Pour les crédits photos et ce qu’elles racontent, voir la fin de l’article

Jusqu’à 25 mm de pluie stockés dans quelques centimètres de mousse.

Les mousses ont un impact sur le cycle de l’eau et le climat local bien supérieur à ce que leur taille laisse supposer. Une étude de 2019 menée dans les forêts de nuages du Pérou a quantifié que les mousses pouvaient stocker l’équivalent d’une averse significative.

Les mousses font partie du groupe des bryophytes (avec les hépatiques et les anthocérotes). Ces plantes sans système vasculaire figurent parmi les pionniers de la colonisation de la terre ferme initiée par les algues.

Les bryophytes représentent le second plus grand groupe photosynthétique sur Terre. Ainsi, les mousses sont présentes sur tous les continents et regroupent plus de 10.000 espèces. Enfin, la biomasse contenue dans le genre de mousses “Sphagnum” , vivantes et mortes, est supérieure à celle de tout autre genre de plantes sur Terre.

Les mousses ont des caractéristiques impressionnantes : 

  • énormes capacités de rétention d’eau
  • captation du brouillard et de la rosée 
  • lutte contre l’érosion
  • stockage du carbone dans les sols
  • capacité à pousser sans substrat de sol (qu’elles contribuent d’ailleurs à former)
  • purification de l’air
  • grande résilience (une mousse peut se réhydrater après dessiccation totale, la “reviviscence”)

Bien que menacées par le dérèglement climatique, les mousses ont d’incroyables facultés hydrologiques. Selon une étude expérimentale, les mousses ont permis de réduire le ruissellement de surface de 91 % et l’érosion du sol de près de 100 %, tandis que la quantité d’eau percolée a augmenté de 85 % comparé à des sols nus. Selon la revue bibliographique de cette étude, les capacités de stockage en eau vont de 100 à 5 000 % de leur poids sec, selon les espèces.

Dans un cas spécifique (“prairie à tussacks”, Nouvelle-Zélande), les bryophytes constituent 4% de la biomasse végétale mais sont le deuxième contributeur au stockage d’eau par les plantes.

L’étude “The global contribution of soil mosses  to ecosystem services” quantifie leur impact sur le stockage carbone. Selon cette modélisation, les mousses pourraient stocker jusqu’à  6,43 Gt de carbone supplémentaires par rapport à des sols laissés nus. Le carbone stocké dans le sol grâce aux mousses équivaut à 6 fois les émissions annuelles mondiales liées aux modifications d’usage des sols.

Une fois de plus, le règne végétal recèle des solutions décisives. Il est plus que jamais nécessaire de laisser au maximum des forêts en libre évolution afin qu’elles atteignent une maturité écologique suffisante pour se couvrir de mousses.

Pour cela, nous prônons un large développement de l’agroforesterie. En effet, la hausse de production de bois agricole permettrait de nettement réduire les pressions sur des forêts qui gagneraient en robustesse.

Et vous, vous connaissez des projets qui tirent parti des pouvoirs des mousses ? A quand des plans d’adaptation climatiques qui intègrent les mousses ?

Crédits photos et détails :
Image 1 :
L’image en haut à gauche vient d’un reportage de France 3 à la découverte de la forêt humide des mousseuses à La Ferté-Vidame (Eure-et-Loir)
L’histoire de cette « mangrove tempérée » est d’ailleurs croustillante :
« En 1826, Louis Philippe, propriétaire du château de la Ferté-Vidame, aménage le domaine, fait relever le mur d’enceinte, remettre en état les pièces d’eau et installe un système de drainage pour assécher une partie de la forêt. Le mauvais fonctionnement du système entraîne une stagnation de l’eau et permet à la végétation et aux animaux de s’installer dans une ambiance tropicale, sorte de mangrove étrange et mystérieuse. »

Image 2 :
L’image en haut à droite est accessible ici.
Elle montre des gamétophytes de sphaigne qui se développent immergés dans l’eau.
Tarpinian , CC-BY-NC .

Image 3 :
L’image de bas à gauche provient de Wikimedia Commons

Image 4 :
L’image en bas à droite est accessible ici
Elle montre d' »étranges cellules vides des feuilles de sphaigne [qui] abritent des algues ! Ces grandes cellules vides confèrent à la sphaigne son immense capacité de rétention d’eau. »

Bonus : une prairie à tussacks

L’image provient de Wikipedia