L'Autoroute de la pluie

Des solutions face à l'aridification de la France

Crise DNC : comprendre la dermatose nodulaire contagieuse

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Crise de la DNC, les clés pour comprendre

La dermatose nodulaire contagieuse (DNC) est une maladie virale des bovins et buffles, non transmissible à l’humain, provoquant fièvre, nodules cutanés et fortes pertes de production. Elle est parfois mortelle. La DNC se transmet surtout par des insectes piqueurs (taons, stomoxes) et fait l’objet de mesures strictes d’éradication en Europe.

L’historique de l’épidémie en France est largement décrit dans un dossier de la Coordination Rurale.

L’ANSES à publié le en juillet un document prévoyant l’abattage des troupeaux au nom d’une réglementation européenne : « L’abattage des troupeaux infectés : la réglementation européenne impose des mesures de dépeuplement par abattage total des troupeaux contaminés afin d’éviter la diffusion du virus ».

La réglementation européenne existe bien (2016/429 + 2020/687 et décisions d’exécution), elle autorise et encadre le dépeuplement total, mais le fait que ce soit appliqué de manière systématique en France résulte d’un choix politique et réglementaire national dans le cadre de ces textes (voir ici et ).

L’abattage le 12 décembre 2025 d’un troupeau de 208 vaches en Ariège a mis le feu aux poudre dans le Sud de la France. L’ensemble des syndicats agricoles est vent debout contre ce qu’ils dénoncent comme la fin de l’élevage en France.

Plusieurs questions émergent.

  • Qu’en est-il ?
  • Pourquoi, contre toute logique, l’État maintient l’abattage de troupeaux entiers ?
  • L’élevage est-il effectivement en danger ?
  • Quelles seraient les conséquences d’une marginalisation du pâturage ?

Pour contribuer au débat, l’Autoroute de la Pluie, propose une série d’e trois articles :

  • Une analyse critique de la biosécurité
  • Les systèmes prairiaux et leur impact écologique
  • L’intérêt agronomique du pâturage

Le kapokier : arbre tropical aux fibres hydrophobes

Pour finir cet échange, nous évoquons un arbre peu connu sous nos latitudes : le kapokier.

 Parmi toutes les espèces végétales décrites et qui nous sont étrangères, Elodie Arrault revient sur les plus remarquables.

« Toutes ces espèces m’étaient aussi pour la plupart étrangères. Ce voyage m’a permis d’en découvrir énormément. Il en reste encore beaucoup à découvrir. Elles sont toutes remarquables parce qu’elles ont quasiment toutes énormément de vertus. Que ce soit des vertus médicinales, qu’elle nous offre de l’ombre, du bois pour cuisiner, du bois pour faire des meubles, des graines ou des fruits, il y a tellement de choses possibles avec tous ces arbres. Mon souhait dans le livre, c’était d’en mettre quelques-uns en lumière. Alors évidemment j’ai mis ceux qui sont peut-être plus connus pour les mettre en avant.«

« Je suis fascinée par le baobab. C’est vrai qu’il dispose d’un fort capital sympathie, que beaucoup de personnes aiment aussi cet arbre. J’ai pu traverser des forêts de baobab au Sénégal et au Mali et j’aime beaucoup cet arbre. Il fait partie de mes préférés, mais si je devais en choisir un seul, je dirais le kapokier, parce qu’il a une forme inhabituelle, un très beau port. Il  a également un tronc étrange, avec des sortes d’épines. Il a de très belles fleurs, oranges ou roses selon la variété. Il a un fruit aussi, le kapok qui est très utile. Ça fait comme une espèce de coton à l’intérieur. Les abeilles vont butiner les fleurs et ça fait un miel remarquable. C’est mon arbre favori à la suite de ce voyage.«

Le Kapokier

Ceiba pentandra, le kapokier ou fromager ou cica est un arbre de la famille des Malvacées. C’est une famille importante qui comporte les hibiscus, mauves, baobabs, cacaoyers, durians, gombos et roses trémières Le Kapokier est un arbre géant à croissance très rapide originaire d’Amérique du Sud, il a été disséminé dans toute la zone tropicale au 16e siècle. Il produit une fibre naturelle, le kapok, qui a été massivement utilisée jusqu’à la fin du 20e siècle pour garnir les coussins, les matelas, ou comme isolant. Le kapok a une texture et un côté hydrophobe et imputrescible qui le rend idéal pour cet usage. Désormais on lui préfère le plastique.

Les fibres de kapok sont assez courtes ce qui rend le filage laborieux. Il est toutefois à la base de tissus traditionnels au Cambodge. Aujourd’hui, certaines entreprises l’utilisent, comme le hollandais flocus, qui développe du tissu non tissé à base de kapok en Indonésie. La culture du kapokier est possible en Europe dans les endroits qui ne gèlent jamais. Il y a par exemple quelques spécimens au Portugal. Mais la fraîcheur inhibe sa croissance. C’est définitivement un arbre tropical.

Restauration des sols au Sahel : les clés du succès

« L’eau est importante, mais ce qui compte, c’est la gestion de l’eau.«

Suite de l’entretien avec Elodie Arrault, autrice de “Dadji (de Dakar à Djibouti à la rencontre de la grande initiative verte panafricaine)

Pour Elodie Arrault, ce qui compte avant tout, c’est l’appropriation du projet par les personnes qui vivent sur place. Si les gens n’ont pas compris l’intérêt et ne sont pas motivés pour restaurer, planter et imaginer un tas de choses, il ne se passera rien. Même si on a de l’eau. Même si on a tout ce qu’il faut. Il faut que le sujet soit compris. Parfois ça n’est pas compris parce que, tout simplement, culturellement, on pense que c’est Dieu qui plante les arbres, pas la main de l’homme. Il y a plein d’autres critères, mais on peut commencer par ça.

Après, il y a la question sécuritaire dans beaucoup de pays du Sahel. Il y a des projets qui ont été abandonnés parce que les villages ont été attaqués. Il y a des risques de terrorisme. Il y a des projets qui ont été menés, comme en Éthiopie et là, ce n’est pas le terrorisme, mais la guerre interrégionale qui détruit tout. Ou la guerre tout court, comme au Soudan. Ça arrête tout. Donc oui, la question sécuritaire est une question primordiale.

Ensuite, une fois qu’on a réglé le problème de la sécurité, la question de l’eau n’est pas le sujet principal. Plus important que le sujet de l’eau, il y a le sujet de la gestion des animaux qui vont venir manger dans les parcelles. Il faudrait pouvoir tout clôturer, mais ça n’est pas possible.

Ça implique aussi un problème foncier. Comment intègre-t-on des éleveurs et des agriculteurs ? Une des solutions pourrait être que les éleveurs soient sensibilisés à l’agriculture. Qu’ils apprennent certaines notions à propos de l’agriculture, que ces agriculteurs aient des animaux. Ça s’appelle l’agroécologie : intégrer les animaux dans les projets agricoles pour éviter ces conflits et trouver des solutions à la restauration des sols en tenant compte du bétail.

Mais les troupeaux sont de plus en plus importants. Comme ils n’ont plus à manger dans le Sahara, ils descendent vers le Sud. Ça ne fait qu’accentuer le problème. Il faut trouver une conciliation, une médiation, entre ces deux mondes qui parfois se divisent jusqu’à se donner la mort à cause de ce sujet.

Au sujet de l’eau, évidemment il y a des endroits où il y en a très peu. Mais il y en a toujours à un moment de l’année. Donc tant qu’il a de l’eau, y a de l’espoir. Des façons de travailler sans eau, ou avec très peu d’eau dans l’année, existent et permettent d’avoir des résultats.

L’eau est importante, mais ce qui compte, c’est la gestion de l’eau.

Grande Muraille Verte : un maillage d’écosystèmes, pas une forêt

La muraille verte, c’est surtout un état d’esprit : penser à restaurer les sols et à planter.

L’Autoroute de la Pluie s’interroge sur la réalité de la grande muraille avec Elodie Arrault, autrice de “Dadji (de Dakar à Djibouti à la rencontre de la grande initiative verte panafricaine)”.

 Le mot muraille n’est pas tout à fait approprié parce que c’est tout sauf une muraille. C’est un projet qui ne sépare pas, mais qui unit plusieurs pays.

L’idée première, qui a une vingtaine d’années, a été de constituer une bande végétale arborée de 15 km de large sur 7.5800 km de long. Ça n’est pas possible, pour différentes raisons et ça veut dire qu’on ne verra pas depuis le ciel cette bande qui traverse l’Afrique.

C’est plutôt un assemblage, un maillage d’écosystèmes verts, productifs et nourriciers, un puzzle. Finalement la limite géographique qui était fixée au départ n’a que peu d’importance. La muraille verte c’est avant tout philosophie, un état d’esprit à avoir systématiquement, dans toutes les régions, partout dans le monde.

Mais ce projet panafricain n’existe pas de la même façon dans les 11 pays concernés. Certains pays se sont plus emparés du sujet. Et il y a des pays qui, pour diverses raisons, de guerre, d’insécurité, ne peuvent pas travailler comme ils voudraient.

Le Sénégal est le pays le plus avancé, avec une politique volontariste et une vraie force de frappe. Culturellement, grâce à Sankara, le Burkina s’est beaucoup approprié l’agroécologie. L’Éthiopie aussi. Je ne suis pas allé au Nigéria mais il semble que ce pays s’investit beaucoup. D’autres comme Djibouti et le Mali sont à la traîne. Certains bougent depuis peu, comme la Mauritanie, et tout récemment le Tchad.

La muraille verte n’est pas une forêt. Parfois c’en est une, une forêt communautaire ou une forêt classée. Celles-ci sont mises en défense, protégées des animaux par une clôture. Elles peuvent ainsi se densifier, préserver des espèces en voie de disparition. Ça peut être une pépinière, qui est parfois associée à d’autres activités.

En Mauritanie et au Tchad, ce sont les “fermes agricoles communautaires intégrées”. Une parcelle clôturée et alimentée en eau est allouée à un groupement de femmes, avec des poulets. Elles créent ainsi un potager et valorisent leur travail grâce à une boutique contiguë à la parcelle. En échange, elles ensemencent et font pousser de jeunes plants destinés à d’autres parcelles. Ça peut aussi être une unité de transformation : apprendre à transformer les produits cultivés et récoltés, leur donner une valeur ajoutée, est un sujet important.

En Mauritanie, la muraille verte sert aussi à fixer les dunes mobiles, qui sinon envahissent les villages et mordent les routes. La fixation des sols se fait grâce à des plantes spécifiques qui préservent les infrastructures.

Donc la muraille n’est pas qu’une forêt, c’est une multitude d’activités visant à restaurer des milliers d’hectares dégradés tout en créant de l’emploi et de la valeur ajoutée. C’est surtout et avant tout un état d’esprit.

Grande Muraille Verte : de Dakar à Djibouti à vélo

« “La muraille verte c’est un état d’esprit à avoir systématiquement, dans toutes les régions, partout dans le monde”.

https://www.futuropolis.fr/9782754841658/dadji.html

Ces mots sont ceux de Elodie Arrault qui, en 2023, s’élance de Mauritanie pour rejoindre Djibouti. Un périple en vélo au travers des onze pays qui constituent la grande barrière verte. Elle raconte ce périple illustré par Joël Alessandra dans “Dadij (de Dakar à Djibouti à la rencontre de la grande initiative verte panafricaine)”, un Roman Graphique paru en avril chez Futuropolis dans lequel l’aventure humaine rime avec agroécologie.

La Grande Muraille Verte est un vaste projet de reboisement visant à lutter contre la désertification au Sahel et au Sahara. L’idée, qui date des années 1970, suscite l’intérêt de Thomas Sankara, président du Burkina Faso de 1983 à 1987. Celui-ci est déjà très attaché à une agriculture vivrière, libérée des engrais chimiques et autonome en semences (il fait venir Pierre Rahbi en 1981). Sankara lance une vaste campagne de reforestation en 1984. Mais il faudra attendre 2007 pour que le projet se concrétise sous l’égide de l’Union africaine.

Onze pays sahélo-sahariens participent officiellement : Burkina Faso, Djibouti, Érythrée, Éthiopie, Mali, Mauritanie, Niger, Nigeria, Sénégal, Soudan et Tchad. La muraille verte doit s’étendre sur environ 7.800 km de long et 15 km de large, de Dakar à Djibouti, avec pour but de restaurer les terres, créer des emplois, et lutter contre la pauvreté et le changement climatique. Malgré les difficultés liées aux conflits et au financement, le projet continue d’évoluer. A partir de 2010, le projet abandonne progressivement l’approche top-down et les plantations imposées pour s’appuyer sur des initiatives locales.

Nous avions déjà évoqué la muraille verte dans plusieurs posts et notamment le fait, étayé par une étude de 2020, qu’après des plantations massives au succès limité, la régénération naturelle et l’implication des populations avait permis au projet d’avancer.

L’Autoroute de la Pluie s’inscrit dans cette optique de grande infrastructure agroécologique au service des populations. Nous avons décidé de donner la parole à  Elodie Arrault  pour une série d’articles :

  • sur la nature de la grande muraille aujourd’hui
  • sur les facteurs  de réussite des projets qui la compose
  • pour terminer par une carte postale, sur le Kapokier

Drainage de zones humides : 3,4 millions de km² perdus depuis 1700

L’image provient de cette étude

3,4 millions de km² de zones humides perdues depuis 1700 🌍‼️
En plus d’émettre des gaz à effet de serre, ce processus impacte également le climat et notre sécurité collective. Les terribles inondations qui ont ravagé l’Asie du Sud-Est fin novembre 2025 questionnent la place accordée aux zones humides.

Ainsi, au Sri Lanka, qui connaît une urbanisation à marche forcée, la gestion de ces zones défraye la chronique. Une étude démontre que le développement économique rapide de la Chine (1990-2010) est allé de pair avec une grande perte de zones humides.

Depuis 1700, au moins 3,4 millions de km² de zones humides ont disparu sur Terre, surtout aux Etats-Unis, en Chine et en Europe. Ainsi, l’équivalent du double de la superficie de l’Allemagne a été drainé en Europe.

 Dès l’apparition des grands empires agraires, les hommes ont cherché à dompter les fleuves et à assécher les marécages pour l’agriculture. La capacité de mener à bien de grands travaux hydrauliques est d’ailleurs un marqueur d’un pouvoir central fort.

Dans l’Europe du Moyen-Age, le contrôle des zones humides n’a pas signifié un assèchement brutal. Contrairement aux grands défrichements amorcés au XIe siècle, les zones humides sont plutôt utilisées pour créer des étangs pour la pisciculture. Elles sont alors considérées comme “des lieux de ressources”.

La Renaissance marque un tournant vers une vision hygiéniste, les marais étant désormais vus comme des nuisances. De grandes opérations de drainage, impulsées par les rois de France, débutent au XVIIe siècle. Le XIXe siècle marque un tournant, plusieurs lois encourageant l’assèchement des zones humides. En France, les Landes sont emblématiques, en étant progressivement transformées en plantations de pins.

Le XXe siècle parachève le travail. Jusqu’en 1992, le droit rural  français considère les zones humides comme inutiles [4]. Pour augmenter la productivité, les terres doivent être massivement drainées. La lutte contre le paludisme joue aussi.

La période 1970-90 marque l’apogée du mouvement en France : 

Environ 2,5 millions d’hectares de marais, marécages et prairies humides ont été drainés entre 1970 et 1990, essentiellement pour créer des zones agricoles, mais aussi par extension de l’habitat et des réseaux de transport” selon l’INRAE.

Le rythme baisse à l’orée du XXIe siècle, en France et dans les autres pays dits développés. Pourtant, le mal est fait, les zones humides ont été massivement amputées.

Ce bref historique, par nature incomplet vu l’ampleur du sujet, démontre bien l’influence humaine sur ces écosystèmes critiques.

En France, les inondations répétées qui ont frappé le Nord, en 2023 et 2024, s’expliquent en partie par le drainage historique du delta de l’Aa, plus grand polder habité de France.

La régénération des sols comme levier climatique

 La régénération des sols agricoles constitue un formidable levier climatique.

De nombreux acteurs s’impliquent pour diffuser les principes de l’agroécologie et régénérer les écosystèmes.

Ainsi, pendant 10 ans, Paul Luu s’est battu sur tous les fronts pour que ce levier soit pleinement pris en compte. Il est Secrétaire exécutif de l’Initiative 4 p 1000, qui a été lancée lors de la COP 21 en 2015 par le Ministre de l’agriculture de l’époque Stéphane le Foll, lors d’un mandat ministériel particulièrement favorable à l’agroécologie [1].

Le principe fondateur de cette démarche est simple : augmenter la teneur en carbone du sol de 4 pour 1.000 (soit 0,04%) par an dans les sols agricoles de la planète permettrait  de compenser une partie des émissions atmosphérique de CO2. L’idée avait été proposée par des chercheurs du CNRS et de l’INRAE.

S’il faut se garder de relayer sans recul tous projets qui s’en revendiquent, tant certains lobbies instrumentalisent les idées vertueuses, on ne peut que saluer les démarches susceptibles de faire bouger les lignes pour le climat et l’agriculture.

Il est grand temps de remettre la question du carbone organique des sols au cœur des débats, notamment en France. C’est l’occasion avec la seconde édition de l’ouvrage “Les agriculteurs ont la Terre entre leurs mains », de Paul Luu, par les éditions La Butineuse.

Ce livre, condensé mais érudit, est orienté sur les solutions pour une agriculture robuste et positive pour le climat. Il a été préfacé par l’ancien ministre et par Erik Orsenna, cet écrivain qui aime tant nos fleuves.

Cette édition comprend notamment un précieux tableau qui permet de visualiser la progression de la diffusion des pratiques agroécologiques à travers le monde. On y voit qu’en Europe, d’importants progrès restent nécessaires, avec moins de 6% des superficies couvertes par ces pratiques.

Ce magnifique ouvrage (illustrations de Léa Cros) dresse un tableau complet des pistes pour une agriculture réellement régénérative, abordant des pratiques agricoles sur lesquelles nous postons souvent :

  •  Limiter les perturbations: l’agriculture de conservation
  • Le refus de la synthèse: l’agriculture biologique et biodynamique
  • Pour la vertu des prairies: le pâturage tournant dynamique
  • La santé des sols au centre de tout: l’agriculture régénératrice
  • Mimer les écosystèmes forestiers naturels: l’agroforesterie

L’Autoroute de la Pluie converge complètement avec la philosophie de ce livre dont le sol est le héros et le fil conducteur.

Deux constats cruciaux se doivent d’être réaffirmés puissamment :

Il est urgent de remettre le 4 pour 1000 au cœur des débats agricoles en France !

La promotion de la régénération passe par de nombreux chemins. Celui emprunté par les éditions La Butineuse est éminemment nécessaire, car il offre de l’espoir dans une période très morose.

Importance des forêts pour les pluies agricoles

40% des précipitations agricoles dépendent de forêts situées dans d’autres pays.

Directement provoqués par le réchauffement global, les perturbations des régimes de précipitations représentent une menace importante pour les récoltes. Selon une étude de 2019, plus de la moitié de l’incidence des pertes dans la production agricole mondiale peut ainsi être attribuée aux extrêmes climatiques.

Partant de ce constat, un groupe de scientifiques du Stockholm Resilience Center, institut de recherche engagé sur la question de la gestion durable des écosystèmes, s’est penché sur le rôle de régulateur d’humidité joué par les forêts à travers le monde.

Dans un article publié en octobre 2025 dans Nature Water, ces chercheurs plaident pour la mise en place de stratégies de conservation et de renforcement des espaces forestiers à l’échelle globale, dans l’objectif de soutenir les rendements agricoles.

Les auteurs expliquent avoir cherché à étudier “la contribution des forêts mondiales à la production et à l’exportation des cultures en estimant les flux d’humidité des forêts vers les zones agricoles et en les associant aux flux de cultures échangés”.

Les résultats obtenus en croisant plusieurs modèles d’analyse des flux d’humidité et des dynamiques agricoles mettent en évidence l’ampleur du phénomène :

  • dans 105 pays, jusqu’à 18% des précipitations sont recyclées à partir de forêts à l’échelle nationale
  • dans 155 pays, les zones agricoles dépendent des forêts transfrontalières pour jusqu’à 40% des précipitations annuelles

Présentée dans un article précédent avec l’exemple de la forêt du Congo, cette corrélation directe entre les rendements agricoles et l’humidité pourvue par les espaces forestiers est d’ailleurs loin de concerner uniquement les pays producteurs.

Dans un système alimentaire mondial caractérisé par l’importance des flux de produits échangés, les chercheurs soulignent en effet la forte “dépendance indirecte des pays importateurs de récoltes vis-à-vis des forêts situées en amont de leurs pays exportateurs”.

Selon leurs calculs, l’humidité provenant des forêts à l’échelle mondiale soutient ainsi “18% de la production agricole et 30% de l’exportation des cultures étudiées”. Dans le contexte actuel de crise environnementale, les espaces forestiers représentent donc un levier de stabilité dans une perspective de résilience alimentaire.

Déterminés à convaincre la communauté internationale que ce rôle doit être non seulement préservé, mais aussi renforcé, les chercheurs affirment en conclusion que “la conservation stratégique des forêts situées dans le vent de zones agricoles pourrait être mise à profit pour préserver l’approvisionnement mondial en cultures”.

Vecteurs de sécurité alimentaire, les espaces forestiers doivent être protégés comme tels. Comment, dès lors, envisager la question de leur gouvernance à l’échelle internationale, au-delà des frontières politiques ?

Biocroûtes : ces communautés vivantes qui couvrent 12% des terres

Crédit photo: USGS

Connaissez-vous les biocroûtes ? Largement méconnues, ces communautés d’organismes vivants couvrent pourtant 12% des surfaces émergées du globe.

Après avoir dressé un panorama des caractéristiques hydrologiques et climatiques des mousses, examinons en détail les biocroûtes.

Les croûtes biologiques du sol, ou biocroûtes, résultent d’une alliance entre mousses (et d’autres bryophytes), champignons, lichens, cyanobactéries, et algues, en proportions variables. Selon les cas, cette couche biologique représente quelques millimètres à 15 cm d’épaisseur de sol. Les biocroûtes sont principalement situées en milieu aride et semi aride et couvrent 17,9 millions de km2. On les trouve jusqu’en Antarctique.

Image issue de cette étude

Ces communautés photoautotrophes bien spécifiques remplissent plusieurs fonctions écosystémiques d’importance : 

  • stabilisation du sol (érosion)
  • réduction des émissions de poussières

En outre, elles impactent positivement les principaux cycles naturels.

 Le cycle de l’eau 

Comme nous l’avons vu dans le post précédent sur les mousses, les biocroûtes régulent la rétention, l’infiltration et la redistribution de l’eau dans les écosystèmes. En couvrant le sol, elles le protègent aussi du risque de battance.

 Le cycle du carbone

Les biocroûtes capturent environ 2,6 milliards de tonnes de CO₂ annuellement et représentent environ 7% de la production primaire nette des organismes terrestres mondiaux. La photosynthèse des biocroûtes demeure active même avec très peu d’eau, grâce à des capacités de captation du brouillard et de la rosée.

Le cycle de l’azote

Les biocroûtes jouent un rôle clé dans la fixation de l’azote dans les écosystèmes désertiques grâce aux cyanobactéries, qui le transforment en nutriments disponibles pour les plantes.  Les biocroûtes fixent 40% de l’azote biologique terrestre. Ces communautés peuvent donc contribuer à la régénération de sols dégradés et influent largement sur les cycles biogéochimiques à l’échelle planétaire.

Ces fonctions régulatrices sont menacées : le réchauffement pourrait réduire leur couverture de 25 à 40% d’ici 2070. Face à ce constat, des initiatives émergent, alors que la “Décennie des Nations unies pour la restauration des écosystèmes 2021-2030” est censée battre son plein.

 C’est notamment le cas de l’emblématique Plateau de Loess, en Chine. Cette zone  a fait l’objet de l’ambitieux programme “Grain for Green” de restauration écologique [voir ici et ]. En plus d’améliorer la disponibilité en eau, la réhabilitation des biocroûtes y sert également à stabiliser les sols et à limiter les tempêtes de poussière qui menacent la Chine depuis des décennies. L’ampleur des projets mis en œuvre et la forte disponibilité d’étude à ce sujet mérite d’y consacrer un post prochainement.

Végétation et climat : des stomates aux moussons

Image issue de l’étude “Vegetation–climate feedbacks across scales

Comment la végétation contribue à façonner le climat, des stomates aux moussons ?

Une étude de 2025, “Vegetation–climate feedbacks across scales”, synthétise l’état actuel des connaissances scientifiques sur les rétroactions végétation-climat. Elle examine les études les plus récentes et les controverses. Cette rigoureuse revue scientifique, dont l’auteur principal est Diego Miralles, se base sur une approche pluridisciplinaire (biologie, écologie, chimie, hydrologie, météorologie et climatologie).

Pour les auteurs, “la végétation ne se contente pas de réagir au climat : elle le façonne activement.”

Si ce constat est reconnu par le GIEC,  il demeure peu étudié. En effet, la compréhension de ces interactions nécessite des modélisations particulièrement fines. Ces lacunes s’expliquent également par “une focalisation historique sur les rétroactions atmosphériques – telles que les rétroactions liées aux nuages, au gradient thermique et à la vapeur d’eau – qui sont pourtant elles aussi influencées par l’état et l’activité de la végétation.

Cet examen particulièrement riche liste les différentes échelles de rétroactions végétation-climat :

  • photosynthèse et flux d’énergie (au niveau des stomates et racines)
  • COV biogéniques (régulation du rayonnement, de la température et des précipitations locales)
  • impact sur les régimes des vents à plusieurs échelles spatiales (une étude sur l’influence de la végétation sur l’intensité des moussons est citée)
  • influence sur les régimes de pression atmosphérique à grande échelle (impact sur la localisation et l’intensité des anticyclones)

Sur ce point, les auteurs évoquent la difficulté d’en quantifier les effets et abordent la controverse sur la pompe biotique, signalant que ce débat n’est pas tranché.  Le débat de l’impact de la végétation sur le “global stilling” est aussi mentionné.

– à une échelle planétaire, l’aridification, en augmentant l’albedo, impacte le déplacement des cellules de Hadley

– limitation de la hausse de la température mondiale liée au verdissement (voir l’étude pour plus de détail)

Les auteurs insistent également sur l’importance de la biodiversité : plus les écosystèmes sont diversifiés, plus ils sont susceptibles de résister aux chocs climatiques.

Ils mentionnent les recherches à approfondir et plaident, quoique sans trop d’espoir, pour l’intégration des processus couplés végétation-atmosphère dans les jumeaux numériques du système Terre.

Nos observations de la démarche agroécologique et des projets de régénération laissent penser que les potentiels effets positifs des interactions végétation-climat sont actuellement sous-exploités.

L’agronomie, qui a la vertu d’être à la fois une discipline scientifique et un champ opérationnel, gagnerait à être davantage utilisée comme levier d’atténuation et de robustesse climatique.

Image issue de l’étude “Vegetation–climate feedbacks across scales

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