Des solutions face à l'aridification de la France

Étiquette : climateaction Page 4 of 7

Pyrocène ou réhydratation ? Comment la gestion des paysage prévient les méga-feux

Les méga feux de Los Angeles semblent marquer l’avènement d’une nouvelle ère, celle du  pyrocène. C’est en tout cas la thèse de l’historien américain Stephen Pyne. Selon lui, « le point d’inflexion critique des temps modernes s’est produit lorsque nous avons commencé à faire brûler la biomasse fossilisée plutôt que la vivante ».

Cette thèse est brillamment relayée en France par la philosophe Joëlle Zask. L’autrice de “Quand la forêt brûle. Penser la nouvelle catastrophe écologique” est hantée par les méga feux depuis qu’elle a assisté à des incendies dans le Var en 2017. Pour exorciser ce souvenir, la chercheuse agit plutôt que de ressasser ce terrible souvenir (voir le podcast sur son travail).

Pour autant, nous pensons que le caractère irrémédiable d’une terrifiante ère des méga feux se doit d’être nuancé. Comme en témoigne l’illustration de ce post, la déshydratation de nos paysages est loin d’être une fatalité. Sur cette image, partagée à maintes reprises par les activistes de la restauration des cycles de l’eau, on y voit les impacts bénéfiques des castors sur un fond de vallée boisé. Là où ils sont intervenus, ça n’a pas brûlé. En même temps, avez-vous déjà essayé de faire brûler du bois mouillé ? C’est presque impossible, comme le démontre Nick Steiner dans ce post LinkedIn bien senti.

Bien que peu exploré, l’impact des castors est indéniable. Ainsi, l’étude Smokey the Beaver: beaver-dammed riparian corridors stay green during wildfire throughout the western United States” démontre que, dans les zones dotées de barrages de castor, la diminution de l’activité de photosynthèse (NDVI) est 3,05 fois inférieure aux zones sans castor.

Image issue de l’étude « Smockey the beaver (…)

D’autres activistes promeuvent la réhydratation des territoires qui permettent de fortement limiter les risques d’incendies. C’est le cas du slovaque Michal Kravčík, hydrologue de formation et initiateur du New Water Paradigm. Citons aussi l’américain Alpha Lo, qui fait beaucoup avancer ces thématiques et a récemment publié sur la manière de réhydrater la Californie pour prévenir les incendies. Enfin, le pakistanais Ali Bin Shahid travaille sur de prometteuses modélisations destinées à évaluer l’impact des castors sur l’hydrologie, le refroidissement et la dynamique des écosystèmes.

Que dire du département des Landes, passées du statut de plus grande zone humide de France à une plantation de pins hautement inflammables en cas de sécheresse. Assez de mares bouchées et de drainages irraisonnés. Place aux castors et aux territoires hydratés ! Comme le dit fort justement Ananda Fitzsimmons dans son ouvrage, il faut “Hydrater la terre”.

Mettons nous à l’ouvrage pour renforcer la robustesse de nos territoires à travers le déploiement de l’agroécologie, de l’agroforesterie et de l’hydrologie régénérative.

Le verdissement de la planète

Le verdissement de la Terre est une tendance avérée, malgré les sécheresses.

Depuis les années 1980, notre planète connaît un verdissement de ses continents qui a permis de contenir le réchauffement climatique de 12%.
A ce sujet,  Voir l’étude “Climate mitigation from vegetation biophysical feedbacks during the past three decades” et l’article “Atténuation du réchauffement climatique grâce au verdissement” sur notre site.

Cependant, ce processus fait l’objet de débats, les méthodes d’analyse utilisées pouvant faire apparaître des faux-positifs. Une étude parue en janvier 2025, “Uncovering true significant trends in global greening”, vient réduire ces incertitudes.

Deux chercheurs espagnols ont élaboré une méthode spécifique pour améliorer l’étude de ce processus, réduisant les faux positifs de 50%. L’étude montre que 76,07 % des zones ayant évolué (verdissement ou brunissement) connaissent un verdissement significatif. Pour les régions avec un NDVI supérieur à 0,15, il atteint 85,43 %. Selon une autre étude de 2024, “l’accélération du verdissement s’est produite dans 55,15 % du globe […], tandis que l’accélération du brunissement ne s’est produite que dans 7,28 %” du globe.

Cette tendance est particulièrement sensible pour l’Eurasie. Selon un chercheur de l’Université de Boston cité par la NASA : « La Chine et l’Inde représentent un tiers du verdissement, mais ne comptent que 9 % de la superficie terrestre de la planète couverte de végétation – un résultat surprenant, compte tenu de la notion générale de dégradation des terres dans les pays peuplés en raison de la surexploitation ». 

Ceci s’explique notamment par la lutte contre la désertification en Chine (42% du verdissement de la Chine selon la NASA). Le phénomène provient aussi à 32% pour la Chine et 82% pour l’Inde de l’intensification agricole : “Grâce à des pratiques de cultures multiples, où un champ est replanté pour produire une autre récolte plusieurs fois par an. La production de céréales, de légumes, de fruits et autres a augmenté d’environ 35 à 40 % depuis 2000 pour nourrir leurs nombreuses populations.” Cette tendance dépend par contre du bon état des nappes phréatiques.

Pour les deux pays leaders du verdissement, des cas emblématiques et déjà documentés existent. La Chine a ainsi procédé au verdissement massif du plateau de Loess, tandis que des initiatives durables se multiplient en Inde (voir les travaux de la Paani Foundation et les vidéos de Andrew Millison).

Le verdissement mondial pourrait donc nettement accélérer si d’autres pays adoptaient une démarche volontariste. Cela suppose bien entendu d’adapter les approches aux contextes nationaux. Surtout, il est vital que les acteurs de ce verdissement s’approprient ces enjeux. En Europe, il importe donc de procéder à l’intensification agroécologique, qui ne pourra s’effectuer qu’en co-construction avec le monde agricole.

#agroécologie

La croissance, c’est les plantes !

Sources d’illustration : image 1 image 3 image 4

Promouvoir la photosynthèse, car la croissance c’est les plantes
Et si, en 2025, on changeait de curseur et qu’on se mettait, collectivement et massivement, à promouvoir la photosynthèse, la technologie la plus propre, fruit de milliards d’années de R & D ?

Dans un exposé très érudit et poussé en biologie et chimie, l’agroécologue Olivier Husson expose l’importance de la photosynthèse pour la santé des plantes et du sol, soit le socle de la biosphère . La présentation «la photosynthèse : la centrale énergétique indispensable pour la “santé unique”» démontre le caractère névralgique de ce processus bioénergétique. La régularité de la photosynthèse doit être assurée pour fournir une alimentation énergétique au vivant.

Chaque printemps, les publications fleurissent pour enjoindre de cesser la tonte systématique des jardins. Cela va dans le bon sens, mais ce mouvement doit prendre de l’ampleur. L’inconscient collectif doit évoluer profondément. Il faut passer des pelouses tondues à ras à l’abondance végétale. 

Il faut inciter à l’installation massives de potagers, collectifs ou non, qui soutiendraient le développement de la sécurité sociale alimentaire et le verdissement des villes doit accélérer. Imaginez des vergers plantés sur les délaissés communaux et des balcons fleuris en mode syntropique !

De même, les services environnementaux rendus par les agriculteurs doivent être fortement soutenus. Cela nécessite de disposer d’indicateurs fiables facilitant la tâche administrative du monde agricole. La rémunération de ces services environnementaux pourrait, en partie, reposer sur l’activité de photosynthèse.

L’agriculture traditionnelle, généralement la polyculture-élevage en France, repose sur des cultures diversifiées allant dans ce sens. C’est une immense opportunité alors que “l’agriculture familiale […] occupe 2,6 milliards de la population humaine qui produisent 70 % de la production alimentaire mondiale avec 30 % des ressources agricoles mondiales” [voir le lien]. Réaffectons les 70% restants à l’agroécologie !

Soutenir ce mouvement permet de disposer d’une alimentation de qualité. Surtout, enclencher cette mobilisation collective permet de proposer un nouveau récit. Et une agriculture diversifiée, utilisant l’arbre en pivot, apporte tant de bénéfices, écosystémiques et climatiques.

Un sol, tant qu’il est nu, ne rapporte rien, ni en termes écologique, ni en termes économiques. Comme le résume Konrad Schreiber, spécialiste de l’agroécologie : “sol à nu, sol foutu”.

  • un sol à nu, c’est l’érosion, des inondations, de la chaleur et des émissions de CO2
  • un sol à nu, c’est le Dust Bowl, ces tempêtes de poussière qui ont ravagé les Etats-Unis à cause de pratiques mécanisées néfastes

Collectivement, luttons contre les aberrations du béton et de la désertification auto-générée !

#photosynthèse #agroécologie

Résilience des forêts face aux sécheresses

Comment améliorer la résilience des forêts face aux sécheresses ?

Le schéma provient de l’étude “Les forêts face aux sécheresses et canicules : causes de dépérissements, facteurs aggravants et différences de sensibilité entre les espèces

Une étude de 2022, “Drought resistance enhanced by tree species diversity in global forests”, dresse un panorama mondial de la résilience des forêts, démontrant que la diversité d’arbres dans une forêt améliore sa résistance aux sécheresses. Basé sur la compilation de diverses bases de données, l’article souligne : “selon un modèle prédictif de l’effet de la diversité en arbres, la conversion de la monoculture actuelle en plantations d’arbres mixtes pourrait améliorer la résistance à la sécheresse. “ L’étude appelle à restaurer la diversité des espèces pour “atténuer l’impact des sécheresses extrêmes à grande échelle, en particulier dans les régions sèches.”

Ce constat ne va malheureusement pas dans la direction du plan France 2030 de plantations d’arbres, qui fait la part belle aux monocultures et aux coupes rases.

Si l’on se cantonne aux espèces les plus adaptées pour le climat et le rendement économique, une étude française fournit une autre piste d’adaptation. Des chercheurs ont étudié la réaction des pins maritimes à la chaleur durant leur développement embryonnaire. Pour cela, ils ont extrait des embryons qu’ils ont clonés puis fait germer à différentes températures (18, 23 et 28 degrés, 23 degrés étant optimal pour l’espèce).

En étudiant le génome de ces jeunes pins, les chercheurs ont identifié une dizaine de gènes connus “pour avoir des fonctions biologiques lors de l’embryogenèse, sur la régulation épigénétique ou en réponse à la température”.  Leur hypothèse est que les arbres survivant à des sécheresses pendant leur développement embryonnaire s’adapteront mieux aux températures extrêmes. Voir à ce sujet un article de Libération “Sylviculture : graine échaudée, futur pin renforcé” (également mentionné sur la la Terre au Carré du jeudi 21/11/2024).

Citons aussi le travail d’une équipe de chercheurs d’Aix-en-Provence, qui propose une approche novatrice face aux sécheresses. Cette équipe est parvenue “à diminuer la mortalité des arbres en agissant sur les dialogues que ceux-ci entretiennent avec l’environnement, grâce à leurs racines”. 

En enrichissant le sol avec un microbiote bénéfique (utilisation de certaines molécules, les phytohormones), l’arbre doit limiter son évapotranspiration lors des sécheresses, en agissant sur la réactivité de ses stomates. Cette étude porte sur un panel d’arbres diversifiés. Dans les tests menés, 10 à 25% des arbres conservent des feuilles vertes en condition de sécheresse.

Toutefois, une importante bibliographie démontre la centralité de l’arbre dans le cycle de l’eau, via le recyclage des précipitations. Limiter l’évapotranspiration estivale risque en effet d’augmenter la sécheresse de l’atmosphère. Ce dernier constat interpelle lorsqu’on connaît le caractère contagieux des sécheresses [5] en milieu sec, alors que ces dernières années les départements méditerranéens ont flirté avec un climat semi-aride.

A choisir, soutenir la diversité des essences apparaît comme le meilleur moyen de préserver nos forêts. Et ces enjeux doivent plus que jamais être envisagé de manière holistique. Et vous, qu’en pensez-vous ?

#forêt #sécheresse

La syntropie, une piste crédible pour l’agriculture industrielle

Image issue de Mongabay

La syntropie émerge comme une piste d’inspiration de plus en plus crédible pour l’agriculture industrielle.

Au Brésil, l’agriculture syntropique développée par le Suisse Ernst Götsch n’en finit plus de faire ses preuves, au point de séduire les dirigeants de grandes exploitations en monoculture.

Installé depuis les années 1980 dans l’Etat de Bahia, au Brésil, Ernst Götsch a consacré sa vie à l’agroforesterie, avec la volonté farouche de mettre en pratique ses ambitieuses théories de l’agriculture syntropique.

Nous avons déjà présenté le concept de syntropie à travers trois posts déjà publiés (voir les posts LinkedIn ici, et ou chercher « syntropie » sur le site). Son principe fondamental est de composer avec la complexité et la dynamique du vivant plutôt que de lutter contre. En pratique, cela revient à favoriser la production d’une biomasse abondante et très diversifiée et à augmenter le taux de restitution au sol. Cela passe notamment par des mécanismes de strates et de successions, pour permettre l’émergence d’un écosystème diversifié.

Au cours des trente dernières années, Götsch a expérimenté cette approche sur une zone de 120 hectares dans le sud de Bahia. Au moment où elles lui ont été confiées, ces terres étaient recouvertes par une prairie touffue et considérées comme peu fertiles. Le chercheur s’est fixé comme objectif de les transformer en une forêt dense tout en y plantant du cacao qui y trouve protection.

En développant les méthodes de l’agriculture syntropique, Götsch a obtenu des résultats spectaculaires et transformé radicalement le paysage local. Il a aussi contribué à créer un microclimat dans une région touchée par des sécheresses récurrentes. « Lorsque vous survolez, vous ne voyez plus mon exploitation car il y a des nuages ​​ici toute l’année », illustre-t-il.

Sur le plan agricole, l’expérience a également été concluante. Alors que les autorités compétentes jugeaient la zone comme impropre à la culture de cacao, la plantation d’Ernst Götsch a progressivement atteint un rendement équivalent à celui d’exploitations conventionnelles, pour des coûts inférieurs et sans utilisation de pesticides.

Cet argument n’a pas laissé insensible un certain nombre de grands agriculteurs de l’Etat de Bahia, en quête de solutions pour sortir de la dépendance aux pesticides, dont les impacts négatifs sur la fertilité des sols ont provoqué une importante baisse de la productivité.

On peut mentionner l’exemple de Paulo Borges, propriétaire de 10 000 hectares de plantations de soja dans la région. Lui et d’autres agriculteurs de la région sont accompagnés par Götsch afin de limiter au maximum l’usage de produits phytosanitaires. Au moment de faire cette annonce, en 2020, Paulo Borges espérait pouvoir s’en passer complètement sur son exploitation d’ici 10 ans. 

Nous n’avons pas trouvé d’informations sur la mise en pratique de ce changement depuis. N’hésitez pas à nous éclairer sur cette question !

La photosynthèse à 5 pattes

Dans la publication précédente, nous avons vu qu’il existe trois modes de photosynthèses, C3, C4 et CAM, chacun adapté à un contexte et notamment à un optimum de température. La C4 pour les herbes tropicales, la CAM pour les plantes grasses, la C3 pour le reste. Aujourd’hui nous allons nous attacher à nuancer ce propos.

Image paulownia – Image peuplier : (projet déployé par l’Association française d’agroforesterie) – Image bambou – Image miscanthus

D’abord, sur l’optimum de température, les travaux récents de Mulet François sur la conduite de certaines plantes en conditions tropicale, laissent à penser que la question est plus complexe que ce que l’on pourrait le croire de prime abord, puisqu’il fait pousser des courges à 45°C et 100 % d’humidité. Pourtant, elles sont censées avoir un optimum à 25°C. La disponibilité en eau et l’humidité de l’atmosphère ainsi que l’espèce sont susceptibles de modifier ce paramètre.

Beaucoup de plantes ont en outre un mode de photosynthèse non conventionnel :

– le paulownia, dont on a longtemps cru que c’était un arbre C4, est en fait capable d’être un C3 et un CAM (voir cette étude et celle-ci).

– le bambou est un C3 atypique qui sait utiliser le CO2 issu de la photorespiration (voir ce lien)

– le miscanthus est certes une plante C4, mais capable de fonctionner à partir de 15°C (voir l’étude : « Long SP, Spence AK. 2013. Toward cool C4 crops. Annual Review of Plant Biology » 64, 701–722).

On remarque au passage que beaucoup de champions de la biomasse sont des plantes atypiques.

Dans la biomasse, on considère qu’il y a toujours à peu près 58% de carbone. Ce qui compte donc, ce n’est pas la nature de la biomasse, mais la quantité produite (exprimée en matière sèche).

Pour une quantité d’eau donnée, toutes les plantes ne produisent donc pas la même biomasse. Et cela ne dépend pas seulement du processus de photosynthèse. Les plantes ont d’autres stratégies, comme la mise en réserve de sucres dans les parties souterraines, l’alliance avec certains champignons ou la capacité à capturer la rosée qui les aident à croître. Est-ce pour autant qu’on peut dire qu’elles captent plus de CO2 ?

Ce qui compte avant tout pour produire de la biomasse, c’est que la plante soit adaptée à ses conditions de culture : son sol, son climat, mais aussi à la méthode de plantation et de conduite des cultures.

#co2 #plantes #photosynthèse

Les sources de l’image du post sont accessibles ici [7]. Nous avons ajouté le peuplier pour illustrer un végétal à croissance rapide des milieux tempérés.

Désertification de la France

La France rejoint officiellement le cercle (pas si fermé) des pays touchés par la désertification, mais ce n’est pas une fatalité.

 L’image montre les effets d’une sécheresse prolongée sur les Pyrénées Orientales. Sans confondre météo (sécheresse) et climat (désertification), ces images démontrent que la situation peut vite basculer.

Cette image est issue de Copernicus ECMWF et provient de Actu.fr

La COP 16 sur la lutte contre la désertification a eut lieu (2-13 décembre 2024) en Arabie Saoudite. Dans ce cadre, la France a officiellement admis être touchée par la désertification. C’est le dernier pays du pourtour méditerranéen a formellement rejoindre le club.

Désormais, tous les 4 ans la France devra rendre compte des territoires affectés et présenter les effets des mesures d’atténuation et d’adaptation mises en place. Actuellement, 1% du territoire métropolitain est concerné, dont le pourtour méditerranéen et la Corse-du-Sud.

Reporterre cite Frédérique Montfort, spécialiste de la dégradation et de la restauration des paysages forestiers chez Nitidae: “La désertification ne se résume pas à l’avancée des déserts, cela se traduit surtout par la dégradation des terres des zones climatiques arides, semi-arides et sub-humides sèches”. 


Plusieurs départements français ont connu des niveaux de pluviométrie dignes de zones semi-arides, notamment en 2022-2023. Cette tendance est la même de l’autre côté de la frontière. Ainsi, la Catalogne envisage de couper massivement des arbres pour diminuer (ponctuellement) la demande en eau [2] et 75% du territoire espagnol serait en cours de désertification. C’est une conséquence du réchauffement climatique, mais probablement aussi d’une urbanisation galopante des côtes (voir notre article sur le mystère de la disparition des tempêtes estivales en Méditerranée).

Une étude de 2022 s’intéresse d’ailleurs aux dynamiques d’expansion de l’aridité :

Les sécheresses des zones arides sont particulièrement sujettes à l’autopropagation, car l’évaporation a tendance à réagir fortement à un stress hydrique accru du sol. […] Les précipitations peuvent diminuer de plus de 15 % en raison d’une sécheresse sous le vent au cours d’un seul événement, et jusqu’à 30 % au cours de certains mois.

Il nous semble essentiel d’enrayer cette spirale. A l’inverse du phénomène d’autopropagation, l’humidité des sols renforce les probabilités de précipitations. Vu le niveau de dégradation des sols, un recours généralisé à l’hydrologie régénérative et à l’agroforesterie ne s’impose-t-il pas ?

Nous avons récemment montré des exemples de réalisations au Sahel, mais d’autres ouvrages modestes gagneraient à être déployés. Les Pyrénées Orientales, notamment, nécessitent la mise en œuvre rapide de mesures pour limiter la contagion.

De la même manière, le déploiement d’un “Autoroute de la Pluie” dans le Lauragais permettrait de capter l’humidité des deux façades maritimes et de disposer d’un corridor agroforestier robuste. Il constituerait une “base arrière” pour soutenir le front de lutte contre la désertification de l’Aude et des Pyrénées Orientales.

#désert

A propos de la perte de la mangrove en Guyane

Faire avec la géographie.

En 1948, Boris Choubert, géologue à l’Office de la Recherche Scientifique Outre-Mer, remarque dans son étude intitulée “sur des phénomènes actuels de sédimentation le long des côtes guyanaises” le caractère extrêmement mouvant de la côte guyanaise.

En effet, la forme du littoral Guyanais dépend essentiellement d’un banc de vase déposé par les eaux de l’Amazone. Comme l’explique cet article d’Antoine GARDEL du Laboratoire d’Océanologie et de Géosciences, les 1500 km de côte entre les embouchures de l’Amazone et de l’Orénoque constituent la plus grande côte vasière du monde, en recevant tous les ans entre 150 et 200 million de tonnes de sédiments.

Ces sédiments forment des bancs de vase d’une vingtaine de kilomètres qui se déplacent selon la direction de la houle, c’est-à-dire essentiellement celle des alizés, à une vitesse allant de 0,5 à 5 km/h. En touchant la côte, ils forment des vasières de plusieurs kilomètres. Sur ces vasières pousse alors de la mangrove.

Ainsi en 1964, lorsque l’Etat décide de construire une cité spatiale pour remplacer le précédent centre situé en Algérie, des criques sont bouchées et des zones humides sont asséchées et comblées. La mangrove est bordée de quelques rangs de cocotiers et d’une route, puis des maisons sont construites (voir cette étude). Tout ça, sous le regard médusé des créoles.

Source de l’image

Évidemment, ce qui devait arriver, arriva. Le banc de vase a disparu et les maisons en bord de route sont désormais en bord de mer. Pour les gens qui vivent là, la situation est dramatique. Même s’il est probable que la vase finisse par se réinstaller (cf cet article), le trait de côte a irrémédiablement bougé et les habitations, désormais exposées aux tempêtes, sont condamnées. La mer, qui était pourtant à plusieurs kilomètres, est désormais à leurs portes. Les sacs de sable posés par la commune ne sont pas grand chose face aux éléments.

Par ailleurs, on constate que si certains peuples autochtones ont l’habitude de s’installer sur le littoral, c’est parce qu’ils sont capables de partir rapidement pour changer de lieu d’habitation. Il y a donc d’un côté une force de la nature capable d’arracher en peu de temps des kilomètres de forêt littorale et de l’autre une stratégie de souplesse et d’adaptation qui a l’air de mieux fonctionner que les tentatives de domination des éléments.

C’est aussi le message de l’Autoroute de la Pluie : faire avec plutôt que contre.

https://svtlyceedevienne.com/wp-content/uploads/2022/05/img-8-small580.jpg

#océan

La mare, l’oubliée de la simplification des paysages

Nous entendons à juste titre beaucoup parler de la perte des haies et du bocage. Toutefois, réalise-t-on l’importance du déclin des mares qui ont longtemps maillé nos territoires agricoles ?

Car c’est un fait : les mares sont en voie de disparition. Ainsi, “de nombreux pays industrialisés ont perdu de 50 à 90 % de leurs mares, directement en relation avec l’aménagement du territoire”. En France, “entre 30 et 40 % des mares ont disparu depuis 1950 en France et leur effectif est dix fois moins élevé qu’au début du siècle dernier. De plus, l’immense majorité des mares restantes est abandonnée” [étude de 2013]. En outre, “on estime qu’il y aurait sur Terre 3 milliards de mares de 100 à 1000 m², soit une surface de 0.8 milliards de km² ou 20 mares par km² […]. Les mares agricoles, à elles seules, représenteraient 77.000 km² à l’échelle mondiale” (selon cette étude).

Peu de sources récentes sont aisément accessibles pour évaluer la tendance depuis 2013. Et ce sujet est oublié des rares médias qui accordent encore une place aux questions de climat, de biodiversité et d’agroécologie.

Pourtant, les bénéfices des mares et milieux apparentés sont énormes :

  • Ce milieu présente les meilleures capacités de stockage de CO2. En volume, les zones humides stockent plus de CO2 que les sédiments océaniques pour une surface bien plus restreinte. Et les petites zones humides stockent davantage que les grandes par unité de surface [2].
  • Ce milieu facilite grandement la gestion du trop plein et du manque d’eau
  • une mare retient l’eau et recharge les aquifères
  • elle constitue également une réserve pour le bétail, les maraîchers, voir les céréaliers
  • Une mare filtre l’eau grâce aux plantes qu’elle abrite
  • Une mare a un rôle pivot pour la biodiversité, et renforce les corridors existants
  • L’importance économique des mares n’est pas quantifiée à notre connaissance, mais elle est énorme tant ces services écosystémiques sont essentiels.

Le sujet de la mare, entendu comme un système de stockage des excès de pluie en période hivernale, se pose avec une acuité grandissante. Selon les projections climatiques, en France les périodes de sécheresses seront plus fréquentes et plus longues. Il sera alors opportun de disposer de stockages. Stocker l’eau ne doit pas être un tabou, à condition de ne pas multiplier des méga bassines privatisant la ressource.

En plus de réhabiliter les mares abandonnées, une voie médiane et réaliste serait donc de favoriser l’implantation d’un maillage important de noues et keylines et de fermer certains fossés.

En outre, toujours selon les projections, le Nord de la France sera particulièrement arrosé. Il faudra alors faire face à des cumuls de précipitations très importants, la période octobre 2023-octobre 2024 étant un avant-goût.

Avant de restaurer toutes les zones humides drainées frénétiquement, la réinstallation de mares apparaît comme un horizon atteignable à moyen terme.

#biodiversité

Zaï et lutte contre la désertification au Niger

Suite sur la lutte contre la désertification au Sahel – Comment le zaï permet la régénération massive d’écosystèmes dégradés au Niger ?

Ces images sont issue de la vidéo d’Andrew Millison

Une vidéo d’Andrew Millison, publiée en novembre 2024, est particulièrement motivante. Cet enseignant en permaculture est un vidéaste populaire sur Youtube avec plus de 500.000 abonnés. Cela lui permet de diffuser massivement les bonnes nouvelles de la planète, car il y en a encore !

La vidéo au cœur de ce post concerne la restauration de 300.000 hectares au Niger, en dix ans. Les résultats sont parlants, comme en témoigne l’illustration du post, issue de la vidéo. Pour restaurer ces terres arides et désolées, une myriade de demie-unes ont été creusées par les paysans nigériens. Le déploiement de ces mesures de conservation des sols et des eaux [voir post sur le Burkina Faso, 2] a permis à la végétation de pousser et aux arbres de s’épanouir.

Selon les gestionnaires du projet, la restauration d’un hectare profite au total à 3 hectares, grâce notamment à la protection contre les effets des vents venus du désert. Ils estiment donc que 900.000 hectares en bénéficient. Les bénéficiaires de ce projet font état d’une température de 5 à 9 degrés inférieure dans les zones restaurées par rapport aux terres arides avoisinantes. L’agroforesterie est décidément une mesure de remédiation climatique très efficace.

La vidéo se concentre sur une zone de 800 hectares de ce projet nigérien. Le déploiement de ces méthodes traditionnelles de gestion de l’eau aurait déjà permis aux aquifères, jusque-là menacés d’épuisement, de recommencer à se remplir. Enfin, sur l’ensemble du projet au Niger, 500.000 personnes auraient été “mises en sécurité alimentaire” grâce à la régénération de ces terres agricoles.

Ce projet s’insère dans la démarche plus large, et titanesque, de Grande Muraille Verte en Afrique subsaharienne, qui vise à freiner voire à inverser la désertification de 11 pays du Sahel. Cette muraille doit relier Dakar (Sénégal) à Djibouti et porte sur 117.000 km 2 (11,7 millions d’hectares).

Nous explorerons plus en détail les impacts déjà constatés de la Grande Muraille Verte dans de futurs posts.

Si Andrew Millison est parfois un peu trop enthousiaste, sa capacité à rayonner sur les réseaux en fait définitivement un porte-parole du mouvement de promotion de l’agroécologie. Ses vidéos sont réalisées avec soin, ce qui permet au message de rayonner au-delà du cercle des convaincus.

Car pour déployer d’ambitieux projets basés sur l’intensification agroécologique, toutes les forces vives seront nécessaires. C’est ce à quoi s’attelle notre collectif !

Fièrement propulsé par WordPress & Thème par Anders Norén

WP2Social Auto Publish Powered By : XYZScripts.com