L'Autoroute de la pluie

Initiative de réappropriation climatique

Le tilleul : géant de nos campagnes

A le connaitre en alignement dans les villes, sur les places ou près des églises on oublie que le tilleul (Tilia) est un arbre forestier qui côtoyait le chêne, le hêtre, l’orme et l’érable dans les forêts tempérées d’Europe, d’Asie et d’Amérique.

Symbole de protection et d’hospitalité, il apparaît dans plusieurs mythes. Les vieillards Philémon et Baucis reçoivent ainsi en récompense pour leur hospitalité d’être changés par Zeus en un tilleul et un chêne enlacés, alors que Philyra, la mère du Centaure Chiron est transformée en tilleul pour échapper à la honte. Dans les légendes germaniques, le héros Siegfried rendu invulnérable par un bain de sang de dragon développe une sorte de talon d’Achille à l’endroit où une feuille de tilleul l’a touché.

Avec le tilleul, on fait des infusions et du miel bien sûr, mais aussi un bois tendre parfois veiné de rouge utilisé en lutherie et ébénisterie. Pour les plus aventureux, on produit avec ses feuilles (qui se mangent aussi en salade) une farine riche en protéine et mucilage qui, durant une grande partie de notre histoire, a été un aliment de base dans les couvents et les orphelinats. Enfin le tilleul est un arbre fourrager qui se prête particulièrement bien à une conduite en têtard.

En France, le tilleul le plus endémique est le tilleul à grandes feuilles (Tilia platyphyllos), même si le tilleul à petites feuilles (Tilia cordata) est présent de façon naturelle dans l’Est et les Pyrénées.

Parmi les 45 variétés, on notera pour les collectionneurs :

  • Tilia cordata ‘Swedish Upright’ : un tilleul suédois très élancé
  • Tilia henryana : originaire de Chine, feuilles dentées,  jeunes pousses teintées de jaune-rose et parfum de jasmin.
  • Tilia tuan : originaire de Chine, rameaux verts pomme et parfum de violette
  • Tilia tomentosa : Feuillage argenté et fleurs narcotiques
  • Tilia insularis : Corée, grandes feuilles, floraison abondante

Pour la production :

  • Tilia platyphyllos pour le miel
  • Tilia cordata pour la tisane
  • Tilia americana pour le bois.

La bouture du tilleul fonctionnePrélevez un rameau en hiver ou printemps, enterrez-le dans un mélange sableux et gardez le humide. L’enracinement prend 6 à 8 mois !

Mais la façon la plus sûre de les reproduire est de prélever un rejet à l’automne qu’on replante en pépinière ou directement en place. Le semi est possible mais nécessite du métier : stratification chaude de 4 mois, puis stratification froide de 4 mois, puis semer à 20°C.

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L’Autoroute de la Pluie promeut l’utilisation systémique des pratiques agroécologiques en tant que Solutions fondées sur la nature, avec un accent mis sur l’agroforesterie. Nous cherchons à engager collectivement la société dans des actions mobilisatrices et porteuses d’espoir. 

La remédiation climatique est possible en régénérant les composants du triptyque “sol-végétation-eau”.

Aridification : les trois seuils critiques de dégradation

Aridification : trois phases, trois alertes

Image issu de l’étude suivante

L’étude “Global ecosystem thresholds driven by aridity” (Berdugo et al., Science 2020 doi : 10.1126/science.aay5958) révèle que les écosystèmes arides réagissent par paliers abrupts à l’augmentation de l’aridité. Trois seuils critiques d’aridification jalonnent la dégradation des terres.

  •  Déclin de la végétation (aridité = 0,54) : la productivité végétale s’effondre : les plantes réduisent leur surface foliaire pour survivre, en sacrifiant la photosynthèse : moins d’ombre, moins de matière organique restituée au sol, moins de nutriments.
  • Perturbation des sols (aridité = 0,70) : le carbone organique et l’azote du sol chutent brutalement. Les agrégats se délitent, le sol s’étiole et les champignons saprotrophes déclinent. L’herbe est remplacée par des arbustes, moins efficaces pour retenir l’eau et régénérer le sol.
  • Effondrement du couvert et de la richesse spécifique (aridité = 0,80) : c’est l’alerte rouge. La couverture végétale plonge, la richesse en espèces s’effondre, l’albédo augmente et les champignons pathogènes se multiplient. L’écosystème bascule vers un état désertique, où très peu d’espèces peuvent subsister.

L’étude anticipe que plus de 20% des terres émergées franchiront au moins un de ces seuils d’ici 2100 sous le scénario climatique du GIEC RCP 8.5. Nous ne pouvons laisser nos sols glisser vers des seuils irréversibles. Chaque projet de plantation d’arbres, chaque haie rétablie, chaque mare restaurée contribue à maintenir l’aridité sous ces seuils critiques.

  • Créer de l’ombre : un couvert arboré diversifié maintient la fraîcheur du sol, réduit l’évaporation excessive et préserve l’humidité en profondeur.
  • Restaurer la fertilité : les arbres aux systèmes racinaires variés favorisent l’apport et la rétention de matière organique, stimulent la vie microbienne et forment des « îlots de fertilité » qui protègent le sol de l’érosion.
  • Briser la spirale de l’aridification : un maillage d’arbres (40 – 80 individus/ha), similaire aux systèmes agroforestiers traditionnels, renforce la résilience du paysage face aux sécheresses et génère des microclimats propices aux pluies, en favorisant la condensation atmosphérique.

Pour illustrer cette dynamique, l’Autoroute de la Pluie présente des essences d’arbres endémiques ou non, emblématiques ou confidentielles à planter et à choyer.

Arbres pionniers : préparer le terrain pour une agroforesterie durable

Une agroforesterie d’urgence pour une agroforesterie de long terme !
4 – Les pionniers ouvrent la voie qui mène de l’urgence à la pérennité

Source de l’image

Comment cette première génération d’arbres, imparfaite et parfois inadaptée, prépare-t-elle la voie à une agroforesterie pérenne, et pourquoi pas lucrative ?

Quand on plante en urgence, on choisit souvent des espèces robustes, faciles à multiplier, parfois peu adaptées à long terme.

Ces arbres pionniers jouent un rôle stratégique pour les jeunes plants issus de régénération naturelle assistée (RNA), de semis ou de plantation que l’on voudra installer par la suite.

  • Ils créent un microclimat protecteur : leur ombre réduit la température du sol, limite l’évaporation, protège les jeunes pousses de la chaleur et du vent.
  • Ils servent de rempart : les premiers arbres font écran contre les animaux, le bétail ou les intempéries.
  • Ils entretiennent localement la vie du sol et les trames mycorhiziennes forestières.

De plus, ils contribuent à créer une compétition positive qui booste la croissance (comme dans la méthode Miyawaki) et permettent de procéder à des perturbations (chop and drop). Ainsi, ils deviennent ce que Fabrice Bellard appelle des AFI (Architectes, Fondateurs, Ingénieurs) : des arbres dont la vocation est d’aider les autres à pousser.

La première génération d’arbres n’est donc pas toujours une fin en soi. Bien sûr, si vous êtes éleveur et que vous avez bouturé du mûrier ou du saule blanc, vous avez atteint votre objectif : planter du fourrage. Mais si votre objectif est de produire de l’énergie, du bois, des fruits, de l’huile ou quoi que ce soit d’autre, vous aurez enclenché un cercle vertueux qui vous conduit de l’urgence à la pérennité.

Et si vous ne souhaitez rien faire d’autre, il vous suffit de tailler de temps en temps vos alignements d’arbres pour éviter qu’ils ne gagnent sur vos prés et vos champs (un passage de dents les premières années pourra vous rassurer sur le fait que les racines plongent plutôt que de tracer). Vos boutures vont grandir et, sans doute, mourir vite ou stagner. Elles céderont alors la place à d’autres arbres, mieux en place et mieux adaptés.

Pour aller plus loin :

Bouturage en place : technique rapide pour planter des arbres

Une agroforesterie d’urgence pour une agroforesterie de long terme !
2 – technique de bouturage en place

L’image est issue de l’étude suivante

Le bouturage en place a lieu essentiellement en hiver. On récupère les boutures issues de l’élagage des arbres, on les plante en terre à l’endroit qu’on souhaite arborer en utilisant un fer à béton ou un nettoyeur pression.

L’approche doit rester simple et rapide. Il ne s’agit pas de se lancer dans de gros travaux onéreux, mais d’introduire par quelques gestes simples, des arbres dans une parcelle. 

Une bouture de qualité est :

  • fraîche et prélevées au bon moment  
  • de fort diamètre afin disposer d’assez d’énergie pour repartir
  • suffisamment profonde pour passer sous la strate herbacée 
  • avec peu de parties aériennes (2 ou 3 bourgeons).

Par ailleurs, on améliorera la reprise en :

  • faisant tremper les boutures avec des rameaux de saule écrasés
  • contrôlant la reprise de l’herbe via du désherbage ou du paillage
  • arrosant en cas de sécheresse
  • protégeant contre les ongulés.
  • densifiant fortement la plantation

Les essences à privilégier sont celles réputées bouturer facilement : 

  • tous les types de saules 
  • les peupliers
  • les platanes
  • tous les muriers
  • les sureaux
  • les tilleuls (réussite faible)
  • les pruniers myrobolans
  • les figuiers (au printemps)
  • les cognassiers
  • tous les petits fruits (cassis, groseille, goji)
  • les genévriers

On peut également bouturer des racines de Paulownia, de framboisier et d’aulne (tronçons de 10 à 15 cm)

Le robinier faux acacia fonctionne bien, mais est très difficile à contrôler

L’eucalyptus, le chamaecyparis, le Thuya,  le cyprès de Leyland, mais qui ne produisent pas les résultats attendus en termes de modification des sols

Les résineux comme l’épicéa ou le mélèze ont besoin d’une très forte hygrométrie (brouillard) pour reprendre

En résumé, le bouturage en place en tant que technique d’agroforesterie d’urgence permet d’installer rapidement des arbres pionniers dans un espace dépourvu de strate arbustive et d’amorcer une transformation du milieu. Selon le contexte, cette première génération peut être totalement inadaptée et périr très vite. Dans ce cas, elle ne servira qu’à permettre l’émergence d’une seconde génération mieux adaptée.

Littérature sur le sujet :

Sur l’utilisation du saule pour ces techniques d’agroforesterie : 
https://fac.umc.edu.dz/snv/bibliotheque/biblio/mmf/2021/M%C3%A9thodes%20et%20techniques%20de%20bouturage%20%20guide%20pratique.pdf

Généralités sur le bouturage:
http://gueguen.sebastien.free.fr/Auto-suffisance/5%20-%20Connaissance/Agroforesterie,%20arbres%20-%2010.pdfs/guide%20bouture.pdf

Agroforesterie d’urgence : pourquoi il faut des arbres pour avoir des arbres

Une agroforesterie d’urgence pour une agroforesterie de long terme !

1 – Pour avoir des arbres, il faut des arbres ! 

Illustration provient de Reporterre

Dans sa forme classique, la mise en place de l’agroforesterie nécessite un investissement et un suivi significatif, non seulement pour adapter les techniques de travail à la présence d’arbres, mais surtout pour suivre les arbres durant les premières années. Le manque de suivi est d’ailleurs, avec la qualité des plants, l’une des principales causes d’échec des plantations de haies.

De nombreux acteurs recherchent donc des techniques alternatives ou complémentaires à la plantation pour minimiser les coûts et les échecs. La plus commune de ces méthodes est la RNA (Régénération Naturelle Assistée), qui consiste à s’appuyer sur la flore spontanée.

L’Autoroute de la Pluie développe une autre approche, complémentaire, qui se base sur le bouturage en place d’arbres à croissance rapide pour initialiser une transition vers une dynamique agroforestière.

Cette “Agroforesterie d’Urgence” (ADU) repose sur l’observation des freins qui existent à l’émergence des arbres, tout d’abord d’un point de vue agronomique :

  • Concurrence de la strate herbacée : souvent, les jeunes arbres ne sont pas assez compétitifs en termes d’eau et de lumière. Ils se font submerger par les herbes
  • Prédation : les ongulés de tout ordre se délectent des bourgeons apicaux
  • Dans le cas de zones périodiquement dévégétalisées, l’impossibilité de s’accrocher à une trame mycorhizienne

La présence d’arbres mitige ces facteurs limitants  : l’ombre permet de réduire la vigueur de l’herbe, les champignons permettent l’échange de nutriments et la densité offre une certaine protection contre les dégâts occasionnés par les ongulés.

La présence d’arbres entraîne par ailleurs une mutation de la structure du sol favorable à leur croissance :

  • Apport de matière organique
  • Modification physico-chimique (acidification)
  • Amélioration de l’humidité et de la stabilité du sol
  • Stimulation de l’activité microbienne

Elle permet également d’attirer une faune abondante d’oiseaux, mammifères et micro faune, qui ne manqueront pas d’enrichir le milieu en nutriments et en graines.

Cela nous amène à la formulation tautologique suivante : “pour avoir des arbres, il faut des arbres”. Et pour disposer d’une agroforesterie pérenne, il faut amorcer le mouvement !

Le bouturage en place est sans doute une des méthodes les plus rapides et les moins onéreuses pour passer de l’état sans arbres à l’état avec arbres.

Et vous, que préconisez-vous pour remettre des arbres dans des zones qui en ont été dépourvues ?

Agroforesterie et économie

Et si l’agroforesterie était aussi un moyen de gagner de l’argent ?

Source image

Dans un post, l’Association française d’agroforesterie présente les différents avantages économiques associés à cette pratique, en s’appuyant sur une méta-étude réalisée sous l’égide de la CIRAD et compilant des milliers de sources. Le résultat le plus frappant est une hausse médiane de ➕35% de la production agricole par hectare.

En effet, les systèmes agroforestiers permettent aux exploitants de diversifier leurs sources de revenus en apportant une gamme de produits supplémentaires par rapport à l’agriculture traditionnelle.

Le plus évident d’entre eux est le bois provenant de la taille des arbres plantés, qui se décline en bois-énergie et en bois d’œuvre. En fonction des essences choisies, les arbres procurent bien d’autres produits valorisables : fruits, noix, huiles essentielles, produits médicinaux, fourrage, etc.

Par ailleurs, dans le podcast CAMBIUM, consacré aux pratiques agroforestières, l’agriculteur Ronan Rocaboy décrit comment il intègre une partie de ces produits forestiers au fonctionnement de sa ferme située en Bretagne. Le bois récolté est ainsi utilisé à la fois comme chauffage (chaudière biomasse) et comme litière pour les animaux d’élevage.

Les sous-produits offerts par l’agroforesterie peuvent ainsi être employés à la réduction des coûts d’exploitation. Dans la même logique, les systèmes agroforestiers fournissent divers services écosystémiques tels que la régulation de l’eau, la pollinisation, la régulation des ravageurs, la conservation de la biodiversité.

Ce rééquilibrage écosystémique diminue mécaniquement les besoins en intrants et donc les coûts associés Il a également pour effet d’améliorer progressivement la fertilité biologique des sols, grâce à l’apport de matière organique, et donc leur productivité.

L’agroforesterie propose ainsi un modèle robuste sur la durée, un atout indéniable sur le plan économique, a fortiori dans une période de bouleversement environnemental. Outre son effet bénéfique sur la qualité des sols, elle offre aux parcelles concernées, par la simple action de l’ombre des arbres, une certaine résilience, ce que confirme une étude publiée en 2023.

Les pratiques agroforestières améliorent aussi la régularité des rendements agricoles. De nombreuses recherches sont en cours en France, avec des résultats déjà probants. Une étude réalisée dans la région de Montpellier, a par exemple montré qu’une parcelle d’un hectare de mélange noix/blé permettait une augmentation de 40 % de la productivité.

L’atteinte de l’objectif de 10 % de couverture arborée sur les terres agricoles d’ici 2040, soutenu par l’European Agroforestry Federation (EURAF), est donc particulièrement vitale. Au-delà du rôle de levier de revégétalisation qu’elle peut jouer sur le plan environnemental, l’agroforesterie est donc un modèle économique d’avenir.

Déployons le dès à présent en France !

Urbanisation et climat : quels impacts ?

Quel est l’effet concret de l’urbanisation sur le climat ressenti ?

En Asie, qui a connu une récente et intense urbanisation, l’exemple de l’île de Penang est instructif. Cette île de Malaisie, située dans le détroit de Malacca, haut lieu du commerce international et de la mondialisation, s’avère un laboratoire à ciel ouvert des ravages de l’artificialisation, notamment en termes climatiques.

L’étude “Land use and land cover changes influence the land surface temperature and vegetation in Penang Island, Peninsular Malaysia” démontre que Penang a connu des changements significatifs dans l’utilisation des terres et la couverture végétale entre 2010 et 2021 :

  • une augmentation des zones urbanisées de +45 %
  • une réduction alarmante des surfaces agricoles de -33 %.

En zone urbaine, la température de surface terrestre moyenne est passée de 29 à 34,0 °C, soit +5 °C. La tendance est similaire pour les autres espaces étudiés, forêts et zones agricoles ayant une augmentation de la température de surface (LST) encore plus marquée.

Ce phénomène est étroitement corrélé à la réduction de la couverture végétale, qui joue un rôle essentiel dans la régulation de la température et des pluies. En effet, les terres agricoles et forestières, de par leurs capacités photosynthétiques, modèrent la température tandis que les sols non bétonnés infiltrent efficacement les pluies.

Cette étude met l’accent sur la corrélation inverse entre la LST et l’indice de végétation normalisé (NDVI) : la diminution de la couverture végétale est associée à une élévation des températures. Le déséquilibre créé par l’urbanisation peut donc exacerber les conditions climatiques extrêmes, augmentant le risque de sécheresse et réduisant l’efficacité naturelle de la gestion des eaux pluviales.

L’étude de ces impacts dans des îles nous semble très utile, car il permet d’étudier isolément les impacts de l’urbanisation sur un territoire.

Pour autant, cette corrélation entre baisse de l’activité photosynthétique et hausse de la température est bien documentée par ailleurs. Ainsi, Bahir Dar en Ethiopie, a connu une augmentation de +6°C de ses espaces bâtis entre 1984 et 2024, suite à une expansion urbaine de 366% (voir “Urbanization and land surface temperature dynamics in Bahir Dar, Ethiopia: a comparative analysis of pre- and post-capital status”).
Nul besoin de réaliser une bibliographie exhaustive en la matière pour comprendre les impacts évidents des changements des modes d’utilisation des sols sur le climat.

Il importe par contre de réaffirmer puissamment que la bétonisation des sols nous fait courir un risque palpable. Le suivi de l’indice NDVI devrait se généraliser. La photosynthèse ne doit pas rester cantonnée aux laboratoires ! A quand une carte de suivi hexagonal du NDVI dans le Journal Météo Climat de France 2 ?

Après ces constats, que penser des débats actuels sur l’artificialisation des sols en France ?

Érosion des sols en France : l’agroforesterie face à l’urgence

Une agroforesterie d’urgence pour une agroforesterie de long terme !
4 – De quelle urgence parle-t-on ?

Source de la carte

Malgré l’augmentation des surfaces forestières, la dévégétalisation du territoire se poursuit. Elle n’est pas liée qu’à l’artificialisation des sols, mais aussi à la disparition de l’arbre champêtre, au retournement des prairies et à certaines pratiques agricoles qui laissent les sols nus la majorité du temps. Nous avons détaillé cela dans de nombreux posts. Cette dévégétalisation entraîne une perte des sols.

Laissés nus, les sols limoneux de la Beauce, très sensibles à la battance et à l’érosion, s’abîment. La baisse du taux de matière organique a rendu ces sols vulnérables. On observe désormais des coulées de boue et des pertes de terre visibles sur terrains plats. Plus de 20 % de la région Centre-Val de Loire, qui inclut la Beauce, subit une érosion annuelle supérieure à 2 tonnes par hectare.

Dans le Lauragais, région de collines argilo-calcaires (terreforts) et de plaines limoneuses, la pente, la nature des sols et les modifications du paysage agricole amènent les risques d’érosion au plus haut. Les épisodes orageux printaniers, sur des sols nus ou insuffisamment couverts, peuvent provoquer des pertes localisées de 20 à 300 tonnes de terre par événement.

La perte des sols n’est pas seulement un enjeu agricole. C’est une menace pour la sécurité alimentaire, la gestion de l’eau, la biodiversité et l’adaptation au changement climatique. Chaque tonne de terre perdue aujourd’hui réduit la capacité à faire face aux sécheresses, aux inondations et aux besoins alimentaires de demain.

La situation dans le nord de la France illustre parfaitement ce propos. Après des semaines de pluies torrentielles, la région a connu lors de l’hiver 2024 des inondations d’une violence exceptionnelle, engloutissant des villages entiers et dévastant des milliers d’habitations. Ce phénomène, aggravé par la topographie particulière des polders entre Saint-Omer, Calais et Dunkerque, a suscité un émoi national.

Mais à peine quelques mois plus tard, ce même territoire est confronté à une sécheresse précoce et intense : dès le printemps 2025, le nord de la France affiche un déficit pluviométrique record : jusqu’à 80 % par rapport aux normales saisonnières dans certaines zones. Les sols, saturés d’eau en hiver, se retrouvent exceptionnellement secs, rendant les semis difficiles et fragilisant les cultures de printemps. Les agriculteurs témoignent de terres « dures comme du caillou » et de jeunes pousses peinant à lever.

Dans n’importe quelle industrie, de tels événements déclencheraient des procédures d’urgence. Et en ce qui concerne les sols, la procédure d’urgence s’appelle “les arbres”.

Recyclage des précipitations : vers une hydro-diplomatie des forêts

Et si la prise en compte du recyclage des précipitations devenait un facteur de coopération internationale ? Et si la préservation des forêts et le développement de l’agroforesterie renforçaient la régularité des pluies continentales ?

L’image provient de cette étude

Et si la prise en compte du recyclage des précipitations devenait un facteur de coopération internationale ? Et si la préservation des forêts et le développement de l’agroforesterie renforçaient la régularité des pluies continentales ?

Généralement, la gouvernance mondiale de l’eau fait écho au concept d’hydro-diplomatie. Cette méthode vise à concilier la vision des diplomates et celle des ingénieurs afin d’intégrer la gestion de l’eau dans les négociations internationales. Elle concerne généralement la gestion d’un bassin fluvial (tel que le Nil, qui traverse 8 pays). Toutefois, cette gouvernance internationale devrait également prendre en compte le recyclage des précipitations.

En effet, de nombreux chercheurs travaillent sur le concept de “bassin de précipitations” (“precipitationshed”), à la suite d’une publication fondatrice en la matière en 2012. L’étude “Moving from fit to fitness for governing water in the Anthropocene”, publiée en 2024, met en évidence les interdépendances liées au recyclage des précipitations. Ce processus hydrologique fait qu’une partie de l’eau évapotranspirée à partir d’une zone contribue aux précipitations futures. Ainsi, “l’humidité qui s’évapore du continent eurasien est responsable de 80 % des ressources en eau de la Chine”.

Comme nous l’avions montré dans un post précédent, la pluie ne connaît pas nos frontières politiques. L’étude de 2024 abonde : “De solides données montrent que les cycles hydrologiques sont étroitement liés à des échelles spatiales plus vastes, ce qui implique un possible élargissement des frontières généralement prises en compte dans l’étude et la gouvernance de l’eau.

Aussi, tout processus d’artificialisation des sols dans une zone donnée aura un impact sur les précipitations sous le vent, et donc sur un territoire voisin. Les auteurs de l’étude “Upwind forests: managing moisture recycling for nature-based resilience “ parlent de “precipitationshed”, mais aussi d’”evaporationshed”, ou bassin d’évaporation. Ces concepts visent à cartographier les flux d’humidité atmosphérique en identifiant les régions sources et réceptrices de précipitations.

La question de l’utilisation ciblée des forêts et de l’agroforesterie pour améliorer les pluies sous le vent se pose donc avec acuité. Des efforts de reforestation stratégiques pourraient permettre aux cultures agricoles de bénéficier d’un apport hydrique suffisant en période sèche. Une étude de 2019 estime que “jusqu’à 74% des précipitations estivales sur les bassins versants européens dépendent de l’humidité apportée par d’autres bassins versants.”

Plusieurs de nos articles [8] reviennent sur des méthodes préconisées par les chercheurs pour une mise en œuvre effective de ces processus de reforestations stratégiques.

Ne serait-il pas le moment de se mobiliser collectivement et massivement pour inciter le politique à prendre en compte ces sujets ?

Cycle de l’eau : les plantes, acteurs méconnus

Le rôle des plantes dans le cycle global de l’eau est de mieux en mieux compris. Alors qu’une étude alerte sur le fort déclin du stock d’eau dans les sols, les méthodes de gestion de l’eau doivent évoluer.

En effet, une étude menée par des scientifiques de l’Université Chapman, publiée dans la revue Nature Water en janvier 2025, fournit des estimations inédites sur le temps de circulation et la quantité d’eau stockée par les plantes. Les chercheurs ont utilisé des données de la mission satellite SMAP de la NASA, initialement conçues pour mesurer l’humidité du sol. Ces données ont permis d’évaluer le stockage et le transit de l’eau à une résolution spatiale de 9 km², fournissant des estimations mensuelles sur cinq ans.

Selon l’étude, les végétaux stockent environ 786 km³ d’eau (0,002 % de la réserve d’eau douce sur Terre). Surtout, le temps de transit de l’eau à travers les plantes est parmi les plus rapides du cycle de l’eau, variant de 5 jours dans les terres agricoles à 18 jours dans les forêts de conifères. Ce transit est particulièrement rapide dans les cultures, prairies et savanes, ce qui démontre le rôle dynamique des plantes dans le cycle de l’eau. En comparaison, l’eau des lacs circule en 17 ans en moyenne et l’eau des glaciers en environ 1.600 ans.

Andrew Felton, auteur principal de l’étude, explique : « Nous savons depuis longtemps que la plupart de l’eau qui retourne à l’atmosphère le fait grâce aux plantes, mais nous manquions d’informations précises sur le temps que cela prenait ». En couplant les temps de transit de l’eau dans les plantes, l’atmosphère (environ 8 à 10 jours) et le sol (60 à 90 jours), les chercheurs veulent estimer le parcours complet d’une goutte d’eau sur Terre.

L’étude précise que “le temps de transit de l’eau à travers les terres cultivées est significativement et systématiquement le plus rapide, l’eau traversant les plantes en moins d’une journée au plus fort de la saison de croissance.”

Greg Goldsmith, co-auteur, souligne que “les terres cultivées du monde entier ont tendance à avoir des temps de transit très similaires et très rapides (…). Le changement d’affectation des terres pourrait homogénéiser le cycle mondial de l’eau et contribuer à son intensification en recyclant plus rapidement l’eau vers l’atmosphère, où elle peut se transformer en épisodes de fortes pluies.”

Cette étude démontre une fois de plus l’importance des interactions sol-végétation-climat. Les pratiques agroécologiques, loin d’être une lubie irréaliste, constituent un des seuls leviers susceptible d’enrayer la marche du funeste tandem sécheresse-inondation.

La stratification des systèmes agricoles est vitale pour ralentir le cycle de l’eau. L’agroforesterie, l’agriculture de conservation, entre autres, sont des moyens efficaces pour y parvenir. De même, les “ouvrages castor” chers à Suzanne Husky, peuvent ralentir le cycle de l’eau et réhydrater le territoire.

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