Des solutions face à l'aridification de la France

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Le kapokier : arbre tropical aux fibres hydrophobes

Pour finir cet échange, nous évoquons un arbre peu connu sous nos latitudes : le kapokier.

 Parmi toutes les espèces végétales décrites et qui nous sont étrangères, Elodie Arrault revient sur les plus remarquables.

« Toutes ces espèces m’étaient aussi pour la plupart étrangères. Ce voyage m’a permis d’en découvrir énormément. Il en reste encore beaucoup à découvrir. Elles sont toutes remarquables parce qu’elles ont quasiment toutes énormément de vertus. Que ce soit des vertus médicinales, qu’elle nous offre de l’ombre, du bois pour cuisiner, du bois pour faire des meubles, des graines ou des fruits, il y a tellement de choses possibles avec tous ces arbres. Mon souhait dans le livre, c’était d’en mettre quelques-uns en lumière. Alors évidemment j’ai mis ceux qui sont peut-être plus connus pour les mettre en avant.«

« Je suis fascinée par le baobab. C’est vrai qu’il dispose d’un fort capital sympathie, que beaucoup de personnes aiment aussi cet arbre. J’ai pu traverser des forêts de baobab au Sénégal et au Mali et j’aime beaucoup cet arbre. Il fait partie de mes préférés, mais si je devais en choisir un seul, je dirais le kapokier, parce qu’il a une forme inhabituelle, un très beau port. Il  a également un tronc étrange, avec des sortes d’épines. Il a de très belles fleurs, oranges ou roses selon la variété. Il a un fruit aussi, le kapok qui est très utile. Ça fait comme une espèce de coton à l’intérieur. Les abeilles vont butiner les fleurs et ça fait un miel remarquable. C’est mon arbre favori à la suite de ce voyage.«

Le Kapokier

Ceiba pentandra, le kapokier ou fromager ou cica est un arbre de la famille des Malvacées. C’est une famille importante qui comporte les hibiscus, mauves, baobabs, cacaoyers, durians, gombos et roses trémières Le Kapokier est un arbre géant à croissance très rapide originaire d’Amérique du Sud, il a été disséminé dans toute la zone tropicale au 16e siècle. Il produit une fibre naturelle, le kapok, qui a été massivement utilisée jusqu’à la fin du 20e siècle pour garnir les coussins, les matelas, ou comme isolant. Le kapok a une texture et un côté hydrophobe et imputrescible qui le rend idéal pour cet usage. Désormais on lui préfère le plastique.

Les fibres de kapok sont assez courtes ce qui rend le filage laborieux. Il est toutefois à la base de tissus traditionnels au Cambodge. Aujourd’hui, certaines entreprises l’utilisent, comme le hollandais flocus, qui développe du tissu non tissé à base de kapok en Indonésie. La culture du kapokier est possible en Europe dans les endroits qui ne gèlent jamais. Il y a par exemple quelques spécimens au Portugal. Mais la fraîcheur inhibe sa croissance. C’est définitivement un arbre tropical.

Importance des forêts pour les pluies agricoles

40% des précipitations agricoles dépendent de forêts situées dans d’autres pays.

Directement provoqués par le réchauffement global, les perturbations des régimes de précipitations représentent une menace importante pour les récoltes. Selon une étude de 2019, plus de la moitié de l’incidence des pertes dans la production agricole mondiale peut ainsi être attribuée aux extrêmes climatiques.

Partant de ce constat, un groupe de scientifiques du Stockholm Resilience Center, institut de recherche engagé sur la question de la gestion durable des écosystèmes, s’est penché sur le rôle de régulateur d’humidité joué par les forêts à travers le monde.

Dans un article publié en octobre 2025 dans Nature Water, ces chercheurs plaident pour la mise en place de stratégies de conservation et de renforcement des espaces forestiers à l’échelle globale, dans l’objectif de soutenir les rendements agricoles.

Les auteurs expliquent avoir cherché à étudier “la contribution des forêts mondiales à la production et à l’exportation des cultures en estimant les flux d’humidité des forêts vers les zones agricoles et en les associant aux flux de cultures échangés”.

Les résultats obtenus en croisant plusieurs modèles d’analyse des flux d’humidité et des dynamiques agricoles mettent en évidence l’ampleur du phénomène :

  • dans 105 pays, jusqu’à 18% des précipitations sont recyclées à partir de forêts à l’échelle nationale
  • dans 155 pays, les zones agricoles dépendent des forêts transfrontalières pour jusqu’à 40% des précipitations annuelles

Présentée dans un article précédent avec l’exemple de la forêt du Congo, cette corrélation directe entre les rendements agricoles et l’humidité pourvue par les espaces forestiers est d’ailleurs loin de concerner uniquement les pays producteurs.

Dans un système alimentaire mondial caractérisé par l’importance des flux de produits échangés, les chercheurs soulignent en effet la forte “dépendance indirecte des pays importateurs de récoltes vis-à-vis des forêts situées en amont de leurs pays exportateurs”.

Selon leurs calculs, l’humidité provenant des forêts à l’échelle mondiale soutient ainsi “18% de la production agricole et 30% de l’exportation des cultures étudiées”. Dans le contexte actuel de crise environnementale, les espaces forestiers représentent donc un levier de stabilité dans une perspective de résilience alimentaire.

Déterminés à convaincre la communauté internationale que ce rôle doit être non seulement préservé, mais aussi renforcé, les chercheurs affirment en conclusion que “la conservation stratégique des forêts situées dans le vent de zones agricoles pourrait être mise à profit pour préserver l’approvisionnement mondial en cultures”.

Vecteurs de sécurité alimentaire, les espaces forestiers doivent être protégés comme tels. Comment, dès lors, envisager la question de leur gouvernance à l’échelle internationale, au-delà des frontières politiques ?

Le bouleau : arbre pionnier pour sols acides

L’illustration est un tableau russe, « La Boulaie », réalisé durant les années 1885-1889.

Le bouleau est un arbre emblématique des pionniers à bois blanc. Adapté à une grande variété d’habitats, il est présent dans presque toute la France métropolitaine, à l’exception des zones méditerranéennes.

Ce feuillu à croissance rapide atteint souvent 20 à 30 mètres de hauteur, mais sa durée de vie est relativement courte, entre 30 et 40 ans. Il s’installe sur des sols pauvres, souvent acides ou siliceux, et préfère les espaces ensoleillés. En tant qu’arbre pionnier, il contribue à la reconstitution du sol en formant des futaies clairsemées appelées « boulaies ». Sa croissance rapide aide à stabiliser des sols nus et à préparer le terrain pour l’arrivée d’essences plus exigeantes. Son écorce blanche brillante est un signe distinctif.

Le bois de bouleau, léger et solide est utilisé pour l’ébénisterie et le bois de chauffage. L’usage de l’écorce pour les canoë, la papier et divers textile, est devenu tout à fait anecdotique.

L’eau de bouleau est composée à plus de 95% d’eau, avec une faible teneur en calories. Elle est riche d’une grande variété de minéraux. Elle contient aussi plusieurs types de sucres naturels (glucose, fructose), des acides de fruits (malique, succinique, phosphorique, citrique), des acides aminés, des protéines végétales, ainsi que des polyphénols et des flavonoïdes antioxydants, notamment la quercétine.

Multiplication :  Le semis est la méthode la plus courante. Le bouturage se fait en été avec des tiges semi-ligneuses de 15-30 cm, immergées dans une hormone de bouturage et plantées en terreau sous cloche pour maintenir humidité et chaleur.

Les graines de bouleau sont très petites, légères et mûrissent en fin d’été ou en début d’automne. Elles sont contenues dans des chatons. Il faut récolter les chatons secs et les conserver au sec jusqu’au semis. Les graines ont besoin de lumière pour germer (photodépendante). Le semis se fait à la fin de l’été où au début de l’automne. La germination est rapide.

Betula pendula (bouleau verruqueux, bouleau blanc d’Europe) est le plus répandu en France, apprécié pour son écorce blanche, ses rameaux retombants et sa croissance rapide. Voici quelques cultivars intéressants :

  • ‘Youngii’ : port pleureur, adapté aux petits espaces.
  • ‘Purpurea’ : feuillage pourpre, foncé à rouge selon la saison.
  • ‘Dalecarlica’ : feuillage très découpé, port élancé.
  • ‘Fastigiata’ : port en colonne, idéal pour apport vertical, peu encombrant.
  • ‘Crispa’ : feuilles profondément découpées, port gracieux.

Il en existe bien d’autres : bouleau pubescent, bouleau de l’himalaya, bouleau noir, bouleau nain, etc.

Sa facilité de multiplication, sa croissance rapide et sa bonne réputation en font un candidat idéal pour une agroforesterie d’urgence sur sol acide. Son cousin, l’aulne, est également un candidat intéressant.

Que signifie vraiment arbre exotique envahissant ?

Ailanthe sauvage et spontané, immeuble, Toulouse

En 2024 Franck Courchamp, a consacré un cours au Collège de France sur les invasions biologiques. La question de savoir pourquoi les invasions biologiques étaient moins considérées que d’autres menaces y a été largement débattue.

Éprouvons-nous une familiarité avec ces espèces capables de conquérir des continents inconnus ? Estimons-nous qu’elles ont un rôle messianique de rédemption et de reconstruction ? Il y a moins de débat lorsqu’il s’agit du moustique tigre que des perruches. Il y a quelques temps, une intervention de Gérard Ducerf sur la Renouée du Japon avait suscité pas mal de polémiques : le problème est-il la plante ou les sols pollués sur lesquels elle prospère ?

Pour illustrer cette ambivalence, évoquons trois arbres exotiques envahissants qui font partie de nos paysages.

Le Paulownia tomentosa est originaire d’Asie. Il est introduit en Europe à la fin du 18e siècle. Il est utilisé comme fourrage et bois d’œuvre.

  • son régime de photosynthèse permet une croissance hors normes
  • sa capacité à germer sur du béton et à fixer l’azote de l’air en font un pré-pionnier, très agaçant pour les services de la voirie.

L’agroforesterie à base de Paulownia est traditionnelle en Asie. Elle se base sur des espèces hybrides.

Paulownia spontané des rues de Bordeaux

Le Robinier Faux Acacia (Robinia pseudoacacia) est souvent pris pour une espèce native.

  • originaire d’Amérique du Nord, il est introduit en Europe en 1601 par un botaniste du roi Henri IV
  • il est plantés pour ses fleurs mellifères
  • son bois imputrescible et dur sert à la confection de piquets.
  • sa capacité à croître et à fixer les sols pauvres et érodés en font un allié précieux.

Mais, il s’agit d’un arbre drageonnant, dominant dans les milieux ouverts. Il n’est donc pas viable en agroforesterie.

L’Ailante (Ailanthus altissima) est sans doute le champion des espaces pollués.

  •  originaire de Chine, il s’est répandu en Europe dans les décombres de la seconde guerre mondiale.
  • connu pour sa croissance très rapide et son caractère envahissant, Il peut atteindre jusqu’à 25m de haut mais vit rarement plus de 50 ans.

Sa capacité à résister à la sécheresse en fait un arbre exceptionnel

  •  Système racinaire très développé, qui lui permet d’aller chercher l’eau en profondeur
  • Feuilles larges et composées, qui permettent d’assurer sa photosynthèse même sous forte chaleur.
  • Il est capable de survivre à des températures extrêmes
  • Il tolère la salinité, la pollution et, surtout, de longues périodes de sécheresse.

A notre connaissance, il n’a pas d’autres usages que la production de biomasse.

La science nous appelle à nous méfier des espèces exotiques envahissantes. Cela n’empêche pas de comprendre comment certaines d’entre elles arrivent à conquérir des milieux dans lesquels tout semblait perdu. Notamment l’ailante, qui reste verte dans des milieux arides. Et ça, ça pose question.

Les bois de fer européens

Cormier, Charme, Charme-houblon, les bois de fer européens

Source de l’image

Partout dans le monde, il existe des essences d’arbres dont on tire un bois de fer : Gaïac officinal aux Antilles, Ostryer (IronTree) au Canada, Casuarina Collina en Nouvelle-Calédonie,  l’Eusideroxylon Zwageri à Bornéo et dans une partie de l’Asie, Mesua Ferrea (Ceylon IronWood), au Sri Lanka, en Inde et dans toute l’Asie du Sud-Est …

Le bois de fer, c’est un bois plus dur que tous les autres.

En France, on utilise cette expression pour le Robinier Faux Acacia. Pourtant, avant son implantation au 18e Siècle, c’était le Cormier et le Charme qui portaient cette dénomination.

Le Cormier, c’est le bois d’Ébène européen, l’arbre de Belenos chez les Gaulois, symbole de jeunesse et de renouveau. Il existe à l’état endémique dans zone qui va de l’Espagne à l’Ukraine et de l’Allemagne à la Grèce.

Le Cormier se cultive, avec beaucoup de patience, pour son bois et ses fruits. C’est aussi un arbre très mellifère. La multiplication se fait par semi. Il faut récolter les fruits blet en automne et bien les dépulper. Puis stratifier les graines à froid durant 4 à 5 mois. Semi en avril / mai à 20°. Les jeunes plants sont très appétants pour les limaces et les racines poussent très vite (pour la culture en godet il faut au moins 4l). Une fois l’arbre installé, il appréciera le plein soleil. Et ne demandera pas beaucoup de soin.

Contrairement à ce qu’on pourrait croire, tomber sous le charme n’est pas une expression forestière. Le charme (carmen, le pouvoir de séduction) et le charme (carpinus, l’arbre) sont deux mots bien distincts. Le charme pousse généralement plus au Nord que le cormier. Il est moins adapté aux sécheresses. Malgré sa pousse rapide, son bois blanc est extrêmement résistant.

  • Tolérance à la taille (Charmille, trognes)
  • Bois d’oeuvre ou de chauffage
  • Fourrage d’appoint

Le charme se sème (stratification difficile) ou se bouture. Les boutures sont prélevées sur du bois de l’année tout juste aoûté. Elles doivent être maintenues à l’ombre et sous une humidité élevée jusqu’à ce qu’elles développent des racines.

Une autre essence de bois fer, typique des versants ombragés du sud des Alpes et de la Corse, est le Charme-Houblon ou ostryer à feuilles de charme (Ostrya carpinifolia), qui n’est ni un houblon, ni un charme. S’il reste principalement utilisé comme arbre d’ornement, sa tolérance à la sécheresse et aux sols pauvres, rocailleux calcaires en fait un bon candidat pour la production de bois d’œuvre. Il se multiplie facilement par semis de graines fraîches ou par boutures semi-aoûtées. Les graines sèches doivent être stratifiées et ont un moins bon taux de germination que les graines fraîches.

Origines forestières des arbres fruitiers

D’où viennent les arbres fruitiers ?

Forêt de cerisiers du Mont Yoshinoyama

Le pommier du Kazakhstan, Malus sieversii, est sans doute l’ancêtre de tous nos pommiers. Et c’est un arbre forestier. Originaire des montagnes du Tian Shan, à la frontière entre le Kazakhstan, la Chine et le Kirghizistan, il existait bien avant l’apparition de l’agriculture humaine. Ce sont les ours qui, en sélectionnant les fruits intéressants à consommer, ont façonné la diversité génétique de l’espèce.

Au Japon, la forêt du Mont Yoshinoyama, couverte de cerisiers sauvages Yamazakura, est attestée depuis 1300 ans. Si son origine naturelle ne fait aucun doute (le Japon conserve plus de 72 espèces de cerisiers sauvages), les interventions anthropiques sont nombreuses, et ce depuis longtemps, pour la maintenir.

L’Abricotier du Ladakh, dans l’Himalaya, pousse jusqu’à 3.300 mètres d’altitude. Arbre de lisière spontané et endémique, il est utilisé par les populations pour la production d’abricots secs.

Ailleurs il n’existe plus de grands peuplements de fruitiers forestiers. Ils ne persistent dans les forêts que comme individus isolés :
Poirier sauvages , Merisiers et Griottiers, Pommiers plus ou moins hybridés avec des pommiers domestiques, Myrobolans et pruniers de tous ordres plantés par les blaireaux, Alisiers torminaux, Amélanchiers, Cormiers et Sorbier des oiseleurs dispersés par les oiseaux.

Mais si le fruitier occupe une place marginale dans le peuplement forestier, il est essentiel en lisière, où Prunelliers, Cognassiers,  Aubépines, Néfliers, Arbousiers et Grenadiers peuvent former l’essentiel du peuplement. Ils viennent spontanément, apportés par la faune, car la lisière et la haie constituent un lieu d’échange et de diversité.

Rares en forêt, les fruitiers sont pourtant appelés à jouer un grand rôle car ils forment des trames de champignons endomycorhiziens qui sont essentielles à l’adaptation au changement climatique. Nous détaillons en référence un certain nombre de lectures éclairantes sur le sujet.

La pratique de la greffe sauvage (greffe de variétés domestiques sur sauvageons) permet de favoriser l’émergence de fruitiers spontanés tout en conservant un intérêt alimentaire et économique. C’est une autre voie pour l’arboriculture de loisir ou d’appoint. L’ouvrage de Clément FLEITH “La greffe sur fruitiers sauvages. Guide technique pour apprendre et perfectionner l’art de la greffe en milieu sauvage”, disponible en auto-édition, permet de se familiariser avec ces techniques.

Pour aller plus loin, quelques conseils bibliographiques :

  • Smith, S.E. & Read, D.J. (2008). Mycorrhizal Symbiosis. 3rd Edition.
  • Brundrett, M.C. & Tedersoo, L. (2018). Evolutionary history of mycorrhizal symbioses and global host plant diversity. New Phytologist, 220(4): 1108-1115.
  • Bastias, B.A., et al. (2021). Mycorrhizal fungi facilitate drought resistance in forest trees: mechanisms and applications. Current Forestry Reports, 7(3): 199-213.
  • Varella, H., Kohler, A., Bouffartigue, C., et al. (2023). Intérêt sylvicole des fruitiers forestiers. Revue forestière française, n° spécial fruitiers forestiers.
  • Rampnoux, J.P. (2014). Étude patrimoniale sur les fruitiers forestiers. ONF.
  • van der Heijden, M.G.A., et al. (2015). Mycorrhizal ecology and evolution: the past, the present, and the future. New Phytologist, 205(4): 1406-1423.)

Croissance des arbre : ils poussent par le haut

Illustration : Dans cette œuvre de Guisseppe Penone on peut observer le bois du jeune arbre retrouvé au coeur de l’ancien

On a souvent l’image d’un arbre qui pousse par le bas comme dans un volume d’Astérix. Obélix jette un gland, l’arbre jaillit du sol, poussé vers le ciel par une force tellurique. Et Idefix est content. Pourtant, si vous observez sur plusieurs années les branches d’un jeune arbre, vous vous rendrez compte qu’elles s’allongent mais ne montent jamais. C’est parce que l’arbre pousse par le haut.

L’arbre est une créature autotrophe. Elle produit du sucre qu’elle consomme ensuite pour remplir l’ensemble de ses fonctions biologiques.

Un arbre caduc, en climat tempéré, fonctionne selon un cycle annuel.

Au printemps, l’arbre puise dans ses réserves pour le débourrement. Cela consiste à déployer ses bourgeons. Ce qu’il y a dans le bourgeons est déterminé à l’avance. Par exemple, dans un bourgeon à bois, l’ensemble du bois et des feuilles est déjà présent en miniature, dans un bourgeon à fleur, la fleur est déjà présente. L’arbre ne va faire qu’étendre des cellules qui existent déjà. On parle de pousse préformée. Tout est déjà dans le bourgeon. En général, en arboriculture, on taille les arbres pour équilibrer le nombre de bourgeons à bois et de bourgeons à fleur en fonction des réserves de l’arbre.

Durant la saison de végétation, l’arbre continue de s’étendre à partir du bout des branches et des rameaux. Juste sous l’écorce, le cambium, une couche de cellules capables de se diviser (méristématiques) produit du bois (xylème secondaire) vers l’intérieur et un tissu vasculaire (le liber) vers l’extérieur. C’est à ce phénomène qu’on doit la présence d’une strie par année de croissance. Le phellogène, tissu situé entre le liber et l’écorce, renouvelle et étend l’écorce. Ainsi, chaque année l’arbre est entièrement recouvert d’une nouvelle couche de bois. Y compris les branches. Peu à peu, l’arbre abandonne une partie du bois qui devient le bois de cœur.

Quand vient l’automne, les bourgeons formés durant la saison de pousse entrent en dormance. Si besoin, l’arbre fait mûrir ses fruits. C’est aussi le moment où il finit de rigidifier (on dit lignifier ou aoûter) ses pousses de l’année. Puis il met de l’énergie en réserve. C’est cette réserve qui déterminera la quantité de bourgeons qu’il sera en mesure d’activer au printemps prochain. Ainsi, quand un pommier doit faire mûrir beaucoup de fruits, il fait moins de réserves et est moins en mesure d’ouvrir des fleurs au printemps suivant. C’est ce qui explique le phénomène d’alternance : le fait que, sans taille, le pommier ne donne souvent qu’une année sur deux.

Micocoulier de Provence : un arbre méditerranéen

La source de l’image est accessible ici

Le Micocoulier de Provence est un arbre rustique, polyvalent et patrimonial, symbole des paysages méditerranéens, apprécié pour sa robustesse, son ombre et ses multiples usages traditionnels. Il est très résistant aux conditions arides et à la sécheresse,

Les forêts naturelles dominées exclusivement par le micocoulier de Provence (Celtis australis) ont pratiquement disparu du bassin méditerranéen. Autrefois, ces forêts étaient un élément important des boisements thermophiles, notamment en Afrique du Nord et dans certaines zones méditerranéennes, mais elles ont été détruites presque partout et ne subsistent plus que sous forme de petits peuplements ou d’arbres isolés

Aujourd’hui, le micocoulier se rencontre principalement : 
Dans des forêts mixtes thermophiles (avec chêne pubescent, charme-houblon, érable, etc.) sur les coteaux rocailleux et ensoleillés du sud de l’Europe et du bassin méditerranéen, en galerie forestière le long de certains cours d’eau, associé à des saules, peupliers ou ormes, sous forme d’arbres d’alignement ou de plantations ornementales dans les villages et villes méditerranéennes.

 Le micocoulier est un arbre polyvalent qui a connu ces principaux usages :

  • la production de bois, en particulier de manches d’outils et des cravaches
  • son fruit (la micocoule) se consomme principalement en confiture et en macération alcoolique
  • ses graines produisent une huile utilisée en cosmétique
  • les feuilles sont un fourrage d’appoint

Le micocoulier de Provence (Celtis australis) appartient à la famille des Cannabaceae, tout comme le houblon (Humulus lupulus) et le chanvre/cannabis (Cannabis sativa). Il n’a pas d’usage récréatif et se multiplie surtout par semi.

  • Récolte des graines en automne, lorsque les fruits sont bien noirs
  • Dépulpage et rinçage
  • Stratification à froid (au frigo durant 2 à 3 mois)
  • Semi à partir de mars, à 2 cm de profondeur (éviter l’excès d’eau)
  • Plantation à l’automne ou au printemps suivant

Le micocoulier de Provence n’est pas considéré comme un arbre incombustible. Mais sa structure feuillue et son taux d’humidité élevé en font un arbre moins vulnérable à l’embrasement rapide que les conifères. C’est un arbre robuste, bien adapté à la chaleur et à la sécheresse qui sait adapter sa croissances aux conditions de chaleur et de disponibilité en eau. Par ailleurs, il laisse une matière organique carbonisée stable dans les sols après un incendie, favorisant ainsi la renaissance de la forêt.

Il est donc le candidat idéal pour remplacer nos si chers conifères dévorés par les flammes.

Le tilleul : géant de nos campagnes

A le connaitre en alignement dans les villes, sur les places ou près des églises on oublie que le tilleul (Tilia) est un arbre forestier qui côtoyait le chêne, le hêtre, l’orme et l’érable dans les forêts tempérées d’Europe, d’Asie et d’Amérique.

Symbole de protection et d’hospitalité, il apparaît dans plusieurs mythes. Les vieillards Philémon et Baucis reçoivent ainsi en récompense pour leur hospitalité d’être changés par Zeus en un tilleul et un chêne enlacés, alors que Philyra, la mère du Centaure Chiron est transformée en tilleul pour échapper à la honte. Dans les légendes germaniques, le héros Siegfried rendu invulnérable par un bain de sang de dragon développe une sorte de talon d’Achille à l’endroit où une feuille de tilleul l’a touché.

Avec le tilleul, on fait des infusions et du miel bien sûr, mais aussi un bois tendre parfois veiné de rouge utilisé en lutherie et ébénisterie. Pour les plus aventureux, on produit avec ses feuilles (qui se mangent aussi en salade) une farine riche en protéine et mucilage qui, durant une grande partie de notre histoire, a été un aliment de base dans les couvents et les orphelinats. Enfin le tilleul est un arbre fourrager qui se prête particulièrement bien à une conduite en têtard.

En France, le tilleul le plus endémique est le tilleul à grandes feuilles (Tilia platyphyllos), même si le tilleul à petites feuilles (Tilia cordata) est présent de façon naturelle dans l’Est et les Pyrénées.

Parmi les 45 variétés, on notera pour les collectionneurs :

  • Tilia cordata ‘Swedish Upright’ : un tilleul suédois très élancé
  • Tilia henryana : originaire de Chine, feuilles dentées,  jeunes pousses teintées de jaune-rose et parfum de jasmin.
  • Tilia tuan : originaire de Chine, rameaux verts pomme et parfum de violette
  • Tilia tomentosa : Feuillage argenté et fleurs narcotiques
  • Tilia insularis : Corée, grandes feuilles, floraison abondante

Pour la production :

  • Tilia platyphyllos pour le miel
  • Tilia cordata pour la tisane
  • Tilia americana pour le bois.

La bouture du tilleul fonctionnePrélevez un rameau en hiver ou printemps, enterrez-le dans un mélange sableux et gardez le humide. L’enracinement prend 6 à 8 mois !

Mais la façon la plus sûre de les reproduire est de prélever un rejet à l’automne qu’on replante en pépinière ou directement en place. Le semi est possible mais nécessite du métier : stratification chaude de 4 mois, puis stratification froide de 4 mois, puis semer à 20°C.

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L’Autoroute de la Pluie promeut l’utilisation systémique des pratiques agroécologiques en tant que Solutions fondées sur la nature, avec un accent mis sur l’agroforesterie. Nous cherchons à engager collectivement la société dans des actions mobilisatrices et porteuses d’espoir. 

La remédiation climatique est possible en régénérant les composants du triptyque “sol-végétation-eau”.

Cycle de l’eau : les plantes, acteurs méconnus

Le rôle des plantes dans le cycle global de l’eau est de mieux en mieux compris. Alors qu’une étude alerte sur le fort déclin du stock d’eau dans les sols, les méthodes de gestion de l’eau doivent évoluer.

En effet, une étude menée par des scientifiques de l’Université Chapman, publiée dans la revue Nature Water en janvier 2025, fournit des estimations inédites sur le temps de circulation et la quantité d’eau stockée par les plantes. Les chercheurs ont utilisé des données de la mission satellite SMAP de la NASA, initialement conçues pour mesurer l’humidité du sol. Ces données ont permis d’évaluer le stockage et le transit de l’eau à une résolution spatiale de 9 km², fournissant des estimations mensuelles sur cinq ans.

Selon l’étude, les végétaux stockent environ 786 km³ d’eau (0,002 % de la réserve d’eau douce sur Terre). Surtout, le temps de transit de l’eau à travers les plantes est parmi les plus rapides du cycle de l’eau, variant de 5 jours dans les terres agricoles à 18 jours dans les forêts de conifères. Ce transit est particulièrement rapide dans les cultures, prairies et savanes, ce qui démontre le rôle dynamique des plantes dans le cycle de l’eau. En comparaison, l’eau des lacs circule en 17 ans en moyenne et l’eau des glaciers en environ 1.600 ans.

Andrew Felton, auteur principal de l’étude, explique : « Nous savons depuis longtemps que la plupart de l’eau qui retourne à l’atmosphère le fait grâce aux plantes, mais nous manquions d’informations précises sur le temps que cela prenait ». En couplant les temps de transit de l’eau dans les plantes, l’atmosphère (environ 8 à 10 jours) et le sol (60 à 90 jours), les chercheurs veulent estimer le parcours complet d’une goutte d’eau sur Terre.

L’étude précise que “le temps de transit de l’eau à travers les terres cultivées est significativement et systématiquement le plus rapide, l’eau traversant les plantes en moins d’une journée au plus fort de la saison de croissance.”

Greg Goldsmith, co-auteur, souligne que “les terres cultivées du monde entier ont tendance à avoir des temps de transit très similaires et très rapides (…). Le changement d’affectation des terres pourrait homogénéiser le cycle mondial de l’eau et contribuer à son intensification en recyclant plus rapidement l’eau vers l’atmosphère, où elle peut se transformer en épisodes de fortes pluies.”

Cette étude démontre une fois de plus l’importance des interactions sol-végétation-climat. Les pratiques agroécologiques, loin d’être une lubie irréaliste, constituent un des seuls leviers susceptible d’enrayer la marche du funeste tandem sécheresse-inondation.

La stratification des systèmes agricoles est vitale pour ralentir le cycle de l’eau. L’agroforesterie, l’agriculture de conservation, entre autres, sont des moyens efficaces pour y parvenir. De même, les “ouvrages castor” chers à Suzanne Husky, peuvent ralentir le cycle de l’eau et réhydrater le territoire.

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