosécurité élevée et de contrats stables, au détriment de systèmes plus extensifs ou de plein air, jugés à tort plus vulnérables.
Concrètement, cela se traduit par le retournement de prairies qui sont transformées en champs de céréales dès que le sol le permet. Sinon, c’est la déprise agricole avec l’abandon du territoire et un regain des forêts qu’on pourrait croire positif mais qui n’est en fait qu’un pas de plus vers un territoire découpé en zones étanches d’habitation, de production, de nature « sauvage », prolongation d’une logique extractiviste qui sépare et hiérarchise les fonctions du vivant.
Au sein de l’Autoroute de la Pluie, nous défendons la diversité des productions, des habitats et des relations avec le milieu, la coexistence des usages et des façons de vivre qui tissent un territoire vivant et des écosystèmes divers plutôt qu’un espace segmenté et uniforme.
Pourtant, tous les rapports d’experts pointent la nécessité de revenir à des modèles plus agiles et mieux adaptés aux enjeux sociaux et écologiques (voir source 0, source 1 et source 2 en fin d’article) plutôt qu’au statu quo. Ainsi, derrière la crise de l’élevage, c’est de la diversité des modes de vie et des espaces qu’il est question.
Sources
[0] Avis du CESE « Relever les défis de l’élevage français pour assurer sa pérennité » (janvier 2024) : diagnostic global de l’élevage français et préconisations pour accompagner des transitions vers des systèmes plus autonomes, mieux intégrés au territoire et plus vertueux environnementalement et socialement.
[1] Expertise scientifique collective INRAE « Rôles, impacts et services issus des élevages en Europe » (2016, synthèse et rapport complet) : gros état de l’art scientifique sur les impacts et services de l’élevage, avec une analyse des compromis et leviers pour faire évoluer les systèmes.
[2] Rapport de l’Académie d’agriculture de France « L’élevage intensif en France peut-il être durable ? » (2025) : diagnostic précis des systèmes intensifs spécialisés, appel à une transformation profonde (recouplage élevage–cultures, réduction des intrants, meilleure intégration territoriale)
