Des solutions face à l'aridification de la France

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Arbres pionniers : préparer le terrain pour une agroforesterie durable

Une agroforesterie d’urgence pour une agroforesterie de long terme !
4 – Les pionniers ouvrent la voie qui mène de l’urgence à la pérennité

Source de l’image

Comment cette première génération d’arbres, imparfaite et parfois inadaptée, prépare-t-elle la voie à une agroforesterie pérenne, et pourquoi pas lucrative ?

Quand on plante en urgence, on choisit souvent des espèces robustes, faciles à multiplier, parfois peu adaptées à long terme.

Ces arbres pionniers jouent un rôle stratégique pour les jeunes plants issus de régénération naturelle assistée (RNA), de semis ou de plantation que l’on voudra installer par la suite.

  • Ils créent un microclimat protecteur : leur ombre réduit la température du sol, limite l’évaporation, protège les jeunes pousses de la chaleur et du vent.
  • Ils servent de rempart : les premiers arbres font écran contre les animaux, le bétail ou les intempéries.
  • Ils entretiennent localement la vie du sol et les trames mycorhiziennes forestières.

De plus, ils contribuent à créer une compétition positive qui booste la croissance (comme dans la méthode Miyawaki) et permettent de procéder à des perturbations (chop and drop). Ainsi, ils deviennent ce que Fabrice Bellard appelle des AFI (Architectes, Fondateurs, Ingénieurs) : des arbres dont la vocation est d’aider les autres à pousser.

La première génération d’arbres n’est donc pas toujours une fin en soi. Bien sûr, si vous êtes éleveur et que vous avez bouturé du mûrier ou du saule blanc, vous avez atteint votre objectif : planter du fourrage. Mais si votre objectif est de produire de l’énergie, du bois, des fruits, de l’huile ou quoi que ce soit d’autre, vous aurez enclenché un cercle vertueux qui vous conduit de l’urgence à la pérennité.

Et si vous ne souhaitez rien faire d’autre, il vous suffit de tailler de temps en temps vos alignements d’arbres pour éviter qu’ils ne gagnent sur vos prés et vos champs (un passage de dents les premières années pourra vous rassurer sur le fait que les racines plongent plutôt que de tracer). Vos boutures vont grandir et, sans doute, mourir vite ou stagner. Elles céderont alors la place à d’autres arbres, mieux en place et mieux adaptés.

Pour aller plus loin :

Bouturage en place : technique rapide pour planter des arbres

Une agroforesterie d’urgence pour une agroforesterie de long terme !
2 – technique de bouturage en place

L’image est issue de l’étude suivante

Le bouturage en place a lieu essentiellement en hiver. On récupère les boutures issues de l’élagage des arbres, on les plante en terre à l’endroit qu’on souhaite arborer en utilisant un fer à béton ou un nettoyeur pression.

L’approche doit rester simple et rapide. Il ne s’agit pas de se lancer dans de gros travaux onéreux, mais d’introduire par quelques gestes simples, des arbres dans une parcelle. 

Une bouture de qualité est :

  • fraîche et prélevées au bon moment  
  • de fort diamètre afin disposer d’assez d’énergie pour repartir
  • suffisamment profonde pour passer sous la strate herbacée 
  • avec peu de parties aériennes (2 ou 3 bourgeons).

Par ailleurs, on améliorera la reprise en :

  • faisant tremper les boutures avec des rameaux de saule écrasés
  • contrôlant la reprise de l’herbe via du désherbage ou du paillage
  • arrosant en cas de sécheresse
  • protégeant contre les ongulés.
  • densifiant fortement la plantation

Les essences à privilégier sont celles réputées bouturer facilement : 

  • tous les types de saules 
  • les peupliers
  • les platanes
  • tous les muriers
  • les sureaux
  • les tilleuls (réussite faible)
  • les pruniers myrobolans
  • les figuiers (au printemps)
  • les cognassiers
  • tous les petits fruits (cassis, groseille, goji)
  • les genévriers

On peut également bouturer des racines de Paulownia, de framboisier et d’aulne (tronçons de 10 à 15 cm)

Le robinier faux acacia fonctionne bien, mais est très difficile à contrôler

L’eucalyptus, le chamaecyparis, le Thuya,  le cyprès de Leyland, mais qui ne produisent pas les résultats attendus en termes de modification des sols

Les résineux comme l’épicéa ou le mélèze ont besoin d’une très forte hygrométrie (brouillard) pour reprendre

En résumé, le bouturage en place en tant que technique d’agroforesterie d’urgence permet d’installer rapidement des arbres pionniers dans un espace dépourvu de strate arbustive et d’amorcer une transformation du milieu. Selon le contexte, cette première génération peut être totalement inadaptée et périr très vite. Dans ce cas, elle ne servira qu’à permettre l’émergence d’une seconde génération mieux adaptée.

Littérature sur le sujet :

Sur l’utilisation du saule pour ces techniques d’agroforesterie : 
https://fac.umc.edu.dz/snv/bibliotheque/biblio/mmf/2021/M%C3%A9thodes%20et%20techniques%20de%20bouturage%20%20guide%20pratique.pdf

Généralités sur le bouturage:
http://gueguen.sebastien.free.fr/Auto-suffisance/5%20-%20Connaissance/Agroforesterie,%20arbres%20-%2010.pdfs/guide%20bouture.pdf

Agroforesterie et économie

Et si l’agroforesterie était aussi un moyen de gagner de l’argent ?

Source image

Dans un post, l’Association française d’agroforesterie présente les différents avantages économiques associés à cette pratique, en s’appuyant sur une méta-étude réalisée sous l’égide de la CIRAD et compilant des milliers de sources. Le résultat le plus frappant est une hausse médiane de ➕35% de la production agricole par hectare.

En effet, les systèmes agroforestiers permettent aux exploitants de diversifier leurs sources de revenus en apportant une gamme de produits supplémentaires par rapport à l’agriculture traditionnelle.

Le plus évident d’entre eux est le bois provenant de la taille des arbres plantés, qui se décline en bois-énergie et en bois d’œuvre. En fonction des essences choisies, les arbres procurent bien d’autres produits valorisables : fruits, noix, huiles essentielles, produits médicinaux, fourrage, etc.

Par ailleurs, dans le podcast CAMBIUM, consacré aux pratiques agroforestières, l’agriculteur Ronan Rocaboy décrit comment il intègre une partie de ces produits forestiers au fonctionnement de sa ferme située en Bretagne. Le bois récolté est ainsi utilisé à la fois comme chauffage (chaudière biomasse) et comme litière pour les animaux d’élevage.

Les sous-produits offerts par l’agroforesterie peuvent ainsi être employés à la réduction des coûts d’exploitation. Dans la même logique, les systèmes agroforestiers fournissent divers services écosystémiques tels que la régulation de l’eau, la pollinisation, la régulation des ravageurs, la conservation de la biodiversité.

Ce rééquilibrage écosystémique diminue mécaniquement les besoins en intrants et donc les coûts associés Il a également pour effet d’améliorer progressivement la fertilité biologique des sols, grâce à l’apport de matière organique, et donc leur productivité.

L’agroforesterie propose ainsi un modèle robuste sur la durée, un atout indéniable sur le plan économique, a fortiori dans une période de bouleversement environnemental. Outre son effet bénéfique sur la qualité des sols, elle offre aux parcelles concernées, par la simple action de l’ombre des arbres, une certaine résilience, ce que confirme une étude publiée en 2023.

Les pratiques agroforestières améliorent aussi la régularité des rendements agricoles. De nombreuses recherches sont en cours en France, avec des résultats déjà probants. Une étude réalisée dans la région de Montpellier, a par exemple montré qu’une parcelle d’un hectare de mélange noix/blé permettait une augmentation de 40 % de la productivité.

L’atteinte de l’objectif de 10 % de couverture arborée sur les terres agricoles d’ici 2040, soutenu par l’European Agroforestry Federation (EURAF), est donc particulièrement vitale. Au-delà du rôle de levier de revégétalisation qu’elle peut jouer sur le plan environnemental, l’agroforesterie est donc un modèle économique d’avenir.

Déployons le dès à présent en France !

Érosion des sols en France : l’agroforesterie face à l’urgence

Une agroforesterie d’urgence pour une agroforesterie de long terme !
4 – De quelle urgence parle-t-on ?

Source de la carte

Malgré l’augmentation des surfaces forestières, la dévégétalisation du territoire se poursuit. Elle n’est pas liée qu’à l’artificialisation des sols, mais aussi à la disparition de l’arbre champêtre, au retournement des prairies et à certaines pratiques agricoles qui laissent les sols nus la majorité du temps. Nous avons détaillé cela dans de nombreux posts. Cette dévégétalisation entraîne une perte des sols.

Laissés nus, les sols limoneux de la Beauce, très sensibles à la battance et à l’érosion, s’abîment. La baisse du taux de matière organique a rendu ces sols vulnérables. On observe désormais des coulées de boue et des pertes de terre visibles sur terrains plats. Plus de 20 % de la région Centre-Val de Loire, qui inclut la Beauce, subit une érosion annuelle supérieure à 2 tonnes par hectare.

Dans le Lauragais, région de collines argilo-calcaires (terreforts) et de plaines limoneuses, la pente, la nature des sols et les modifications du paysage agricole amènent les risques d’érosion au plus haut. Les épisodes orageux printaniers, sur des sols nus ou insuffisamment couverts, peuvent provoquer des pertes localisées de 20 à 300 tonnes de terre par événement.

La perte des sols n’est pas seulement un enjeu agricole. C’est une menace pour la sécurité alimentaire, la gestion de l’eau, la biodiversité et l’adaptation au changement climatique. Chaque tonne de terre perdue aujourd’hui réduit la capacité à faire face aux sécheresses, aux inondations et aux besoins alimentaires de demain.

La situation dans le nord de la France illustre parfaitement ce propos. Après des semaines de pluies torrentielles, la région a connu lors de l’hiver 2024 des inondations d’une violence exceptionnelle, engloutissant des villages entiers et dévastant des milliers d’habitations. Ce phénomène, aggravé par la topographie particulière des polders entre Saint-Omer, Calais et Dunkerque, a suscité un émoi national.

Mais à peine quelques mois plus tard, ce même territoire est confronté à une sécheresse précoce et intense : dès le printemps 2025, le nord de la France affiche un déficit pluviométrique record : jusqu’à 80 % par rapport aux normales saisonnières dans certaines zones. Les sols, saturés d’eau en hiver, se retrouvent exceptionnellement secs, rendant les semis difficiles et fragilisant les cultures de printemps. Les agriculteurs témoignent de terres « dures comme du caillou » et de jeunes pousses peinant à lever.

Dans n’importe quelle industrie, de tels événements déclencheraient des procédures d’urgence. Et en ce qui concerne les sols, la procédure d’urgence s’appelle “les arbres”.

Agroforesterie d’urgence : méthode de plantation rapide face au climat

L’agroforesterie d’urgence : qu’est-ce que c’est ?

La perte de bocages et le rôle pivot de l’arbre dans les systèmes climatiques et agricoles sont très documentés. L’agroforesterie classique dont nous aurions besoin aurait dû être plantée il y a 50 ans. Mais, au contraire, elle a été détruite. Pourtant, disposer rapidement de systèmes agroforestiers permettrait de faire face à la dégradation rapide du climat. Ainsi, le climatologue Christophe Cassou alertait en 2023 sur la possibilité de faire face à des températures de 50° à l’ombre l’été en Europe.Comment, dès lors, éviter que toutes les cultures ne déperissent pas immédiatement ?

“L’agroforesterie d’urgence” vise à mettre rapidement en sécurité un territoire par la génération d’ombre intermittente et une meilleure disponibilité hydrique. Cette méthode, initiée par Cédric Cabrol, ne prétend pas être aboutie, mais à amorcer le dialogue de la robustesse avec les agriculteurs. Car c’est la co-construction qu’il faut viser, le monde agricole en ayant assez qu’on lui dise quoi faire.

Certains acteurs proposent parfois des approches rigides, alors qu’il faut justement initier un dialogue entre secteurs (agricoles, scientifiques, économiques et publics). La méthode décrite ici doit enrichir un panel de solutions, pas dicter la gestion à la parcelle. Sans appropriation, il n’y aura pas de progrès.

  • La proposition de l’agroforesterie d’urgence est donc d’aider à mettre des territoires en sécurité
  • Pour cela, des arbres pionniers sont utilisés pour leurs facultés d’adaptation et de résilience
  • Ces arbres présentent l’avantage d’une croissance particulièrement rapide. Ainsi, sans s’attarder sur le polémique paulownia, le peuplier peut atteindre 7 mètres en 3 ans (Voir l’étude “Plantation de peupliers à grande profondeur dans les dunes du delta du Pô)
  • Le bouturage très profond est visé, les boutures disposant d’un chevelu racinaire à 2 mètres de profondeur dès la plantation
  • Le nettoyeur haute pression (ou “karcher”) permet une plantation très rapide
  • L’idée est de couvrir la plus grande surface possible avec des méthodes ultra efficientes plutôt que de faire de la “sur-qualité” sur un petite surface
  • Une densité de 40 arbres à l’hectare est visée (en ligne avec la préconisation de l’AFAF et du Centre de Développement de l’Agroécologie), soit en théorie 30% des sols remis sous la canopée. Cela permet une consommation d’eau assez faible et une captation de rosée efficace. Le gain en humidité du sol stimulera alors la pluviométrie (Voir, notamment, cette étude sur la relation entre humidité des sols et probabilités de pluie).
Images issues de l’étude sur le bouturage très profond des peupliers

Pour qu’un tel système soit massivement adopté, l’appropriation est critique. Le planteur doit être dépassé par ses arbres dans l’année qui suit la plantation, pour qu’il organise joyeusement un apéro “sous ses arbres” en août. Cette satisfaction rapide est un facteur important à l’ère de l’instantanéité. Elle suscite l’envie de ses pairs afin qu’ils répliquent cette approche.

Enfin, l’agroforesterie d’urgence vise à sécuriser les revenus, mais aussi à les augmenter. Alors que la pression sur la biomasse s‘accroît [5], le bois agricole présente un immense potentiel.

Plateau de Loess, verdissement et économie

Quelle est la relation entre la restauration écologique d’un territoire et son développement économique ?
Nous avons déjà documenté les résultats spectaculaires du reverdissement du Plateau de Loess, en Chine, notamment pour l’amélioration de la disponibilité hydrique.

L’image provient de l’étude “High quality developmental approach for soil and water conservation and ecological protection on the Loess Pateauaccessible ici

Le succès de cette restauration nous conduit à en évaluer l’impact économique, sans pour autant prendre pour argent comptant les agences étatiques chinoises. Malgré ces réserves, certaines études permettent d’évaluer la situation après plusieurs décennies de restauration écologique à grande échelle. Le devenir de cette zone après ce verdissement spectaculaire occupe d’ailleurs de nombreux chercheurs chinois.

Selon une étude de 2021, “l’état de l’environnement naturel du Plateau de Loess affecte à la fois la survie et le bien-être de plus de 100 millions de personnes”. Cette restauration a permis de lutter efficacement contre l’érosion et à la désertification. La couverture végétale a doublé (32 % du territoire en 1999 à 64 % en 2019). La structure industrielle a été optimisée et les terres arables sont devenues plus productives. En outre, avec la mise en œuvre du programme « Grain for Green », le revenu agricole moyen a plus que doublé, le revenu non agricole augmentant de 60%.

Une étude de 2023 explore le compromis entre restauration écologique et croissance économique : le PIB y a été multiplié par 9 au cours des quatre dernières décennies. Les chercheurs parlent de “situation gagnant-gagnant entre la conservation des sols et le développement économique”. Toutefois, l’essor économique a été spectaculaire pour toute la Chine. Malgré des progrès notables, le Plateau de Loess, comme la plupart des régions enclavées, est en retard par rapport à la moyenne nationale.

Une autre étude de 2023 évalue la valeur des services écosystémiques à l’échelle du bassin de la rivière Beiluo, situé dans la zone. La valeur du services écosystémique y a augmenté de 3,2 milliards USD (hausse de 54,16 % entre 1975 et 2015). Selon les auteurs, la préservation écologique n’a pas notablement perturbé la production agricole, même s’ il existe des conflits d’usages (arbitrages entre restauration écologique et agriculture).

Image issue de cette étude

 Enfin, face aux contraintes écologiques du Plateau de Loess et à l’essor de l’urbanisation, la Chine utilise un “modèle de sécurité écologique” afin d’y garantir la stabilité écologique, à travers le suivi d’une trame de corridors écologiques. La Chine jouit ainsi d’une grande expérience sur ces sujets, avec une planification et une évaluation cartographique fine.

Paradoxalement, l’état de dégradation avancée des sols conduit à faire de la Chine un leader en matière de génie écologique et de lutte contre la désertification.

On le voit, les projets de restauration écologique de grande envergure ne viennent pas grever l’économie et les arguments de réalisme économique de certains lobbys démontrent toute leur vacuité.

Kenya – comment la plantation d’arbres communautaire reverdit les paysages

Au Kenya, les programmes de plantations d’arbres par la communauté bénéficient aux agriculteurs, mais aussi au paysage.

Lien de l’image

En moins de deux décennies, les plantations réalisées sous l’égide du programme TIST ont provoqué un verdissement de la région du Mont Kenya, comme le montre une étude publiée en 2021 par la revue Nature.

Lancé à la fin des années 1990 en Tanzanie, puis dans trois autres pays (Kenya, Ouganda et Inde), The International Small Group Tree Planting Program (TIST) incite des communautés locales à s’engager sur le terrain de l’agroforesterie et regroupe actuellement plus de 200 000 agriculteurs dans les quatre pays en question.

Vidéo cartographie évolutive des plantations TIST au Kénya : https://vimeo.com/327592668

Ce projet financé en grande partie par l’entreprise américaine Clean Air Action Corporation repose sur le principe du crédit carbone. Les agriculteurs participant au programme reçoivent une rémunération pour chaque arbre planté ou entretenu, et choisissent eux-mêmes les essences, de sorte que les bienfaits de ces plantations ne se limitent pas aux tonnes de CO2 captés par les arbres.

Au Kenya, les fermiers ont ainsi planté « un mélange d’espèces d’arbres, avec plus de 160 essences recensées, dont plus de 90 espèces indigènes ». Dans la plupart des cas, « la sélection des espèces est dominée par les arbres qui fournissent les produits les plus fiables, notamment le bois de feu, le fourrage pour les animaux et le bois de taillis, souvent complétés par des arbres fruitiers et à noix qui peuvent fournir des cultures de grande valeur ».

Les bénéfices de ces plantations ne se limitent pas aux débouchés commerciaux. Comme le souligne Nature, les arbres nouvellement introduits fournissent de l’ombre et permettent à la fois une réduction de l’érosion des sols et une meilleure pénétration de l’eau. En outre, ces plantations sont souvent associées à des pratiques d’agriculture de conservation qui favorisent cette régénération, avec pour effet un reverdissement du paysage.

A l’aide de données photographiques récoltées par le satellite Landsat 7 sur la période 2000-2019, des chercheurs de l’université d’Exeter ont tenté de mesurer l’impact des plantations issues du programme TIST sur le paysage dans la région du Mont Kenya. Les résultats obtenus par ce modèle, présentés dans l’article de Nature, indiquent une tendance au verdissement plus prononcée, non seulement sur les parcelles accueillant des « bosquets TIST », mais aussi sur les zones voisines, par rapport aux parcelles agricoles non concernées par le programme.

Selon les chercheurs, ces résultats observables sur deux tiers des parcelles étudiées sont probablement dus à « plusieurs facteurs, tels que l’agriculture durable pratiquée sur ces terrains, ainsi que les effets microclimatiques de la plantation d’arbres ». Ils constituent ainsi un exemple convaincant de la méthode prônée par l’Autoroute de la pluie : favoriser la plantation d’arbres par les acteurs locaux pour enclencher un processus de végétalisation aux bienfaits multiples.

La syntropie, une piste crédible pour l’agriculture industrielle

Image issue de Mongabay

La syntropie émerge comme une piste d’inspiration de plus en plus crédible pour l’agriculture industrielle.

Au Brésil, l’agriculture syntropique développée par le Suisse Ernst Götsch n’en finit plus de faire ses preuves, au point de séduire les dirigeants de grandes exploitations en monoculture.

Installé depuis les années 1980 dans l’Etat de Bahia, au Brésil, Ernst Götsch a consacré sa vie à l’agroforesterie, avec la volonté farouche de mettre en pratique ses ambitieuses théories de l’agriculture syntropique.

Nous avons déjà présenté le concept de syntropie à travers trois posts déjà publiés (voir les posts LinkedIn ici, et ou chercher « syntropie » sur le site). Son principe fondamental est de composer avec la complexité et la dynamique du vivant plutôt que de lutter contre. En pratique, cela revient à favoriser la production d’une biomasse abondante et très diversifiée et à augmenter le taux de restitution au sol. Cela passe notamment par des mécanismes de strates et de successions, pour permettre l’émergence d’un écosystème diversifié.

Au cours des trente dernières années, Götsch a expérimenté cette approche sur une zone de 120 hectares dans le sud de Bahia. Au moment où elles lui ont été confiées, ces terres étaient recouvertes par une prairie touffue et considérées comme peu fertiles. Le chercheur s’est fixé comme objectif de les transformer en une forêt dense tout en y plantant du cacao qui y trouve protection.

En développant les méthodes de l’agriculture syntropique, Götsch a obtenu des résultats spectaculaires et transformé radicalement le paysage local. Il a aussi contribué à créer un microclimat dans une région touchée par des sécheresses récurrentes. « Lorsque vous survolez, vous ne voyez plus mon exploitation car il y a des nuages ​​ici toute l’année », illustre-t-il.

Sur le plan agricole, l’expérience a également été concluante. Alors que les autorités compétentes jugeaient la zone comme impropre à la culture de cacao, la plantation d’Ernst Götsch a progressivement atteint un rendement équivalent à celui d’exploitations conventionnelles, pour des coûts inférieurs et sans utilisation de pesticides.

Cet argument n’a pas laissé insensible un certain nombre de grands agriculteurs de l’Etat de Bahia, en quête de solutions pour sortir de la dépendance aux pesticides, dont les impacts négatifs sur la fertilité des sols ont provoqué une importante baisse de la productivité.

On peut mentionner l’exemple de Paulo Borges, propriétaire de 10 000 hectares de plantations de soja dans la région. Lui et d’autres agriculteurs de la région sont accompagnés par Götsch afin de limiter au maximum l’usage de produits phytosanitaires. Au moment de faire cette annonce, en 2020, Paulo Borges espérait pouvoir s’en passer complètement sur son exploitation d’ici 10 ans. 

Nous n’avons pas trouvé d’informations sur la mise en pratique de ce changement depuis. N’hésitez pas à nous éclairer sur cette question !

La photosynthèse à 5 pattes

Dans la publication précédente, nous avons vu qu’il existe trois modes de photosynthèses, C3, C4 et CAM, chacun adapté à un contexte et notamment à un optimum de température. La C4 pour les herbes tropicales, la CAM pour les plantes grasses, la C3 pour le reste. Aujourd’hui nous allons nous attacher à nuancer ce propos.

Image paulownia – Image peuplier : (projet déployé par l’Association française d’agroforesterie) – Image bambou – Image miscanthus

D’abord, sur l’optimum de température, les travaux récents de Mulet François sur la conduite de certaines plantes en conditions tropicale, laissent à penser que la question est plus complexe que ce que l’on pourrait le croire de prime abord, puisqu’il fait pousser des courges à 45°C et 100 % d’humidité. Pourtant, elles sont censées avoir un optimum à 25°C. La disponibilité en eau et l’humidité de l’atmosphère ainsi que l’espèce sont susceptibles de modifier ce paramètre.

Beaucoup de plantes ont en outre un mode de photosynthèse non conventionnel :

– le paulownia, dont on a longtemps cru que c’était un arbre C4, est en fait capable d’être un C3 et un CAM (voir cette étude et celle-ci).

– le bambou est un C3 atypique qui sait utiliser le CO2 issu de la photorespiration (voir ce lien)

– le miscanthus est certes une plante C4, mais capable de fonctionner à partir de 15°C (voir l’étude : « Long SP, Spence AK. 2013. Toward cool C4 crops. Annual Review of Plant Biology » 64, 701–722).

On remarque au passage que beaucoup de champions de la biomasse sont des plantes atypiques.

Dans la biomasse, on considère qu’il y a toujours à peu près 58% de carbone. Ce qui compte donc, ce n’est pas la nature de la biomasse, mais la quantité produite (exprimée en matière sèche).

Pour une quantité d’eau donnée, toutes les plantes ne produisent donc pas la même biomasse. Et cela ne dépend pas seulement du processus de photosynthèse. Les plantes ont d’autres stratégies, comme la mise en réserve de sucres dans les parties souterraines, l’alliance avec certains champignons ou la capacité à capturer la rosée qui les aident à croître. Est-ce pour autant qu’on peut dire qu’elles captent plus de CO2 ?

Ce qui compte avant tout pour produire de la biomasse, c’est que la plante soit adaptée à ses conditions de culture : son sol, son climat, mais aussi à la méthode de plantation et de conduite des cultures.

#co2 #plantes #photosynthèse

Les sources de l’image du post sont accessibles ici [7]. Nous avons ajouté le peuplier pour illustrer un végétal à croissance rapide des milieux tempérés.

Zaï et lutte contre la désertification au Niger

Suite sur la lutte contre la désertification au Sahel – Comment le zaï permet la régénération massive d’écosystèmes dégradés au Niger ?

Ces images sont issue de la vidéo d’Andrew Millison

Une vidéo d’Andrew Millison, publiée en novembre 2024, est particulièrement motivante. Cet enseignant en permaculture est un vidéaste populaire sur Youtube avec plus de 500.000 abonnés. Cela lui permet de diffuser massivement les bonnes nouvelles de la planète, car il y en a encore !

La vidéo au cœur de ce post concerne la restauration de 300.000 hectares au Niger, en dix ans. Les résultats sont parlants, comme en témoigne l’illustration du post, issue de la vidéo. Pour restaurer ces terres arides et désolées, une myriade de demie-unes ont été creusées par les paysans nigériens. Le déploiement de ces mesures de conservation des sols et des eaux [voir post sur le Burkina Faso, 2] a permis à la végétation de pousser et aux arbres de s’épanouir.

Selon les gestionnaires du projet, la restauration d’un hectare profite au total à 3 hectares, grâce notamment à la protection contre les effets des vents venus du désert. Ils estiment donc que 900.000 hectares en bénéficient. Les bénéficiaires de ce projet font état d’une température de 5 à 9 degrés inférieure dans les zones restaurées par rapport aux terres arides avoisinantes. L’agroforesterie est décidément une mesure de remédiation climatique très efficace.

La vidéo se concentre sur une zone de 800 hectares de ce projet nigérien. Le déploiement de ces méthodes traditionnelles de gestion de l’eau aurait déjà permis aux aquifères, jusque-là menacés d’épuisement, de recommencer à se remplir. Enfin, sur l’ensemble du projet au Niger, 500.000 personnes auraient été “mises en sécurité alimentaire” grâce à la régénération de ces terres agricoles.

Ce projet s’insère dans la démarche plus large, et titanesque, de Grande Muraille Verte en Afrique subsaharienne, qui vise à freiner voire à inverser la désertification de 11 pays du Sahel. Cette muraille doit relier Dakar (Sénégal) à Djibouti et porte sur 117.000 km 2 (11,7 millions d’hectares).

Nous explorerons plus en détail les impacts déjà constatés de la Grande Muraille Verte dans de futurs posts.

Si Andrew Millison est parfois un peu trop enthousiaste, sa capacité à rayonner sur les réseaux en fait définitivement un porte-parole du mouvement de promotion de l’agroécologie. Ses vidéos sont réalisées avec soin, ce qui permet au message de rayonner au-delà du cercle des convaincus.

Car pour déployer d’ambitieux projets basés sur l’intensification agroécologique, toutes les forces vives seront nécessaires. C’est ce à quoi s’attelle notre collectif !

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