Des solutions face à l'aridification de la France

Catégorie : Agroécologie Page 3 of 4

Plateau de Loess, verdissement et économie

Quelle est la relation entre la restauration écologique d’un territoire et son développement économique ?
Nous avons déjà documenté les résultats spectaculaires du reverdissement du Plateau de Loess, en Chine, notamment pour l’amélioration de la disponibilité hydrique.

L’image provient de l’étude “High quality developmental approach for soil and water conservation and ecological protection on the Loess Pateauaccessible ici

Le succès de cette restauration nous conduit à en évaluer l’impact économique, sans pour autant prendre pour argent comptant les agences étatiques chinoises. Malgré ces réserves, certaines études permettent d’évaluer la situation après plusieurs décennies de restauration écologique à grande échelle. Le devenir de cette zone après ce verdissement spectaculaire occupe d’ailleurs de nombreux chercheurs chinois.

Selon une étude de 2021, “l’état de l’environnement naturel du Plateau de Loess affecte à la fois la survie et le bien-être de plus de 100 millions de personnes”. Cette restauration a permis de lutter efficacement contre l’érosion et à la désertification. La couverture végétale a doublé (32 % du territoire en 1999 à 64 % en 2019). La structure industrielle a été optimisée et les terres arables sont devenues plus productives. En outre, avec la mise en œuvre du programme « Grain for Green », le revenu agricole moyen a plus que doublé, le revenu non agricole augmentant de 60%.

Une étude de 2023 explore le compromis entre restauration écologique et croissance économique : le PIB y a été multiplié par 9 au cours des quatre dernières décennies. Les chercheurs parlent de “situation gagnant-gagnant entre la conservation des sols et le développement économique”. Toutefois, l’essor économique a été spectaculaire pour toute la Chine. Malgré des progrès notables, le Plateau de Loess, comme la plupart des régions enclavées, est en retard par rapport à la moyenne nationale.

Une autre étude de 2023 évalue la valeur des services écosystémiques à l’échelle du bassin de la rivière Beiluo, situé dans la zone. La valeur du services écosystémique y a augmenté de 3,2 milliards USD (hausse de 54,16 % entre 1975 et 2015). Selon les auteurs, la préservation écologique n’a pas notablement perturbé la production agricole, même s’ il existe des conflits d’usages (arbitrages entre restauration écologique et agriculture).

Image issue de cette étude

 Enfin, face aux contraintes écologiques du Plateau de Loess et à l’essor de l’urbanisation, la Chine utilise un “modèle de sécurité écologique” afin d’y garantir la stabilité écologique, à travers le suivi d’une trame de corridors écologiques. La Chine jouit ainsi d’une grande expérience sur ces sujets, avec une planification et une évaluation cartographique fine.

Paradoxalement, l’état de dégradation avancée des sols conduit à faire de la Chine un leader en matière de génie écologique et de lutte contre la désertification.

On le voit, les projets de restauration écologique de grande envergure ne viennent pas grever l’économie et les arguments de réalisme économique de certains lobbys démontrent toute leur vacuité.

Qu’est-ce qu’une plante ?

Francis Hallé a souvent dit qu’il était incapable de définir ce qu’était un arbre, car dès qu’on se hasarde à une définition, on trouve un contre exemple. Cette idée est reprise dans un film de 2002 de Sophie Bruneau et Marc-Antoine Roudil. Après avoir essayé plusieurs définitions, le narrateur finit par conclure pragmatiquement que si on rentre dans une plante en voiture et que la voiture est cassée, alors cette plante est un arbre.

Illustration : interaction entre Nepenthes ampullaria et une espèce de grenouille (Microhyla nepenthicola). Les déjections de la grenouille et de ses têtards nourrissent la plante. Il semble que celle-ci soit également capable de digérer des feuilles mortes (voir ici et ).

Cette difficulté à définir ce qu’est un arbre ou une plante s’applique-t-elle aux végétaux en général ? 

Si on se base sur la définition du Larousse, un végétal est un être vivant dont les cellules sont limitées par des membranes de cellulose. On a là effectivement une définition qui fonctionne. Toutefois, le dictionnaire avance d’autre caractéristiques moins universelles :

  • La présence de chlorophylle
  • Il existe des plantes comme la monotrope uniflore qui en sont dépourvues
  • Le fait d’être fixé au sol 
  • L’œillet de l’air, des chansons de Carlos Gardel (tillandsia aeranthos) est un plante sans racine, qui s’enroule autour d’un support quelconque (un fil électrique par exemple) 
  • Une sensibilité et une mobilité extrêmement discrètes
  • La sensitive (mimosa pudica) se rétracte lorsqu’on la touche
  • Et enfin, une nourriture composée de sels minéraux et de gaz carbonique

Ce dernier point mérite sans doute qu’on s’y arrête. En effet, ce n’est pas parce qu’on sait faire pousser des plantes de façon ultra intensive avec des minéraux et du gaz carbonique, que c’est ce qu’elles consomment spontanément. Au-delà des plantes carnivores spectaculaires, il semble que le fait de consommer des microbes soit assez répandu chez les plantes, il y a même une algue verte qui sait dégrader la cellulose d’autres plantes. Enfin, certaines orchidées mangent directement des champignons

Le vivant laisse des traces I : carbone et photosynthèse

Illustration : la reconstruction par cryo-ME de la capside complète de l’apoferritine, permet de faire apparaître “l’ombre des atomes” (Paul Emsley/MRC Laboratory of Molecular Biology)

Les isotopes sont des atomes qui possèdent la même charge électrique mais une masse différente.

Pour le carbone, par exemple, il en existe 15. Deux sont stables. Le carbone 12 est le plus courant. Il représente 98.93 % du carbone total. Le carbone 13 vient en second (1.07 %). Quant aux autres isotopes, ils n’existent qu’à l’état de trace.

Ainsi d’un point de vue chimique ⚗️ les isotopes sont interchangeables, mais physiquement ⚖️,  ils ont des propriétés différentes :

  • certains sont stables
  • d’autres radioactifs ☢️

L’analyse isotopique permet d’établir scientifiquement un certain nombre de faits (« L’isotope, traceur d’origine : distribution isotopique dans les composés naturels« ):

  • L’analyse de l’oxygène permet par exemple de déterminer si une pluie  🌧️ est d’origine marine 🌊 ou terrestre 🌳(voir la présentation de l’hydrologie isotopique).
  • L’analyse du carbone permet de dater les résidus organique (carbone 14) 🦖
  • L’analyse de l’azote permet de déterminer la place d’une créature dans la chaîne alimentaire 🥩
  • Lorsque l’azote est trop dégradé, l’analyse du zinc fixé dans les dents permet de déterminer ce que le propriétaire de la dent a mangé [4]

Un autre aspect intéressant, souligné par le paléoanthropologue @Jean-Jacques Hublin, dans sa série de cours de 2018 (l’homme prédateur) est la capacité, en analysant les isotopes du carbone, de déterminer si une chaîne trophique s’est construites sur des plantes effectuant une photosynthèse C3 ou C4. Cela lui permet par exemple de déterminer à quels moments les hominines ont pu quitter le couvert forestier (C3) pour s’aventurer dans la savane (C4).

La proportion d’isotopes du carbone caractéristique d’une type de photosynthèse, se retrouve non seulement dans les résidus de plantes (y compris le charbon), mais aussi dans les animaux qui les consomment et chez les prédateurs et super prédateurs.

L’activité des plantes façonne durablement la composition physico-chimique du monde. Elle modifie la composition des milieux dans lesquels elles évoluent. Les isotopes sont un des vecteurs de cette transformation. Ce n’est pas le seul.

Au sein de l’Autoroute de la Pluie nous nous interrogeons beaucoup sur l’intensité de cet impact, qui reste un champ de recherche largement ouvert.

La syntropie, une piste crédible pour l’agriculture industrielle

Image issue de Mongabay

La syntropie émerge comme une piste d’inspiration de plus en plus crédible pour l’agriculture industrielle.

Au Brésil, l’agriculture syntropique développée par le Suisse Ernst Götsch n’en finit plus de faire ses preuves, au point de séduire les dirigeants de grandes exploitations en monoculture.

Installé depuis les années 1980 dans l’Etat de Bahia, au Brésil, Ernst Götsch a consacré sa vie à l’agroforesterie, avec la volonté farouche de mettre en pratique ses ambitieuses théories de l’agriculture syntropique.

Nous avons déjà présenté le concept de syntropie à travers trois posts déjà publiés (voir les posts LinkedIn ici, et ou chercher « syntropie » sur le site). Son principe fondamental est de composer avec la complexité et la dynamique du vivant plutôt que de lutter contre. En pratique, cela revient à favoriser la production d’une biomasse abondante et très diversifiée et à augmenter le taux de restitution au sol. Cela passe notamment par des mécanismes de strates et de successions, pour permettre l’émergence d’un écosystème diversifié.

Au cours des trente dernières années, Götsch a expérimenté cette approche sur une zone de 120 hectares dans le sud de Bahia. Au moment où elles lui ont été confiées, ces terres étaient recouvertes par une prairie touffue et considérées comme peu fertiles. Le chercheur s’est fixé comme objectif de les transformer en une forêt dense tout en y plantant du cacao qui y trouve protection.

En développant les méthodes de l’agriculture syntropique, Götsch a obtenu des résultats spectaculaires et transformé radicalement le paysage local. Il a aussi contribué à créer un microclimat dans une région touchée par des sécheresses récurrentes. « Lorsque vous survolez, vous ne voyez plus mon exploitation car il y a des nuages ​​ici toute l’année », illustre-t-il.

Sur le plan agricole, l’expérience a également été concluante. Alors que les autorités compétentes jugeaient la zone comme impropre à la culture de cacao, la plantation d’Ernst Götsch a progressivement atteint un rendement équivalent à celui d’exploitations conventionnelles, pour des coûts inférieurs et sans utilisation de pesticides.

Cet argument n’a pas laissé insensible un certain nombre de grands agriculteurs de l’Etat de Bahia, en quête de solutions pour sortir de la dépendance aux pesticides, dont les impacts négatifs sur la fertilité des sols ont provoqué une importante baisse de la productivité.

On peut mentionner l’exemple de Paulo Borges, propriétaire de 10 000 hectares de plantations de soja dans la région. Lui et d’autres agriculteurs de la région sont accompagnés par Götsch afin de limiter au maximum l’usage de produits phytosanitaires. Au moment de faire cette annonce, en 2020, Paulo Borges espérait pouvoir s’en passer complètement sur son exploitation d’ici 10 ans. 

Nous n’avons pas trouvé d’informations sur la mise en pratique de ce changement depuis. N’hésitez pas à nous éclairer sur cette question !

La photosynthèse à 5 pattes

Dans la publication précédente, nous avons vu qu’il existe trois modes de photosynthèses, C3, C4 et CAM, chacun adapté à un contexte et notamment à un optimum de température. La C4 pour les herbes tropicales, la CAM pour les plantes grasses, la C3 pour le reste. Aujourd’hui nous allons nous attacher à nuancer ce propos.

Image paulownia – Image peuplier : (projet déployé par l’Association française d’agroforesterie) – Image bambou – Image miscanthus

D’abord, sur l’optimum de température, les travaux récents de Mulet François sur la conduite de certaines plantes en conditions tropicale, laissent à penser que la question est plus complexe que ce que l’on pourrait le croire de prime abord, puisqu’il fait pousser des courges à 45°C et 100 % d’humidité. Pourtant, elles sont censées avoir un optimum à 25°C. La disponibilité en eau et l’humidité de l’atmosphère ainsi que l’espèce sont susceptibles de modifier ce paramètre.

Beaucoup de plantes ont en outre un mode de photosynthèse non conventionnel :

– le paulownia, dont on a longtemps cru que c’était un arbre C4, est en fait capable d’être un C3 et un CAM (voir cette étude et celle-ci).

– le bambou est un C3 atypique qui sait utiliser le CO2 issu de la photorespiration (voir ce lien)

– le miscanthus est certes une plante C4, mais capable de fonctionner à partir de 15°C (voir l’étude : « Long SP, Spence AK. 2013. Toward cool C4 crops. Annual Review of Plant Biology » 64, 701–722).

On remarque au passage que beaucoup de champions de la biomasse sont des plantes atypiques.

Dans la biomasse, on considère qu’il y a toujours à peu près 58% de carbone. Ce qui compte donc, ce n’est pas la nature de la biomasse, mais la quantité produite (exprimée en matière sèche).

Pour une quantité d’eau donnée, toutes les plantes ne produisent donc pas la même biomasse. Et cela ne dépend pas seulement du processus de photosynthèse. Les plantes ont d’autres stratégies, comme la mise en réserve de sucres dans les parties souterraines, l’alliance avec certains champignons ou la capacité à capturer la rosée qui les aident à croître. Est-ce pour autant qu’on peut dire qu’elles captent plus de CO2 ?

Ce qui compte avant tout pour produire de la biomasse, c’est que la plante soit adaptée à ses conditions de culture : son sol, son climat, mais aussi à la méthode de plantation et de conduite des cultures.

#co2 #plantes #photosynthèse

Les sources de l’image du post sont accessibles ici [7]. Nous avons ajouté le peuplier pour illustrer un végétal à croissance rapide des milieux tempérés.

Les photosynthèses

Il y a, derrière un discours marketé sur certaines plantes qui capteraient plus de CO2, un point qu’il faut éclaircir.

Il y a, derrière un discours marketé sur certaines plantes qui capteraient plus de CO2, un point qu’il faut éclaircir. 

La photosynthèse est une réaction chimique qui utilise la lumière et un “donneur d’électrons” pour transformer du CO2 en autre chose. Le donneur d’électrons peut être du fer, des nitrites, de l’hydroxyde de soufre ou d’arsenic. C’est généralement de l’eau. On la retrouve chez les algues, les plantes et certaines bactéries (les cyanobactéries). La photosynthèse à base d’eau, celle des plantes, est dite “photosynthèse oxygénique”. Elle décompose l’eau et le CO2 pour produire du sucre, de l’eau et de l’oxygène. 

6CO2 + 24H2O C6H12O8 + 12O2 + 12H20

Schéma issu de l’étude source de cet article

Pour la majorité des plantes (celles qu’on appelle C3), cette réaction est associée à une activité coûteuse en énergie et en eau qu’on appelle photorespiration. Cette stratégie ne permet qu’une production de biomasse moyenne, mais elle est très adaptée à des conditions climatiques variables. On considère généralement qu’il existe un optimum thermique de 25°C. Ce type de photosynthèse permet de capter 1 gramme de carbone pour 400 g d’eau.

Une autre stratégie (C4) permet d’éviter la photorespiration. Le processus de photosynthèse est effectué dans deux cellules distinctes. L’optimum thermique passe à 35° C et la plante utilise seulement 250 g d’eau pour fixer 1 g de carbone. C’est la stratégie des plantes tropicales comme le maïs, le sorgho, la canne à sucre et le mil.

Mais C3 et C4 ont une faiblesse : la plante doit pouvoir evapotranspirer en même temps qu’elle fait de la photosynthèse. S’il fait trop chaud, la plante peut donc soit fermer ses stomates pour préserver son eau et cesser toute activité métabolique, soit continuer la photosynthèse, quitte à tomber en stress hydrique.

Seules les plantes CAM, c’est à dire essentiellement les plantes grasses, les cactus, savent gérer cette situation. Comme les C4, ces plantes effectuent leur photosynthèse en deux temps. La nuit, elles effectuent les échanges gazeux, puis le matin, après s’être gorgées de rosée, elles ferment leur stomates et finissent de métaboliser le CO2 absorbé durant la nuit sans perdre une goutte d’eau. Leur optimum est de 35°C le jour et de 15°C la nuit, car l’échange gazeux ne peut se faire qu’avec une certaine chaleur. Mais c’est seulement 50 g d’eau qui leur faut pour capter 1 g de CO2.

Il n’y a pas donc des plantes qui captent plus de CO2, il y a des plantes qui à volume d’eau constant vont faire plus de biomasse et des plantes qui sont davantage capables que d’autres de fonctionner quand il fait chaud.

#photosynthèse

Les moutons de mer (ou moutons à fleur) volent les chloroplastes des algues qu’ils consomment pour faire eux mêmes de la photosynthèse. Image accessible ici.

Voir l’étude « Exploring natural variation of photosynthesis in a site-specific manner: evolution, progress, and prospects » pour la source bibliographique.

Soyez Vyvant !

Image : la centrale de Vitry-en-Charollais a été détruite par la grêle quelques jours avant son ouverture en 2022. Si ces panneaux n’auront jamais produit d’électricité, ils auront néanmoins produit beaucoup de PIB

Selon cet article, une centrale photovoltaïque de 9 ha va produire 670 MW/h par ha et par an, soit dix fois plus qu’un hectare de miscanthus (15 t pour 4700 kWh/t)

Face à cette évidence, pourquoi continuer à promouvoir l’agroforesterie ? L’agri-voltaïsme est plus compétitif, plus rentable et permet de sauver des fermes. La réponse tient en la nature du vivant

Définir le vivant par la biologie (structure des cellules, présence d’ADN ou d’ATP) ne permet pas de couvrir l’ensemble de son spectre (pensons aux virus ou aux prions). Et puis cela ne permettrait pas de reconnaître une forme radicalement différente qu’on pourrait trouver dans l’espace ? C’est pourquoi les astro-biologistes cherchent à définir le vivant par son comportement. Il interagit avec son environnement, il se reproduit, s’adapte, respire et mange.

En 2020, Stuart Bartlett et Michael Wong avancent  une définition thermodynamique de la vie d’un point de vue générique qu’ils appellent la Lyfe. Ainsi le vivant terrestre participe d’un plus grand ensemble : le Vyvant. David Louapre [4][5]  et Stuart Bartlett ont modélisé le concept [3] au travers d’un poignet de pseudo réactions chimiques qui couvrent ses  4 propriétés : 

  • C’est une structure dissipative. Il utilise l’énergie pour créer de l’ordre et diminue localement l’entropie.
  • Il est autocatalytique. Il peut produire plus de lui-même.
  • Il est capable d’homéostasie. Il sait s’adapter aux conditions du milieu.
  • Il est capable d’apprentissage. Par sélection ou par association, le vivant change sa réponse à un stimuli de façon durable.

Ainsi, contrairement à d’autres structures dissipatives naturelles comme un feu ou une tornade qui finissent par disparaître faute d’adaptation, ou artificielles, comme un panneau solaire, une ampoule, un moteur, qu’on entretient et qu’on remplace régulièrement (pour peu qu’on en ait encore l’usage), le vivant est une structure émergente qui gagne sans cesse en complexité et en autonomie. Il trouve des solutions pour se perpétrer. 

Par exemple, quand l’eau des sols est épuisée et que les plantes ne peuvent plus réguler l’atmosphère, elles blanchissent. Cette augmentation de l’albédo hâte le retour des pluies et la moisson se fait entre les gouttes. Alors, grâce aux réserves stockées dans leur bois, leurs racines, leurs graines et le sol, les plantes démarrent un nouveau cycle..

C’est cette capacité du vivant à régler des problèmes qui nous intéresse. Avec des panneaux solaires on produit de l’électricité, de la valeur, du revenu, avec du vivant, du miscanthus, des arbres, on produit du futur.

Landrace Gardening – pour une horticulture variée et robuste

Illustration les melons de Joseph Lofthouse.

En botanique, une espèce  compte souvent plusieurs variétés. Par exemple, pour  la tomate (Solanum lycopersicum), il y a la tomate cerise (cerasiforme) et la tomate à gros fruits (esculentum).

Mais souvent, dans une acception plus générale, le terme de variété est utilisé pour désigner une forme plus précise aux caractéristiques réputées uniques, (Cœur de Boeuf, Marmande, Green Zebra). C’est ce qu’on appelle un cultivar.

Un cultivar a été sélectionné et stabilisé afin de posséder des propriétés (goût, productivité, couleur, résistance aux maladies) constantes. Il est reproduit selon des modalités précises qui dépendent essentiellement de l’espèce.

A l’inverse des cultivars, il y a les variétés “population” qui sont obtenues par sélection massale. Autrement dit, au lieu de s’assurer de conditions strictes donnant un résultat reproductible, le fermier obtient sa semence à partir des parties de sa récolte qui lui semblent les plus prometteuses.

Le chimiste et maraîcher Joseph Lofthouse, raconte dans “Landrace Gardening: Food Security through Biodiversity and Promiscuous Pollination” comment il a utilisé la sélection massale pour obtenir des melons dans un contexte pédoclimatique totalement défavorable. Vous pouvez également retrouver ces expériences sur la chaîne youtube Landrace Gardening ou sur le site Going to seed, qui fédère un réseau d’échange de graines et des ressources pour se former.

Sa technique consiste à planter un grand nombre de variétés (pour les melons, plus de trente) et à favoriser l’hybridation de proximité. Puis à simplement utiliser les graines issues des plantes qui lui ont donné satisfaction. Et comme il fait l’inverse de ce qui est habituellement préconisé, il obtient l’inverse du résultat habituel : une production d’une grande variété de formes, goûts et couleurs.

Pour l’Autoroute de la Pluie, cette approche à base de diversité ouvre une porte de plus dans la palette des solutions fondés sur la nature. Pour peu qu’on sache admettre qu’on n’aura pas un melon de Cavaillon quand on est dans les montagnes de l’Utah.

Comprendre la syntropie 3 : Quelles ressources pour commencer ?

Nous avons essayé de présenter dans deux précédents articles des notions que l’agriculture syntropique met en œuvre. Elles peuvent sembler éloignées du sujet principal qui est d’installer et de faire prospérer des plantes pour répondre à nos besoins.

Mais cette entrée en matière par le champ scientifique nous a semblé nécessaire parce que l’agriculture syntropique découle d’une compréhension du monde, issue non pas de la physique newtonienne qui nous est si familière, mais d’une vision thermodynamique encore éloignée de nos canons de perception. Admettre l’irréversibilité, comprendre que le tout n’est pas égal à la somme des parties, penser les systèmes en termes de flux est et de dissipation échappe complètement au canons des techniques de production. Lorsqu’un tracteur travaille, qu’est-ce qui part en chaleur ? qu’est-ce qui le fait avancer  ? Toutes ces questions ne sont sûrement pas neuves. Elles datent de la machine à vapeur. Pourtant tous nos indicateurs clés comme le rendement ou le PIB sont établis comme si l’expérience de production était reproductible à l’infini, comme si le monde était constant. 

N’oublions pas toutefois que la syntropie ce sont avant tout des fermes. Celle de Ernst Gotch au Brésil, celle des Magawits en France, et bien d’autres de part le monde, expérimentent dans le domaine agricole. Il y a beaucoup de témoignages, de formations, de partages d’expérience. Notamment grâce au travail didactique d’@Opaline. Toutefois, si ces témoignages sont utiles, il manquait un ouvrage de référence. C’est chose faite avec la parution de  Bienvenue en syntropie de Théry Analële (préface de Opaline Lysiak, coédition Joala Syntropie et Terre vivante).

L’auteure y partage son expérience d’adaptation des techniques développées par Ernst Götsch en milieu tempéré. Le cheminement du livre nous amène de la théorie à la pratique de façon très imagée et ludique. Si cela rend la lecture facile et agréable, ces deux aspects auraient peut-être pu être plus incarnés afin d’être mieux questionnés : une sorte de dialogue socratique entre un philosophe et un paysan ? Car la syntropie telle que nous la comprenons place la science au cœur de l’élaboration du processus technique. Notons d’ailleurs qu’une réflexion similaire a amené le philosophe Bernard Stiegler à inventer les Territoires Apprenant Contributif, un projet de développement économique néguentropique.

Au-delà de cette remarque, le livre est d’un apport théorique et pratique inestimable et va bien au-delà de la palanquée de PDF qu’on peut trouver sur internet et qui manquent cruellement de concret. Quand on s’intéresse à la production végétale, la qualité des itinéraires décrits et des pistes explorées ouvre des possibilités d’expérimentation et de design infinies. 
Pour clore cette présentation de la syntropie, citons le mot de Théry Analële : “La syntropie n’est ni simple, ni complexe mais simplexe”.

Comprendre la syntropie 2 : Le vivant est une structure dissipative

Ce post fait suite à un post dans lequel nous situions l’agriculture syntropique d’un point de vue anthropologique (cf article).

Souvent, on présente la syntropie comme l’inverse de l’entropie. Or selon le second principe de la thermodynamique, ce qui caractérise l’entropie c’est qu’elle ne peut pas diminuer. Elle ne peut donc pas à proprement parler avoir d’inverse.  

La capacité du vivant à s’ordonner, croître et se reproduire, stocker de l’énergie, s’aggrader apparaît alors comme paradoxale (Qu’est-ce que la vie ? Erwin Schrödinger 1944).

Ce paradoxe, c’est le physicien Ilya Prigogine qui le résout grâce au concept de structure dissipative (Temps, Structure et Entropie, Ilya Prigogine, Bulletins de l’Académie Royale de Belgique Année 1967 53).

La dissipation désigne le fait qu’au cours du temps un système dynamique perd de l’énergie sous forme de chaleur. Ainsi le caractère irréversible de l’entropie devient un cas particulier du caractère irréversible du temps. 

En agriculture syntropique, on utilise :

La succession végétale qui permet de maintenir en permanence une végétation à un stade optimal : c’est la dimension temporelle.

La stratification afin de favoriser la captation optimale de la lumière : c’est la.dimension énergétique

La perturbation qui permet de stimuler l’activité biologique : c’est la dimension entropique.

A ces trois paramètres il faut en rajouter un principe d’intensité : l’abondance. La syntropie c’est produire beaucoup en permanence. 

Ainsi la syntropie, que nous avions défini en première approximation comme un mouvement anthropologique autour de pratiques agricoles, s’avère être un moyen de médiation énergétique auquel il convient de réfléchir. L’agroécosystème syntropique constitue certainement une bifurcation dans le mode de production agricole, mais il nous fait surtout comprendre qu’une intensification démesurée de l’activité végétale libère un potentiel qui pourrait être une partie de la réponse à nos problèmes de dessèchement et de surchauffe : Utiliser la capacité de dissipation du vivant ; un mouvement anthropologique et anthropique.

Pour l’autoroute de la pluie, l’agroécologie et en particulier l’agroforesterie, permet d’engager une transition du point de vue de l’alimentation et de la biodiversité, mais aussi du point de vue d’une équation énergétique globale.

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