Initiative de réappropriation climatique

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Élevage et cultures : un levier agronomique sous-exploité

Crédit photo : Alice Roy

L’élevage, un outil agronomique
Suite de notre série d’articles sur ce que la DNC révèle du paysage agricole français.

Dans les modèles français antérieurs à la révolution verte, élevage et culture sont rarement des ateliers séparés. La culture fourragère fait partie intégrante de la rotation.

Aujourd’hui, l’intégration de l’élevage dans les cultures pérennes et les grandes cultures est la clé d’une agriculture qui réduirait drastiquement le recours à la chimie et au travail du sol. Cela donne lieu à des innovations ou des redécouvertes agronomiques.

Le déprimage des céréales par des ruminants permet de réduire la pression des adventices, de favoriser le tallage, de diminuer les recours aux raccourcisseurs voire d’installer un trèfle sous la céréale.

Retour d’expérience de Bruno Vaillant.

Voir aussi Dominique Fessard et Samuel Foubert, bergers sans terre, pour le pâturage des céréales.

L’utilisation des canards pour nettoyer les cultures de riz des adventices et des insectes est une pratique traditionnelle.

L’exemple de Bernard Poujol en Camargue.

L’association de moutons et de poules dans les vergers permet de gérer l’enherbement et de réduire la pression parasitaire (carpocapse notamment). Elle permet également de valoriser la biomasse spontanée sous forme de viande et d’œufs et de fertiliser les arbres.

Exemple de la ferme du Grand Laval.

L’utilisation de petits cochons, les kunekune, pour entretenir l’inter-rang dans les vignes fait l’objet de nombreuses expérimentations.

C’est le cas par exemple chez les Champagne Moussé.

🐮Enfin,  l’élevage comme moyen de :

  • valoriser les cultures manquées et les couverts d’interculture.
  • produire de l’engrais organique
  • restaurer les sols
  • maîtriser la levée des adventices

Voir, notamment, les exemples de Bruno cabrol et Félix Noblia, qui tous deux participent à la régénération des sols de leurs exploitations. L’illustration du post montre d’ailleurs Bruno Cabrol et ses bêtes.

Ces exemples, parmi d’autres, démontrent l’importance agronomique de l’élevage. Des pratiques agricoles variées et complémentaires sont vitales pour soutenir la robustesse des fermes, en France comme dans le monde.

Biosécurité agricole : un outil de contrôle des paysans ?

DNC : la biosécurité agricole au service du contrôle économique et social

L’anthropologue James C. Scott suggère que les premiers États sont fondés spécifiquement sur la culture des céréales, qui sont idéales pour une taxation régulière et un contrôle administratif centralisé :

  • visibilité des cultures
  • récolte groupée
  • facilité de stockage et de transport
  • prévisibilité saisonnière

En d’autres termes, les céréales rendent la société plus facile à surveiller et à administrer (voir James C. Scott, Homo Domesticus – La Découverte. [lien] et James C. Scott, Homo-domesticus – Lectures. [lien])

L’État s’appuie sur des agro-systèmes simplifiés, homogénéisés et contrôlables. Cette logique de contrôle vertical reste présente dans l’agriculture française contemporaine au travers d’une comptabilité centralisée, de normes et de pratiques contraintes issus de la révolution verte. Le territoire est  « lisible » (ici le lait, là le sucre, ailleurs le blé) et les interlocuteurs identifiés.

L’État contrôle non seulement les excédents agricoles, mais aussi les débouchés commerciaux. Les rendements sont prévisibles. La PAC renforce cet aspect. Les choses trop complexes comme les mélanges de culture et l’agroforesterie sont disqualifiées : une parcelle, un usage. Le tout est contrôlé par satellite.

Si la « lisibilité » prime pour l’administration, la folie administrative insécurise les agriculteurs. De plus, cette simplification augmente la vulnérabilité aux crises climatiques ou sanitaires.

Dans ce domaine, la  « stratégie du vide » prime : abattages préventifs, interdiction de commercialisation, vides sanitaires imposés. Ainsi, la grippe aviaire imposera l’abattage de plusieurs dizaines de millions de volailles entre 2016 et 2023. Zones tampons, élevages intensifs isolés, double clôtures, traçabilité : la biosécurité réduit encore plus la diversité des systèmes agricoles et renforce la vulnérabilité et l’arbitraire administratif.

Mettre un mouton et une poule dans le même pré est interdit. C’est la logique de simplification que James C. Scott associe aux premiers États.

Aujourd’hui, avec la DNC, le schéma se durcit encore. C’est une maladie dont le contrôle pourrait passer par des mesures d’isolement des animaux et de surveillance. Mais l’État applique une politique d’abattage systématique des troupeaux touchés dont les fermes ne peuvent pas se remettre.

Rétorsion ?  Mercosur ? Incompétence ? Restrictions à l’export  Les spéculations abondent.  Quand on tue des animaux pour ne pas qu’ils tombent malades, on peut aussi détruire des fermes pour éviter qu’elles fassent faillite.

La gestion de cette crise s’inscrit dans la continuité du modèle de simplification et de contrôle social de la paysannerie qui a notamment servi à imposer les monocultures destinées à l’export dans les colonies : une répression policière et administrative qui ne semble pas avoir de limites.

Plus l’imprévu devient la norme, plus l’État privilégie des systèmes uniformes et contrôlables qui nous rendent vulnérables aux événements sanitaires, climatiques ou économiques, et qui font le malheur des paysans.

Lectures complémentaires :

Coordination Rurale, Un siècle d’histoire entre le prix du blé et l’État français. [lien]

Biosecurity Concept: Origins, Evolution and Perspectives. [lien])

Crise DNC : comprendre la dermatose nodulaire contagieuse

Source de l’image

Crise de la DNC, les clés pour comprendre

La dermatose nodulaire contagieuse (DNC) est une maladie virale des bovins et buffles, non transmissible à l’humain, provoquant fièvre, nodules cutanés et fortes pertes de production. Elle est parfois mortelle. La DNC se transmet surtout par des insectes piqueurs (taons, stomoxes) et fait l’objet de mesures strictes d’éradication en Europe.

L’historique de l’épidémie en France est largement décrit dans un dossier de la Coordination Rurale.

L’ANSES à publié le en juillet un document prévoyant l’abattage des troupeaux au nom d’une réglementation européenne : « L’abattage des troupeaux infectés : la réglementation européenne impose des mesures de dépeuplement par abattage total des troupeaux contaminés afin d’éviter la diffusion du virus ».

La réglementation européenne existe bien (2016/429 + 2020/687 et décisions d’exécution), elle autorise et encadre le dépeuplement total, mais le fait que ce soit appliqué de manière systématique en France résulte d’un choix politique et réglementaire national dans le cadre de ces textes (voir ici et ).

L’abattage le 12 décembre 2025 d’un troupeau de 208 vaches en Ariège a mis le feu aux poudre dans le Sud de la France. L’ensemble des syndicats agricoles est vent debout contre ce qu’ils dénoncent comme la fin de l’élevage en France.

Plusieurs questions émergent.

  • Qu’en est-il ?
  • Pourquoi, contre toute logique, l’État maintient l’abattage de troupeaux entiers ?
  • L’élevage est-il effectivement en danger ?
  • Quelles seraient les conséquences d’une marginalisation du pâturage ?

Pour contribuer au débat, l’Autoroute de la Pluie, propose une série d’e trois articles :

  • Une analyse critique de la biosécurité
  • Les systèmes prairiaux et leur impact écologique
  • L’intérêt agronomique du pâturage

Restauration des sols au Sahel : les clés du succès

« L’eau est importante, mais ce qui compte, c’est la gestion de l’eau.«

Suite de l’entretien avec Elodie Arrault, autrice de “Dadji (de Dakar à Djibouti à la rencontre de la grande initiative verte panafricaine)

Pour Elodie Arrault, ce qui compte avant tout, c’est l’appropriation du projet par les personnes qui vivent sur place. Si les gens n’ont pas compris l’intérêt et ne sont pas motivés pour restaurer, planter et imaginer un tas de choses, il ne se passera rien. Même si on a de l’eau. Même si on a tout ce qu’il faut. Il faut que le sujet soit compris. Parfois ça n’est pas compris parce que, tout simplement, culturellement, on pense que c’est Dieu qui plante les arbres, pas la main de l’homme. Il y a plein d’autres critères, mais on peut commencer par ça.

Après, il y a la question sécuritaire dans beaucoup de pays du Sahel. Il y a des projets qui ont été abandonnés parce que les villages ont été attaqués. Il y a des risques de terrorisme. Il y a des projets qui ont été menés, comme en Éthiopie et là, ce n’est pas le terrorisme, mais la guerre interrégionale qui détruit tout. Ou la guerre tout court, comme au Soudan. Ça arrête tout. Donc oui, la question sécuritaire est une question primordiale.

Ensuite, une fois qu’on a réglé le problème de la sécurité, la question de l’eau n’est pas le sujet principal. Plus important que le sujet de l’eau, il y a le sujet de la gestion des animaux qui vont venir manger dans les parcelles. Il faudrait pouvoir tout clôturer, mais ça n’est pas possible.

Ça implique aussi un problème foncier. Comment intègre-t-on des éleveurs et des agriculteurs ? Une des solutions pourrait être que les éleveurs soient sensibilisés à l’agriculture. Qu’ils apprennent certaines notions à propos de l’agriculture, que ces agriculteurs aient des animaux. Ça s’appelle l’agroécologie : intégrer les animaux dans les projets agricoles pour éviter ces conflits et trouver des solutions à la restauration des sols en tenant compte du bétail.

Mais les troupeaux sont de plus en plus importants. Comme ils n’ont plus à manger dans le Sahara, ils descendent vers le Sud. Ça ne fait qu’accentuer le problème. Il faut trouver une conciliation, une médiation, entre ces deux mondes qui parfois se divisent jusqu’à se donner la mort à cause de ce sujet.

Au sujet de l’eau, évidemment il y a des endroits où il y en a très peu. Mais il y en a toujours à un moment de l’année. Donc tant qu’il a de l’eau, y a de l’espoir. Des façons de travailler sans eau, ou avec très peu d’eau dans l’année, existent et permettent d’avoir des résultats.

L’eau est importante, mais ce qui compte, c’est la gestion de l’eau.

Grande Muraille Verte : un maillage d’écosystèmes, pas une forêt

La muraille verte, c’est surtout un état d’esprit : penser à restaurer les sols et à planter.

L’Autoroute de la Pluie s’interroge sur la réalité de la grande muraille avec Elodie Arrault, autrice de “Dadji (de Dakar à Djibouti à la rencontre de la grande initiative verte panafricaine)”.

 Le mot muraille n’est pas tout à fait approprié parce que c’est tout sauf une muraille. C’est un projet qui ne sépare pas, mais qui unit plusieurs pays.

L’idée première, qui a une vingtaine d’années, a été de constituer une bande végétale arborée de 15 km de large sur 7.5800 km de long. Ça n’est pas possible, pour différentes raisons et ça veut dire qu’on ne verra pas depuis le ciel cette bande qui traverse l’Afrique.

C’est plutôt un assemblage, un maillage d’écosystèmes verts, productifs et nourriciers, un puzzle. Finalement la limite géographique qui était fixée au départ n’a que peu d’importance. La muraille verte c’est avant tout philosophie, un état d’esprit à avoir systématiquement, dans toutes les régions, partout dans le monde.

Mais ce projet panafricain n’existe pas de la même façon dans les 11 pays concernés. Certains pays se sont plus emparés du sujet. Et il y a des pays qui, pour diverses raisons, de guerre, d’insécurité, ne peuvent pas travailler comme ils voudraient.

Le Sénégal est le pays le plus avancé, avec une politique volontariste et une vraie force de frappe. Culturellement, grâce à Sankara, le Burkina s’est beaucoup approprié l’agroécologie. L’Éthiopie aussi. Je ne suis pas allé au Nigéria mais il semble que ce pays s’investit beaucoup. D’autres comme Djibouti et le Mali sont à la traîne. Certains bougent depuis peu, comme la Mauritanie, et tout récemment le Tchad.

La muraille verte n’est pas une forêt. Parfois c’en est une, une forêt communautaire ou une forêt classée. Celles-ci sont mises en défense, protégées des animaux par une clôture. Elles peuvent ainsi se densifier, préserver des espèces en voie de disparition. Ça peut être une pépinière, qui est parfois associée à d’autres activités.

En Mauritanie et au Tchad, ce sont les “fermes agricoles communautaires intégrées”. Une parcelle clôturée et alimentée en eau est allouée à un groupement de femmes, avec des poulets. Elles créent ainsi un potager et valorisent leur travail grâce à une boutique contiguë à la parcelle. En échange, elles ensemencent et font pousser de jeunes plants destinés à d’autres parcelles. Ça peut aussi être une unité de transformation : apprendre à transformer les produits cultivés et récoltés, leur donner une valeur ajoutée, est un sujet important.

En Mauritanie, la muraille verte sert aussi à fixer les dunes mobiles, qui sinon envahissent les villages et mordent les routes. La fixation des sols se fait grâce à des plantes spécifiques qui préservent les infrastructures.

Donc la muraille n’est pas qu’une forêt, c’est une multitude d’activités visant à restaurer des milliers d’hectares dégradés tout en créant de l’emploi et de la valeur ajoutée. C’est surtout et avant tout un état d’esprit.

Grande Muraille Verte : de Dakar à Djibouti à vélo

« “La muraille verte c’est un état d’esprit à avoir systématiquement, dans toutes les régions, partout dans le monde”.

https://www.futuropolis.fr/9782754841658/dadji.html

Ces mots sont ceux de Elodie Arrault qui, en 2023, s’élance de Mauritanie pour rejoindre Djibouti. Un périple en vélo au travers des onze pays qui constituent la grande barrière verte. Elle raconte ce périple illustré par Joël Alessandra dans “Dadij (de Dakar à Djibouti à la rencontre de la grande initiative verte panafricaine)”, un Roman Graphique paru en avril chez Futuropolis dans lequel l’aventure humaine rime avec agroécologie.

La Grande Muraille Verte est un vaste projet de reboisement visant à lutter contre la désertification au Sahel et au Sahara. L’idée, qui date des années 1970, suscite l’intérêt de Thomas Sankara, président du Burkina Faso de 1983 à 1987. Celui-ci est déjà très attaché à une agriculture vivrière, libérée des engrais chimiques et autonome en semences (il fait venir Pierre Rahbi en 1981). Sankara lance une vaste campagne de reforestation en 1984. Mais il faudra attendre 2007 pour que le projet se concrétise sous l’égide de l’Union africaine.

Onze pays sahélo-sahariens participent officiellement : Burkina Faso, Djibouti, Érythrée, Éthiopie, Mali, Mauritanie, Niger, Nigeria, Sénégal, Soudan et Tchad. La muraille verte doit s’étendre sur environ 7.800 km de long et 15 km de large, de Dakar à Djibouti, avec pour but de restaurer les terres, créer des emplois, et lutter contre la pauvreté et le changement climatique. Malgré les difficultés liées aux conflits et au financement, le projet continue d’évoluer. A partir de 2010, le projet abandonne progressivement l’approche top-down et les plantations imposées pour s’appuyer sur des initiatives locales.

Nous avions déjà évoqué la muraille verte dans plusieurs posts et notamment le fait, étayé par une étude de 2020, qu’après des plantations massives au succès limité, la régénération naturelle et l’implication des populations avait permis au projet d’avancer.

L’Autoroute de la Pluie s’inscrit dans cette optique de grande infrastructure agroécologique au service des populations. Nous avons décidé de donner la parole à  Elodie Arrault  pour une série d’articles :

  • sur la nature de la grande muraille aujourd’hui
  • sur les facteurs  de réussite des projets qui la compose
  • pour terminer par une carte postale, sur le Kapokier

La régénération des sols comme levier climatique

 La régénération des sols agricoles constitue un formidable levier climatique.

De nombreux acteurs s’impliquent pour diffuser les principes de l’agroécologie et régénérer les écosystèmes.

Ainsi, pendant 10 ans, Paul Luu s’est battu sur tous les fronts pour que ce levier soit pleinement pris en compte. Il est Secrétaire exécutif de l’Initiative 4 p 1000, qui a été lancée lors de la COP 21 en 2015 par le Ministre de l’agriculture de l’époque Stéphane le Foll, lors d’un mandat ministériel particulièrement favorable à l’agroécologie [1].

Le principe fondateur de cette démarche est simple : augmenter la teneur en carbone du sol de 4 pour 1.000 (soit 0,04%) par an dans les sols agricoles de la planète permettrait  de compenser une partie des émissions atmosphérique de CO2. L’idée avait été proposée par des chercheurs du CNRS et de l’INRAE.

S’il faut se garder de relayer sans recul tous projets qui s’en revendiquent, tant certains lobbies instrumentalisent les idées vertueuses, on ne peut que saluer les démarches susceptibles de faire bouger les lignes pour le climat et l’agriculture.

Il est grand temps de remettre la question du carbone organique des sols au cœur des débats, notamment en France. C’est l’occasion avec la seconde édition de l’ouvrage “Les agriculteurs ont la Terre entre leurs mains », de Paul Luu, par les éditions La Butineuse.

Ce livre, condensé mais érudit, est orienté sur les solutions pour une agriculture robuste et positive pour le climat. Il a été préfacé par l’ancien ministre et par Erik Orsenna, cet écrivain qui aime tant nos fleuves.

Cette édition comprend notamment un précieux tableau qui permet de visualiser la progression de la diffusion des pratiques agroécologiques à travers le monde. On y voit qu’en Europe, d’importants progrès restent nécessaires, avec moins de 6% des superficies couvertes par ces pratiques.

Ce magnifique ouvrage (illustrations de Léa Cros) dresse un tableau complet des pistes pour une agriculture réellement régénérative, abordant des pratiques agricoles sur lesquelles nous postons souvent :

  •  Limiter les perturbations: l’agriculture de conservation
  • Le refus de la synthèse: l’agriculture biologique et biodynamique
  • Pour la vertu des prairies: le pâturage tournant dynamique
  • La santé des sols au centre de tout: l’agriculture régénératrice
  • Mimer les écosystèmes forestiers naturels: l’agroforesterie

L’Autoroute de la Pluie converge complètement avec la philosophie de ce livre dont le sol est le héros et le fil conducteur.

Deux constats cruciaux se doivent d’être réaffirmés puissamment :

Il est urgent de remettre le 4 pour 1000 au cœur des débats agricoles en France !

La promotion de la régénération passe par de nombreux chemins. Celui emprunté par les éditions La Butineuse est éminemment nécessaire, car il offre de l’espoir dans une période très morose.

Mousses : 25 mm de pluie stockés et 91% de ruissellement en moins

Pour les crédits photos et ce qu’elles racontent, voir la fin de l’article

Jusqu’à 25 mm de pluie stockés dans quelques centimètres de mousse.

Les mousses ont un impact sur le cycle de l’eau et le climat local bien supérieur à ce que leur taille laisse supposer. Une étude de 2019 menée dans les forêts de nuages du Pérou a quantifié que les mousses pouvaient stocker l’équivalent d’une averse significative.

Les mousses font partie du groupe des bryophytes (avec les hépatiques et les anthocérotes). Ces plantes sans système vasculaire figurent parmi les pionniers de la colonisation de la terre ferme initiée par les algues.

Les bryophytes représentent le second plus grand groupe photosynthétique sur Terre. Ainsi, les mousses sont présentes sur tous les continents et regroupent plus de 10.000 espèces. Enfin, la biomasse contenue dans le genre de mousses “Sphagnum” , vivantes et mortes, est supérieure à celle de tout autre genre de plantes sur Terre.

Les mousses ont des caractéristiques impressionnantes : 

  • énormes capacités de rétention d’eau
  • captation du brouillard et de la rosée 
  • lutte contre l’érosion
  • stockage du carbone dans les sols
  • capacité à pousser sans substrat de sol (qu’elles contribuent d’ailleurs à former)
  • purification de l’air
  • grande résilience (une mousse peut se réhydrater après dessiccation totale, la “reviviscence”)

Bien que menacées par le dérèglement climatique, les mousses ont d’incroyables facultés hydrologiques. Selon une étude expérimentale, les mousses ont permis de réduire le ruissellement de surface de 91 % et l’érosion du sol de près de 100 %, tandis que la quantité d’eau percolée a augmenté de 85 % comparé à des sols nus. Selon la revue bibliographique de cette étude, les capacités de stockage en eau vont de 100 à 5 000 % de leur poids sec, selon les espèces.

Dans un cas spécifique (“prairie à tussacks”, Nouvelle-Zélande), les bryophytes constituent 4% de la biomasse végétale mais sont le deuxième contributeur au stockage d’eau par les plantes.

L’étude “The global contribution of soil mosses  to ecosystem services” quantifie leur impact sur le stockage carbone. Selon cette modélisation, les mousses pourraient stocker jusqu’à  6,43 Gt de carbone supplémentaires par rapport à des sols laissés nus. Le carbone stocké dans le sol grâce aux mousses équivaut à 6 fois les émissions annuelles mondiales liées aux modifications d’usage des sols.

Une fois de plus, le règne végétal recèle des solutions décisives. Il est plus que jamais nécessaire de laisser au maximum des forêts en libre évolution afin qu’elles atteignent une maturité écologique suffisante pour se couvrir de mousses.

Pour cela, nous prônons un large développement de l’agroforesterie. En effet, la hausse de production de bois agricole permettrait de nettement réduire les pressions sur des forêts qui gagneraient en robustesse.

Et vous, vous connaissez des projets qui tirent parti des pouvoirs des mousses ? A quand des plans d’adaptation climatiques qui intègrent les mousses ?

Crédits photos et détails :
Image 1 :
L’image en haut à gauche vient d’un reportage de France 3 à la découverte de la forêt humide des mousseuses à La Ferté-Vidame (Eure-et-Loir)
L’histoire de cette « mangrove tempérée » est d’ailleurs croustillante :
« En 1826, Louis Philippe, propriétaire du château de la Ferté-Vidame, aménage le domaine, fait relever le mur d’enceinte, remettre en état les pièces d’eau et installe un système de drainage pour assécher une partie de la forêt. Le mauvais fonctionnement du système entraîne une stagnation de l’eau et permet à la végétation et aux animaux de s’installer dans une ambiance tropicale, sorte de mangrove étrange et mystérieuse. »

Image 2 :
L’image en haut à droite est accessible ici.
Elle montre des gamétophytes de sphaigne qui se développent immergés dans l’eau.
Tarpinian , CC-BY-NC .

Image 3 :
L’image de bas à gauche provient de Wikimedia Commons

Image 4 :
L’image en bas à droite est accessible ici
Elle montre d' »étranges cellules vides des feuilles de sphaigne [qui] abritent des algues ! Ces grandes cellules vides confèrent à la sphaigne son immense capacité de rétention d’eau. »

Bonus : une prairie à tussacks

L’image provient de Wikipedia

Agroécologie : un horizon désirable face à l’éco-anxiété

Et si l’approche systémique nous permettait de dépasser les limites – planétaires et sociétales ? 
L’agroécologie doit devenir l’horizon enviable de nos sociétés. C’est pour ça que nos articles mettent en avant des solutions.

Face à la litanie de mauvaises nouvelles écologiques, l’éco anxiété guette. Pourtant, de nombreuses pistes existent, moultes initiatives essaiment à travers la France et le monde. C’est particulièrement le cas en matière d’agroécologie, où les leviers sont nombreux et recèlent un potentiel gigantesque d’atténuation du dérèglement climatique.

Nous entendons contribuer au passage à l’échelle de l’agroécologie et à la mise en avant de ses nombreux bénéfices économiques, sociaux et environnementaux. Il importe donc d’insister sur l’horizon désirable qu’offre cette transition.

Voir à ce sujet nos articles :
« Nous ne voulons pas nous adapter. Nous voulons nous battre » et « Promouvoir la photosynthèse, car la croissance c’est les plantes«

Ainsi, nous avons amplement documenté les différents aspects qui lient le triptyque “eau-sol -végétation”, soit autant de leviers d’atténuation de la crise climatique :

🌳💦 forêt et disponibilité en eau – « La pompe biotique« , « Comment le boisement génère des nuages« , Articles sur l’impact de la déforestation en Amazonie sur la pluviométrie : ici et

🪱🌱sol, carbone et biodiversité – “59% de la vie dans le sol” , “le travail des lombriciens”, “le sol et la battance” et « Plantes bioénergétiques et impact climatique«

⛰️🌧️ sol et précipitations – « Revégétalisation plateau de Loess« , « Les méthodes agricoles en milieu semi-désertique« , “L’humidité des sols conditionne les probabilités de sécheresses et de précipitations”, “Quels sont les impacts climatiques et biologiques d’un sol nu ? «

🌿🌡️ végétation et climat – “Le massacre des prairies”, « Maïs et climat aux USA«

🎯🌦️ amélioration ciblée des précipitations – « Agroforesterie d’urgence et désert« , « Les bioaérosols et la pluie«

🚨🏜️ lutte contre la désertification – « Les méthodes agricoles en milieu semi-désertique« , « Désertification de la France«

🟢🌍 verdissement et atténuation du réchauffement climatique –Revégétalisation plateau de Loess« , « Maïs et climat USA« , “Atténuation du réchauffement climatique grâce au verdissement” et “Le verdissement est un tendance avérée, malgré les sécheresses

Le bouleau : arbre pionnier pour sols acides

L’illustration est un tableau russe, « La Boulaie », réalisé durant les années 1885-1889.

Le bouleau est un arbre emblématique des pionniers à bois blanc. Adapté à une grande variété d’habitats, il est présent dans presque toute la France métropolitaine, à l’exception des zones méditerranéennes.

Ce feuillu à croissance rapide atteint souvent 20 à 30 mètres de hauteur, mais sa durée de vie est relativement courte, entre 30 et 40 ans. Il s’installe sur des sols pauvres, souvent acides ou siliceux, et préfère les espaces ensoleillés. En tant qu’arbre pionnier, il contribue à la reconstitution du sol en formant des futaies clairsemées appelées « boulaies ». Sa croissance rapide aide à stabiliser des sols nus et à préparer le terrain pour l’arrivée d’essences plus exigeantes. Son écorce blanche brillante est un signe distinctif.

Le bois de bouleau, léger et solide est utilisé pour l’ébénisterie et le bois de chauffage. L’usage de l’écorce pour les canoë, la papier et divers textile, est devenu tout à fait anecdotique.

L’eau de bouleau est composée à plus de 95% d’eau, avec une faible teneur en calories. Elle est riche d’une grande variété de minéraux. Elle contient aussi plusieurs types de sucres naturels (glucose, fructose), des acides de fruits (malique, succinique, phosphorique, citrique), des acides aminés, des protéines végétales, ainsi que des polyphénols et des flavonoïdes antioxydants, notamment la quercétine.

Multiplication :  Le semis est la méthode la plus courante. Le bouturage se fait en été avec des tiges semi-ligneuses de 15-30 cm, immergées dans une hormone de bouturage et plantées en terreau sous cloche pour maintenir humidité et chaleur.

Les graines de bouleau sont très petites, légères et mûrissent en fin d’été ou en début d’automne. Elles sont contenues dans des chatons. Il faut récolter les chatons secs et les conserver au sec jusqu’au semis. Les graines ont besoin de lumière pour germer (photodépendante). Le semis se fait à la fin de l’été où au début de l’automne. La germination est rapide.

Betula pendula (bouleau verruqueux, bouleau blanc d’Europe) est le plus répandu en France, apprécié pour son écorce blanche, ses rameaux retombants et sa croissance rapide. Voici quelques cultivars intéressants :

  • ‘Youngii’ : port pleureur, adapté aux petits espaces.
  • ‘Purpurea’ : feuillage pourpre, foncé à rouge selon la saison.
  • ‘Dalecarlica’ : feuillage très découpé, port élancé.
  • ‘Fastigiata’ : port en colonne, idéal pour apport vertical, peu encombrant.
  • ‘Crispa’ : feuilles profondément découpées, port gracieux.

Il en existe bien d’autres : bouleau pubescent, bouleau de l’himalaya, bouleau noir, bouleau nain, etc.

Sa facilité de multiplication, sa croissance rapide et sa bonne réputation en font un candidat idéal pour une agroforesterie d’urgence sur sol acide. Son cousin, l’aulne, est également un candidat intéressant.

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